//img.uscri.be/pth/aa822376ea5ba14f7bbd7fa4a2d6de1f8554ea00
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 7,90 € Lire un extrait

Lecture en ligne + Téléchargement

Format(s) : PDF

sans DRM

Le Cercle de Stonehenge

De
521 pages
En France, une famille de sorcières, les Nova, est confrontée à un démon aux pouvoirs très puissants. La prophétie prétend qu'il engendrera une fille avec l'une des sorcières. L'enfant permettra à son père de satisfaire son ambition suprême : gouverner le monde. Comment ? En procréant une lignée de démons avec sa propre fille… Mais pour Lazare et les siens, la menace viendra de l'esprit commun des sorcières défuntes.
Voir plus Voir moins

2 Le Cercle de Stonehenge

Titre
Alexandrine Solane
Le Cercle de
Stonehenge

Science-fiction
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit, 2007
www.manuscrit.com

ISBN : 2-7481-8876-4 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782748188769 (livre imprimé)
ISBN : 2-7481-8877-2 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782748188776 (livre numérique)

6


. .
8 Prologue

PROLOGUE
Sur la plaine se dressent des pierres
mystérieuses. Nul ne sait qui les a bâties, ni leur
signification… Ces pierres défient l’imagination
des hommes depuis des millénaires. Les
archéologues ont formé des hypothèses pour
expliquer la signification de ce cercle de pierres.
Le site était-il un temple druidique, un
observatoire pour prédire les éclipses de la lune
et du soleil ? Qui étaient les constructeurs ? On
a évoqué les Romains, les Egyptiens, les
survivants de l’Atlantide ou même des
extraterrestres. Comment des hommes
peuvent-ils transporter des blocs de 12 à
25 tonnes ? Ce peuple mystérieux disposait de
connaissances étonnantes ou ils ont été aidés
par des êtres aux capacités extraordinaires…
Les pierres serviraient de conducteur à un
courant inexpliqué, dit énergie tellurique.
Certaines personnes ont eu des hallucinations
près du site mégalithe. Le cercle de pierres
géantes recèle des secrets que personne ne
pourra jamais découvrir…
9 Chapitre premier

CHAPITRE PREMIER
L’homme observait la jeune fille depuis des
heures. Il se tenait dans l’ombre, sur le trottoir,
en face de la maison. Il était très grand, il frôlait
les deux mètres, son visage était juvénile mais il
n’était pas faible, ni niais. Il était blond. Ses
yeux étaient étranges : ils étaient d’un bleu
métallique. On aurait dit qu’il ignorait ce qui
l’entourait, son attention était fixée sur la jeune
fille…
Elle était assise sur un rocking-chair. Elle
marmonnait une mélopée incompréhensible.
Elle était jeune. Elle eut été jolie si elle était bien
habillée. Elle portait une jupe noire, un gilet
gris. L’homme savait qu’elle savait qu’il était là…
Il souriait. Depuis son enfance, il la hantait. Il
l’avait poussé à la folie… Sa famille l’avait déjà
fait interner à plusieurs reprises mais la
médecine était incapable de la guérir. Elle avait
un ami imaginaire comme les enfants. En
réalité, l’homme apparaissait uniquement à la
jeune fille. Les autres ne pouvaient le voir.
11 Le Cercle de Stonehenge
La porte de la maison s’ouvrit. Une femme
se dirigea vers la jeune fille.
– Marie, tu ne dois pas rester seule. Tu te
rappelles la dernière fois ? Tu t’es ouvert les
veines…
Marie avait tenté de se suicider pour mettre
fin à son supplice… La femme était la sœur
aînée de Marie. Sarah avait vingt-deux ans : elle
étudiait la biologie. Elle était grande, svelte. Elle
était volontaire. Elle était triste que sa sœur soit
une loque humaine, elle était incapable de
s’occuper d’elle. Depuis que Marie avait six ans,
l’âge ou son « ami imaginaire » était apparu, elle
s’était repliée dans son monde. Elle avait des
crises violentes ou elle hurlait, elle
s’automutilait…
– Marie, rentre.
Soudain Marie s’agita : elle se mit à se
balancer d’avant en arrière, violemment.
– Marie qu’est-ce que tu as ?
– Il est là… Sarah… il est là… l’esprit… le
démon… Lazare…
– Un homme te regarde ?
– En face.
Sarah regarda en face, mais Lazare s’était
caché derrière une voiture.
– Je ne vois personne… Marie, tu te
trompes : il n’y a personne. Tu n’as rien à
craindre. Lazare n’existe pas.
12 Le Cercle de Stonehenge

– Non, il existe, ce n’est un produit de mon
imagination…
– Allez, il faut rentrer.
– Sarah, il veut me tuer… Lazare veut ma
mort.
– Marie, c’est l’heure de manger. Grand-mère
nous attend.
– Sarah, ne le laisse pas s’approcher de moi.
Il est si fort, si puissant…
Sarah guida Marie à l’intérieur du manoir.
C’était une vieille maison datant du siècle
dernier. Le vestibule était vaste, les meubles en
bois. Le seul élément de modernité était le
téléphone. Un escalier menait à l’étage avec des
tableaux d’ancêtres de la famille.
La famille Nova était marquée par des
tragédies, des suicides, des meurtres
mystérieux : il n’était pas rare qu’un jeune
décède brusquement… La mère de Marie s’était
suicidée, ce drame était inexpliqué. Elle laissait
derrière elle trois filles : Sarah, Marie et Héloïse.
Le père des filles était mort dans des
circonstances mystérieuses : un soir, il avait été
attiré par une lumière dans un lac, et il s’était
noyé. Le plus troublant est qu’il était un
excellent nageur ! Les filles avaient été élevées
par leur grand-mère.
Hortense était une femme qui avait connu
diverses tragédies dans sa vie : violée à l’âge de
seize ans, elle avait mis au monde un enfant
13 Le Cercle de Stonehenge
mort-né. Elle s’était mariée, avait eu trois
enfants dont Anne, la mère des trois filles. Son
époux avait trouvé la mort dans un accident de
voiture, il avait été écrasé dans son automobile.
Quand les pompiers avaient extrait le cadavre
de Georges, le corps avait été coupé en deux…
Mais Hortense n’était pas femme à se laisser
abattre par le destin : elle était forte, volontaire.
Elle était une femme extraordinaire : elle
communiquait avec le monde des esprits. Elle
organisait des séances de spiritisme. Le
voisinage la craignait, mais dans sa jeunesse, on
la consultait pour soigner des maux divers, pour
lancer des charmes ou des malédictions.
Certaines vieilles du quartier juraient
qu’Hortense Nova les avaient guéries d’une
brûlure, d’une blessure, d’un mal que la
médecine s’était avérée incapable de guérir.
Hortense Nova était une guérisseuse, elle avait
des pouvoirs psychiques…
Hortense Nova était une femme riche : le
manoir lui appartenait. Elle avait d’autres
propriétés. Elle avait également des actions à la
bourse. Ses héritiers étaient sûrs de toucher un
beau magot à sa mort… Elle avait du personnel
de maison : une cuisinière, une femme de
ménage, un jardinier entretenait le jardin et un
chauffeur la conduisait dans ses déplacements
(il emmenait Héloïse au lycée).
14 Le Cercle de Stonehenge

