Le Dernier souffle du Monarque

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140 pages
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Roman à suspense, dont l’action se situe au Mexique dans l’environnement sulfureux des narcotrafiquants du bois, Le Dernier Souffle du Monarque met en scène les vicissitudes d’un jeune étudiant à la recherche de ses origines sur fond de désastre écologique. Construit sous la forme d’un thriller, le récit reprend les codes des séries télé actuelles tout en plaçant le lecteur au cœur des multiples rebondissements qui l’émaillent.



Voici que vous êtes Pépito Molécon, un jeune citoyen mexicain étudiant de fac. Vous revenez au pays, retrouver votre maman qui vous adore et vlan, tout s’effondre. La police vous met la main au paletot. On vous accuse de meurtre. On brandit une étrange et fort mystérieuse pièce à conviction pour vous incriminer. Vous ne comprenez pas ce qui se passe mais l’ambiance devient vite disgracieusement pinochetesque... On vous passe même du jus à travers le corps pour vous faire parler. Votre avocat est mi-véreux mi-incompétent. Il n’y a que votre fiancée qui semble encore vous croire. Tout virevolte. La pègre, les ripoux policiers, les travailleurs et travailleuses de l’industrie véreuse du transgénique agricole, les trafiquants de bois semi-précieux, les hommes aux ardeurs sexuelles tyranniques, les femmes aux secrets matrimoniaux ambivalents, tous papillonnent à leur manière. L’humanité entière semble converger pour confirmer que la vie éphémère de Pépito Molécon, comme celle des grands papillons migrateurs, n’est rien.





Frédérick Maurès est né à Bordeaux (France) en 1961. Il y a vécu jusqu'à l'âge de 20 ans avant de poursuivre des études commerciales à Paris. Au sein de l'ESCP Europe, il fera partie du jury du Prix littéraire Hermès-ESCP entre 1982 et 1985. Marié, deux enfants, il a exercé différentes fonctions, principalement dans le secteur de la formation initiale et de la formation continue pour adultes en tant que Directeur et Directeur général de structures œuvrant dans cet environnement. Aujourd’hui, il a la responsabilité d’une société de services à Paris. Passionné par l’écriture, il y consacre la majorité de son temps libre.



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Ajouté le 20 mai 2017
Nombre de lectures 14
EAN13 9782924550304
Langue Français
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LE DERNIER SOUFFLE DU MONARQUE
FRÉDÉRICK MAURÈS
© ÉLP éditeur, 2017 www.elpediteur.com elpediteur@gmail.com
ISBN : 978-2-924550-30-4
Papillon de la couverture : Simon Koopman (CC BY-SA 2.5)
Conception graphique : Allan E. Berger
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Du même auteur
Trompe-l'oeil, recueil de nouvelles, aux éditions Le Manuscrit (novembre 2005).
Droit dedans SARL, pièce de théâtre, aux éditions De l'Écrit au Livre (mai 2010).
Intuitine, premier roman, aux éditions Le Manuscrit (mai 201 1), finaliste du Prix du premier Roman en Ligne, parrainé par Marc Lévy sous le patronage du Ministère de la Culture et de la Communication.
Madrigal, roman, aux éditions Assyelle, 2012.
La fourmi égarée, recueil de nouvelles, chez ÉLP éditeur, 2012.
À la mémoire de mon oncle, Jean-Philippe Sourbet
Prologue : L’Arche de Noé
La nuit était presque tombée sur Pachito. Pablo per cevait au loin les premières lignes diffuses des riches faubourgs. Il lui fallai t hâter le pas. La marche était rendue compliquée par le fragile paquet qu’il tenait dans ses bras. Son rythme était ralenti par le poids des ans qui finit toujours par affaiblir l es enthousiasmes les plus féconds. Mais le vieil homme était déterminé. Il s’agissait sans doute de sa dernière entreprise. Certainement la plus belle, de celle qui justifiera it pour la postérité son passage sur Terre.
