La Révolte

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Éool est un archer remarquable. À ce titre, il veut être reconnu comme chasseur. Mais à l’orée de sa vie d’adulte, le chaman du clan des Bisons en décide autrement. Éool sera le chaman qui lui succédera. Mais Éool négocie et transpose sur une rude vie un rêve d’évolution, un rêve de réelle humanité. Il faut qu’il s’éloigne et bâtisse une vie hors du commun. Jalousies, passions, vengeances, régressions, lois claniques, rien ne lui sera épargné.


Entre -8 000 ans et -7 000 ans, au bord de la Dordogne, dans un clan dont la grotte-habitat est située près de Trémolat (24), c’est la saga d’Éool le chaman que Christine Machureau vous propose. Elle-même rêve à ces temps lointains, assise au bord de la Dordogne, face à la grotte du clan des Bisons. Implantée sur cette rive mythique qui fut un des berceaux de l’humanité, elle vous fera pénétrer profondément les arcanes spirites des premiers hommes, plongés dans la fureur et l’épouvante.



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EAN13 9782374535722
Langue Français

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Présentation
Éool est un archer remarquable. À ce titre, il veut être reconnu comme chasseur. Mais à l’orée de sa vie d’adulte, le chaman du clan des Bisons en décide autrement. Éool sera le chaman qui lui succédera. Mais Éool négocie et transpose sur une rude vie un rêve d’évolution, un rêve de réelle humanité. Il faut qu’il s’éloigne et bâtisse une vie hors du commun. Jalousies, passions, vengeances, régressions, lois claniques, rien ne lui sera épargné. Entre -8 000 ans et -7 000 ans, au bord de la Dordogne, dans un clan dont la grotte-habitat est située près de Trémolat (24), c’est la saga d’Éool le chaman que Christine Machureau vous propose. Elle-même rêve à ces temps lointains, assise au bord de la Dordogne, face à la grotte du clan des Bisons. Implantée sur cette rive mythique qui fut un des berceaux de l’humanité, elle vous fera pénétrer profondément les arcanes spirites des premiers hommes, plongés dans la fureur et l’épouvante.
Passionnée par l'histoire et les religions anciennes,Christine Machureau s’est aussi adonnée aux voyages lointains. Toujours curieuse de documents non utilisés, sa
formation scientifique lui donne l’avantage d’une grande rigueur dans ses recherches. C’est ainsi qu’alliant ses deux passions, elle nous rend, dans un contexte archéologique et aventureux, des romans extrêmement attachants.
LA RÉVOLTE
ÉOOL tome 1
Christine MACHUREAU
Je contemplais alors […] au cœur des espaces aériens du Midi, une merveilleuse figure. Elle avait apparence humaine. La beauté, la clarté de son visage étaient telles que regarder le soleil eut été plus facile que regarder ce visage. Un large cercle d’or ceignait la tête. Dans ce cercle, un deuxième visage, celui d’un vieillard, dominait le premier. Hildegarde de Bingen (visions, XIIe siècle)
Préambule
L’Histoire est un champ de ruines. La mission d’un historien professionnel est de gratter. Gratter le sol, les pierres, les signes et tout à trac de conclure dans le flou scientifique des ignorances innombrables. Un romancier a la délicate mission, en s’appuyant sur les flous scientifiques, de donner une âme aux personnages qui habitèrent les ruines, de traquer les émotions rémanentes. Les corridors effondrés sont encore parcourus par le feu des ambitions des êtres d’alors. Leur sang laisse des traces impalpables, chargées de transcendances révélatrices. Mais que reste-t-il de la préhistoire ? Des grottes, des peintures fabuleuses, des haches polies, des pointes de flèches, capables encore aujourd’hui de percer, sur les routes, nos pneus les plus performants. L’auteure vit au bord de cette Dordogne qui fut un ventre porteur de vie dans ce commencement d’Histoire. À deux pas de ce fleuve, chaudron d’humanité, une grotte surplombe les flots. C’est la demeure d’Éool, frère des Elfes, que l’auteure voit de sa terrasse.