Sarah et Marie entrèrent dans la salle à
manger. La table était dressée. Héloïse était déjà
attablée. C’était une fille à la beauté
époustouflante : blonde aux yeux bleus, de taille
moyenne, des formes voluptueuses. Elle
s’intéressait peu aux études, mais était une
experte dans l’art de l’amour ! A la maison,
c’était le « défilé » des petits copains : elle sortait
avec tous les garçons séduisants de son école.
Elle avait perdu sa virginité à l’âge de treize ans.
A l’époque, sa grand-mère avait engagé un
jeune de vingt ans pour des cours particuliers.
Mais les cours avaient très vite dévié de sujet.
Quant Hortense l’apprit, elle porta plainte
contre le séducteur et assena une gifle
retentissante à sa petite-fille… Pendant deux
mois, Héloïse avait refusé de parler à sa
grandmère. Héloïse était âgée de seize ans, et elle
continuait à séduire les adolescents…
– Asseyez-vous Marie, Sarah.
Marie avait sa place à côté de sa grand-mère.
La cuisinière entra. Elle déposa l’entrée devant
Hortense.
– Merci Amélie.
– Lazare… va me tuer… il va me tuer…
– Elle prétend que l’esprit veut la tuer, dit
Sarah.
– Que vas-tu devenir Marie à ma mort ? Tes
sœurs mèneront leur propre vie, et pourtant,
elles devront veiller sur toi.
15 Le Cercle de Stonehenge
– Grand-mère, je crois que Marie croit qu’un
esprit la traque. Parfois, j’ai l’impression qu’un
homme m’observe…
– Grand-mère, samedi, je suis invitée à une
fête.
– Tu n’iras pas. Tu sors assez la semaine ! Le
week-end, tu restes au manoir pour travailler.
– Pourquoi es-tu si dure avec moi ?
– Je suis ton tuteur légal, tu m’obéiras jusqu’à
ta majorité. Quand tu auras dix-huit ans, tu
feras ce que tu voudras, tu t’enverras en l’air
avec qui tu veux !
– Lazare.
– Marie, tu n’as rien à craindre. Je te protège.
– Lazare !
Marie hurla, elle gigota, trembla, elle tomba
de sa chaise. Elle se tapa la tête contre le mur.
Ses cheveux étaient mêlés de sang.
– Mon Dieu !
Hortense Nova se précipita vers sa
petitefille. Elle marchait sans canne, ne portait pas de
lunettes. Elle avait une santé de fer ; son
médecin pensait qu’elle pouvait atteindre les
cent ans. Elle souleva Marie.
– Tu n’es pas seule à connaître Lazare. J’ai
déjà vu cet esprit, chuchota Hortense.
– L’esprit du démon est parmi nous… il
nous surveille…
A ces mots, Hortense sentit une présence
étrangère, un être maléfique rôdait dans le
16 Le Cercle de Stonehenge

manoir… Lazare s’était introduit dans la
maison, il les surveillait. Il était une menace
pour la famille Nova. Lazare était un esprit, un
démon qu’elle connaissait depuis son enfance…
Ses intentions étaient simples : nuire, détruire la
famille Nova… C’était un démon intemporel,
on ignorait son véritable âge.
Les repas étaient sinistres : Hortense
imposait à ses petites-filles un protocole, elle
exigeait qu’elles fussent à l’heure, qu’elles soient
habillées correctement. Héloïse enfilait un pull
pour cacher ses tenues suggestives. Hortense
Nova éduquait d’une façon stricte ses
petitesfilles. Pendant les repas, Marie délirait, Héloïse
rêvait de ses rendez-vous galants, et Sarah
s’ennuyait. Héloïse avait hâte d’avoir sa majorité
pour quitter le manoir. Elles ignoraient toutes
que c’était leur dernier repas à quatre…
Il était minuit. Les habitantes du manoir
dormaient. Il y avait quatre chambres, dont
Sarah partageait la sienne avec Marie pour la
surveiller. Mais cette nuit, Sarah était endormie,
elle n’entendit pas sa sœur se lever. Marie était
dans le couloir.
Elle fut attirée par l’escalier qui menait au
grenier. Elle monta l’escalier, ouvrit la porte. Le
grenier était un débarras plutôt ordonné ou on
voyait des vieux meubles, des malles, un tableau
ed’écolier, des corsets, des jupes du XIX siècle,
etc. Marie se dirigea vers la fenêtre, elle l’ouvrit.
17 Le Cercle de Stonehenge
La lune brillait. Elle savait que Lazare la
regardait. Il l’avait attirée dans le grenier. La
voix du démon résonnait dans la tête de Marie :
Marie, je t’attends… tu sais que tu ne peux
m’échapper… Marie posa les pieds sur le
rebord de la fenêtre. Si elle sautait, elle serait
sauvée… Lazare ne la tourmenterait plus…
Oui, plus de voix dans ma tête… Marie ferma
les yeux. Son cauchemar devait s’achever. Elle
sauta dans le vide. Elle s’écrasa sur l’herbe. Sa
chute avait été vertigineuse, rapide, la mort
immédiate. L’homme qui avait assisté au suicide
de Marie s’éloigna du manoir, et disparut dans
la nuit…
Jean-Pierre gara sa voiture devant le manoir.
Il était impressionné par la maison chaque fois
qu’il y venait. Elle était somptueuse, une
somptuosité de jadis qui n’existait plus, mais
elle était aussi sinistre. Elle émanait d’ondes
négatives… Oui, le mal était incarné en elle.
Jean-Pierre haussa les épaules : Hortense Nova
était une cliente généreuse. Il était son jardinier
depuis vingt ans. Il prit sa pelle, son sécateur et
les graines qu’il comptait planter. Il déposa son
matériel dans l’herbe du jardin. Quelle était
cette forme blanche ? Il s’approcha : c’était un
corps… Elle était sur le dos, ses yeux clos, du
sang coulait de sa bouche.
– Mademoiselle Marie !
18 Le Cercle de Stonehenge

