Le Chant du Drille

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Français
142 pages
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Aujourd'hui l'être humain vit 200 ans. Il a depuis longtemps quitté la Terre originelle, essaimé vers des systèmes planétaires lointains, fondé ses colonies et ses lois interstellaires. Aux confins de la fédération Homéocrate, Taheni est une planète vierge et paradisiaque dont l'équilibre écologique est menacé par les installations humaines. Les Drilles, animaux humanoïdes semblables à des lémuriens et doués d'un chant merveilleux, se pressent par milliers aux portes de la ville pour s'y laisser mourir. Lodève, inspectrice générale des Colonies, est dépêchée pour décrypter cette énigme et enquêter sur les corruptions et complots de la petite société tahenite, qui mettent en cause l'ensemble du système homéocrate.

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Date de parution 12 mars 2015
Nombre de lectures 106
EAN13 9782846269780
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Ayerdhal
Le Chant du Drille
Du même auteur
LIL DU SPAD(Cybione 4), roman,Jai lu CHRONIQUES DUN RÊVE ENCLAVÉ, roman (Prix Ozone 1997), Au diable vauvert LA LOGIQUE DES ESSAIMS,nouvelles,Imaginaire sans frontières KEELSOM, JAHNAÏC(Cybione 3), roman,Jai lu POLYTAN(Cybione 2), roman,Jai lu CYBIONE, roman,Jai lu LHOMME AUX SEMELLES DE FOUDRE(Quark noir), roman, Flammarion DEMAIN, UNE OASIS, roman (Grand Prix de lImaginaire 1993), Jai lu LABOHÊME ET LIVRAIE, roman,Fleuve noir ÉTOILES MOURANTES(avec JeanClaude Dunyach), roman (Prix Tour Eiffel 1999, Prix Ozone 2000),Jai lu LA QUÊTE DE LA DIGNITÉ POUR LES PERSONNES HANDICAPÉES MENTALES, document,A.D.A.P.E.I. CONSCIENCES VIRTUELLES(Macno), roman,Baleine MYTALE, roman,Jai lu SEXOMORPHOSES(Daym, opus 2), roman,Jai lu BALADE CHOREÏALE, roman,Jai lu LHISTRION(Daym, opus 1) roman,Jai lu GENÈSES, anthologie présentée par Ayerdhal,Jai lu
© Éditions Au diable vauvert 2003
Au diable vauvert La Laune 30600 Vauvert www.audiable.com contact@audiable.com
À Nicole, aux yeux tendrement chafouins, À Fabrice, au verbe mortellement sincère, À Thomas, au sourire dévastateur, À Méline, linépuisable, À mes quatre sousmarins sans ogive, mes rêveurs deau, mes Chiapello.
Avertissement
Les habitués de lunivers Homéocrate dAyerdhal reconnaî tront différents protagonistes administratifs dautres ouvrages. Toutefois, il est utile de préciser queLe Chant du Drille, pre mier roman de lauteur, se situe historiquement entreMytale etLa Bohême et livraie,expliquant certaines différences socio politiques qui pourraient sembler des incohérences.