Notes de l’auteure
L’histoire et les péripéties vécues par ce jeune chaman ne ressemblent à aucune autre aventure… Son histoire contient toutes les espérances des hommes debout. Comprendre et s’élever pour s’améliorer. Nous sommes entre - 8 000 et - 7 000 ans avant notre ère, presque au début du Néolithique. Vous serez sans doute surpris par le jeune âge des protagonistes. Lorsque l’on devient vieillard à trente ans, il est normal que la préadolescence soit le départ de la vie d’adulte. C’est, plantée sur la rive de mon fleuve, que l’Histoire a coulé… jusqu’à la Grande Eau. J’ai longuement réfléchi à l’époque où je voulais camper mes personnages. Je les voulais à la fois proches de nous et à l’aube de l’humanité. Je me refusais à ne voir que des êtres frustes, dominés par des pulsions animales, en ces hommes préhistoriques qui, déjà il y a 14 000 ans, exprimaient la beauté de la nature sur des fresques pariétales qui laissent sans voix. Éool est un chaman, un être tourné vers le bien de l’homme. Le mot sorcier a pour moi trop de connotations ambiguës. Il ne cherche pas à prouver, à dominer, mais à conduire les « hommes debout » sur les chemins de l’harmonie, non seulement harmonie avec la nature, mais avec eux-mêmes. Je souhaite à mes lecteurs, grands et moins grands, de reprendre l’essentialité de leur être intime et de vivre sans jugement, en toute liberté.
Chapitre 1
Éool estcampé sur la falaise, les jambes bien droites, les poings sur les hanches. Il 1 urine dru, les yeux fixés sur la canopée des grands bois, puis, son affaire faite, il observe le flanc gigantesque de ces murs de calcaire qui abrite la caverne des Bisons. Et c’est ainsi tous les matins. Derrière lui s’étale la plus confortable des cavernes qu’il ait jamais vue. Il faut dire à sa décharge qu’il ne se souvient plus de la précédente, celle où il est né. Celle-ci est 2 fraîche l’été et chaude l’hiver. Située à deux jets de flèche du sol , on y accède sur le côté par un chemin escarpé, étroit et pierreux. La nuit, des chevrons durcis au feu en défendent l’accès à mi-pente. Point n’est besoin de gardes. Éool a onze printemps. C’est Caleb le chaman qui tient ce compte pour tout le Clan des Bisons, sur de petites baguettes de frêne, une par famille, où il trace des encoches. Et, à onze printemps, on prend sa place d’homme dans le clan. Ils seront trois à cette initiation. Éool veut être un chasseur, car personne n’est aussi habile que lui avec un arc. — Éool ! Viens ! Éool se retourne. Il a reconnu la voix d’Adani. Les femmes relèvent les peaux lainées qui empêchent le froid de pénétrer dans la caverne une fois les feux éteints. Une bouffée d’effluves divers saisit ses narines, c’est l’odeur de la vie, l’odeur du Clan. Adani, son meilleur ami, s’encadre dans l’ouverture, rieur. Adani… Il ne se rappelle pas un seul moment qu’il ait passé sans Adani. Autant Éool est mince, sec, nerveux, rapide comme le vent, autant Adani est lourd, musculeux, lent et fort. Mais ce qui distingue Adani de tous les autres, c’est son extrême gentillesse. Adani… toujours à relever le vieil Urga dont tous les membres craquent. Il serre les dents le vieil Urga, afin de ne pas laisser échapper une plainte. Alors Adani le saisit sous les bras, le lève d’un coup et le repose doucement. — Viens, Éool ! Prends ton attirail, on va à la rivière se laver. Aujourd’hui est un grand jour ! 