Marie était une jeune fille déséquilibrée, une
tentative de suicide et des internements à son
« actif ». Elle prétendait être persécutée par un
esprit… Son existence tourmentée avait pris
fin.
Jean-Pierre frappa à la porte. La femme de
ménage lui ouvrit.
– Que se passe-t-il ?
– Appelez la police ! Marie est morte ! La
petite-fille d’Hortense Nova est morte !
– Mon Dieu !
Virginie se précipita vers le téléphone.
– Allô, je vous appelle pour vous signaler
une mort. C’est une femme. Oui, je la connais.
Hortense était matinale : elle se levait à six
heures. Elle avait entendu les cris de la femme
de ménage. Elle descendit l’escalier. Virginie
parlait avec la police. Le jardinier était
bouleversé.
– Que se passe-t-il ? Jean-Pierre, vous avez
cassé un pot de fleurs ?
– Madame Nova, votre petite-fille Marie est
morte… Elle s’est suicidée… Elle a sauté du
grenier, la fenêtre est ouverte.
– Ou est-elle ?
– Dans le jardin.
– Il ne faut pas bouger le corps, dit Virginie.
C’est pour la police.
– Jean-Pierre, avez-vous une vieille
couverture pour couvrir le corps ?
19 Le Cercle de Stonehenge
– Dans ma camionnette il y a toujours des
bâches pour transporter des outils sales.
Jean-Pierre récupéra une bâche marron dans
sa camionnette. Hortense regardait le cadavre
de sa petite-fille.
– Lazare t’a vaincue mais notre famille le
détruira… La prophétie ne se réalisera pas…
Sarah et Héloïse doivent savoir la vérité.
La fenêtre du grenier était ouverte. Lazare
avait attiré Marie dans un piège… Jean-Pierre
recouvrit le corps de Marie.
– Je suis désolé.
– Virginie appelle la police ?
– Oui.
– Restez près du corps jusqu’à l’arrivée de la
police et assurez-vous que personne ne regarde
Marie. Marie était hantée par une chose. Sa folie
l’a poussée à la mort… J’aurais du savoir qu’elle
recommencerait à tenter de se supprimer.
Hortense ne devait pas laisser l’émotion la
gagner, elle devait rester forte pour anéantir
Lazare… Elle devait protéger Sarah et Héloïse.
Sarah et Héloïse avaient entendu à leur tour la
conversation de Virginie.
– Que se passe-t-il ?
– Votre sœur est morte…
– Non !
– Elle est dehors…
Sarah se précipita dans le jardin.
– Marie s’est suicidée !
20 Le Cercle de Stonehenge

– C’est de ma faute ! Elle dormait dans ma
chambre pour que je puisse la surveiller…
J’aurais du l’entendre se lever.
– Tu n’es pas responsable, dit Hortense.
Marie était atteinte de troubles psychiques…
Elle avait déjà tenté de suicide. Cette fois-là a
été la « bonne ».
Héloïse rabattit la bâche qui recouvrait le
cadavre.
– Héloïse, non, ne regarde pas !
Héloïse devait se souvenir jusqu’à la fin de sa
vie du visage blafard de sa sœur… Elle
s’éloigna, et vomit. Elle s’engouffra dans le
manoir.
– Héloïse !
– Laisse-la, Sarah, j’ai besoin de toi. La police
va nous interroger et je dois organiser les
funérailles.
Hortense crut apercevoir une ombre. Mais
elle disparut… Je sais que tu es là, Lazare, tu es
venu contempler ton œuvre. Tu as tué ma
petite-fille.
La police arriva.
– Bonjour. Nous avons reçu un appel d’une
employée de maison.
– C’est Virginie. Je m’appelle Hortense
Nova. Ma petite-fille Marie est morte.
– Ou est son corps ?
– Là…
21 Le Cercle de Stonehenge
Le policier fit signe à ses subalternes qui
soulevèrent le corps.
– Qui a découvert le corps ?
– Moi. Je suis le jardinier.
– Madame Nova, quel âge avait Marie ?
– Dix-huit ans. Marie était atteinte de
troubles psychiatriques, elle a été déjà internée à
plusieurs reprises. Elle s’est suicidée. Elle est
montée au grenier, et elle s’est défenestrée…
– Pourquoi votre petite-fille se serait-elle
suicidée ?
– Elle était névrosée…
– Qui êtes-vous mademoiselle ?
– Sarah Nova, la sœur aînée de Marie.
– Est-ce qu’une personne a été témoin de la
scène ?
– Marie dormait dans ma chambre. Nous
craignions pour la sa vie… Je n’ai rien entendu.
– Combien de personnes vivent dans la
maison ?
– Moi, Sarah et Héloïse.
– Qui est Héloïse ?
– Ma petite-fille.
– Je désire l’interroger.
– Non ! Elle est choquée… Héloïse a perdu
sa mère très jeune. Elle ne sait rien au sujet de la
chute de Marie. Héloïse est mineure, je suis
responsable d’elle.
22 Le Cercle de Stonehenge

– Je suis désolé pour votre petite-fille
madame. Nous reviendrons pour vous
interroger de nouveau.
– Quand pourrais-je récupérer le corps de
ma petite-fille ?
– La mo… on vous contactera.
La police conclut à un suicide : la victime
avait des antécédents psychiatriques, elle avait
fait une tentative de suicide avortée. Hortense
Nova avertit ses fils de la mort de Marie :
Fabrice, son fils aîné, était avocat, il avait un fils
et deux filles, et Roland, marié et père de deux
fils et deux filles. Ce suicide n’étonnait
personne : on savait que Marie était à moitié
folle… Les funérailles de Marie Nova furent
somptueuses : Hortense avait voulu qu’on se
souvienne de cet événement… Le cercueil de
Marie était en marbre. Marie Nova reposait
dans une crypte magnifique.
La famille Nova était réunie au manoir.
Hortense était assise dans un fauteuil, entourée
de ses fils. Sarah et Héloïse s’étaient isolées
dans le vestibule. Les cousines de Marie,
Sophie, la fille de Fabrice, et Caroline, la fille de
Roland, discutaient sur la terrasse devant le
manoir.
– Marie était hantée par un esprit.
– Sophie, tu ne vas pas croire au délire de
Marie ! Elle s’imaginait voir un esprit mais elle
était folle.
23 Le Cercle de Stonehenge
– Quand je voyais Marie, j’ai plusieurs fois eu
l’impression qu’on nous espionnait. Un jour, un
homme m’a suivie.
– Il voulait te faire des avances !
– Quand je me suis retournée, il avait
disparu… Peut-être que nous avions tort de ne
pas croire Marie. Grand-mère fait des séances
de spiritisme.
– Grand-mère a grandi dans un univers
particulier, sa mère, notre arrière-grand-mère,
lançait des charmes contre les maris infidèles
des voisines !
– Tu ne trouves pas étrange les drames qui
frappent notre famille ? Comme si on
s’acharnait sur nous… Je crois que Marie a
ouvert une porte avec le monde des esprits.
Nous sommes liés à un monde immatériel.
– Marie s’est suicidée parce qu’elle était
« dérangée ».
– As-tu parlé à Sarah et Héloïse ?
– Elles sont prostrées. Sarah culpabilise : elle
était chargée de veiller sur Marie…
– De toute façon, Marie aurait fini par se
suicider, surveillée ou pas. Il suffit d’un
moment d’inattention…
– A l’asile, elle n’aurait pu se suicider.
– Les médecins n’ont pu guérir Marie. Elle
était mieux à vivre auprès de sa famille.
24 Le Cercle de Stonehenge

