Le compte à rebours
255 pages
Français

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Le compte à rebours

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Description

Quand une enquête entraîne les héros dans un voyage à travers le temps...

Dans un futur proche, où les avancées scientifiques ont fait faire un bond à l’humanité, et où le regard est tourné vers l’avenir, deux frères luttent au contraire pour retrouver leur passé. Fils du brillant professeur Darmon, Nathan et Mickael n’arrivent pas à oublier le brouillard qui dissimule leurs origines, et les mystères laissés sur leur route par un père absent.
À la disparition de la petite amie de Nathan, les deux frères se jettent dans une enquête bien plus vaste qu’ils ne l’auraient imaginée, défiant une force infiltrée à tous les niveaux du pouvoir. Et si le passé des deux hommes était lié à leur affaire, et si d’eux, dépendait l’avenir ? Du passé au futur, en passant par le présent, Nathan et Mickael ne sont pas au bout de leurs surprises.

Un premier tome très réussi qui donne envie de découvrir la suite des aventures de Nathan et Mickael !

EXTRAIT

À Saint Gervais, il est presque 2 heures du matin. Au chalet des Darmon, tout le monde dort. Le matin, Nathan se lève tôt, 6 heures. Il pense à Sophie, qui doit se préparer à partir pour le TMB. À 7 heures, il lui envoie un petit SMS, pour lui souhaiter bonne chance, mais il n’a pas de réponse…
« Elle doit avoir son portable dans une poche ou dans son sac ! » se dit-il.
Il n’y aura pas de nouvelles pendant deux jours. Le mercredi soir, Nathan tente d’appeler Mathias, pour savoir comment s’est passée l’ascension de Sophie. Il ne répond pas…

À PROPOS DE L'AUTEUR

Olivier Barbotin est responsable administratif dans le Tarn. Après plusieurs essais et un manque de temps dans une vie bien remplie, Le compte à rebours est son premier roman. Ce premier tome aux aventures anticipatives, romanesques et dramatiques est à l’image de l'auteur et témoigne de ses passions pour la montagne, l'écriture et la lecture.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 15 septembre 2016
Nombre de lectures 0
EAN13 9791023602135
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Prologue
12 juillet 2025, 1 heure du matin.
Un sous-marin de quinze mètres de long, construit avec un blindage de plaque en mu métal,
s’approche doucement et silencieusement d’une petite île. Quand il commence à toucher le sol, des
chenilles sortent de ses flancs et agrippent le sol sableux. Le radar ne détectant pas de présence, il vient
se poser sur la petite plage. Quelques secondes plus tard, six hommes sortent du sous-marin.
– Allez ! dit Claude, qui semble être à la tête du groupe. Nous savons ce que nous avons à faire,
bonne chance à tous !
– Merci, dit Michel, on y va les gars !
Ils sortent difficilement deux grosses malles du sous-marin, contenant pour l’une, un puissant
électroaimant supraconducteur, relié à un système de refroidissement à l’azote et à l’hélium liquide.
Dans la seconde malle, une batterie de condensateurs, pesant aussi son poids, malgré les avancés dans
ce domaine. Ils sont habillés avec une tenue noire, de commando, avec un gilet pare-balle. Quatre
d’entre eux sont munis d’un Beretta 9 millimètres avec silencieux et d’un M16. Deux ont des
kalachnikovs en plus. Chacun porte une mini caméra, reliée au sous-marin. Une montre radio GPS est à
leur poignet. Ils se dirigent, avec les deux malles, dans la forêt de pins, avec leurs lunettes à infrarouges.
Dans le sous-marin, Sophie et Paolo, les yeux vissés sur les écrans, suivent la mission. Sur chaque
écran, le nom du porteur, les images et le son provenant de la caméra, en direct.
– Pourvu que tout se passe bien, pourvu ! s’exclame Sophie, en enfouissant sa tête entre ses mains.
Paolo, acquiesce, avec un petit sourire inquiet, à peine visible derrière sa grosse barbe blanche.
Le groupe avance dans la forêt de pins, qui borde la plage. Ils ne sont pas rassurés du tout, sachant ce
qu’ils risquent de rencontrer. David et Franck sont devant, kalachnikov en main, suivi de Claude,
Michel et fermant la marche, Nathan et Mickael, avec leur M16. La montre GPS de David, l’informe
qu’ils sont arrivés au lieu de dépose du matériel.
– OK, nous sommes à une centaine de mètres du bâtiment, dit Claude. Franck et David, montez la
garde, nous, on installe le matos.
C’est dans une ambiance pesante, que l’électroaimant est mis en place et branché aux condensateurs.
Quelques minutes plus tard :
– C’est bon ! dit Claude, tout est en place. Retournons vite au sous-marin, car il ne va pas faire bon
être dehors, quand le champ magnétique va être émis.
Le groupe rejoint la plage, David devant, Franck derrière, tout le monde scrute à droite, à gauche. À
l’intérieur du sous-marin, Sophie et Paolo, suivent sur les caméras, les images retransmises.
Tout à coup, Franck, à l’arrière du groupe, est happé par une force venue de nulle part. Des bruits de
pas rapides dans l’obscurité se rapprochent et :
– Courrez ! Vite ! dit Claude. Ils sont là !
Le reste du groupe, aussitôt, court le plus vite possible en direction de la plage, se sépare sans le
vouloir, dans les méandres de la forêt.
– Faites vite ! dit Michel à la radio, ils arrivent de partout ! Vite ! Vite ! Tirez-vous ! Pour nous c’est
trop tard ! Non, non…
La radio coupe…
Dans le sous-marin, c’est la panique. Des rafales de M16, retentissent de tous les côtés.
Sur les écrans, Sophie et Paolo, n’ont plus d’image, ni de son, concernant Michel et David. Sur les
écrans de Claude, Nathan et Mickael, l’image se coupe, le son reste actif.
– Allez ! On y va les gars, suivez-moi, dit Claude.
Un bruit de tir retentit. Puis plusieurs rafales.
– Non ! Putain non ! dit Nathan, par là vite ! Arrha ! Et le son se coupe…
– Non ! Ce n’est pas vrai ! dit Sophie, répondez ! Nathan ? Nathan ? Réponds !
Paolo, prend le bras de Sophie :
– Sophie, attends, nous avons des consignes, il faut attendre l’ordre !
– Non jamais ! répond Sophie, elle crie dans le micro, Papa ! Nathan ! Mick ! Répondez ! Allô,
répondez…Chapitre 1
er 1 août 2012.
Nous sommes en Haute Savoie, dans le beau chalet savoyard du père de Nathan. Son père, le
professeur Darmon, est un chercheur biologiste moléculaire, de renommée mondiale. Il a ses propres
laboratoires aux quatre coins du monde, ainsi que des pied-à terre un peu partout.
Nathan, lui, est cuisinier dans un restaurant de Toulouse, après un cursus scolaire difficile. Châtain,
cheveux courts, yeux bleus, un mètre soixante-douze. Il a en effet arrêté ses études en fin de troisième
et a fait ensuite un C.A.P de cuisine pendant trois ans. Il a 21 ans à présent, mais n’est pas satisfait de
son sort, il rêve d’autres choses.
Avec son père, l’ambiance n’est pas au beau fixe, pour diverses raisons. Le Professeur voulait en
effet, que Nathan suive ses traces.
Nathan est seul depuis la mort de sa mère, il y a six ans d’un accident respiratoire soudain, son père
étant toujours parti par monts et par vaux pour ses affaires. Depuis six ans, seuls son frère et la
gouvernante de la propriété de Plaisance, près de Toulouse, font partie de sa vie. Il a vu son père
changer pendant ces années, devenir de plus en plus aigri et autoritaire, de plus en plus étrange au fur et
à mesure que son entreprise grandissait.
Mickael lui, est le frère cadet de Nathan, il a 20 ans, a son bac et vient de terminer deux ans d’école
préparatoire au concours de vétérinaire. Châtain foncé, cheveux courts, yeux marrons, un mètre
soixante-dix. Il entre en école vétérinaire à Toulouse en septembre, pour cinq longues années.
Enfin, disons qu’ils ne sont pas de vrais frères, mais tout comme. Mickael a été adopté très tôt par le
père de Nathan, dans des conditions un peu sombres. D’après le peu de chose que sait Nathan sur cette
adoption, les parents de Mickael ont disparu lors d’un accident d’avion, alors que celui-ci avait 2 ans.
L’amitié entre Nathan et Mickael, s’est bien sûr renforcée durant toute leur jeunesse. D’ailleurs, ils
habitent ensemble dans la belle demeure familiale de Plaisance.
En tout cas pour l’instant, Nathan et Mickael, très unis, vivent leurs vies entre travail, études à
Toulouse et randonnées dans les Pyrénées, ainsi que dans les Alpes, leur passion commune.
erIls ont déjà parcouru beaucoup de sommets et sont ce 1 août, en pleine préparation finale pour
effectuer l’ascension du Mont Blanc, un de leurs rêves d’enfants.
Dans le chalet, tout est calme. Les deux compères sont entraînés et prêts pour l’ascension, qui se fera
les 7 et 8 août. Demain, ils partent dans les Hautes Alpes, pour gravir le dôme des Écrins, en
préparation du Mont Blanc.
Le chalet est idéalement bien placé, au Bettex, au-dessus de la commune de Saint Gervais, face au
Mont Blanc. Après un bon repas, vers 22 heures, ils vont se coucher, pour un réveil potron-minet à
5 heures.
Dans leurs vies, Nathan et Mickael, comme tous jeunes de leurs âges, ont bien sûr eu quelques
conquêtes féminines, mais jamais concrétisées. Ils sont actuellement seuls.
Il faut dire qu’entre travail, études, leurs passions et leur quête incessante pour savoir ce que
dissimule leur père, le temps manque.
La nuit se passe calmement, malgré une pointe de nervosité, comme toujours avant une course de
cette ampleur.
2 août 2012, 5 heures.
Après une bonne douche et un copieux petit-déjeuner, Nathan et Mickael, partent vers les Hautes
Alpes, à bord de la Golf de Nathan. La route est très sympathique, car elle emprunte plusieurs cols, dont
le mythique col du Galibier.
Quelque 5 heures de route plus tard, ponctuées par des pauses bien nécessaires, ils arrivent sur la
petite route qui monte au pré de Madame Carle, qui est le point de départ de beaucoup de courses dans
le Massif des Écrins, dont la barre et le dôme des Écrins, ainsi que le magnifique Pelvoux ou encore le
Pic des Agneaux, que nos compères ont déjà gravi il y a deux ans.
Ils ne peuvent s’empêcher de penser, en arrivant sur ces lieux, que leurs pères, il y a vingt-deux ans,
avaient emprunté le même chemin, un jour d’août 1990, pour gravir la barre des Écrins, qu’ils n’ontjamais atteinte, car des dires du Professeur, une grosse tempête s’est levée, alors qu’ils étaient au
refuge des Écrins. Ils avaient dû descendre dans la vallée le lendemain matin. Une histoire que le
professeur Darmon avait racontée plusieurs fois, mais qui pour Nathan, cachait quelque chose, car ce
fut leur dernière course, alors qu’ils ne vivaient que pour ça.
Le père de Mickael avait disparu quelques mois après, avec sa compagne Lydie, dans des
circonstances troubles lors d’un accident d’avion. Les corps n’ont jamais été retrouvés. C’est à ce
moment que Mickael fut adopté par le professeur Darmon et son épouse Claire.
Que s’est-il vraiment passé cette nuit d’août 1990 ?
Une question sans réponse pour Nathan et Mickael, à ce jour. Mais les deux jeunes hommes, pour en
avoir discuté souvent, pensent que tout part de cet événement. Ils se sont juré de découvrir la vérité un
jour.
Que cache le professeur Darmon à ses fils ?
Pourquoi n’a-t-on jamais retrouvé les corps des parents de Mickael ? Alors que l’avion est tombé au
décollage à dix mètres du sol ? Dixit les médias de l’époque.
D’où vient cette mystérieuse maladie de Claire ? Survenue brutalement, avec une mort aussi rapide
que violente.
Pourquoi Nathan et Mickael, ont-ils été tenus éloignés de tout ça par le Professeur ?
Oui, Nathan et Mickael, pensent à tout ça, en arrivant sur le parking du pré de Madame Carle.
Il est 10 heures ce jeudi 2 août 2012 quand la Golf se gare sur le parking, déjà plein à cette heure-ci.
En effet, les alpinistes en cette saison partent tous les jours vers les sommets, quand le temps le permet.
Ils viennent tous les ans ici, pour faire un sommet. L’année dernière, c’était le Pelvoux, il y a
deux ans, le pic des agneaux. À chaque fois, c’est un bonheur de revenir dans ce magnifique parc des
Écrins, qui reste naturel. Cette année, le dôme sera parfait, pour parfaire leurs conditions physiques et
l’acclimatation nécessaire à la haute montagne, au-dessus de 4 000 mètres.
Comme toujours, ce lieu rappel à Mickael que son père a démarré sa dernière course ici, sur ce
parking. Il ne l’a pas connu, il ne s’en souvient pas, mais le Professeur lui en a souvent parlé. Ils étaient
liés, par le même lien d’amitié que lui et Nathan.
Nathan, qui connaît bien Mickael, sent son compagnon un peu ailleurs, pendant quelques secondes.
– Hé vieux, ça va ? lui demande-t-il
– Oui, t’inquiète pas, tu sais, comme d’habitude en arrivant ici, je pense à mes parents, c’est bête
hein ?