Il était tard. Il devait être de retour avant minui t. Sinon, au village, on s’inquiéterait de sa disparition. On pourrait même mettre en doute so n courage, questionner sa loyauté. Et puis Bianca voudrait être auprès de lui pour le voyage. Mais la route était encore longue…
Pablo traversait la forêt d’oyamels[1]. Sans la moindre hésitation, il se frayait un chemin à travers la végétation dense et changeante. Sa parfaite connaissance de la forêt lui aurait permis d’avancer les yeux fermés. Depuis l’enfance, il avait appris à dompter les caprices de Dame Nature jusqu’à en maît riser pièges et facéties. Une canne noueuse pour tout guide, sa précieuse offrand e serrée contre le cœur, mû par un dessein qui le dépassait, Pablo se faufilait, trébuchant parfois…
Mais il avançait, inexorablement.
Après la forêt vint la route en terre, la route pou ssiéreuse qui dégageait des volutes fumeuses derrière chaque empreinte. Pablo était tro p fatigué pour ne pas racler le sol à chaque pas. Ses jambes cuivrées se recouvrirent vit e de cette grisaille qui colle à la peau humide.
Comme si, du genou à la cheville, une partie de lui -même était déjà sous terre.
Pablo avait aimé ce pays, il avait aimé les siens. Oh oui, comme il les avait aimés ! Mais il ne fallait rien regretter. Le Tout-Puissant s’était prononcé. Et personne n’avait le droit de discuter, chacun avait le devoir de se sou mettre. Sans chercher à comprendre ce qui dépassait l’entendement.
La nuit était tombée sur Pachito. Les réverbères s’ étaient allumés, phares de fortune identifiant la ville pour le voyageur missionné.
Soudain, Pablo s’immobilisa.
Quelque chose venait de le frôler. Un souffle, à pe ine un bruissement. Impossible à identifier. Il ne s’agissait ni des insectes ni des autres volatiles qui peuplaient d’ordinaire la nuit naissante des contrebas de la c olline d’Altamirano. La chose disparut aussi vite qu’elle était apparue. Emmitouflé dans u ne couverture tissée de lin jaune et bleu, le paquet se mit à gigoter. Comme si le souff le l’avait extirpé de son sommeil profond. Le vieillard tenta de l’apaiser en murmura nt une berceuse ancestrale. Caballito blanco, llévame de aqui, llévame a mi pue blo, donde yo nací…[2] Les quelques notes égrenées dans la pénombre eurent l’e ffet escompté : le nourrisson se rendormit.
Surlebas-côté,unbuissonderoncesenchevêtréess’agitasansraison.Pasle
Surlebas-côté, unbuissonde ronces enchevêtrées sagita sans raison.Pasle moindre vent ce soir.
Il lui fallait continuer. Ne pas laisser son esprit harassé s’écarter du plan de route qu’il s’était fixé. Le Graal n’était plus si loin. Encore quelques encablures et la première demeure surgirait, tel un temple voué au culte de l a perpétuation de la vie.
Ce sera celle-ci.
La bâtisse était endormie. Solidement charpentée, e lle semblait remplir la condition indispensable pour être l’élue. Les murs extérieurs , revêtus d’un crépi vif orangé, véhiculaient une impression de solidité pérenne. Pa s d’aménagements ostentatoires, pas de signes apparents d’un train de vie anormalem ent élevé… De prime abord, tout, ici, respirait le bonheur simple. Le bonheur simple , c’est ce que Pablo recherchait. Maudissant la cupidité des hommes qui était à l’ori gine de tout. Qui avait conduit à la situation actuelle.
Sur le côté, une balançoire au siège de bois vert é caillé témoignait fort à propos de la présence, passée ou actuelle, de jeunes enfants.
— Mon pauvre petit, dire que tu n’étais même pas de ce monde à l’automne dernier !
En chuchotant ces mots, Pablo ne fit qu’accentuer l a douleur qu’il ressentait, rendant encore plus flagrante l’injustice de la situation. Il ne put retenir une larme, puis deux, puis tout un flot d’émotion trop longtemps contenue . Ici s’achevait donc sa quête. Il déposa son paquet sur la plus haute marche du perro n en pierre de taille. Il ne lui restait plus qu’à appuyer sur la sonnette et à s’en retourner le plus vite possible.