– Je plains Sarah et Héloïse, elles vivent dans
une maison maudite ! Notre tante Anne s’est
pendue.
Pendant ce temps, Sarah et Héloïse étaient
assises sur une banquette.
– Elle n’avait que dix-huit ans… Pourquoi
est-elle morte ? Pourquoi elle ? La France est un
pays de vieux ! Pourquoi la mort n’a-t-elle pas
emporté un vieux au lieu de notre sœur ?
– Héloïse, Marie défiait la mort. Elle a
échoué face à elle…
– Pourquoi a-t-elle ouvert cette fenêtre ?
Sarah, as-tu jamais songé qu’elle voyait réellement
un esprit ?
– Tu as vu un esprit ?
– Non. Mais j’ai déjà senti une présence dans
le manoir et le jardin. C’est comme lorsque tu
sais qu’un voyeur te regarde, mais que tu ne sais
qui…
– Tu n’es pas la seule à sentir la présence
d’un intrus : j’ai plusieurs fois senti une
présence autour de moi.
– Grand-mère est très sensible à ce genre de
choses : si nous avons été épiées, elle a du le
remarquer aussi. Marie a peut-être perçu cette
présence et elle a sauté pour mettre fin à cette
menace.
– Si une présence nous épie, qui est-ce ?
Quel est son but ?
– Grand-mère doit le savoir.
25 Le Cercle de Stonehenge
La veillée funéraire dura plusieurs heures : les
fils et les petits-enfants d’Hortense quittèrent le
manoir. Hortense Nova savait que l’esprit
menaçait ses petites-filles… Il était cruel et
patient : il traquait la famille Nova depuis des
générations…
26 Chapitre II

CHAPITRE II
Hortense Nova attendait que le temps fasse
son œuvre pour avouer à Sarah et Héloïse les
liens qui unissaient la famille Nova à l’esprit…
Elle avait vu apparaître Lazare devant le
manoir ; il l’observait, comme il avait observé
Marie. Elle savait que Marie avait trouvé la paix.
Pour la majorité des gens, la mort était une
épreuve, une fin inéluctable, mais pour Marie,
cela avait été une délivrance. Seule la mort avait
pu la libérer de l’emprise de Lazare, le suicide
avait été le moyen pour quitter une existence
qu’elle ne supportait plus. Donc, Hortense
patientait : Sarah et Héloïse devaient faire le
deuil de leur sœur, elles devraient être fortes
pour affronter la vérité… Sarah et Héloïse
réagissaient différemment face à la mort : Sarah
s’abrutissait dans les études, Héloïse, elle,
n’extériorisait pas ses émotions. Elle n’évoquait
pas la mort de ses parents et de sa sœur.
Six semaines étaient passées depuis la chute
mortelle de Marie. Un soir, Hortense réunit ses
petites-filles dans le salon. Elles avaient compris
27 Le Cercle de Stonehenge

qu’il allait se passer quelque chose d’important
car Hortense avait congédié Amélie pour la
soirée. Hortense était assise droite sur le
fauteuil, son port était celui d’une reine
majestueuse.
– Vous devez être au courant des rumeurs
concernant notre famille : on prétend qu’elle est
maudite. Les hommes meurent brusquement,
les filles deviennent folles. Notre famille détient
plus de cas de névroses et de suicides que
n’importe quelle ville ! Nous avons toutes
ressenties une présence rôder autour de nous,
elle se manifeste dans et près du manoir… Un
homme nous épie. Il nous connaît…
« Tout a commencé en 1755, en Bretagne.
Mélinda Nova, notre ancêtre, avait des dons
pour lire dans l’avenir. Elle était également une
guérisseuse réputée : elle était capable de
soulager des maux dont les médecins étaient
impuissants. Mais son fiancé la trahit ; il la
dénonça aux autorités. Mélinda fut arrêtée,
jugée par des hommes incultes et fanatiques. Le
eXVIII siècle ne tolérait pas les êtres différents.
Mélinda fut trahie par ceux qu’elle avait soignés,
ils ne voulaient pas être assimilés à une femme
si suspecte. Mélinda fut brûlée pour
sorcellerie…
« Mais elle avait eu le temps de mettre à l’abri
sa fille. La fille de Mélinda savait qu’elle était
condamnée si elle demeurait en Bretagne. Elle
28 Le Cercle de Stonehenge

quitta la région et s’installa à Paris. La fille de
Mélinda fut la première à qui l’esprit se
manifesta. Il prétendait s’appeler Lazare, existait
depuis des siècles. Il était très fort, très puissant.
« Toutes les descendantes de Mélinda Nova
ont été confrontées à cet esprit du malin,
démoniaque… Aucune n’a été assez forte pour
le vaincre. Lazare est un esprit capable de
pousser les gens au suicide. Je suis persuadée
qu’il a poussé au suicide Anne et il a
recommencé avec Marie. Les êtres faibles sont
brisés par Lazare… Il a attiré votre père dans ce
lac pour qu’il se noie… Pourquoi ? Pour que
vous soyez seules, vulnérables, pour qu’il puisse
vous manipuler comme il veut…
« Les Nova n’est pas une famille ordinaire :
Mélinda, l’ancêtre de notre lignée, nous a
transmis des pouvoirs extraordinaires. Certaines
peuvent voir l’avenir, d’autres soignent. J’ai
entendu parler d’une Nova qui attirait les
serpents. Mon arrière-grand-mère pressentait
les catastrophes avant qu’elles surviennent,
telles que les inondations, les tempêtes. Depuis
Mélinda jusqu’à moi, les femmes Nova
communiquent avec les esprits : j’ai contacté
Georges et Anne, ils sont réunis et heureux.
« Lazare est un esprit diabolique dont nous
ignorons l’âge véritable, son origine. Nous
pensons qu’il appartient à une lignée très
ancienne d’êtres surnaturels dont l’existence a
29 Le Cercle de Stonehenge

peut-être débuté avant l’apparition de
l’homme… Lazare a choisi notre famille parce
que nous sommes des sorcières très puissantes.
Il ne tourmente que les femmes parce que
seules les femmes héritent de pouvoirs. Il est
très intelligent. Pendant des siècles, les vraies
raisons de son acharnement étaient
mystérieuses, inexplicables, mais nous avons pu
comprendre, au fil des conversations entre lui et
les générations de femmes Nova, que son
ambition était de faire renaître sa race… Il veut
que ses semblables peuplent la Terre. La mère
de son enfant sera une des nôtres… Une
humaine, sans pouvoirs, ne pourrait survivre à
la grossesse d’un hybride ; seule une sorcière
sera assez forte pour mettre au monde son
enfant. Lazare a prédit que l’enfant sera une
fille. Il s’accouplera à elle et les démons
envahiront la Terre… Malheureusement nous
ignorons comment le vaincre… »
Je suis inquiète pour vous : Sarah, Héloïse,
Lazare pourrait jeter son dévolu sur l’une de
vous… Il lui faut une sorcière forte pour porter
son enfant. Il vous tourmentera, vous ferez
subir les pires peines pour s’assurer que vous
pourrez résister à la grossesse.
– Alors Marie n’était pas folle ? Elle n’était
pas folle et tu l’as laissé enfermer à l’asile ?
– Lazare existe. Il a tourmenté Marie, son
esprit n’a pas résisté. Elle a sombré dans la
30 Le Cercle de Stonehenge

folie. J’ai fais interner Marie parce que je pensais
que Lazare ne pourrait plus la persécuter. Je
pensais qu’elle pourrait guérir mais il était trop
tard.
– Grand-mère, tu prétends que la famille
Nova… que les femmes sont des sorcières ?
– C’est la vérité.
– Alors pourquoi n’ais-je pas de pouvoirs ?
– Mais vous en avez ! Seulement ils
sommeillent : ils se révéleront face à Lazare.
– A quoi ressemble-t-il ?
– Les femmes se sont transmis les
informations relatives à l’esprit. Lazare est très
grand. C’est l’une de ses particularités. Il est très
âgé mais il a une apparence juvénile. Il paraît
une vingtaine d’années. Lazare est très élégant,
coquet : il s’est toujours habillé selon les critères
de mode des siècles qu’il a traversé. Il apprécie
l’art, la musique, la littérature. Il est très doué
pour les langues. Une femme Nova prétend
qu’il est capable d’apprendre une langue en
quelques jours ! Sa mémoire est prodigieuse. Il
est très fort. Ne pas se fier à son apparence
frêle. Si vous voyez un homme jeune, grand
avec des doigts plus longs que la moyenne, c’est
Lazare.
– Pourquoi Lazare n’a-t-il pas séduit la fille
de Mélinda ? Pourquoi attendre trois siècles ?
On est en l’an 2000 !
31 Le Cercle de Stonehenge