– Non pas du tout, c’est normal, lui répond Nathan en marquant un petit temps d’arrêt, avant de
reprendre. Je te jure qu’un jour on saura ce qu’il s’est passé ! OK ?
Nathan, voit les yeux de Mickael s’embuer légèrement, en regardant au loin vers le glacier blanc.
Les sacs sont sortis de la voiture. Comme toute course, il ne faut rien oublier, tout en prenant soin de
ne pas prendre l’inutile, qui pèse ensuite sur les épaules et le dos.
Vêtements légers et chauds, piolets, crampons, baudriers, corde, bâtons, tout est OK.
Les deux jeunes hommes, se dirigent alors vers l’hôtel-restaurant du pré de Madame Carle, pour
prendre tranquillement un Perrier-citron bien frais, tout en regardant et en appréciant cette belle nature
qui les entoure.
Il est à présent 11 heures, il faut partir. Ils prennent le chemin du refuge du Glacier Blanc, qui
culmine à 2 500 mètres d’altitude. Le sentier est large au départ et beaucoup de monde, alpinistes et
touristes s’y côtoient. La marche est rapide, les deux compères ont l’habitude et la condition physique.
Le sentier devient plus sinueux en approchant du refuge. Il y a encore vingt ans, il fallait traverser le bas
du glacier blanc en diagonale, pour accéder au refuge. À présent, avec la remontée des glaciers, due sans
doute au réchauffement climatique, il faut juste emprunter le sentier fait dans la moraine.
Il est 12 heures 25, quand ils arrivent au refuge du glacier blanc, pour prendre la pause déjeuner.
Mickael sort de son sac un bon saucisson acheté la veille à Saint Gervais et du bon jambon de pays
savoyard. Le couteau de Nathan coupe sans problème ce beau saucisson, qui, avalé avec une bonne
bière fraîche achetée au refuge, requinque s’il le fallait nos deux alpinistes.
Pendant le repas, leurs pensées partent vagabonder vingt-deux ans en arrière, quand leurs pères
respectifs étaient là, ensemble, sur ce même site.
Refuge du glacier blanc, vingt-deux ans plus tôt.Michel et Claude, tous les deux 25 ans, terminent de déjeuner. Au programme, un bon saucisson des
Hautes Alpes, jambon et bière.
Ils sont comme frères, les parents de Claude ont adopté Michel à l’âge de 4 ans. Ses parents sont
morts il y a vingt et un ans, dans un terrible accident de voiture. Ceux de Claude sont décédés il y un an,
coincés sur un passage à niveau avec leur véhicule, le train qui arrivait à vive allure, n’a pu s’arrêter. Ils
pratiquent la montagne ensemble depuis plus de dix ans. Ils ont fait notamment le Mont Blanc, deux
fois, les monts Roses, le Cervin… Aujourd’hui, ils vont sur la barre des Écrins, 4 102 mètres.
Les deux amis habitent Toulouse, dans un appartement qu’ils louent tous les deux, pendant leurs
études. Michel se prépare à être un chercheur en biologie moléculaire et Claude, lui, veut devenir
ingénieur en robotique. Pas de femmes régulières actuellement. Ils vivent leurs vies, entre études et
montagne.
Il est temps de partir, pour rejoindre le refuge des Écrins, situé à 3 100 mètres d’altitude. Il faudra à
peu près 2 heures à 2 heures 30 pour y parvenir. Le sentier commence sur l’arrière du refuge et prend
de l’altitude rapidement, pour atteindre le glacier blanc tout proche. Arrivé au pied du glacier, il faut
chausser les crampons, s’encorder, pour prendre pied sur le glacier, qu’il faut suivre en le longeant côté
droit, jusqu’au pied du ressaut qui mène au refuge des Écrins. Quelques crevasses à contourner ou à
enjamber au bas du glacier, ensuite plus de difficultés.
Arrivé au pied du refuge, Michel et Claude se décordent, enlèvent leurs crampons et attaquent la
partie finale, un ressaut d’une centaine de mètres, dans la pierraille.
Après être passé par la pièce, où il faut poser le matériel, ils passent voir le gardien, pour prendre
leurs places dans le dortoir.
Comme dans tous les refuges, beaucoup de nationalités se côtoient. Michel et Claude, en attendant le
repas qui est servi pour 19 heures, se positionnent à l’avant du refuge, qui fait face à la barre et au
dôme des Écrins et admirent la vue fantastique de ce site unique. Ils remarquent un groupe de quatre
hommes, qui ont une attitude bizarre. Ils semblent agités et nerveux. Ce n’est pas habituel en refuge.
Laissant ce groupe à leurs problèmes, ils contemplent la vue qui leur est offerte, encore et encore.
– Qu’est-ce qu’on est bien ici quand même ! s’exclame Claude.
– T’as raison ! lui répond Michel songeur.
Ils ne savent pas encore que cette soirée au refuge des Écrins, à 3 100 mètres d’altitude, sera leur
dernière soirée tranquille et que très bientôt, leurs vies changeront du tout au tout…
Il est 19 heures, le repas est servi dans le refuge. Une bonne soupe, suivi d’un bon porc en sauce avec
pâtes, dessert et voilà les estomacs bien remplis.
Un petit tour dehors, malgré les 3 degrés, pour prendre l’air, avant de regagner le refuge vers
20 heures 30, pour aller se coucher. Demain, lever à 2 heures.
Ils passent aux toilettes et enfilent leur tenue première couche, avant de se glisser dans le sac à viande
et sous les couvertures. Le reste du matériel est prêt, ainsi que les vêtements pour le départ.
Il est 20 heures 45, la nuit tombe sur le massif des écrins, Michel et Claude essayent de trouver le
sommeil. La nuit est calme et étoilée.
Dehors, sur le glacier, en contrebas du refuge, un groupe de trois hommes quittent leurs crampons
pour monter au refuge. Il est 23 heures.
Les trois hommes, montent péniblement le ressaut qui mène au refuge. Apparemment, ils n’ont pas
l’habitude de la haute montagne et souffrent pour atteindre celui-ci.
Cela est fait à 23 heures 35. Les hommes se posent à l’arrière du refuge, soufflent et crachent leurs
poumons. Ces hommes sont Espagnols, à la vue de leurs accents. L’un d’entre eux sort alors de son sac
à dos, une mallette en plastique, fait le code pour l’ouvrir et comme pour se soulager, regarde ce qu’il y
a dedans. Il pousse alors un soupir de soulagement, rapidement transformé sur son visage en
inquiétude.
– Espérons que tout se passe bien ! dit-il à ses deux compagnons, carbonisés par la montée.
Les deux autres hommes ne pipent mot, trop concentrés à reprendre leur respiration.
– Attendons maintenant ! dit le premier, de toute façon, on peut plus faire demi-tour.
La nuit suit son cours et à l’intérieur du refuge, parmi les quelque quarante alpinistes présents,
certains cherchent à trouver le sommeil, d’autres dorment à poings fermés. Sans oublier les ronflements
et autres odeurs de pieds de certains, inhérentes aux nuits en refuge.
Nos deux amis, eux, dorment suffisamment, pour ne pas se douter une seconde de ce qui se passe
dehors. Quant aux quatre hommes vus plus tôt dans la soirée, ils couchent dans le dortoir voisin de
Michel et Claude et ne dorment pas, eux… Ils attendent quelque chose…À l’extérieur, les trois hommes ont froid, il doit faire à présent zéro degré et minuit approche.
Qui sont ces hommes avec cette étrange mallette ? Que contient-elle ?
Pendant ce temps-là, les quatre hommes dans le dortoir, tournent et virent, en attendant de partir à
l’assaut, sans doute, du dôme ou de la barre des Écrins. La nuit est belle et calme. Il gèle maintenant à
l’extérieur et les trois hommes qui se trouvent toujours à l’arrière du refuge, marchent, se tapent sur les
épaules et les bras pour ne pas être engourdis par le froid.
Sur le glacier blanc, tout est calme… Quand soudain, des crissements de crampons transpercent la
nuit. Une colonne de dix hommes, armés jusqu’aux dents et vêtus de combinaisons noires avec
cagoules, arrive bientôt au pied du ressaut d’accès au refuge. Un véritable commando se dirige vers
celui-ci…
Au pied du ressaut, celui qui se fait appeler le commandant fait signe aux autres, que le silence doit
être le maître mot à partir de là. Ils quittent leurs crampons, se décordent et commencent à gravir
silencieusement le ressaut, d’un pas sûr et rapide.
Très rapidement, ils arrivent à une cinquantaine de mètres du refuge et se postent là, agenouillés sur
le sentier.
– Bien, Messieurs, vous savez ce que vous avez à faire, dit le commandant à ses hommes,
apparemment pressés d’en découdre.
– À présent, silence radio et on y va à mon top, rajoute le commandant.
Pendant ce temps, les trois hommes gagnent l’avant du refuge, qui fait face au glacier blanc, quelque
cent mètres plus bas. Il est 0 heure 30 du matin, dans la nuit étoilée des Écrins. Ils sont silencieux. Une
certaine tension se fait sentir, comme s’il se jouait quelque chose de très important, qui pourrait
changer leurs vies. Ils ne savent pas à quel point…
1 heures 30 : les quatre hommes du refuge descendent le plus doucement possible de leurs
couchettes, l’objectif étant de faire le moins de bruit possible. Les alpinistes se lèvent en général entre
2 heures et 2 heures 30. Ils gagnent l’extérieur, en passant directement par la pièce du matériel et,
habillés chaudement, sacs sur le dos, se dirigent vers l’avant du refuge.
Ils ne pouvaient pas se douter que Michel et Claude, dans le dortoir voisin, s’étaient levés à 1 heure.
Oui, ils aiment bien partir avant les autres, pour avoir le plaisir d’arriver au sommet les premiers.
Ils étaient partis à 1 heure 25 du refuge et étaient à 1 heure 30, déjà à l’arrière du refuge pour gagner
le glacier. Ils passent tout près du commando, tapis à quelques mètres du sentier, surpris de voir déjà
des alpinistes partir si tôt. Ils n’ont pas remarqué en partant, les trois hommes devant le refuge.
À partir de cet instant, tout va aller très vite et la vie de toutes les personnes présentent au refuge des
Écrins cette nuit-là, va changer radicalement…
Les trois hommes postés à l’extérieur, à ce moment-là, se dressent sur leurs jambes et font face aux
quatre autres hommes… Ils se scrutent quelques secondes, frontales sur la tête, chaque groupe éloigné
de trois mètres. Ensuite, un homme de chaque groupe, s’approche l’un de l’autre, doucement, ne se
lâchant pas du regard. Pendant ce temps-là, le commando a pris place à l’arrière du refuge. À l’intérieur,
tout le monde dort encore, ne se doutant absolument de rien.
Rapidement, les deux hommes face à face, sans un mot, s’échangent deux mallettes.
Avant même que les sept hommes, présents à l’avant du refuge ne puissent réagir, le commando
surgit de l’arrière de celui-ci et ouvre le feu immédiatement sur les sept hommes, qui tombent sous les
rafales des balles. Mais, les deux hommes tenant les mallettes étant proches du vide, tombent ensemble,
vers le glacier. La chute est vertigineuse. Immédiatement, le commandant ordonne à son second de
prendre quatre hommes et d’aller vite à leur rencontre, pour récupérer les mallettes.
Michel et Claude, passent sur le glacier, juste sous le refuge à ce moment-là et entendent bien sûr,
dans la nuit des Écrins, cette fusillade, juste au-dessus de leurs têtes.
Dans un premier temps, surpris par ce bruit qui fracasse la nuit, ils regardent vers le haut et là,
tombent devant eux, à quelques mètres, les deux hommes… Après quelques secondes de réaction,
Michel approche du premier, lui prend le pouls et constate étant secouriste, que l’homme a fait une
chute mortelle. Claude, inquiet, ne sait que faire. En effet il est beaucoup moins dégourdi que Michel.
– Il est mort ? demande-t-il.
Michel ne répond pas et se précipite vers le deuxième homme, allongé au sol à quelques mètres du
premier. Il prend le pouls de l’homme et constate qu’il est aussi mort que le premier. Vu la chute d’une
centaine de mètres, pas étonnant.
Claude réitère sa question, inquiet.
– Ils sont morts tous les deux ! dit Michel un peu hagard.– Nom de dieu ! dit Claude, que s’est-il passé en haut ?
– Vu le bruit, il y a eu une fusillade au refuge, dit Michel.
– Quoi ? Mais ce n’est pas possible, dit Claude, ici en pleine montagne ?
– Écoute ! dit Michel, ne panique pas, faut partir d’ici, de suite, faut descendre.
– Mais et les deux mecs là ? dit Claude
– Faut se barrer vite d’ici je te dis, regarde, ça descend du refuge.
Michel scrute le sentier qui monte au refuge et il aperçoit quatre frontales descendre vers eux, vite,
très vite.
– Trop tard ! dit Michel, ils arrivent, éteint ta frontale et ramène toi !
– Mais c’est qui ? Qu’est-ce qui se passe ? dit Claude qui commence à paniquer sérieusement.
– Je n’en sais rien, mais crois moi, faut se barrer vite fait, dit Michel d’un ton ferme.
– OK ! OK ! dit Claude, j’arrive !
Ils parcourent quelques mètres vers le bas du glacier, quand ils tombent nez à nez avec une
mallette… Et puis trois mètres plus loin, une deuxième mallette.
– Hé Claude ! dit Michel, regarde ! Il lui montre les mallettes.