Prologue (Lettre à Lodève)
Dabord, le ciel est magenta, uniformément, avec pour tout décor la piécette pourpre de la naineaurorale quand, pour quelques heures, elle règne, seule et timorée, sur le monde. Depuis quelle sest levée, aux pieds des arbres et des roches se devinent des flaques dombre, plus éthérées encore que celles des lunes qui déchirent la nuit. Tout paraît sépia ou, comme leau, dun violet très sombre, et lil doit sadapter avant de distinguer les bistres, les ocres rouilles, les briques et toutes les confusions bru nâtres aux dominantes de chaque couleur primitive. Lair est vibrant démois pépiés, dappétits gazouillants, de bourdonnements et de caquètements affairés, dun million de sons qui se fondent, ou se heurtent dans un chur allègre et léger. Cest linstant quotidien du Chant du Drille. Latmosphère est à la balade, le regard pèlerin, et sou dain lon sarrête, le cur se ralentit et lon prend enfin conscience dune mélodie cristalline et syncopée. Cest un soprano limpide qui senvole audelà des tympans
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humains et les silences de ces ultrasons brisent le Chant dune arythmie dont le cerveau sabreuve jusquà livresse. Une deuxième voix sinsinue dans les aigus, sur un autre thème, sur une autre mesure. Dautres timbres jaillissent, dautres harmoniques viennent se confondre et donnent à lair la consistance des songes. Le Chant du Drille est un délire dindividualités sonores dont chaque mélodie est délicieuse et entière, et dont le tout est le plus cohérent des univers musicaux. À chaque aube son Chant, improvisé et unique, à chaque aube une symphonie, brève et sublime, que lon voudrait éternelle. Puis cest le silence, un silence impitoyable, et le fhn pénètre la vallée. De lhorizon opaque, tout à coup, surgit un amas apocalyptique de crêtes déchiquetées, percé de trouées informes. Très vite, un flamboiement orangé dessine des montagnes et se répand en langues dor et de feu sur les lacs. La clameur animale retentit à nouveau : le soleil est de retour. Et, comme une vague déferle, un flux multicolore sabat sur la nature et chasse les bruns rouges vers louest. Un instant, la tiédeur reste comme en suspension et le fhn se fait autan. Chaque éveil solaire est précédé dune brise chaude qui semble aspirer les masses dair que les sommets de glace entretiennent, loin au nord est. Le vent givrant traverse la vallée en une seule rafale qui lustre toute la flore dune pellicule de glace fripée et compresse les poitrines dun étau suffocant. Lhiver, il dure parfois quelques heures et tue ; ses gifles printanières sont un remords dempire et leur action sur lorganisme est celle dune douche intérieure, un
avantgoût de mort qui régénère. Lastre géant a tôt fait de dissiper le givre en rosée et la nature explose de cette seconde naissance. Ondulant de vallons en collinettes, lherbe courte et soyeuse se répand en tons chatoyants, des verts aux bleus, comme un tapis de laines serrées. Elle est gazon durant cinq mois et ne croîtra quau début de lété pour se faire savane, sournoise et dangereuse. Partout où certains sels minéraux la teintent de turquoise, elle ségaie de petites colonies florales de ce jaune doré, très brillant, qui réflé chit si sélectivement la lumière. Par endroits, un arbre jumeau sélance en arabesques vers la frondaison pistache qui le coiffe en coupole clairsemée, les sinuosités entre lacées de ses deux troncs épais recèlent des dizaines dan fractuosités dans lesquelles gîte le plus étrange des champignons: létoiledecraie, dont on tire un lait siru peux et éthylique au goût de miel. La vallée sincline doucement vers le lac, mais il est impossible daccéder aux berges de celuici sans traver ser la forêt. La forêt! Tour à tour discrète, haute, épaisse, sombre, lumineuse, vivante ou figée, des milliers dhec tares darbres et de buissons bigarrés, des centaines de clairières, de fougeraies, de ruisseaux, des millions de vies anonymes et surprenantes qui cohabitent ou alter nent avec un souci déquilibre que seule la nature sait doser. La forêt, ici, est un émerveillement permanent, un rêve de poète enfin incarné, magnifique à perdre le sens du réel, apaisant jusquà lhypnose et si vaste, si mouvante, que lennui en est banni. Cest un cauche mar de névropathe aussi, où la survie tient de lérudi tion et lérudition sy paie, chèrement ! On y croise tant
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de pièges, tant de tueurs sous tant de parures, quil faut lapprendre en permanence et se garder de la connaître. Là et maintenant, on peut sallonger sur la mousse, grimper aux arbres, passer les mains sur les buis ou dans leau vive, sapprocher danimaux étranges et dormir sans précaution particulière, mais surtout ne pas reve nir à la saison suivante. Ailleurs et tout le temps, il ne faut même pas respirer, une fleur zinzolin en profite rait pour vous brûler les poumons de son exhalaison bor giaque. Ailleurs encore, à certains moments, un dard paralyse, une griffe égorge, des crocs déchirent, un long bec acéré sabreuve dhypophyse, un lierre étrangle, un feuillu millénaire assomme dun akène de vingt kilos, un conifère projette ses aiguilles de trente centimètres, un tapis de feuilles se soulève ou senfonce. Surtout, sur tout se méfier de tout ce qui nest pas dûment connu. Quand on a tenté quelques expéditions lété, risqué la folie lhiver, ou réussi laventure sans trop de dom mages lautomne, on ne peut éviter lextase du prin temps, quand la forêt est inoffensive et quon peut la parcourir en toute quiétude. Durant les vingt et un mois de cette interminable année, ce sont quatre ou cinq forêts différentes que lon découvre avec stupeur, étrangères à tout souvenir, toujours au même endroit, cernant désespérément le lac. Il nest pas régulièrement large, mais il est long, très long, et fantasque par ses contours, ses bras, ses rivages et sa multitude dîles et dîlets épars. Le lac, les lacs, sur ce monde âgé, sont les seuls éléments aux dimen sions de lémotion humaine, si lon excepte les drilles et la fascination que le lac, justement, exerce sur eux.