– Parce qu’il n’a pas trouvé une sorcière
assez puissante pour accomplir sa destinée.
– Il aurait pu te choisir.
– Maintenant, je suis trop vieille.
– Ce que je vais dire est peut-être bête
mais… ne pourrait-on le tuer en l’abattant ?
– Les générations successives ont tout tenté
pour tuer Lazare. Il ne craint pas les balles, ni
les blessures comme un coup de couteau. Sa
peau se régénère. Son espérance de vie est très
longue.
– Il est invincible.
– Tu prétends qu’on est en danger ? Mais tes
fils ont aussi des filles qui pourraient être
choisies par Lazare.
– Il s’est acharné sur Anne, puis il a
recommencé sur ses filles. Marie est devenue
son souffre-douleur. Il a une préférence pour
les filles de ma fille.
– Grand-mère, tu communiques avec les
esprits. Est-ce que tu as déjà invoqué Lazare ?
– Oui, mais il apparaît quand il le décide.
– Que t’a-t-il dit ?
– Ses ambitions, qu’il est inutile de lutter,
qu’il est trop fort pour nous… Il évoque la
mère de son enfant et la renaissance de sa race.
– Qui est-il exactement ? Un ange déchu, un
démon, un esprit ?
– Il est tout cela.
32 Le Cercle de Stonehenge

– Pourquoi sommes-nous différentes ?
Pourquoi Mélinda Nova était-elle une sorcière ?
Si elle n’avait pas montré ses pouvoirs à la
société, nous ne serions pas des phénomènes de
foire ! Quand je pense que toutes les rumeurs
qui circulaient dans la famille étaient vraies ! dit
Héloïse.
– Mais si nous n’étions pas des sorcières et
que Lazare nous ait tout de même traquées,
nous aurions été condamnées à disparaître. La
lignée des Nova aurait été éradiquée. Nos
pouvoirs sont la seule raison de notre résistance
face à sa puissance…
– Si nous n’avions pas été des sorcières, il ne
nous aurait pas traquées ! Il aurait jeté son
dévolu sur une autre famille.
– Ces révélations sont étonnantes et
terrifiantes par leur implication. Vous vous
révoltez, mais vous accepterez votre destinée…
Votre destinée est d’affronter Lazare !
– Non, notre destinée, pour l’une de tes
petites-filles, est d’être la femelle d’un démon, la
mère de l’enfant d’une chose pour qu’il puisse
engendrer une lignée de monstruosités !
– J’ai essayé d’affronter Lazare mais je ne
suis pas la sorcière qui le vaincra. Si la prophétie
se réalise, la mère de l’enfant devrait être une
sorcière assez puissante pour vaincre Lazare.
– Si une sorcière est enceinte de Lazare, elle
pourra avorter.
33 Le Cercle de Stonehenge

– Lazare patiente depuis des siècles pour
accomplir son projet. Crois-tu qu’il laissera une
sorcière qui porte son enfant tuer cette vie ? Il
fera tout pour qu’elle naisse… Il faudrait que la
sorcière empêche Lazare de s’accoupler avec sa
fille.
– Quelle horreur, tuer sa propre fille !
– Cette fille ne serait pas une fille ordinaire.
Elle serait une hybride, à moitié humaine.
Sarah et Héloïse étaient estomaquées par les
confidences de leur grand-mère : elles
apprenaient qu’elles étaient des sorcières ! Un
esprit malfaisant harcelait leur famille depuis
des siècles. Leur ancêtre avait brûlé sur un
bûcher ! Lazare était responsable, quel que soit
la manière, des disparitions de leurs parents et
de leur sœur. Marie avait été persécutée par lui.
Il l’avait poussé au suicide… Un esprit, un
démon, voulait séduire une sorcière de la
famille Nova pour engendrer une fille, une fille
avec laquelle il voulait procréer d’autres
démons. Qui choisirait-il, l’une des filles
d’Anne, ou l’une des filles de Fabrice ou
Roland ? Quelle était la nature profonde de
Lazare ?
Sarah était sceptique : elle pensait que Lazare
existait mais qu’il ne voulait pas engendrer un
enfant avec une Nova. Sa réaction n’étonnait
pas sa grand-mère : elle était cartésienne. Par
contre, la sensualité d’Héloïse s’accordait à une
34 Le Cercle de Stonehenge

curiosité insatiable concernant le surnaturel :
elle prenait la menace de Lazare très au sérieux.
Elle se documenta sur les légendes, la
sorcellerie, la magie et la démonologie. Elle
voulait découvrir son pouvoir pour ne pas être
prise au dépourvu quand elle affronterait
Lazare. Cette situation la rapprocha de sa
grand-mère. Elle voulut participer à une séance
de spiritisme.
Les employés d’Hortense Nova savaient
qu’elle communiquait avec les morts. Elle
appelait régulièrement les esprits. Mais entrer en
contact avec l’au-delà était dangereux : il y avait
toujours un risque qu’un esprit pernicieux
apparaisse. Les novices devaient être assistés
par un spirite, une personne qui avait l’habitude
d’invoquer les esprits.
Un soir, Hortense se prépara à entrer dans
l’autre monde. Les séances se déroulaient dans
l’obscurité, des bougies assuraient un éclairage
tamisé. Avant d’entamer les choses sérieuses,
Hortense signifia à Héloïse les précautions :
– Tu te contenteras de regarder, d’observer.
Ne parle pas aux esprits. Ne m’adresse pas la
parole. Quand je parle avec eux, je suis en
transe. Qui veux-tu que je contacte ?
– Marie. Quand pourrais-je invoquer
l’audelà ?
35 Le Cercle de Stonehenge