– Des mallettes ? Mais qu’est-ce que ça veut dire ? dit Claude interloqué.
Michel saisit les mallettes et à ce moment-là, une rafale de tir retentit du fin fond de la nuit. Elle
vient du refuge. Qu’est-ce qu’il se passe en haut ?
– Claude, viens vite, on va se cacher derrière ce gros rocher.
En effet, un énorme bloc de plus de cinq mètres de haut et de large, qui a dû tomber à flanc de
montagne durant l’hiver, se dresse sur leur gauche. Les deux amis quittent le glacier, crampons
toujours aux pieds, encordés, gravissent les quelques mètres, sur une pente de 30 degrés et vont se
placer derrière le bloc. Maintenant, ils attendent de voir ce qu’il se passe. Les tirs se font toujours
entendre là-haut, ce doit être un vrai massacre. Les deux amis n’en croient pas leurs yeux et leurs
oreilles, ici en pleine montagne. Ils ont l’impression d’être en plein rêve, ou plutôt en plein cauchemar.
Et pourtant ils sont bien là, dans le massif des Écrins, en pleine montagne, à 3 000 mètres d’altitude.
Les quatre hommes, descendus à la recherche des mallettes, sont arrivés sur le glacier. Ils sont
environ deux cents mètres plus haut que Michel et Claude. Ils se séparent, deux remontent le glacier et
deux le descendent.
– Ne bouge pas ! ordonne Michel, il y en a deux qui viennent vers nous.
Claude, assis derrière le gros bloc, par reflexe, rentre ses épaules comme pour essayer de se cacher
davantage. Ce qui fait rire intérieurement Michel, mais cela doit être nerveux. Les deux hommes en
noir, cagoulés, passent, fusils en main, sur le sentier tracé sur le glacier. À quelques mètres de là,
derrière le bloc, les deux amis retiennent leur souffle. Des frissons de peur leur parcourent le dos. Les
hommes passent et rebroussent chemin, car vu où est placé le refuge, peu de chance que les deux
malheureux soient tombés plus loin. Michel et Claude ne bougent pas, ils savent très bien que ce qu’ils
recherchent, ils l’ont avec eux. À ce moment, quelques mètres plus hauts, les quatre hommes se
rejoignent, ainsi qu’un cinquième, arrivé du refuge. N’étant pas loin, environ vingt mètres, avec le
silence de la nuit, Michel et Claude n’ont aucun mal à entendre leur conversation.
– Alors ! dit le commandant, où sont ces mallettes, Lieutenant.
– Nous avons retrouvé les corps, Commandant, répond le lieutenant, mais pas de mallettes.
– Comment ça ! s’écrie le commandant, il me les faut absolument, vous entendez Lieutenant,
cherchez encore, elles ne peuvent pas avoir disparu, ce sont ces deux hommes qui les avaient.
– Bien mon Commandant ! répond le lieutenant un peu décontenancé.
Aussitôt, le Commandant remonte au refuge et les quatre hommes reprennent leurs recherches.
Michel et Claude sont déjà sur le glacier, frontales éteintes et courent presque avec crampons et corde
en suivant la trace dans le noir. Objectif : mettre le plus de distance possible entre eux et les deux
hommes repartis dans leur direction. Ils sont environ quarante mètres devant, ils voient leurs frontales
scintiller derrière eux. Jamais de leurs vies, ils n’ont descendu si vite un glacier. Arrivés rapidement sur
le bas du glacier, ils se sont exposés aux crevasses. Heureusement, connaissant bien le coin et se
souvenant de leur passage d’hier, ils passent ces obstacles et arrivent au refuge du Glacier Blanc. Il est
3 heures du matin, tout le monde dort encore. Ne voyant plus de frontales venir vers eux, ils décident de
se poser cinq minutes, pour analyser tout ça.
Mais analyser quoi ? Qu’un massacre a eu lieu au refuge des Écrins, en pleine nuit ?
Comment est-ce possible ? Pourtant ils étaient là, ils l’ont vécu en direct. Et ces deux mallettes ?
Que faire de ces mallettes ? Que contiennent-elles ? Pourquoi Michel les a récupérées ? Qui sont ceshommes venus échanger des mallettes mystérieuses, dans ce lieu si calme et qui sont ces hommes
commando ?
Autant de questions sans réponses pour les deux jeunes hommes, encore sous le choc.
– Allez viens ! dit Michel, en tenant fermement dans ses mains les mallettes, il faut descendre, on n’a
plus rien à faire ici.
– Mais on ne prévient pas le gardien du refuge ? demande Claude, étonné.
– Claude, dit Michel, tu n’as pas vu ce qu’il s’est passé là-haut ? Pas trop envie de moisir ici, tu vois,
allez, viens, on descend !
Claude s’exécute, mais trouve bizarre la réaction de son ami…
2 août 2012, 13 heures.
Nathan et Mickael, ont repris la route du refuge des Écrins. Ils empruntent le sentier escarpé, qui
mène à la base du Glacier Blanc. Il fait chaud, la poussière se soulève à chaque pas. Arrivés au bord du
glacier, il faut chausser les crampons et s’encorder pour passer en toute sécurité. Le glacier est
légèrement crevassé sur les premiers mètres. On aperçoit déjà au loin, le dôme et la barre des écrins. Le
paysage est fantastique, la haute montagne se présente dans toute sa splendeur.
Nos deux amis, contournent les quelques crevasses dans le bas du glacier et en enjambent certaines
petites avec précaution. Ensuite, il suffit de suivre la trace sur le glacier, pour gagner la base du ressaut,
qui mène ensuite au refuge des Écrins. La trace est vraiment toute proche du rocher à droite, mais il est
beaucoup plus agréable de marcher sur le glacier. La pente est faible, régulière et environ une heure
plus tard, ils arrivent au pied du ressaut. Nous sommes à 3 000 mètres. Il est 14 heures 45 et le soleil
brûle avec la réverbération sur la neige. Droit devant, majestueuse, la barre des Écrins et ses 4 102
mètres, se dressent avec son dôme sur sa droite. Vu d’ici, un véritable mur que cette barre.
Après avoir quitté les crampons et s’être décordés, Nathan et Mickael, gravissent rapidement le
ressaut d’une centaine de mètres, qui donne accès au refuge des Écrins, via un petit sentier en zigzag. Il
est un peu plus de 15 heures, quand nos deux compères arrivent au refuge. Déjà du monde, des
alpinistes qui arrivent, qui s’en vont, ou bien qui passent un bon moment au refuge. Ils profitent de la
magnifique vue qu’offre ce refuge, vissé sur son piton rocheux, face aux plus beaux sommets du
Massif des Écrins.
Une fois passés par la salle où est entreposé tout le matériel, Nathan et Mickael vont voir le gardien,
pour récupérer les couchettes réservées et ainsi installer celles-ci pour la nuit. Ensuite, ils profitent de
la vue exceptionnelle que propose l’avant du refuge, face au Glacier Blanc, qui en contrebas s’étend de
gauche à droite. Un moment important aussi dans la randonnée, que cette contemplation salutaire de la
beauté des lieux. Se remplir la tête de ces belles images et ainsi se créer des souvenirs inoubliables. Ils
ne peuvent s’empêcher aussi de regarder cette plaque accrochée au mur du refuge, qui rappelle qu’ici, il
y a vingt-deux ans, un terrible massacre a eu lieu.
Penser aussi que leurs pères étaient là, la même année, voire peut-être ce jour-là… Ils l’ont souvent
pensé…
Sur la plaque est marquée :
En souvenir des 44 alpinistes et des 2 gardiens
victimes d’un massacre perpétré par un commando
dans la nuit du 10 au 11 août 1990
Bien triste et dramatique histoire. Comment un commando armé jusqu’aux dents, a pu perpétrer cette
horreur, ici, au refuge des Écrins ?
Toutes ces personnes mortes cette nuit-là. Pourquoi ? Personne n’a jamais su exactement. Les
journaux ont parlé d’un commando. Mais quel commando ? Personne n’a rien vu, aucun témoin n’a
jamais rapporté quoi que ce soit. Ils ont parlé des deux corps retrouvés en contrebas du refuge, deux
hommes, un français et un de type sud-américain, sans papiers. Un grand mystère entoure cette nuit-là.
L’enquête, à l’époque, avait duré plusieurs semaines, sans résultat. Les personnes qui dormaient au
refuge du Glacier Blanc, six cents mètres plus bas, n’avaient rien vu, rien entendu, d’après les
journalistes et les autorités de l’époque.
Évidemment, ce n’est pas la première fois que Nathan et Mickael viennent dans ce refuge et ils voient
à chaque fois cette plaque, qui rappelle qu’en 1990, il s’est passé ici une atrocité.Le père de Nathan, qu’il surnomme le Professeur, n’a jamais été précis, quant à la date de cette
fameuse dernière randonnée, faite avec Claude. Nathan, se souvient seulement que c’était bien en
août 1990.
– Il faudra qu’un jour l’on sache si le Professeur était là avec ton père cette nuit-là ! lance soudain
Nathan.
Mickael ne répond pas de suite, il regarde au loin, les yeux fixes.
– Oui, faudra que l’on sache ! dit-il songeur. On se le promet, OK ?
– OK petit frère, je te le jure, dit Nathan en regardant longuement la plaque.
L’après-midi se passe tranquillement et vient l’heure de manger, il est 19 heures et tout le monde est
affamé. L’ambiance du repas en refuge est conviviale, bruyante et les nationalités différentes génèrent
un étonnant fond sonore. C’est aussi l’occasion de faire connaissance, avec les autres alpinistes
présents et d’échanger des informations, ainsi que des astuces de montagnard. Le repas se passe comme
souvent, donc très bien et, fourbus, Nathan et Mickael vont comme de coutume, prendre l’air frais de
l’altitude, avant de rejoindre les couchettes, pour essayer de trouver le sommeil. Après quelques pas et
quelques photos, nos deux compères, après être également passé au lavabo, rejoignent leur dortoir, où
se trouvent environ vingt couchettes. Après avoir passé ce qu’on appelle les premières couches et en
ayant, pour le petit matin, la frontale à portée de la main, ils se glissent dans leurs sacs à viande et
placent les couvertures fournies par le refuge au-dessus.
Il est 21 heures au refuge des Écrins. La nuit est tombée, elle est belle. Le dôme est pris par les
nuages, mais demain matin, il est promis un temps magnifique. Le sommeil tarde à venir pour Nathan
et Mickael, c’est le cas dans chaque refuge, mais surtout celui-ci. Ils ne savent pas pourquoi, mais ils se
sentent liés avec ce qu’il s’est passé, il y a vingt-deux ans, ici. Sauront-ils un jour ce qu’il s’est
réellement passé ? Le Professeur est-il lié à tout ça, comme le soupçonne Nathan depuis quelque
temps ? Pourquoi Nathan a-t-il cette intuition ?
En tout cas, cette nuit fut paisible et calme pour les alpinistes présents.
3 août 2012, 2 heures 15 du matin.
Nathan et Mickael, sont pratiquement les premiers à se lever. Le téléphone mobile que Nathan avait
placé à côté de lui, vient de vibrer, annonçant l’heure du départ. Ils se lèvent doucement, pour ne pas
trop gêner les autres, qui, dans le dortoir, dorment encore et frontale sur la tête, plient leurs couvertures
comme il se doit. Ensuite, une fois levés, ils passent leurs vêtements d’alpinisme, avant de descendre en
salle, pour prendre un petit-déjeuner le plus copieux possible, bien que ce ne soit pas facile d’avaler
quelque chose à cette heure-ci. Mickael, lui, mange comme quatre, ça ne le dérange pas.
Il est 2 heures 45, l’heure de se diriger en salle du matériel, où l’on termine de vérifier si tout dans le
sac est OK, où l’on chausse les chaussures d’alpinisme et après quoi, bien couvert, l’on sort affronter le
zéro degré de cette nuit des Écrins. Mickael est surpris (car encore un peu endormi) par Nathan qui le
filme et prend dans les yeux par la même occasion, sa frontale allumée.
3 heures, il est temps de rejoindre le glacier par le même chemin, ça descend bien dès le départ. La
frontale éclaire bien le sentier et nos deux compères arrivent rapidement au pied du glacier blanc. Il faut
à présent chausser les crampons, à la lueur de la frontale et ensuite le baudrier ayant été passé là-haut,
s’encorder. C’est Nathan, comme d’habitude, le premier de cordée. Il encorde Mickael avec une réserve
de corde, ensuite s’encorde à son tour et fait ses anneaux de torse.
Voilà c’est parti direction le « mur » qui se dresse devant eux, invisible pour l’instant.
Mais il faut marcher une bonne heure pour y arriver. La marche sur le glacier se fait à pas réguliers.
La trace est bien visible et monte légèrement pendant plusieurs kilomètres, quand soudain, le « mur »
se dresse devant eux. Il est 5 heures et l’aurore commence à pointer. En fait, ce « mur » se dresse d’un
coup vers 3 300 mètres d’altitude et la trace prend un 45 degrés surprenant. Une petite pause
grignotage et Nathan réduit la distance de corde entre lui et Mickael. Il s’élance dans la pente et à ce
moment-là Mickael voit… les fesses de Nathan.
– Ça va Mimi ? lance Nathan.