3 L’attirail est vite prêt : le bâtonnet pour les dents, une poignée de saponaires collectée par sa mère et la fronde qui ne le quitte jamais. Le tout est coincé dans la peau d’antilope qui le couvre des épaules aux genoux. Ils ne vont pas jusqu’au grand fleuve. Le ruisseau qui serpente à deux pas est pratique pour se laver. Les pieds sur la rive humide, les garçons ôtent leur peau lainée et, nus comme des vers, plongent dans le trou d’eau froide avec des cris d’orfraie. Les voix muent et ils ne sont jamais sûrs d’attraper ces accents mâles qui les différencieront des femelles, leurs sœurs ou leur mère. Adani a pris sa sagaie de bois dur, munie d’un silex coupant et translucide comme Éool sait les tailler. Les deux garçons espèrent que ce soir, avant la tombée du jour, ils intégreront le clan des chasseurs. Ils se frottent mutuellement jusqu’à rougir leur peau plus tout à fait imberbe… Soudain Éool s’immobilise, tous les sens en alerte. Penché vers l’avant, ses cheveux bruns hirsutes et mouillés, collés par les bulles de saponaires, il vient de
détecter une odeur, une odeur de fauve. Un frisson parcourt son échine et sa peau se hérisse comme celle d’un chat sauvage. D’une voix sourde, il interpelle Adani. — Bougre d’idiot, arrête de faire le singe, sens… Il y a un fauve pas loin. Adani se redresse et à pas comptés tend la main vers la sagaie. Il respire l’odeur piquante d’un carnassier. Le froid l’a quitté, il est prêt à défendre chèrement sa peau et celle de son ami. Une brusque bouffée de chaleur transforme ces deux garçons bientôt adultes en deux machines à tuer ! Ils lèvent la tête, fouillent la futaie de leurs yeux perçants et voient un énorme loup gris, au regard si pâle, si bleu qu’ils en restent immobiles. Éool semble retenir toute son attention. Peut-être parce qu’il est désarmé ? — Sois prudent… ne l’attaque pas le premier. Mais Adani sait tout ça. L’animal va reculer. Éool se penche pour se munir d’une pierre qui fera mouche. À ce moment-là, le loup se pose sur son postérieur, comme s’il attendait quelque chose. Tranquillement, il considère Adani et détourne le regard qu’il repose sur Éool. — Il veut quoi ? Qu’on lui chante une berceuse ? Adani s’énerve. — Tais-toi. Le ton d’Éool a changé. Il en a la certitude, le Loup est là pour lui. C’est fou, complètement fou, mais il le sait. — Ne bouge pas Adani, je vais m’avancer vers mon vêtement et ma fronde. — Tu n’auras jamais le temps d’armer ta fronde ! — Non, c’est vrai. Reste calme. Éool ne comprenait pas cette attirance vers le sauvage animal. L’odeur fauve s’intensifiait. Il approchait de la berge. Il était à deux pas de sa peau d’antilope et de sa fronde qui ne pouvait plus lui servir. Que n’avait-il au moins son poignard, effilé comme une aiguille à coudre de sa mère ? Il lâcha le regard de Loup-Gris, attendant non sans réelle crainte de sentir les dents du carnassier sur sa peau ! Rien, il ne se passa rien. Ou plutôt si : le loup allongea l’avant-train. Il était couché, le museau sur les pattes et regardait Éool… Celui-ci s’habillait avec des gestes précautionneux. — Adani, tu peux remonter sur la berge lentement. Ne le tue surtout pas. Il est venu pour moi. Ce garçon, très fort, qui dès demain ferait partie des chasseurs, secouait la tête avec une incompréhension manifeste. Il ne voulait en aucun cas lâcher sa sagaie, prêt à en découdre et sauver son ami. Les deux enfants, recouverts de leur tunique de peau, s’immobilisèrent une fois de plus. Adani lançait un regard interrogatif à son ami. Éool s’adressa au loup. — Merci ami Loup-Gris pour ta visite et maintenant laisse-nous passer. Le loup ne bougea pas pendant que les deux hommes lui tournaient le dos. Adani rentrait sa grosse tête ronde dans ses épaules s’attendant au pire… qui ne se produisit pas. Ils atteignirent le sentier, avec la certitude que le loup avait disparu. — Explique-moi, je n’ai rien compris ! Tu as déjà vu, toi, un loup qui se comporte comme ça ? — Je suis aussi étonné que toi, mais j’ai eu la certitude que c’était un rendez-vous, un rendez-vous spécial, pour ce jour spécial. Rencontrer un loup et ne pas le tuer ?