– Le spiritisme est une entreprise ardue et
complexe : il requiert pas mal d’expérience. Ce
n’est pas un travail de débutante.
– Depuis combien de temps invoques-tu les
esprits ?
– Depuis si longtemps que je ne saurais te
dire combien d’années… Je vais appeler Marie.
Souviens-toi, tu ne parles pas, tu n’agis pas.
Regarde.
Héloïse attendait cet instant depuis la
révélation de l’existence de Lazare. Elle
comprenait maintenant les drames de sa
famille : le démon se cachait derrière ces
meurtres et ces suicides inexplicables…
Connaître le don de sa grand-mère lui
permettait de mieux connaître le monde la
sorcellerie. Elle savait qu’il existait une magie
blanche et noire. Hortense commença son
invocation :
– Marie Nova, fille de Anne, apparais. Je
t’appelle. Par le feu, l’air, la terre et l’eau,
j’invoque les puissances du surmonde. Esprit de
l’au-delà, manifeste-toi !
Héloïse attendait une apparition. Elle allait
s’adresser à sa grand-mère quand elle se
rappelait que celle-ci lui avait bien recommandé
ne pas lui parler durant la séance. Mais soudain,
un souffle balaya le salon. Il faisait froid. Une
jeune fille se dressait devant Hortense : elle était
36 Le Cercle de Stonehenge

immatérielle, transparente. Héloïse voulait
crier : l’esprit était Marie !
– Marie, ton âme est-elle en paix ? As-tu
trouvé dans la mort la quiétude que tu n’as pu
trouver dans la vie ?
– J’étais tourmentée. Lazare m’a vaincue. J’ai
trouvé le repos…
– J’aimerais te jurer de te venger, mais je sais
que je ne suis pas la sorcière qui le vaincra.
Lazare choisira une femme qui sera puissante.
Cette sorcière pourra débarrasser notre famille
du danger qu’il représente…
– Sarah et Héloïse sont en péril : elles sont
les mères potentielles de l’engeance
démoniaque…
– Sais-tu qui il va-t-il choisir ?
– Cette génération sera la bonne pour
Lazare, mes sœurs et mes cousines verront l’une
d’elles porter la fille de l’esprit … Adieu, ou
plutôt au revoir… Nous nous reverrons d’une
façon ou d’une autre, que ce soit dans le monde
des vivants ou l’au-delà …
L’esprit de Marie se dissipa, la « silhouette »
disparut. Hortense sortit de sa transe. Elle tira
les rideaux qu’elle avait « fermer » pour la
séance, souffla sur les bougies. Héloïse était
stupéfaite par ce qui s’était passé.
– C’était Marie !
– La mort l’a délivré de Lazare. Au moins,
elle ne sera pas la mère de l’hybride…
37 Le Cercle de Stonehenge

– La vie existe après la mort… Existe-t-il un
paradis, un enfer ?
– Non, ni paradis, ni enfer. Les meurtriers
n’expient pas leurs péchés, les Mère Thérésa ne
sont pas récompensées pour leur dévouement
aux autres… Je te félicite Héloïse : tu es resté
stoïque, tu n’as pas crié, tu n’es pas intervenue.
Lors des prochaines séances, nous contacterons
tes parents.
– J’étais si étonnée ! Ma sœur est morte et je
l’ai vue ! Je suis soulagée qu’elle ait trouvé le
repos. Elle était tourmentée depuis son enfance,
maintenant, elle s’est affranchie du pouvoir de
Lazare…
Héloïse fut obnubilée par les propos de sa
sœur : Lazare pouvait la choisir… Comment
pourrait-elle supporter l’idée que son enfant
serait sans doute responsable de
l’asservissement des humains ? Lazare et sa
fille peupleraient la Terre de démons qui
voudraient dominer les hommes… Si ce n’était
pas elle la future mère, ce serait sa sœur ou
l’une de ses cousines : Marie avait affirmé que
cette génération serait celle auquel
appartiendrait la mère de l’hybride… La
prophétie évoquait le destin de l’enfant, mais
personne ne savait ce qu’il advenait de la mère
après la naissance de la fille. Mourrait-elle en
couches parce qu’aucune humaine, même une
sorcière, ne pouvait résister à cette naissance ?
38 Le Cercle de Stonehenge

Lazare la tuerait-elle, se désintéressait-il d’elle
après qu’elle lui eut donné la fille qu’il désirait ?
Ou continuerait-il à engrosser la sorcière pour
avoir plus de descendants pour peupler la
Terre ? Héloïse se jura que, si elle était enceinte
de Lazare, elle se tuerait pour que la « chose »
ne naisse pas…
39 Chapitre III

CHAPITRE III
Après cette première expérience de
spiritisme, Héloïse assista à toutes les séances
de nécromancie de sa grand-mère : elle voulait
être une spirite. Elle était fascinée par l’au-delà,
parler avec des morts l’aidait à affronter l’idée
de sa propre mort… Elle avait parlé à sa sœur,
ses parents. La divination lui permettait de
parler avec des proches disparus et des aïeux
qu’elle n’avait pas connus. Hortense Nova était
fière que sa petite-fille accepte son héritage ; en
participant aux séances de spiritisme, elle
devenait une sorcière. Peu à peu, Héloïse
devenait une spirite expérimentée ; elle apprit
les formules pour appeler les esprits, pour
renvoyer les apparitions « néfastes » dans
l’audelà. Quand Héloïse se désespérait de son
évolution, Hortense lui rappelait qu’elle avait
mis des années avant d’être capable d’affronter
le monde de la mort.
Sarah était une scientifique : pour elle,
l’existence de la magie et des démons était
difficile à croire. Elle avait appris à croire ce
41 Le Cercle de Stonehenge

qu’elle voyait. Elle savait que des charlatans
profitaient de la crédulité du public : combien
n’avait-elle vu d’annonces de voyantes de
pacotille et de soi-disant guérisseurs ! Elle ne
croyait pas les témoins d’apparitions d’ovnis.
Que dire des milliers d’Américains qui
prétendaient avoir été enlevés par des
extraterrestres ? Les gens avaient trop vu d’« X
Files » ! Sa famille exerçait la sorcellerie ! Son
ancêtre était une sorcière ! Un esprit voulait
séduire une femme Nova pour la mettre
enceinte ? Allons donc ! Soyons sérieux un
instant. Elle étudiait la biologie, la génétique :
elle voulait être chercheuse. Au moins, dans un
laboratoire, elle était sûre de rencontrer des
cartésiens, des scientifiques. Aucun ne croirait
aux démons, à la parapsychologie ! C’était la
science qui avait sorti l’homme de son
ignorance ; c’était le savoir qui distinguait
l’homme de la bête… Au fil des siècles,
l’humain avait inventé des légendes, des
démons, des religions pour expliquer
l’inexplicable, mais c’était la science qui était la
reine du savoir. Elle expliquait ces mythes par la
peur de la mort, l’incapacité de l’homme à
dominer la nature, à comprendre des
phénomènes naturels, et à percer le mystère des
peuples qui l’ont précédé mais dont le niveau
culturel et scientifique dépassait la technologie
edu XX siècle… Pourtant, ces contes
42 Le Cercle de Stonehenge