– Ça va ! Ça va ! répond Mickael
La progression, vu la pente qui peut atteindre les 50 degrés par moments, se fait rapidement. La trace
passe dans un premier temps, entre deux énormes séracs de plus de cent mètres de haut. C’est assez
impressionnant, notamment quand le sérac inférieur s’efface pour laisser place au vide, mais aussi sur
une vue imprenable sur le glacier blanc.Deux ou trois cordées sont devant eux et beaucoup de cordées arrivent derrière. Au jeu des arrêts,
elles se passent et se font dépasser. Certains ne font pas forcément attention, doublent trop vite en
quittant la trace par le dessus et les cordes finissent par passer les unes sur les autres, ce qui est
dangereux en cas de dévissage dans des dévers comme ça.
Heureusement, tout se passe bien cette fois-ci et ils font une pause vers 3 600 mètres, en se
positionnant au-dessus de la trace, en cramponnant bien et piolet bien en position sécurité. Là, ils
admirent la fantastique vue qui leur est offerte. Le jour est là, le soleil commence à éclairer de mille
feux les gros séracs traversés et à venir. L’ambiance est vraiment spectaculaire. La trace ensuite
continue en zigzag entre les séracs, la pente sur la fin se fait très raide, pouvant atteindre les 55 degrés.
L’altitude vers 3 800, commence à se faire sentir et Mickael, qui commence à souffrir un peu, tente de
s’arrêter en pleine pente. Sentant la corde « tirer » Nathan se retourne et crie à Mickael
– Allez Mimi, il ne faut pas s’arrêter maintenant, tu ne pourras pas repartir sinon, allez !
Mickael s’exécute dans la souffrance, mais tient le coup. Ils arrivent à ce moment-là sous la barre des
Écrins qui se dresse au-dessus d’eux. Il faut maintenant bifurquer vers la droite, pour laisser la barre
sur la gauche et atteindre la rimaye, pour pouvoir accéder au dôme. Ils sont à 3 950 mètres, la rimaye
n’est pas trop ouverte aujourd’hui, ça va.
Quelquefois, il faut en fin de saison surtout, que les guides installent des échelles, pour pouvoir
traverser cette rimaye. Nathan s’engage dans ce petit passage délicat. Il ne faut pas dévisser sous peine
de finir au fond d’une crevasse, ou quelque six cents mètres plus bas. Une fois la rimaye passée, il
assure Mickael avec la corde. Le passage suivant est une petite vire, où le pas est délicat car en dévers et
glacé. Nathan passe et comme pour la rimaye, assure ensuite Mickael sur ce passage. Ensuite, ce n’est
qu’une formalité pour atteindre le sommet du dôme.
Sommet du dôme des Écrins, 4 010 mètres, 7 heures 40 : Nathan et Mickael se congratulent et se
prennent dans les bras, heureux d’avoir gravi ensemble un sommet de plus et un nouveau 4 000 dans
l’escarcelle. Trois cordées sont déjà au sommet et beaucoup d’autres arrivent. Ils sont heureux, la
montagne, c’est leur vie. Ils l’ont apprise avec un guide et des montagnards confirmés, pendant les six
dernières années. Ils rencontrent souvent d’ailleurs des connaissances, lors des diverses courses. C’est
le cas aussi aujourd’hui, ou ils voient arriver un guide de Saint Gervais avec ses clients.
Au sommet, un temps formidable et une vue à couper le souffle. Droit devant, sortant de la brume,
leur objectif dans quatre jours : le Mont Blanc. Sur la droite du dôme, la barre des Écrins, majestueuse,
se dresse dans le ciel. Après les vidéos et photos d’usage, il est temps de descendre, car il est plus de
8 heures et le soleil ne va pas tarder à transformer la neige. C’est pour cela qu’il faut descendre
rapidement, avant que cela ne brasse trop et devienne dangereux. Nos deux compères prennent la
direction du glacier blanc. Sept cents mètres de dénivelé, sur une pente soutenue en moyenne à 45
degrés. Une fois les deux petits passages délicats passés, à savoir la vire et la rimaye, Nathan et Mickael,
zigzaguent entre les séracs et atteignent en une heure le glacier. Pendant la descente, Mickael est devant,
le premier de cordée étant derrière pour retenir en cas de glissade. Ils s’éloignent légèrement de la base
des séracs, pour faire une pause. Il est 9 heures 15.
Les deux jeunes hommes prennent la direction du refuge du Glacier Blanc, en descendant tout le
glacier et en laissant sur la gauche le refuge des Écrins, perché sur son piton rocheux. Une fois au
refuge du Glacier Blanc, ils rejoignent la voiture au pré de Madame Carle, où la masse de touristes est
bien présente.
Voilà une journée bien remplie et après une bonne bière blanche fraîche, ils prennent le chemin de la
Haute Savoie. Ils y arrivent en soirée, bien fourbus. Une bonne douche, un bon repas et au lit
rapidement.
Au même moment, quelque part en France, un homme, les yeux bandés, pénètre dans une salle,
remplie d’écrans. Il est emmené lentement vers une silhouette, assise sur un fauteuil, au centre de la
pièce. Une énorme capuche cache le visage de ce mystérieux personnage. L’homme s’arrête à cinq
mètres et :
– Bonjour Rescator !
– Bonjour John, dit la mystérieuse silhouette…Chapitre 2
Le jour se lève doucement le lendemain matin, sur le chalet de la famille Darmon. Le Mont Blanc est
éclairé par un soleil radieux. Les alpinistes aujourd’hui ont fait sans doute un beau Mont Blanc. Nathan
est déjà debout, avec un café à la main, sur la terrasse qui fait face à la chaîne du Mont Blanc. Mickael
arrive, les yeux encore endormis.
– Salut, comment va ? lui demande Nathan
– Bien, répond Mickael, j’ai bien dormi.
– Cool, moi aussi, et regarde ce temps ce matin. T’as fait de beaux rêves ?
– Je ne sais pas, m’en souviens plus, mais me souviens d’avoir rêvé d’un truc bizarre.
– Moi aussi, c’est étrange.
Mickael se sert un thé, s’assoit à côté de Nathan, sur le bain de soleil et regarde le massif du Mont
Blanc. Ils pourraient rester des heures comme ça tous les deux à regarder, à contempler. Ils pensent
aussi à leur ascension dans trois jours.
Les trois jours qui suivent justement seront millimétrés. Aujourd’hui, décrassage au Mont Joly, juste
à droite du chalet. Demain, une petite randonnée au-dessus de Chamonix, à la Jonction. Lundi, repos et
derniers préparatifs pour l’ascension du Mont Blanc.
Ce samedi, il y a aussi une soirée importante, qu’ils ne louperaient pour rien au monde. La fête des
guides de Saint Gervais et des Contamines, où ils retrouvent tous leurs amis guides, côtoyés ces six
dernières années, dont Mathias qui leur a tout appris dès leur de 15 ans. La soirée se passe très bien,
comme d’habitude, mais cette année, ils rentrent tôt, car il faut être sérieux jusqu’au bout dans la
préparation.
Archipel Els Columbrets, Espagne, lundi 6 août 2012.
Le jet privé de la compagnie Darmon se pose sur la piste d’atterrissage de l’île principale, en forme
de L. Le jet s’immobilise et très vite en sort le professeur Darmon, 50 ans, costume trois-pièces, les
cheveux mi-longs, légèrement grisonnants sur les côtés. Il se jette dans une berline noire aux vitres
teintées. Aussitôt, la berline file vers l’énorme bâtiment, se trouvant à l’autre extrémité de l’île, par une
piste goudronnée, entourée de végétation méditerranéenne. Elle passe un portail gardé par quatre agents
de sécurité et vient se garer devant l’entrée du site. Le Professeur descend du véhicule et est accueilli
par le responsable du laboratoire, le docteur Hamilton.
– Bonjour Professeur, dit celui-ci.
– Bonjour Hamilton ! lance le Professeur. Alors, comment se passe notre projet, Docteur ?
– Nous avançons Professeur, mais la dernière expérience n’a pas été concluante, le sujet est mort !
– Bon, allons voir ça Docteur, il faut aller plus vite, je vous en donne les moyens.
Les deux hommes traversent le grand hall d’entrée et s’engouffrent dans un ascenseur. Hamilton,
enfonce une carte à puce dans un interstice, ce qui a pour effet, d’ouvrir une petite trappe à droite des
boutons classiques de l’ascenseur. Il tape ensuite un code, pour déverrouiller un accès top secret.
L’ascenseur descend alors d’une dizaine de mètres, avant de s’ouvrir sur un sas. Les deux hommes
avancent et Hamilton ouvre la première porte du sas, en apposant son pouce sur un écran à
reconnaissance digitale. Une fois dans le sas, il fait de même sur l’autre porte. Ils rentrent alors dans la
partie la plus secrète du laboratoire. Un long couloir d’environ cinquante mètres, avec sur chaque côté
des cages et au bout du couloir encore un sas, où il faut à nouveau ouvrir les portes avec
reconnaissance digitale.
Une fois de l’autre côté, une grande pièce, avec une multitude de machines dernière génération, des
énormes serveurs qui collectent des milliards d’informations, des écrans retransmettant des images de
plusieurs autres sites, ainsi que des images satellites très pointues. Une dizaine d’hommes et de femmes
travaillent chacun à son poste. À droite, dans une pièce à part, protégée et encore plus climatisée que
celle-ci, se trouve un serveur gigantesque, environ quatre mètres de haut, quatre de large et dix de long.
À gauche de la pièce centrale, se trouve une autre pièce aseptisée et stérile, véritable bloc opératoire,
équipée de deux tables et de tout le matériel nécessaire à de lourdes interventions. Au fond de la pièce
centrale, dite de commandement, se trouve une quatrième pièce, froide, une morgue. C’est dans cette
pièce-ci que le docteur Hamilton conduit le Professeur.
Ils entrent et Hamilton ouvre un des frigos. Sur la table coulissante, gît un chimpanzé.– Alors Hamilton ! dit le Professeur, que s’est-il passé avec ce sujet ?
– On ne sait pas encore Professeur ! dit Hamilton un peu pâle. Le sérum n’a pas agi sur le système
nerveux comme nous l’avions prévu et nous l’avons perdu pendant le transfert.
– C’est inadmissible Hamilton ! lance le Professeur, je vous paie des fortunes pour que ça marche,
cela fait des années maintenant que nous sommes sur ce projet, il va devenir de plus en plus difficile de
tenir secret cet endroit. J’ai les autorités espagnoles sur le dos, il faut avancer, vous entendez ?
– Oui Professeur ! Nous allons tout reprendre, nous avons dû louper quelque chose.
– Je dois partir pour régler une affaire sur le site de Hong Kong, faites le nécessaire Hamilton et je
veux être là pour la prochaine tentative.
– Bien Professeur !
Le Professeur sort de la morgue et se dirige vers le bloc. Il le traverse et gagne la porte du fond. Il
l’ouvre et rentre dans un petit couloir. Il se retrouve face à une porte, qui donne sur un coffre-fort,
muni de détecteurs au sol, dont l’alarme se déclenche si une plume tombe dessus. Des rayons laser,
traversent la pièce également de part en part. Il place son œil devant un détecteur, ainsi que sa main
droite sur un détecteur d’empreintes. La porte s’ouvre alors et les alarmes sont désactivées. Le
Professeur entre dans le coffre. De chaque côté se trouvent des étagères, ainsi qu’au fond. Il s’approche
de l’étagère du fond, en fixant la mallette qui s’y trouve… Elle est ouverte, il regarde longuement son
contenu… Puis fait demi-tour, ferme le coffre-fort, ce qui réenclenche toutes les alarmes et sort du
laboratoire en saluant les chercheurs, qui dévisagent leur insaisissable patron. Il traverse le long couloir
pour rejoindre l’ascenseur. Dans les cages, de chaque côté, des hurlements se font entendre de toute
part. Après être remonté avec l’ascenseur, il traverse le hall et s’engouffre dans la berline noire qui
l’attend. Elle regagne rapidement le jet, qui décolle quelques minutes plus tard et quitte l’île principale
du petit archipel Els Columbrets, propriété de Darmon Compagnie.
À l’intérieur du complexe, au premier étage, le docteur Hamilton, de son bureau, regarde le jet
s’éloigner au loin. Il est pâle et se sert un whisky. Il l’engloutit d’un trait et s’en sert un deuxième…
Puis, il s’assoit sur son fauteuil et compose le numéro de téléphone de chez lui. Sa femme répond, il lui
demande comment va sa fille…
Saint Gervais, Haute Savoie, 6 août 2012, 22 h 30.
L’orage gronde dehors, mais il est promis demain matin un temps magnifique. Nathan et Mickael
sont prêts pour affronter le Mont Blanc, tout est OK, autant au niveau du matériel, que de la condition
physique. Il va falloir maintenant trouver le sommeil, ce qui va être le plus dur.
– Allez, au lit petit frère, dit Nathan, demain sera un grand jour.
Mickael fait un signe de tête et part se coucher.
Nathan sent son frère inquiet, mais il sait aussi que tout se passera bien. Il part à son tour se coucher,
dans une des huit chambres du chalet familial.
Nathan a du mal à trouver le sommeil, comme souvent, alors que Mickael s’endort très rapidement,
comme d’habitude. La pression de l’aventure de demain est là bien sûr, mais Nathan a aussi peur de
refaire encore ce rêve bizarre, qu’il fait depuis quelque temps et dont il ne se souvient pas le matin.
Heureusement, la nuit se passe très bien et à 5 heures 40, le portable de Nathan sonne bruyamment,
sur une de ses chansons préférées de série télévisée. Aussitôt, Nathan se dresse sur ses deux jambes et
court réveiller Mickael.