Sur les berges ou dans leau, quelle que soit lheure, ils y sont toujours nombreux et, affairés ou inactifs, tou jours insouciants. Mais que sont ces Drilles ? À peine en aperçoiton un et lon sait, indéniable ment, que ce petit être frêle nest plus un animal depuis longtemps. Il est là, debout sur des membres postérieurs qui ne connaissent que cette station, nu et dépourvu de toute pilosité, le corps rompu à une existence de créa ture évoluée, le crâne aussi vaste, aussi plein que le nôtre. Comme ce crâne, comme ces traits sont paisibles et sages ! Le visage est fin, presque triangulaire, avec une arête nasale quasi invisible, proche dun museau félin, une étroite bouche dépourvue de lèvres, ni men ton ni pommettes, mais deux yeux ronds, démesurés, curieusement mobiles, aux pupilles en étoile à quatre branches qui souvrent sur une profondeur insondable. Ce quelles semblent naïves ces deux boules glauques dans cette tête lémurienne ! Ce quil semble fragile ce drôle de petit bonhomme avec ses épaules étriquées, ses bras et ses mains à quatre doigts dapparence friables, ses jambes trop grandes et ses pieds palmés. Oui, il a lair délicat ce cousin impossible, au point que lon est pris de cet attendrissement instinctif et stupide qui nous le fait observer comme un petit frère pitoyable ou, pire, comme un animal familier naïf et confiant. Les Drilles sont répandus dans toutes les zones tem pérées, sur les deux hémisphères, auprès de chaque lac et de chaque étang. Il est facile destimer limportance de leur population puisquil existe un rapport étroit entre le nombre dindividus évoluant au sein dune
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communauté et la superficie de son plan deau. Si lon considère quils boudent les eaux salées, la planète abrite environ quatrevingts millions de Drilles dun type unique. Ah! si nos scientifiques avaient une réelle âme de cher cheurs et un peu moins le souci defficacité colonialiste, que de questions étranges et déconcertantes pourraient ils se poser! Par exemple: pourquoi nontils jamais déve loppé de technologie, soitelle rudimentaire? Nous avons sondé des milliers dendroits, il nexiste pas lombre dune trace de civilisation, ni construction, ni objet, ni outil, rien. À quoi peuvent alors leur servir des doigts pré hensiles aux pouces opposables ? Doù sontils partis et comment se sontils disséminés ? En six ans, le seul intérêt que la mission a porté aux Drilles se résume aux examens qui lui ont permis dex clure lespèce des créatures intelligentes et, consécutive ment, douvrir en toute bonne foi la planète à la colonisation. Mais nous ne savons ni comment ils se reproduisent, ni pourquoi aucun prédateur ne les agresse, ni La somme de notre ignorance est faramineuse. Ils Chantent, ils nagent, ils dansent (?), jouent (?) et occu pent lessentiel de leur temps à ne rien faire, debout, assis ou allongés, le regard fixe, comme endormis. La présence humaine ne les gêne pas, et même ils sen moquent ! Ils nont jamais montré la moindre appréhension envers nos installations, nos bruits, nos agissements et nousmêmes. Ils nous observent quelquefois, mais sans intérêt. Je passe quatrevingts pour cent de mon temps déveil parmi eux, à les examiner, à étudier leurs comportements, à les enre gistrer, et jai lobscur sentiment de ne rien savoir deux.