Alors que nous voulons tous les deux devenir les chasseurs du Clan ? Je t’en prie, réfléchis Adani, cela doit vouloir dire quelque chose. Surtout nous ne raconterons cela à personne, tu entends ? À personne. Ils ne nous croiraient pas. — Ah ça non, ils ne nous croiront pas ! Ou ils nous prendront pour des menteurs ou des lâches ! — Pourquoi Adani ? Ce n’était pas du courage que d’affronter un loup à mains nues ? De garder notre sang-froid ? Surtout, tais-toi, s’il te plaît. Les préparatifs de la journée allaient bon train, chaque famille s’astreignant à cuire plus de nourriture que nécessaire afin que les décisions de Caleb le chaman soient dignement fêtées. Évi, la mère d’Éool a remarqué le visage glacé de son fils, l’air grave des deux garçons qui seront ce soir des hommes. Évi est une femme grande et robuste. Les cheveux nattés, sa robe de cuir nu moulant un corps poli par l’âge, elle promène partout des yeux bruns et brillants comme l’obsidienne. Quand elle était jeune, elle aurait voulu être choisie pour être la femme du chef, mais Caleb en avait décidé autrement. C’est à Orec qu’elle avait été dévolue. Elle n’avait pas eu à le regretter, Orec était un bon chasseur et un homme doux avec les siens… La seule chose qu’elle trouvait dommageable avait été l’impossibilité qu’un de ses fils devienne chef à son tour. Elle avait porté six enfants dont trois étaient morts en bas âge. Il lui en restait trois : Si-Noué, sa fille aînée, Éool, l’aîné des garçons et Morn qui commençait à marcher. Elle avait trente printemps et il lui semblait peu probable qu’elle ait d’autres enfants. Avec deux fils, s’ils survivaient, peut-être que les vieux jours d’Orec et les siens seraient à l’abri du besoin… Ce soir, Éool aborderait la communauté des chasseurs. Elle avait donné un homme à la tribu. Cela renforcerait son statut. Elle ne pourrait plus lui demander de remplir des tâches subalternes. Chercher de l’eau, casser des noix, surveiller son petit frère Morn, ce n’était pas l’affaire des hommes… Éool, cet enfant qui semblait délicat était acéré comme le silex le plus dur, réfléchi comme s’il avait vécu dix vies, mais elle était la seule à le savoir. Selon la coutume, il avait reçu une amulette à porter autour du cou à cinq ans. Il ne l’avait jamais perdue. À dix ans, son totem avait été certifié par Caleb. C’était un totem parmi les plus subtils, le Loup-Gris ! Et ce jour, la cérémonie de l’Étoile du Destin allait fixer son avenir. Adani, en entrant dans la caverne, était le seul à être soucieux. Éool avait rencontré son totem. C’était exceptionnel ! En avait-il lui-même conscience ? Adani savait que la journée ne se terminerait pas sans l’explosion d’une surprise. Son visage, malgré les joues rebondies qu’il arborait comme s’il ne voulait pas quitter l’enfance, gardait la gravité d’un adulte. Assis sur ses talons dans le cercle dévolu à sa famille, il taillait un bâtonnet pour les dents en pensant à toute autre chose. Petit à petit la tension montait parmi les hommes du Clan. On savait le vieux Caleb au fond de la caverne, à un endroit interdit à tous. Il décidait du sort de chacun, car l’unité du Clan était leur seule force face à l’hostilité de la nature et du Peuple des Hommes que l’on ne connaissait pas tous. Il gardait la vision de l’avenir, tandis que le chef gérait la Loi et l’immédiat.