– Allez ! Debout là-dedans, c’est l’heure ! hurle-t-il en sautillant comme un enfant.
Mickael, complètement dans le gaz, sursaute, avant d’enfouir sa tête sous son oreiller. Il regarde
ensuite son frère, complètement surexcité, avant de se lever à son tour.
– Ça va, bien dormi ? lui demande Nathan
– Ouais ça va, répond Mickael, et toi ?
– Ben ça va, en pleine forme, allons manger !
En approchant de la cuisine, Nathan aperçoit par la baie vitrée, la chaîne du Mont Blanc, magnifique,
nettoyée par l’orage de cette nuit et comme promis, le beau temps est là. Il a neigé à partir de 3 000
mètres et l’aiguille du Goûter est blanche, tant mieux, le grand couloir sera plus facile à passer.
Mickael arrive dans la cuisine.
– Regarde le temps superbe que l’on va avoir ! lui dit Nathan en montrant du doigt l’extérieur.
– Ouah ! répond Mickael, on va se régaler !Après un bon petit-déjeuner et une bonne douche, nos deux frères, se dirigent avec leurs sacs à dos
vers la voiture. Tout est prêt pour le départ, il est 6 heures 50. Ils descendent sur Saint Gervais et vont
se garer sur le parking déjà bien plein, du tramway du Mont Blanc.
Il est 7 heures 15 quand ils se dirigent vers la gare de départ, chaussés de leurs grosses chaussures
d’alpinisme. Les billets pris pour le voyage, ils attendent maintenant que le TMB arrive de la gare du
Fayet. Hier, dans l’après-midi, ils ont vu leur ami et guide Mathias, avec qui ils ont fait plusieurs
courses. Il leur a donné les dernières consignes et il fera aussi la course avec deux clients. Il est monté
avec ses clients hier soir au refuge du Nid d’aigle, ils se retrouveront à Tête rousse. Ils se regardent, ils
sentent l’excitation monter.
Le TMB arrive en gare, il est 7 heures 30. Aussitôt, les alpinistes se ruent dedans, c’est le départ de la
grande aventure, qu’ils attendent depuis trois ans. Oui, trois ans qu’ils ont décidé de faire le Mont
Blanc, trois ans qu’ils se préparent à cette aventure humaine. Quand le TMB démarre, c’est tout
naturellement que leurs cœurs battent très fort, car ils le savent, ces 7 et 8 août 2012, resteront gravés à
jamais.
Le trajet dure environ 1 heure 10 jusqu’au Nid d’aigle, le point d’arrivée du TMB, à 2 430 mètres
d’altitude. Tout commence dans la forêt, d’où l’on voit au départ le village de Saint Gervais, ainsi que
la chaîne du Mont Joly et petit à petit, la forêt fait place aux alpages, pour finir à 2 430 mètres, dans les
blocs du Nid d’aigle. Beaucoup de touristes d’ailleurs prennent le TMB dans la journée, pour venir
goûter aux joies de la montagne et certains même, s’aventurent sur le chemin du Mont Blanc, jusqu’à la
cabane des Rognes et parfois pour les plus téméraires, jusqu’au refuge de Tête rousse.
Le Nid d’aigle, terminus. Tout le monde descend et se dirige vers la cabane, où il faut aller valider les
billets de retour pour demain. Une fois cette formalité effectuée, nos deux frères se dirigent vers le
sentier, qui mène au refuge de Tête rousse à 3 170 mètres.
Deux panneaux, indiquent « refuge de Tête rousse et refuge du Goûter ». Il est 9 heures.
L’ascension commence dans la pierraille, sur un ou plusieurs sentiers tracés, la pente est parfois bien
raide. Il fait chaud déjà ce matin et Nathan et Mickael sont obligés de s’arrêter rapidement pour enlever
une couche, pour se retrouver en manches courtes. Il leur faut environ une heure pour parvenir à la
cabane des Rognes, à 2 750 mètres. C’est là qu’ils font leur première pause pour boire et manger une
barre aux céréales.
Quinze minutes plus tard, ils sont repartis à l’assaut de la crête rocheuse, qui donne accès au glacier
de Tête rousse. C’est ici, à 3 100 mètres, qu’il faut traverser ce petit glacier de gauche à droite, pour
parvenir au refuge. Il est 11 heures 30 et la neige est encore dure, donc ils chaussent les crampons pour
traverser. À 11 heures 45, ils arrivent au refuge de Tête rousse. C’est ici qu’ils vont déjeuner, avant
d’attaquer le gros morceau de l’ascension, l’aiguille du Goûter et son fameux grand couloir, appelé
aussi « le couloir de la mort », car une dizaine d’alpinistes y laissent la vie chaque année.
Ils croisent au refuge deux guides de Saint Gervais et Mathias qui est là avec ses clients, qui ont déjà
mangé et se reposent un peu. Après un bon repas, il est temps de partir à l’attaque de l’aiguille du
Goûter.
Nathan et Mickael, sortent du refuge pour s’équiper, ils rejoignent le glacier. C’est le moment de
passer le baudrier, de chausser les crampons, et de s’encorder.
Il est 13 heures 40 et nos deux frères s’avancent vers l’aiguille du Goûter, en traversant le glacier de
Tête rousse sur sa partie droite. Ils sont rapidement au pied de l’aiguille.
– Tu es prêt petit frère ? lance Nathan en regardant Mickael.
– Oui, allons-y, lui répond Mickael en regardant l’aiguille.
Pour commencer, le glacier se redresse un peu et très vite ils se retrouvent dans un premier ressaut,
qu’il faut gravir parfois en mettant les mains, pour arriver au niveau du grand couloir. Devant eux,
Mathias avec ses clients, un homme et une jeune femme, veille sur eux.
Voici donc ce fameux grand couloir du Goûter, relaté tant de fois pour ses accidents, qui proviennent
principalement de chutes de pierres récurrentes, venant du haut du couloir, quelque sept cents mètres
plus haut. Beaucoup d’accidents arrivent aussi car par peur, les alpinistes courent souvent pour le
traverser, ce qu’il ne faut surtout pas faire, sous peine de dévisser quatre cents mètres plus bas, dans le
glacier de Bionnassay.
Concentration extrême à ce moment de l’ascension. Nathan et Mickael s’engagent dans le couloir.
Devant, Mathias leur a fait signe que c’était OK. Les deux frères regardent bien leurs pieds, pas le
moment de se mettre un crampon dans le mollet. Le couloir fait environ une cinquantaine de mètres et
il faut le traverser en horizontale, pour pouvoir gagner la droite de celui-ci et monter ensuite sur labarre rocheuse droite du couloir. Tout se passe bien, car le couloir, en ce début d’après-midi, est bien
plâtré par la neige tombée hier. Cela rend beaucoup plus facile la traversée, car les pierres dans ces
conditions ne tombent pas.
De l’autre côté du couloir, les deux frères continuent de suivre Mathias et ses clients. Il s’agit à
présent, de gravir cette barre rocheuse de six cents mètres. C’est raide, environ 45 à 55 degrés par
endroits, mais cela se monte assez facilement, pour tout alpiniste habitué à ce genre de terrain. Le
premier de cordée doit assurer sur chaque « pas » le second, avec la corde tendue. Nos amis font une
petite pause à mi-chemin, vers 3 500 mètres. Mathias est déjà reparti. Un magnifique panorama s’offre
déjà à eux, avec le refuge de Tête rousse quelque quatre cents mètres plus bas. Il est temps de repartir
pour les trois cents derniers mètres de cette aiguille. La pente avoisine maintenant les 50 à 55 degrés,
des câbles sont là pour aider dans certains passages. Nous sommes dans du mixte, rocher et neige et les
crampons ne sont pas de trop pour progresser.
Après plus de deux heures de lutte, c’est enfin l’arrivée au fameux refuge du Goûter, plus haut
refuge gardé de France, il est 16 heures. Il s’agit de l’ancien refuge, construit à flanc de montagne,
trônant fièrement sur l’aiguille du Goûter. En effet, depuis trois ans, un nouveau refuge est construit à
quelque deux cents mètres sur la droite de l’ancien. Il doit ouvrir ses portes l’année prochaine, c’est
donc à priori, la dernière année que celui-ci est en activité. Ce refuge, construit au début des années
soixante, a une véritable histoire, tant d’alpinistes et de grands noms y sont passés. On y accède par le
rocher et une passerelle ensuite fait le tour de l’avant du refuge. Nathan et Mickael quittent leurs
équipements, se congratulent de cette belle ascension et rentrent ensuite dans le refuge pour aller à la
rencontre du gardien, pour prendre leurs places. Mathias et ses clients sont déjà là. Ce dernier se
désaltère, ses clients étant partis vagabonder.
– Alors les gars ! dit Mathias avec son accent savoyard, comment ça va bien ?
– Ça va mon Mathias, dit Nathan, c’est une belle grimpette.
– Et oui, venez boire un coup avec moi !
– OK, on prend nos places et on arrive, répond Nathan.
Après avoir pris les couchettes et posé leurs affaires, nos deux frères rejoignent Mathias, dans la salle
commune du refuge. Mathias, fidèle à lui-même, déguste déjà sa deuxième bière.
– Alors les petits gars, dit-il, bien installés ?
– Ouais, répond Nathan, on est en bas, à gauche de l’entrée.
– OK, vous buvez une petite bière ?
– Heu… Non, plutôt un jus d’orange.
– Et toi Mickael ? demande Mathias, t’as l’air fatigué, mon Mimi.
– Comme Nathan, un jus d’orange, ouais un peu crevé, mais ça va le faire.
Il fait un petit clin d’œil à Nathan pour le rassurer.
Le refuge du Goûter est perché à 3 817 mètres d’altitude et évidemment, l’oxygène se fait plus rare
qu’en plaine. Pour ceux comme Nathan et Mickael qui sont acclimatés, ça va, pour les autres, la nuit
risque d’être dure. Beaucoup d’ailleurs ne partent même pas du refuge dans la nuit, car ils sont
malades.
– Et tes clients, tu les as vendus ? dit Nathan en rigolant.
– Ben je ne sais pas, répond Mathias, ils sont partis sûrement se reposer.
– Et ils sont sympas ?
– Ouais, c’est un père et sa fille, c’est la première année que je les ai, mais ils ont fait pas mal de
trucs avant je crois. Ben tiens ! Les voilà. Allez-y, asseyez-vous dit Mathias, je vous présente Nathan et
Mickael, deux jeunes très sympas, avec qui j’ai fait beaucoup de courses.
L’homme, environ 50 ans, mince et élancé, assez froid d’apparence, s’avance vers les deux frères :
– Bonjour, moi c’est Yves et voici ma fille Sophie, ravi de vous connaître.
Nathan et Mickael se lèvent et serrent la main d’Yves et après une légère hésitation, fond la bise à
Sophie. Nathan est troublé par le charme et la beauté de celle-ci, ce qui n’échappe pas à son frère.
Sophie est une belle jeune fille brune, cheveux mi-longs, les yeux verts, environ un mètre soixante-dix,
sportive.
– Alors, dit Yves en s’adressant aux garçons, vous connaissez bien Mathias ?
– Heu oui ! répond Nathan, toujours troublé par la jeune fille qui se trouve en face de lui. On se
connaît depuis plusieurs années. En fait, on vient ici avec mon frère depuis longtemps, notre père à un
chalet au-dessus de Saint Gervais et on a connu Mathias lors de notre école de glace, il y a cinq ans.
Depuis, on se voit souvent, on a fait pas mal de courses ensemble, il nous a tout appris. C’est un super-guide, vous verrez !
– Il n’est pas objectif ! répond Mathias et ils se tapent dans la main. Allez ! Une autre tournée de
bière…
Yves suit, mais pas les deux frères, qui savent bien qu’a cette altitude, il vaut mieux éviter de boire
de l’alcool. Sophie, elle, reste au thé.
La conversation se poursuit, les deux frères apprennent qu’Yves est ingénieur en robotique et voyage
beaucoup, que Sophie est étudiante en médecine depuis un an, qu’elle va entrer à la rentrée, en
deuxième année à Marseille et qu’elle a 20 ans. Elle parle avec Mickael, qui fait des études de
vétérinaire et évite le plus possible le regard de Nathan…
Vers 17 heures 30, Nathan et Mickael vont s’aérer un peu dehors, car avec le monde et la chaleur
humaine, il fait chaud dans le refuge. Dehors, par contre, il doit faire cinq degrés et un petit vent rend
l’atmosphère très fraîche. Mathias étant parti s’occuper avec les gardiens du refuge, Yves et Sophie,
partis vers leurs couchettes, Nathan et Mickael se retrouvent donc seuls à l’extérieur. Ils en profitent
pour faire le tour du refuge, en suivant la passerelle et se retrouvent à passer devant l’annexe du refuge,
qui peut accueillir environ quarante personnes de plus et sous laquelle se trouvent les toilettes. Il faut
pour s’y rendre prendre un escalier, à travers lequel on voit bien le vide, le vent souffle, c’est très
pittoresque et il vaut mieux ne pas avoir envie d’y aller la nuit…
– Alors grand frère, dit Mickael, tu as flashé sur Sophie toi, hein ?
– Moi ? dit Nathan l’air étonné, non pas du tout, c’est vrai qu’elle est très belle, mais de toute façon,
elle ne me regarde même pas.
– Ouais c’est ça, tu ne me la feras pas à moi, je te connais ! Tu sais, on a discuté ensemble tout à
l’heure à cause des études de médecine, on a tous les deux fait la première année commune.