fantastiques devaient avoir une réalité
historique. Alors on pouvait se demander si un
esprit n’eut pu convoiter une sorcière pour
peupler la Terre de ses semblables…
Sarah et Héloïse apprenaient à vivre sans leur
sœur : la première étudiait, la seconde se rendait
au lycée, mais sans l’enthousiasme de sa sœur.
Héloïse cherchait sa voie : quel métier
pouvaitelle choisir ? Elle aurait bien aimé vivre de ses
séances de spiritisme, mais expliquer aux gens
qu’elle était une sorcière était inenvisageable !
Elle voulait travailler après avoir passé l’épreuve
du baccalauréat, mais Hortense voulait qu’elle
fasse des études à la fac. Héloïse réfléchit : elle
devait choisir une matière. Elle n’était ni
littéraire, ni scientifique. Elle avait toujours rêvé
de visiter l’Italie. Apprendre la langue serait
utile. La communication était importante dans
la société ; les personnes bilingues étaient très
recherchées. Sa grand-mère était ravie de sa
décision. (Finalement, on allait faire quelque
chose d’Héloïse !)
La décision d’Héloïse la motiva à s’appliquer
dans ses études. Si elle voulait entrer à la
faculté, elle devait avoir son bac. Elle réduisit le
nombre de sorties-elle sortait moins en boîtes
de nuit-, elle accordait moins de temps à ses
amants. Mais la nature et la croissance
n’oubliaient pas Héloïse : en deux ans, elle
changea. Elle s’affina mais conserva ses formes
43 Le Cercle de Stonehenge

voluptueuses. Elle avait le physique d’une
Laetitia Casta.
Deux ans passèrent : Héloïse obtint son
permis de conduire, et passa son baccalauréat.
Elle acquit une certaine indépendance : elle
acheta une voiture, elle put aller voir ses flirts
chez eux. Hortense ne pouvait plus l’empêcher
de faire ce qu’elle voulait. Elle avait dix-huit
ans. Finie la tutelle de Grand-mère ! Elle menait
de front ses études d’italien et un job, vendeuse
dans une boutique de vêtements. Cet argent lui
servirait à trouver un studio, payer un loyer,
l’électricité, l’eau, etc. Elle aurait pu demander à
Hortense de l’aider, mais elle ne voulait pas de
dettes. Sarah continuait ses études. Elle
s’occupait de Grand-mère.
Hortense Nova était inquiète et étonnée ; en
effet, Lazare ne s’était pas manifesté depuis
deux années. Il n’avait pas répondu à ses
invocations, ne les espionnait plus, ne les
tourmentait plus… Pourquoi ? Préparait-il un
plan pour séduire la sorcière de son choix ? Si
oui, laquelle ? Sarah et Héloïse seraient-elles
faire face à Lazare ? Sarah refusait d’admettre
son ascendance de sorcière ; si elle était choisie
par l’esprit, elle ne pourrait se défendre. Héloïse
pourrait résister à Lazare. Elle était une spirite
très puissante, elle arrivait à chasser les esprits
mauvais. Ce qui était le signe d’un pouvoir très
développé… Entre une sorcière « refoulée » et
44 Le Cercle de Stonehenge

une sorcière qui assumait, Lazare ferait vite son
choix. Hortense se persuada qu’Héloïse serait
une mère potentielle pour Lazare… Elle
attendait que le pouvoir de Sarah se révèle.
Héloïse était contente ; elle avait décoré son
studio dans le style italien, avec différentes
epériodes (antique, Renaissance, XVII siècle).
Elle avait enfin quitté ce maudit manoir ou sa
grand-mère la tenait en laisse depuis la mort de
sa mère ! Son studio était situé dans un quartier
tranquille. Il n’était pas dans un immeuble
pourri, avec des problèmes de chauffage, des
voisins idiots, machos, feignants, et obliger de
se taper les étages à pieds parce qu’il n’y avait
d’ascenseur ! L’appartement était constitué
d’une chambre, d’une cuisine, d’une salle de
bains et d’un vrai salon ce qui était rare dans un
studio pour étudiants. Quand elle recevait des
amis, elle dépliait le canapé. Elle menait une vie
dissolue, étrange, entre séances de spiritisme,
étude de l’italien, et orgies sexuelles ! Sa
sensualité se déchaînait : elle séduisait les
étudiants. On disait en plaisantant, sur le
campus, qu’Héloïse Nova était une experte en
« langue » ! Mais les étudiants ignoraient qu’ils
avaient affaire à une sorcière.
L’existence d’Héloïse bascula un soir… Elle
était seule, elle avait refusé une invitation pour
étudier chez elle. Elle lisait un livre en italien
depuis deux heures. Son cerveau était « bourré »
45 Le Cercle de Stonehenge

de noms d’auteurs italiens ! Elle voulait arrêter.
La prise de tête, stop ! Elle posa le livre sur son
bureau. Elle s’avança vers la fenêtre.
Elle remarqua aussitôt l’homme devant
l’immeuble qui était en face du sien. Elle ne
voyait pas son visage, il était dans la pénombre,
mais il était très grand, plutôt mince. Le quartier
était désert à cette heure-ci, les gens étaient
rentrés chez eux ou ils étaient déjà sortis. Il y
avait peu d’étudiants, peu de jeunes qui
semaient la zizanie, gueulaient dans la rue parce
qu’ils étaient bourrés ! Qui était cet homme ?
Un pervers, un voyeur, un amoureux transi
guettant sa bien-aimée ou un jaloux attendant le
retour de sa compagne ? Cet homme… il
dégageait une impression de sensualité,
d’ambition, mais aussi de mal. Le mal… Ce
type était Lazare ! Qui pouvait l’espionner à
part lui ? Lazare s’était enfin décidé à se
montrer. Elle le voyait pour la première fois,
même si elle avait déjà senti sa présence…
Pourquoi choisissait-il ce soir-là pour se
manifester ? Pourquoi attendre dix-huit ans ? Sa
présence signifiait-elle qu’il avait choisi Héloïse
pour faire revivre sa race démoniaque ?
Comment se défendre ? Si seulement sa famille
avait un grimoire pour vaincre les démons,
comme le Livre des Ombres des sœurs de
« Charmed ». Que devait-elle faire ? L’affronter,
ou fuir ? Fuir ou ? Il avait disparu deux ans et il
46 Le Cercle de Stonehenge

réapparaissait. Si elle s’enfuyait, il pourrait
revenir n’importe quand…
Il était neuf heures du soir. Demain, elle avait
cours à huit heures. Lazare serait peut-être parti
demain. Elle regarderait un film et elle se
coucherait. Elle avait décidé d’ignorer le démon.
Elle regarda une comédie. Elle se coucha,
s’endormit. Le lendemain, sa première pensée
fut de vérifier si Lazare était encore là. Elle se
précipita à la fenêtre : personne ne la guettait. Il
était parti. Après tout, Lazare avait-il besoin de
se reposer ? Il était un esprit mais on ignorait
ses besoins. Mangeait-il, courrait-il, faisait-il du
sport ? Elle savait qu’il était sensible à l’art. Si
elle rencontrait un homme « jeune », grand et
évoquant la musique, elle saurait que c’était
Lazare.
Les mois suivants, Lazare réapparut plusieurs
fois : il avait l’habitude d’observer la jeune
sorcière. Héloïse était une spirite douée. Il
voulait la connaître avant de fixer son choix.
Elle était très belle, quelque peu provocante. Si
elle devenait la mère de son enfant, il devrait
surveiller ses fréquentations. Il savait qu’elle
était une séductrice. Déjà, il était jaloux des
hommes qui la draguaient… Avec lui, il ne
tolérerait pas cette attitude aguichante, il tuerait
les hommes qui la convoiteraient ! Il s’était
effacé pendant deux ans pour focaliser son
attention sur les autres petites-filles d’Hortense,
47 Le Cercle de Stonehenge