– Je sais Mickael, ne t’inquiète pas, il n’y a pas de soucis, c’est juste que j’ai ressenti quelque chose
d’inhabituel en la voyant tout à l’heure, je ne sais pas comment t’expliquer.
– Hum, je vois, elle te plaît !
– Je ne sais pas, j’ai l’impression que je l’ai déjà vue, que l’on se connaît, son visage me dit quelque
chose. Tu sais, depuis que maman est morte, je ne me rappelle de pratiquement rien d’avant.
– Ouais, moi non plus ! dit Mickael, mais tu as raison, moi aussi je ressens un truc bizarre en
regardant cette fille. En tout cas, je me rappelle que tu as commencé à déconner à partir du jour où
Claire est décédée et que tu as loupé tes études, toi qui voulais devenir flic, tu te rappelles ?
– Hum ouais…
– Tu sais, il n’est jamais trop tard pour rattraper le temps perdu, grand frère.
– Dit donc toi ! C’est le petit frère qui fait la morale au grand ? Mais tu as raison, faut que je me
reprenne, ce que je fais ne me plaît pas, je vais reprendre les études !
– T’es sérieux ?
– Oui, et pourquoi pas ? Je pourrais essayer de passer mon bac.
– Ben oui bien sûr ! Je t’aiderai si tu veux.
Les deux frères se prennent dans les bras.
– Bon allez, dit Nathan, trêve d’apitoiement sur mon sort, on a une course à faire demain et pas
n’importe laquelle, le Mont Blanc !
– Ouais t’as raison, ça va être l’heure de manger, on passe à 18 heures 30.
Ils rejoignent le refuge, pour s’installer à la table qui leur est réservée. Premier service, pour nourrir
les quelques cent quarante alpinistes présents à 18 heures 30, un deuxième service a lieu à
19 heures 30. Mathias, Yves et Sophie sont là, mais pas sur la même table. La salle de restauration est
petite et une table contient environ vingt personnes, il y en a six.
Nathan cherche du regard Mathias, ou plutôt sans doute Sophie, sous le regard amusé de Mickael. Il
l’aperçoit à trois tables, furtivement. Le repas se passe bien, la nourriture est pas mal pour des cuisines
installées à 3 800 mètres d’altitude, où la neige remplace l’eau de cuisson. Les alpinistes sont serrés
comme des sardines en boîte, il fait chaud, très chaud. Ils échangent quelques mots avec leurs voisins de
table, sur la montagne bien sûr. Et à 19 heures 15, il faut libérer les tables pour le deuxième service et
les alpinistes affamés qui attendent leur tour. Nathan et Mickael sortent prendre l’air et profitent de la
vue magnifique que le refuge offre. Sur la passerelle, devant le refuge, on peut en effet apercevoir Tête
rousse, huit cents mètres plus bas, sur la gauche, la splendide aiguille de Bionnassay, devant, la vallée
de Saint Gervais, Sallanches, Chamonix, les chaînes des Aravis, Varans, Aiguilles rouges… Derrière le
refuge, un mur de neige d’environ trente mètres, qu’il faudra gravir demain matin, pour atteindre lesommet de l’aiguille du Goûter. Le soleil commence à descendre droit devant eux. Ils en profitent pour
aller aux toilettes maintenant et pour faire les photos souvenir d’usages, ainsi qu’une vidéo.
C’est en revenant vers le refuge, dans le fameux escalier escarpé, qu’ils rencontrent Sophie.
– Salut les garçons ! dit-elle. C’est impressionnant ici !
Après un petit coup dans le dos donné par Mickael, Nathan répond :
– Ah… Salut Sophie, oui, faut pas avoir envie d’y aller la nuit, hein ?
Sophie le regarde et lui décroche un petit sourire, avant de continuer sa route.
Nathan et Mickael regagnent le devant du refuge.
– N’importe quoi ! dit Nathan. Pourquoi je lui ai sorti ça ?
– J’avoue, tu aurais pu trouver mieux ! rétorque Mickael en rigolant.
– Je ne comprends pas pourquoi, je perds mes moyens devant cette fille.
– Apparemment, elle te touche mon vieux.
– Allez, arrête donc.
– Bon, écoute, elle va automatiquement repasser par ici, attends-la et parle-lui, moi, je vais à la
couchette me reposer, OK ?
– OK, mais je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée.
– Pourquoi ?
– Écoute, je ne sais pas mais…
Avant que Nathan termine sa phrase, Mickael est parti.
Nathan se retrouve tout seul, accoudé sur la passerelle, en se demandant bien ce qu’il va pouvoir dire
à cette fille, splendide et envoûtante. Quelques minutes plus tard, Sophie arrive vers lui. Nathan, fait
comme s’il ne l’avait pas vue, mais Sophie s’arrête et :
– Hé, Nathan, c’est ça ?
– Ah ! Salut Sophie, alors ça va ?
– Oui ça va, on est bien ici, hein ?
Les deux jeunes gens se regardent et se sourient. « Qu’elle est belle », pense Nathan. Deux petites
fossettes, viennent encore embellir le visage de Sophie quand elle sourit et ses grands yeux verts
transpercent la carapace de Nathan.
– Oui… On est merveilleusement bien ici ce soir, dit-il en prenant une grande respiration.
Nathan détourne les yeux de ceux de Sophie, car il sent son cœur battre si fort que sa poitrine lui fait
mal. C’est la première fois qu’il ressent cela. Altitude ou… ?
– Alors ? lui demande Sophie. Ça fait longtemps que tu fais de la montagne ?
– Oui… Enfin cinq ans, avec mon frère, c’est une passion, je ne pourrais pas m’en passer, et toi ?
– Je ne dirais pas que c’est une passion, mais j’aime ça, oui. Je ne pratique pas depuis longtemps la
haute montagne, mais j’ai toujours crapahuté très jeune, mon père a un chalet ici. Comme mon père est
fou de montagne, il m’a proposé il y a un an de m’emmener au Mont Blanc. Donc je me suis entraînée
dur et me voilà.
– Super, et il est où votre chalet ?
– On est sur Megève.
– Ah ! OK, et sinon, alors, tu es en médecine à Marseille c’est ça ?
– Oui !
– Pas trop dur ?
– Si, surtout la première année, ça, c’est fait !
– Et tu sais ce que tu veux faire comme médecine plus tard ?
– Ben si j’y arrive, j’aimerais faire de la chirurgie générale.
– Ouah, c’est génial !
– Et toi alors, tu fais quoi ?
– Oh ! Moi… Rien de bien palpitant, je suis cuisinier, mais j’ai envie de changement.
– Vas-y ! Fonce alors, tu sais la vie est courte, il faut suivre ses envies et son cœur. Et tu voudrais
faire quoi alors ?
Ses grands yeux verts le fixent.
– J’ai toujours rêvé d’être un flic, c’est bête hein ?
– Non pourquoi ? Si c’est ce que tu veux, fais le !
– Ouais… Le problème, c’est que depuis la mort de ma mère il y a six ans, j’ai tout loupé, je n’ai
même pas mon bac.
– Je suis désolée pour ta mère, comment ça s’est passé ?– Oh… Elle est morte très rapidement, soi-disant d’un problème respiratoire soudain, je me souviens
très peu de cette époque et j’ai presque tout oublié d’avant son décès, c’est bizarre non ?
– Tu dois faire un syndrome post-traumatique, dû au choc que cela a provoqué en toi, moi aussi j’ai
perdu ma mère il y a six ans et je ne me souviens de rien non plus d’avant, c’est flou…
– Moi aussi, complètement flou…
La conversation entre les deux jeunes gens continue, jamais Nathan ne s’était confié à quelqu’un
comme ça, à part à son frère. Le courant passe bien entre eux. À tel point qu’ils s’aperçoivent qu’il est
déjà 21 heures et que le soleil se couche à l’horizon, derrière le massif des Aravis. Il est vraiment temps
d’aller se coucher, car tout à l’heure, levée à 1 heure 45 pour le départ au Mont Blanc. Les deux jeunes
gens se séparent et Sophie dépose un bisou sur la joue de Nathan, ce qui le fait frissonner. Nathan vient
de passer la plus belle soirée de sa vie, ici, au refuge du Goûter. Quand il pénètre dans le dortoir pour
rejoindre sa couchette, tout le monde dort déjà ou presque. Il faut escalader des sacs, des sabots, pour
pouvoir atteindre le pied de la couchette. Heureusement, il avait tout préparé avant sur sa couchette et
une fois monté, il passe ses premières couches, collant et polo, se glisse dans son sac à viande et sous la
couverture. À côté, Mickael dort à poings fermés, en voilà un au moins qui ne s’inquiète pas pour
demain. Dans le dortoir, ça brasse, ça ronfle, un refuge quoi, sauf qu’ici, à 3 800 mètres, certains aussi
sont malades. Heureusement, cette nuit-là, aucun alpiniste de ce dortoir ne sera malade.
Nathan cherche le sommeil, il dort moins bien que son frère, toujours, mais là en plus, il sait que
demain il n’a pas droit à l’erreur. Il est prêt, physiquement, moralement et puis Mathias est là au cas où,
il sait qu’il sera juste devant. Il pense à tout ça oui, à ce jour qu’ils attendent depuis trois ans, accéder
au sommet du Mont Blanc. Il pense maintenant aussi, à cette merveilleuse soirée qu’il vient de passer
en compagnie de Sophie, elle est dans un dortoir au-dessus en ce moment. A-t-elle du mal à dormir
aussi ? Occupé par ses pensées, il parvient petit à petit à plonger dans une espèce de sommeil léger,
somnolant. La nuit au refuge du Goûter est calme, dehors il gèle, mais il fait beau.
Nathan somnole, entend Mickael tourner et virer à côté de lui, il ne dort finalement pas aussi bien
que ça. Il est dans ces conditions très vite 1 heure 40, l’heure où tous les téléphones portables sonnent.
Déjà, quelques alpinistes étaient sortis du dortoir et Nathan était prêt à se lever. À partir de ce
momentlà, c’est chacun pour soi dans le dortoir, il faut rapidement s’habiller de la deuxième couche, plier sa
couverture, tout ça à la frontale, ensuite descendre comme on peut de la couchette et escalader les sacs
et autres chaussures pour retrouver le sien et sortir enfin du dortoir. Oui, mais voilà, le leur donne
directement sur le hall d’entrée du refuge et il faut encore escalader des sacs et chaussures pour se
frayer un chemin jusqu’à la salle des petits déjeuners. Ouf, ça y est, enfin, déjà une bonne suée dès le
lever. Ils y retrouvent entre autre Mathias, déjà en pleine forme, avec d’autres guides, Jean-Marc et Max
et finissant de déjeuner, Yves et sa fille Sophie. Tout ce petit monde se dit bonjour, encore endormi,
dur le matin. Yves et Sophie quittent la table rapidement, pour aller sur les ordres de Mathias s’équiper
dans l’annexe, car beaucoup trop de monde au refuge et ils conseillent aux deux frères d’en faire autant.
Nathan et Mickael mangent rapidement, pas très faim à cette heure-ci, à part Mickael, qui arrive à
manger sous le regard impatient de Nathan.
Il est 2 heures 20, il faut vite rejoindre l’annexe pour s’équiper. Nos deux frères sortent donc avec
leurs sacs, bâtons, et rejoignent l’annexe par la passerelle, à la frontale. Un petit vent glacial vient leur
rappeler qu’ils sont à 3 800 mètres d’altitude. Une fois dans l’annexe, beaucoup de monde aussi, une
chaleur intenable, avec les couches de vêtements déjà sur le dos. Il faut à présent passer la troisième
couche, mettre le baudrier, les chaussures, les crampons, la quatrième couche et la suée est assurée.
Tout ça dans la bonne humeur et les blagues des guides, déjà décidément en pleine forme à cette
heureci. Il faut dire que entre Mathias, Jean, Marc et Max, on ne s’ennuie pas. Sophie, qui est emmitouflée
dans ses vêtements, rigole aux blagues des guides, quant à Yves, il est toujours aussi inexpressif et
tendu. C’est l’heure de partir, Mathias et ses clients sortent. En passant devant Nathan et Mickael,
Sophie leur souhaite bonne chance pour la course et croise le regard de Nathan avec un léger sourire.
« Aujourd’hui est un grand jour », se dit Nathan.
– Tu es OK ? demande Nathan à son frère.
– C’est bon, on peut y aller, répond impatient Mickael.
– Parfait, c’est parti alors, on va se mettre dans les traces de Mathias.
Aussitôt, les deux frères sortent de l’annexe du refuge et se retrouvent parmi environ six cordées,
toutes frontales allumées, une véritable fourmilière. Nathan aperçoit Mathias, déjà pratiquement en
haut du mur de neige, à l’arrière du refuge, qui donne accès à la ligne de crête de l’aiguille du Goûter.
Ils s’encordent et décident aussitôt de grimper un mur de neige face à eux, pour contourner et doublerces six cordées. Mickael suit, il n’a pas le choix, un petit 50 degrés dès le départ, sur trois mètres, ça
met en jambes le matin à 3 heures. La suite est pas mal non plus, car il faut monter ce mur de neige de
40 degrés, sur environ quinze mètres. Les voici enfin sur le fil de l’arête de l’aiguille. Mathias est
devant, à environ dix mètres. Il s’agit maintenant simplement de suivre « la trace ». Ils passent
rapidement au point culminant de l’aiguille, à 3 863 mètres et laissent sur la droite le nouveau refuge,
invisible à cette heure-ci. La trace continue, ils descendent légèrement, avant de remonter en bifurquant
sur la gauche, pour attaquer la pente du dôme du Goûter en zigzag.