mais il s’était aperçu qu’aucune n’avait hérité
des pouvoirs de leur grand-mère. Savaient-elles
qu’elles étaient en réalité des sorcières ? Il se
rabattit sur les filles d’Anne : celle-ci avait
sombré dans la folie, il s’était bien amusé à les
rendre dingues, elle et sa fille Marie. Au fil des
siècles, Lazare avait toujours trouvé des âmes
faibles parmi les sorcières pour les tourmenter
et les rendre folles. Il avait essayé de
transformer Hortense en démente hystérique,
mais elle était forte, pas faible. Il devinait que sa
lutte contre Héloïse serait ardue…
Cependant, il était intrigué par un fait : les
pouvoirs de Sarah ne s’étaient pas encore
manifestés. Pourquoi ? Refusait-elle son état de
sorcière ? Lazare décida de choisir sa maîtresse
entre Sarah et Héloïse, même s’il avait une
préférence pour la benjamine. Il séduirait l’une
des deux, et, si elle se refusait à lui, il la
violerait… Il n’allait pas laisser une stupide
pudibonderie d’humaine lui gâcher son plaisir !
Lazare décida de rencontrer Sarah. Elle était
étudiante dans une faculté, elle s’initiait à la
biologie. Lazare se disait que si elle étudiait son
ADN, elle serait surprise ! Ses gènes étaient
différents des humains. Il était plus intelligent,
plus rapide, plus fort, mais aussi plus
psychopathe ! Il éliminait tous ceux qui se
mettaient en travers de son chemin, il avait tué
les amants de plusieurs sorcières Nova qui
48 Le Cercle de Stonehenge

voulaient l’empêcher de torturer leurs
maîtresses… Comment aborder Sarah ? Il ne
pouvait débarquer en disant : « salut, je suis
Lazare, tu veux porter ma fille » ! Il était un
esthète, mais Sarah n’était pas sensible à l’art.
C’était une scientifique. Il devait accoster la
jeune fille en parlant de la science. Dommage
qu’il ne puisse parler de démons, c’était un
expert dans ce domaine !
Lazare suivait Sarah depuis des heures. Ils
étaient à la bibliothèque, Sarah était une
« cliente » régulière de celle de la faculté. Lazare
n’avait eu aucun mal pour se faire passer pour
un étudiant, il paraissait plus jeune que la
plupart d’entre eux. Il avait assassiné un
étudiant, avait dérobé ses affaires. Il avait
planqué le corps dans un local de la
bibliothèque. Il savait que la police découvrirait
qu’un inconnu s’était fait passer pour la victime,
et que les personnes présentes dans la
bibliothèque feraient sa description aux forces
de l’ordre. Mais il était insaisissable. Les
humains étaient incapables de l’arrêter ! Il
soupira d’aise quand Sarah s’assit enfin. Marre
de se cacher derrière les étagères de livres pour
qu’elle ne le voie pas ! Elle avait pris un livre
« La physique quantique ». Il prit un air timide,
l’étudiant craintif qui n’ose aborder les gens :
– Excuse-moi, mais j’ai vu que tu as pris La
physique quantique… Je suis nouveau.
49 Le Cercle de Stonehenge

– Première année de DEUG ? Lequel ?
– Biologie. Je suis embarrassé… je ne
connais personne… Je suis perdu, je voulais
savoir si tu pouvais m’aider… je comprends si
tu refuses de m’aider… Tu ne dois pas te sentir
forcée…
Jouer l’étudiant innocent, niais et culpabiliser
les étudiants « confirmés » étaient une bonne
technique pour aborder Sarah…
– Je connais ça. Comment t’appelles-tu ?
– Tom. (C’était l’étudiant dont il avait
endossé l’identité.)
– Assieds-toi. Quel est ton véritable
problème ?
– Pardon ? Que veux-tu dire ? (Sarah
avaitelle compris son manège ?)
– Quel est le sujet que tu ne comprends pas ?
Sarah ne se méfiait pas. A la bibliothèque,
tous les étudiants avaient au moins une fois aidé
le nouveau de service… Elle examina Tom : il
était très grand, mince mais vigoureux. Il était
très jeune. Ses yeux étaient bleus, ses cheveux
dorés. Il était séduisant mais une énergie
négative émanait de lui… Aucun doute qu’il
serait tombé dans les filets de sa sœur ! Lazare
hésita quelques instants avant de répondre :
– La physique quantique.
– Tiens. Lis ce livre, il s’adresse aussi bien
aux débutants qu’aux autres…
50 Le Cercle de Stonehenge

En tendant l’ouvrage à « l’étudiant », Sarah
remarqua ses doigts. Ils avaient une longueur
anormale… comme Lazare… Sa grand-mère lui
avait parlé de l’apparence juvénile et des mains
très longues du démon. Il l’avait suivi ! Les
démons existaient vraiment ! Lazare devina
immédiatement qu’il avait été découvert. Sarah
avait peur. Elle recula.
– Que veux-tu ?
– Tu sais ce que je cherche Sarah… la
sorcière qui sera la mère de ma fille… Peut-être
toi. Je veux te connaître.
– Je ne t’appartiendrai pas !
– Je n’ai pas dit que tu serais obligatoirement
la mère de mon enfant, mais c’est possible.
– Pourquoi ma famille ?
– Parce qu’une sorcière de ta famille fera
revivre ma lignée…
– Que feras-tu quand ta fille sera née ?
– Elle et moi serons le premier couple de ma
lignée…
– Tu es un monstre !
– Je suis Lazare.
– Que dois-je faire pour que tu disparaisses
de ma vie ?
– Rien. Rien de ce que tu pourras faire ne
pourra me convaincre de renoncer à mon
projet… Personne ne peut me vaincre…
– Je te hais Lazare !
51 Le Cercle de Stonehenge

Soudain Sarah se sentit paralysée : elle ne
pouvait bouger ses jambes, ses bras refusaient
de lui obéir.
– Que m’as-tu fait ?
Lazare voulait voir comment Sarah réagirait
face à ses maléfices.
– Tu es une sorcière ! Utilise ton pouvoir.
Sarah ne pouvait se déparalyser ; elle ignorait
son pouvoir. Pourtant des centaines d’insectes
surgirent dans la bibliothèque. Les étudiants
crièrent. Sarah sentit la rage affluer… Elle
dirigea les insectes vers lui… Lazare était
satisfait : il connaissait le don de Sarah. Il libéra
la jeune femme. Il disparut brusquement.
Affolée, Sarah traversa la bibliothèque, elle ne
prêtait pas attention aux bestioles qui avaient
envahi les lieux… Elle sortit de la bibliothèque.
Elle composa le numéro de téléphone de sa
sœur :
– Héloïse !
– Sarah, bon Dieu, que se passe-t-il ? Tu me
fais une crise de nerfs !
– Héloïse, j’ai vu Lazare ! Il existe, je l’ai vu !
Il était à la bibliothèque, il s’est fait passer pour
un étudiant. J’ai compris sa réelle identité en
voyant ses doigts… Il me terrorise !
– Il t’a menacé, blessé ?
– Non. Il m’a paralysé. Des insectes ont
envahi la bibliothèque… Je dirige les insectes,
52