Le silence est d’or, le spectacle est magnifique. Seul le bruit du crissement des crampons, dans la
neige dure se fait entendre, une douce musique. Devant, quelques cordées, que l’on voit grâce au
scintillement des frontales et derrière déjà beaucoup de frontales éclairent la nuit du Mont Blanc. Tout
se passe bien pour l’instant pour les deux frères, les pas sont réguliers, ils sont concentrés sur l’objectif,
sur la respiration. Devant, tout à l’air de bien se passer aussi pour Yves et Sophie. Il fait frais, environ
moins cinq degrés, mais en marchant et avec l’équipement qu’ils ont, il n’y a aucun problème. Dans ces
conditions, ils arrivent en 1 heure 30 au point où la trace commence à descendre. À ce moment-là,
Nathan sait qu’ils sont à proximité du dôme du Goûter, qu’il faut laisser sur la droite pour descendre
vers le col du dôme. Il sait surtout qu’ils sont à environ 4 300 mètres d’altitude et que tout va bien
physiquement, pas une trace du mal des montagnes, qui terrorise tant d’alpinistes. C’est la première fois
qu’ils montent si haut. Nathan se retourne, pour voir si tout va bien du côté de Mickael, il lui fait signe
que tout est OK. La cordée donc, continue son chemin vers le col du dôme. Droit devant eux, ils
commencent à apercevoir avec l’aurore qui pointe, celui qui jusqu’à présent était caché par le dôme du
Goûter, le magnifique Mont Blanc, dressé fièrement, avec le refuge Vallot, les bosses et cela laisse
imaginer les efforts qu’il reste à faire, pour fouler le sommet du toit de l’Europe. Mathias et sa cordée
sont environ dix mètres devant Nathan et Mickael. Ils arrivent rapidement au col du dôme, qui se trouve
environ à 4 200 mètres. La cordée de Mathias est déjà à l’assaut du mur, qu’il faut gravir à présent pour
arriver au refuge Vallot, perché sur son piton rocheux à 4 360 mètres d’altitude. Cependant, la cordée à
l’air d’avancer vraiment doucement, Yves ou Sophie seraient-ils en difficulté ?
Nathan et Mickael se sentant bien, attaquent la montée vers Vallot. Une pente de 40 degrés environ
qu’il faut monter en zigzag, en étant très vigilant, car la neige est béton. Les deux frères rejoignent
rapidement la cordée de Mathias qui se traîne, ils sont sans doute en difficulté. Il est 5 heures 30
environ quand les deux cordées arrivent à Vallot, l’aurore est là et la vue sur l’arête des bosses est
magnifique. Cependant, le refuge Vallot est encore à peine visible dans la pénombre. Yves, dès
l’arrivée, tombe à genoux et cherche sa respiration. Mathias se penche vers lui pour l’aider à reprendre
son souffle, mais malheureusement, il semble que cela soit plus grave que ça. Il fait froid sans bouger,
Nathan et Mickael en profitent pour se restaurer, boire du thé. Sophie est inquiète pour son père, qui est
toujours avec Mathias en pleine discussion.
Le refuge Vallot est tout petit et n’est pas gardé. Il sert aux alpinistes en difficulté, au cas où, et n’est
malheureusement jamais très propre.
Au bout de cinq minutes, Mathias indique à Sophie que son père ne peut pas continuer, qu’il est pris
par le mal des montagnes et qu’il commence à faire un œdème pulmonaire. Il faut donc vite le
redescendre sur le Goûter. Yves veut absolument que sa fille continue sans lui, mais Sophie ne veut pas
le laisser.
– Bon les gars ! dit Mathias. Allez-y, je sais que vous pouvez le faire, faite attention à la descente de
ne pas vous déconcentrer aux bosses. Allez-y, les cordées arrivent.
C’est ainsi que Mathias, Yves et Sophie prennent le chemin du Goûter et les deux frères, celui de
l’arête des bosses. En partant Sophie leur lance, avec un dernier petit regard pour Nathan :
– Bonne chance les gars ! On se voit ce soir à Tête rousse !
Nathan est déçu pour eux, mais il se fait une joie de revoir Sophie ce soir. Nathan ne savait pas
qu’elle restait à Tête rousse. Eux aussi restent à Tête rousse, pour profiter plus longtemps de
l’ambiance.
La cordée de Mathias ayant disparu dans la descente qui mène au col du dôme, Nathan remet en
marche sa cordée. Après avoir vérifié que tout allait bien pour son frère, il se lance à l’assaut de la
première bosse. Une belle arête effilée, menant jusqu’à une altitude de 4 513 mètres, avec une pente de
30 à 40 degrés. Devant eux, environ quatre ou cinq cordées, derrière beaucoup plus, c’est pour ça qu’il
ne faut pas perdre trop de temps. L’arête est majestueuse, de chaque côté, le gaz, environ mille mètres.
Les deux frères avancent d’un pas sûr, Nathan tient fermement la corde, bien tendu. Il sent par moments
que ça « tire », Mickael commence un peu à souffrir. À 4 500 mètres, les difficultés arrivent, l’air sefait de plus en plus rare et donc les mouvements demandent de plus en plus d’efforts. Pour Nathan, cela
va étrangement bien. Une légère descente sur quelques mètres et c’est l’attaque de la deuxième bosse,
plus petite, moins longue, mais un peu plus raide. Le spectacle est magnifique sur ces bosses, la haute
montagne dans toute sa splendeur. Quelquefois, suivant la météo, les vents, il faut passer ces bosses en
dévers, à cause des corniches. Aujourd’hui, pas de problème, le fil de l’arrête est impeccable et la trace
laisse quarante centimètres pour passer. La deuxième bosse culmine à 4 547 mètres. La suite, suivre la
trace qui mène au rocher de la Tournette, à environ 4 700 mètres. Les deux frères continuent
l’ascension, concentrés toujours sur leurs pas et leurs respirations. Nathan sent la corde « tirer » de
plus en plus, Mickael souffre maintenant derrière. Ses pas sont de plus en plus lents et à chaque fois,
ayant du mal à lever les pieds, le bout de ses crampons racle la neige.
Ils arrivent au rocher de la Tournette, Nathan ne veut pas s’arrêter là, car il sait qu’il sera difficile,
voire impossible pour son frère de repartir. Il enchaîne donc la montée finale, une arête de plus de 300
mètres à environ 40 degrés, à 4 720 mètres. C’est dur, très dur. Nathan redouble d’effort pour « tirer »
Mickael, qui n’en peut plus. La respiration est rapide, le pouls entre cent soixante et cent quatre-vingts,
Nathan encourage son frère, qui doit terminer au mental.
– Allez ! Mimi, allez ! On y est presque, donne tout ce que tu as, allez ! Allez !
Mickael entend, écoute son frère, qui lui hurle devant tous ces encouragements. Ses pieds ne se
lèvent pratiquement plus, il crache à chaque respiration dans sa cagoule. Devant, Nathan souffre un
peu, d’autant plus qu’il doit tirer sur la corde sans arrêt, mais ça va. Il sent que le sommet est proche,
l’émotion lui monte à la gorge, une larme tombe alors dans son masque. Il fait avec le vent à soixante
kilomètres à l’heure, un ressenti de moins quinze degrés.
La cordée avance ainsi jusqu’au moment où la pente se fait moins raide, jusqu’à devenir
pratiquement plate, l’horizon se faisant jour devant eux. Pas de doute, c’est le sommet.
Sommet du Mont Blanc, 4 810 mètres, 8 heures du matin. Un soleil magnifique, une vue énorme.
Pas un nuage, du vent à environ soixante-dix kilomètres à l’heure, la neige est soulevée par les rafales.
Déjà une dizaine d’alpinistes foulent le toit de l’Europe. Mickael essaie de reprendre son souffle,
accroupi, la tête en ses deux jambes. Nathan lui, reprend son souffle, mais ça va, il se sent bien,
étrangement bien. Il n’en revient pas, il est, ils sont au sommet du Mont Blanc, ils en ont tellement rêvé.
Mickael se redresse, n’en croit pas ses yeux, ils y sont.
L’émotion est telle qu’ils ne peuvent retenir leurs larmes et se prennent dans les bras en se
congratulant. Il en a fallu du courage, de la préparation pour en arriver là. Cette course est exigeante de
par l’altitude qu’elle présente et beaucoup n’y arrivent pas.
La vue est à trois cent soixante degrés, en plus, ce matin il fait un temps magnifique, comme il n’en
fait que quelques jours par an ici. Beaucoup de vent, mais c’est normal à 4 810 mètres. Nos deux frères
profitent de ce moment à fond, photos, vidéos. Toutes les Alpes sont visibles, la France, la Suisse et ses
grands 4 000 comme le Cervin, l’Italie et les Monts roses, le grand Paradis, la Vanoise, les Écrins. On
ne peut être plus haut, tout paraît si petit vu d’ici. Le vent souffle, il fait froid et les cordées arrivent, il
est temps de redescendre. Ces vingt minutes au sommet resteront à jamais gravées.
Mickael se place devant pour la descente et Nathan est corde tendue, à trois mètres derrière.
La descente jusqu’à la première bosse est rapide, beaucoup de croisements ont lieu avec les cordées
montantes. La trace est large, donc ça va. Il ne va pas en être de même sur l’arrête des bosses. Il faut
vraiment rester vigilant ici, car avec la fatigue, l’erreur est rapide. Mickael s’engage sur la première
bosse, en haut, les garçons se mettent sur le côté, dans le dévers, pour laisser passer plusieurs cordées
montantes. Crampons et piolets bien ancrés, nos deux frères en profitent pour faire quelques photos du
Mont maudit, superbe à cet endroit. Et c’est reparti vers la seconde bosse, qui se passe sans encombre,
ce qui amène rapidement Nathan et Mickael au refuge Vallot où ils font une pause. Cette fois, ils
peuvent s’approcher et faire le tour du refuge, alors que tout à l’heure, il faisait encore sombre.
Le retour continue, via la grosse descente vers le col du dôme, qui encore à l’ombre, est toujours
gelé. Vigilance extrême pendant cette descente. Une fois au col du dôme, il faut remonter légèrement
vers la droite du dôme du Goûter. Dure, dure la montée sur le retour à 4 200 mètres. Ensuite, les deux
frères suivent la trace qui ramène au refuge du Goûter, il est 10 heures 30.
Une petite pause de quinze minutes, pour se restaurer un peu et scruter l’aiguille du Goûter, pour
voir s’ils gardent les crampons pour la descente. A priori, Mathias, Yves et Sophie ne sont plus là, ils
sont sans doute déjà à Tête rousse.
Ce moment de l’ascension est un des plus importants, car avec la fatigue, la descente de l’aiguille du
Goûter dans du mixte, avec des pentes entre 40 et 50 degrés, s’avère dangereuse au moindre faux pas.Nathan, voit que le couloir en bas est pratiquement sec, par apport à hier où la neige était bien présente,
par contre, le haut de l’aiguille, jusqu’à environ 3 500 mètres, est encore bien en neige. Il décide donc
qu’ils vont garder les crampons pour descendre.
Mickael est un peu soucieux de cette descente.
– Allez ! dit Nathan. Il faut y aller petit frère, passe devant, je t’assure.
– OK, quand faut y aller, faut y aller, répond Mickael assez crispé.
Mickael s’engage sur le départ et très vite la désescalade est bien raide. Encore une fois, on peut
s’aider des câbles, qui jalonnent le passage entre les rochers enneigés. Nathan, derrière, assure corde
tendue, à deux ou trois mètres suivant les passages, avec une réserve de corde de quatre ou cinq mètres
en main, au cas où. La descente se fait calmement et proprement, mais par moments, ils entendent des
pierres dégringoler du haut du couloir, ce qui n’augure rien de bon pour le passer tout à l’heure.
Environ une heure plus tard, nos deux frères sont face au grand couloir, qu’il va falloir traverser pour
rejoindre le côté gauche. Par intermittence, des pierres tombent. Le bruit est impressionnant. Il est midi,
à cette heure-ci, peu de monde au couloir, à part une cordée qui attend de l’autre côté et une autre qui
arrive derrière Nathan et Mickael. Mieux vaut ne pas rester trop longtemps ici. Nathan décide donc d’y
aller. Il se place devant, regarde le haut du couloir et ne voyant rien, commence la traversée. À ce
moment-là, une rafale de pierres arrive de plus de cinq cents mètres plus haut. Entendant le bruit et
ayant fait seulement quelques mètres, Nathan dit à son frère :
– Vite ! Retourne-toi et fonce au départ du couloir.
Mickael s’exécute et les deux frères sont à l’abri quand les pierres jaillissent en plein milieu du
couloir. Heureusement, la cordée en face ne s’était pas engagée. Bon, il faut de toute façon y aller.
Nathan fait signe à la cordée en face qu’ils vont s’engager, pour éviter bien sûr de se croiser. Ne voyant
rien, n’entendant rien, Nathan décide de traverser. Le passage est boueux, rempli de petits ruisseaux. Le
couloir à une inclinaison d’environ 50 degrés et le passage fait environ entre vingt et trente centimètres.
Au milieu du couloir, un ruisseau plus grand qu’il faut enjamber sur environ un mètre, ne facilite pas la
tâche. Nathan et Mickael sont précis sur leurs pas, il faut aller vite, mais ne pas courir, la chute à cet
endroit serait mortelle.
Ouf, le couloir est passé pour nos deux frères. C’est avec soulagement qu’ils se retrouvent de l’autre
côté. La descente jusqu’au refuge de Tête rousse n’est maintenant qu’une formalité. Encore un ou deux
petits ressauts à négocier et ils se retrouvent sur le glacier de Tête rousse.
Au refuge, ils se décordent et quittent rapidement deux couches de vêtements, car la température avec
la perte d’altitude est montée. Ils se tapent dans la main, ils n’en reviennent encore pas d’être allés
làhaut. Après s’être débarrassés des crampons et avoir rangé corde, baudriers et piolets, ils se rendent
dans le refuge pour déjeuner. Ils cherchent du regard Mathias, mais le gardien leur dit qu’il est déjà
parti.
– Et ses clients ? demande Nathan
– Ils ont mangé et sont descendus avec Mathias, car le père n’était pas très bien.
– Oui je sais, répond Nathan, il a fait un début d’œdème à Vallot ce matin.
– Ouais, c’est pour ça que Mathias a préféré le faire descendre, pour qu’il aille aux urgences.
– Je vois, et sa fille ?
– Elle est descendue avec eux.
Zut ! Pas de chance, et Nathan qui comptait la revoir ici…
C’est un peu dépité que Nathan prend place pour manger. Bah, se dit-il, si je dois la revoir, je la
reverrai. Mickael lui tape dans le dos :
– Allez, t’inquiète, mange et savoure ce que l’on vient de faire.
– T’as raison, je suis pourtant triste pour elle, être obligée de faire demi-tour comme ça.
– C’est normal ! dit Mickael. Son père était en train d’agoniser, elle l’a suivi.
– Tu as raison, bon appétit.
Une fois le repas englouti, nos deux frères rejoignent leurs couchettes et font une énorme sieste
jusqu’à 17 heures.
Que c’est bon de dormir après un tel effort. Ils passent le reste de la soirée à se remémorer ces deux
jours passés au Mont Blanc et commencent à comprendre qu’ils sont montés là-haut. Demain, ils
doivent prendre le TMB pour 11 heures 30 et en principe retrouver Mathias à Saint Gervais, dans la
soirée au bar des guides, mais avec ce qu’il s’est passé avec ses clients…
La nuit se passe agréablement bien et au petit matin, 7 heures 30, Nathan et Mickael se lèvent,
reposés. Après un solide petit-déjeuner, englouti comme d’habitude par Mickael, ils quittent avec regretle refuge de Tête rousse, en direction du nid d’aigle où les attend le TMB, qui va les ramener à Saint
Gervais et à la civilisation. Dans la descente, ils rencontrent de nombreux bouquetins, pas farouches du
tout. Ils voient tellement de monde passer, qu’ils sont habitués. Les touristes aussi sont de retour, fini
la haute montagne !
Dans le TMB, dur de garder les yeux ouverts pendant 1 heure 10. Arrivés à Saint Gervais, les deux
frères retrouvent la voiture, ça y est, l’aventure cette fois est bien terminée. À peine ont-ils mis les sacs
dans la voiture, que le téléphone de Nathan sonne, c’est Mathias.
– Ouais, c’est Mathias, alors les petits gars ça va ? C’est fait ou bien ?
– Salut ! répond Nathan. Ouais c’est fait, on est sur le parking du TMB.
– Bon super, dit Mathias, on se retrouve au bar pour 18 heures, ça vous va ?
– OK, pas de soucis, et tes clients alors, ça va ?
– Ouais, dur, dur je te raconterai. Bon à ce soir les garçons.
À peine raccroché, Mickael demande :
– Alors ?
– Ben on se retrouve au bar, pour 18 heures.
– Et Yves ?
– Je ne sais pas, il nous dira ce soir.
Dans la salle mystérieuse, le Rescator regarde ses écrans et tape de colère sur une des tables. Un petit
homme d’un mètre soixante-cinq, chauve, est présent à ses côtés.
– Intéressant, n’est-ce pas Émile ?
– Oui Rescator ! Que faisons-nous maintenant ?
– Passez l’information à John et amusez-vous un peu avec lui ! dit le Rescator, avec un large sourire
devinable sous sa grande capuche…Chapitre 3
Les deux frères, remontent au Bettex et arrivés au chalet, chacun s’engouffre dans une douche. Le
chalet est grand, pour le rez-de-chaussée, une salle à manger et un séjour de quatre-vingts mètres carrés,
une grande cuisine avec réserve, un bureau fermé à double tour, appartenant au Professeur. Un grand
sous-sol, pouvant accueillir au moins cinq voitures et pas moins de quatre chambres au premier étage
et quatre chambres au deuxième, chacune munie d’une salle de bains privative. Nathan et Mickael,
occupent deux chambres sur le premier. Après un bon repas préparé par Geneviève, la gouvernante du
chalet embauchée par le Professeur, les deux frères profitent de l’après-midi, pour regarder les photos
et les vidéos faites pendant l’ascension.
Ils profitent largement des facilités que leur offre leur père, le professeur Darmon. En effet, la
fortune personnelle du Professeur est importante et hormis ce chalet, il possède aussi la propriété de
Plaisance, une magnifique bâtisse toulousaine de trois cents mètres carrés, une villa de deux cents
mètres carrés à Ramatuelle et un pied-à-terre à Paris, de cent mètres carrés dans le seizième. Sans
compter les suites, dans les différents laboratoires qu’il possède dans plusieurs pays. Sa fortune repose
a priori sur l’invention d’un remède miraculeux, il y a six ans. Ce remède, commercialisé uniquement
par ses laboratoires, permet grâce à un sérum tenu secret, de stopper net le virus de la grippe et plus
récemment, il se dit qu’il travaille sur des prothèses de mains, de bras robotisés, pouvant être reliés au
système nerveux central. Il est entouré pour ça des plus grands chercheurs et ingénieurs en robotique et
bionique, ainsi que des plus grands médecins du cerveau et du système nerveux. Ce qui n’explique pas
comment au départ, il a trouvé l’argent pour investir. Nathan et Mickael ne savent rien de tout ça, ils
voient leur père peut être deux ou trois fois par an, ils profitent simplement de cette fortune. Ils
n’auraient même pas besoin de travailler, leur père leur donne tout l’argent qu’ils veulent. En
contrepartie, ils ne se mêlent pas de ses affaires. Depuis la mort de Claire, il y a six ans, Nathan et
Mickael, jusqu’à leurs 18 ans, vivaient sous la coupe des gouvernantes qui gèrent les propriétés du
Professeur. Geneviève pour le Bettex, Anne pour Plaisance et Hélène pour Ramatuelle. Plus souvent à
Plaisance, c’est surtout Anne qui les a pris sous son aile pendant ces années. Mais maintenant, ils
veulent en savoir plus et notamment savoir pourquoi ils ne se souviennent de rien d’avant la mort de
Claire. Toute leur jeunesse est floue. Et dans les propriétés, aucune photo d’eux jeunes n’est présente.
Comme si tout ce qui s’est passé avant la disparition de Claire, avait été effacé. Les années 1990 à
2006 sont un grand mystère et les deux frères sont bien décidés à l’élucider. À chaque fois qu’ils posent
des questions aux différentes gouvernantes, c’est toujours les mêmes réponses vagues et elles jurent
qu’elles n’étaient pas là avant la mort de la mère de Nathan… Ne voyant pratiquement jamais leur père,
il leur est difficile de lui poser des questions, qu’il élude d’ailleurs toujours, d’un malicieux
changement de conversation. Et puis, quand il est dans l’une de ses propriétés, c’est pour s’enfermer
dans son bureau. Le professeur Darmon est une personnalité connue mondialement, mais il est un grand
mystère pour ses fils et son entourage. D’ailleurs, il est tellement pris dans ses affaires, qu’il ne se
rappelle même pas que ses fils devaient faire le Mont Blanc. Contre toute attente, le téléphone de
Nathan sonne : c’est le Professeur.
– Bonsoir mon fils, comment vas-tu ? demande-t-il comme toujours sur un ton sec.
– Salut papa, ça va et toi ? répond Nathan un peu surpris.
– Je venais aux nouvelles, comme je n’en ai pas… Alors… Avez-vous réussi ce Mont Blanc ? dit-il
sur un ton pressé.
– Oui, nous avons réussi, mais tu le savais que c’était hier, non ?
– Oui… Tu sais, j’ai mes contacts. Et puis tu me l’avais dit, mais il y a plus de six mois mon garçon !
– Évidemment, on ne te voit jamais papa, et quels contacts ?
– Peu importe mon fils, peu importe. Le principal, c’est que vous ayez réussi, je suis fier de vous,
des vrais Darmon !
– Ouais ! dit Nathan en levant les yeux au ciel. Et alors on se voit quand ? Il faudrait que l’on te parle
avec Mickael.
– Écoute… On verra, je suis occupé par une affaire de la plus haute importance en ce moment.
– Je n’en doute pas, tu es toujours occupé par des affaires de la plus haute importance, surtout
depuis que maman est morte ! lance Nathan agacé.
– Allons, allons mon fils, calme toi ! Ne dis rien que tu pourrais regretter, répond le Professeur irrité.Je vois que certaines choses te préoccupent, on en discutera en temps et en heure. Pour l’instant, profite
de ta victoire et de la vie que je t’offre. Tu es toujours cuisinier ? dit-il ironiquement
– Plus pour longtemps ! répond Nathan sèchement. Beaucoup de choses vont changer maintenant. Et,
au fait, pour info, Mickael aussi va bien et se pose beaucoup de questions.
– Je vois… Bon, il faut que j’y aille, à bientôt mon fils.
Et il raccroche.
– C’est ça, oui, à bientôt papa.
Nathan jette le portable sur la table.
– Tu as entendu Mimi ?
– Ouais, égal à lui-même, allez, laisse tomber, pour l’instant, comme il le dit si bien, profitons de son
argent et on découvrira bien ce qu’il mijote.
Les deux frères prennent la voiture et descendent à Saint Gervais, où les attend Mathias, au bar des
guides. Mathias est attablé avec une bière et comme d’habitude, raconte un tas de blagues avec le patron
du bar.
– Ah ! Voilà mes petits gars, alors, comment ça va bien les garçons ? Et ce Mont blanc ?
– Salut mon Mathias, ben ça va, un peu cramé, mais c’est normal !
Nathan et Mickael s’installent et commandent une bonne bière blanche bien fraîche.
– Le Mont Blanc, super ! continue Nathan. On s’est régalé.
– Ouais, je n’y crois pas encore que je sois allé là-haut ! dit Mickael encore sous l’adrénaline de cette
course inoubliable.
– Ben oui, dit Mathias, et tous les deux en plus, désolé de vous avoir laissé comme ça, mais il fallait
absolument que je redescende mon client, il faisait un début d’œdème le gaillard. Je l’ai laissé aux
urgences hier, j’ai eu des nouvelles, il est sorti, ça va !
– Bon ben tant mieux, et sa fille ? demande Nathan.
– Ben, elle est restée avec lui, je l’ai eu tout à l’heure au téléphone, son père veut absolument qu’elle
refasse le Mont Blanc, donc il m’a payé direct pour que je la prenne. Je pense qu’on va y aller la
semaine prochaine, suivant la météo, j’ai deux jours de libre.
– Ah ! Cool, dit Nathan. Bon j’espère qu’elle pourra y arriver.
– Oui, je pense, elle à la pêche, c’est son père qui était limite.
– Tu nous tiens au courant, comme ça, on fêtera nos victoires ensemble la semaine prochaine, dit
Nathan avec enthousiasme.
– Ben OK, si tu veux, mais vous ne deviez pas partir en fin de semaine ?
– Finalement on va rester un peu, hein Mimi ?
– Ouais, pourquoi pas, de toute façon on n’a pas grand-chose à faire ce mois-ci, on devait finir le
mois à Ramatuelle, mais on est aussi bien ici !
– OK les gars, ben c’est cool, moi je pars demain matin pour le Cervin, on se voit après alors ?
– OK, et tu irais quand avec Sophie là-haut alors ?
– Ben mardi et mercredi prochain.
La conversation continue et après trois bières, nos amis se séparent. Nathan est content, il va avoir
l’occasion de revoir Sophie. Mickael a accepté de rester ici, car il connaît bien son frère et il sait qu’il
veut la revoir. Ils rentrent au chalet où les attend un bon repas préparé par Geneviève et ne tardent pas à
aller se coucher.
Le lendemain, vendredi 10 août, ils vont faire un bon décrassage au mont Joly, qu’ils avalent en
moins de deux heures.
Au même moment, à Megève, dans le chalet d’Yves Lemarchand, le téléphone sonne. En voyant le
numéro affiché, il saisit fébrile son portable et répond :
– Allô, oui ?
– Bonjour Lemarchand, c’est moi ! J’ai besoin de vous dimanche, au laboratoire 1 !
– Bonjour Monsieur, répond Lemarchand. Dimanche ?
– Vous avez un souci Lemarchand ? Peut-être votre petite excursion au Mont Blanc, non ?
– Heu… Que voulez-vous dire ? répond Lemarchand embarrassé.
– Vous oubliez que je sais tout Lemarchand, et en plus, vous avez fait un début d’œdème… Et s’il
vous était arrivé quelque chose, vous vous rendez compte ? dit-il en colère. Mais nous réglerons ça.
Écoutez, je vous laisse deux jours, je veux vous voir au laboratoire 1 dimanche matin potron-minet,
est-ce clair Lemarchand ?