Il n’avait pas atteint le trottoir de dalles grises que déjà la lumière extérieure de l’habitation projetait un puissant halo sur l’enche vêtrement de rides creusant son visage. Pablo se hâta alors pour sortir du champ de vision de celle qui venait d’entrouvrir la porte. Il s’immobilisa de l’autre c ôté de la rue pour observer, tapi dans l’ombre. Le paquet avait été ramassé. Une femme, au x formes généreuses, le tenait délicatement contre sa poitrine opulente. Son regar d balaya quelques instants les environs puis, réalisant l’inanité de sa recherche, elle fit demi-tour et rentra chez elle. Après qu’elle eut franchi le pas de la porte, alors qu’elle pénétrait dans son intérieur illuminé, Pablo eut l’illusion de la voir tout enti ère disparaître dans une sorte de clarté divine aveuglante.
Il partit rassuré.
La fatigue, la lassitude lui jouaient à présent des tours. Dans la nuit noire, voilà que se dessinaient les traits d’un jaguar à l’agilité s urnaturelle, bondissant de fourrés en buissons, se glissant dans le fossé aride qui borda it la voie, s’élançant à la conquête de l’écorce d’un arbre bien trop imposant. Virevolt ant comme une bête décérébrée, enchaînant actes erratiques et figures irréelles, l e jaguar aux reflets orangés et à la robe marquée au fer de la puissance semblait être e n manque de quelque chose. Quelque chose d’essentiel, d’indispensable. Bien da vantage que cela : il semblait avoir perdu son âme. Il raccompagna Pablo jusqu’au villag e. Durant deux longues heures, l’animal ne le quitta pas, le serrant parfois de pr ès sans jamais entraver sa progression, le suivant le plus souvent à distance en exécutant une improbable danse de Saint-Guy désespérée. Se rapprochant parfois jus qu’à venir lécher la gluance de ses mollets ou tirailler les pans débraillés de sa chemise de coton beige délavé.
Avantdes’évanouiraussivitequ’ilétaitapparud ansl’exubéranceconfusedela
Avantde s’évanouir aussi vite qu’ilétait apparudansl’exurance confusedela luxuriance environnante.
1. Trop beau pour être honnête
— Tu ne vas pas encore partir, ce soir ?
Vingt ans plus tard
La question que Féliciano pressentait venait de fus er de la bouche de sa femme. Une question maintes fois entendue, qui finissait t oujours par déclencher de l’agacement, quand ce n’était pas un emportement pl us violent. Le culpabilisant, comme ses parents le culpabilisaient lorsque, adole scent boutonneux, il inventait un prétexte pour aller rejoindre sa belle.
— Carmen, je ne suis pas un gamin. Cesse de me parl er ainsi. Tu sais très bien, une bonne fois pour toutes, que c’est le boulot qui veu t ça !
Il fit un effort surhumain pour soulever son imposa nte carcasse, alourdie par un dîner pantagruélique copieusement arrosé de Mezcal. Les d eux mains appuyées sur la grande table en pin aux rebords bleu roi, le corps tendu vers l’avant, en arrêt tel le chien nu sacré en plâtre rougeâtre figé pour l’éter nité sur la petite étagère d’angle, il fixa Carmen, adoptant l’air mauvais qu’il réservait habituellement aux prévenus.
— Comment crois-tu que j’ai pu t’offrir tout ça ? E n passant mes soirées à pantoufler devant Televisa ?
Il accompagna son argumentation imparable d’un mouv ement ample du bras droit, geste auguste du semeur qui embrasse l’espace qu’il a fécondé à la sueur de son front. Carmen et Féliciano vivaient dans un confort et une aisance assez atypiques pour leur catégorie sociale. C’est précisément ce q ui paraissait gêner Carmen. Elle avait le sentiment de ne pas cerner les vrais motif s de sa situation privilégiée. Côtoyant régulièrement les épouses des collègues ou des supé rieurs de Féliciano, au marché du samedi ou chez les commerçants du quartier, répo ndant avec son mari à leurs invitations pour des apéritifs ou des dîners chez l es uns et les autres, Carmen avait fini par réaliser à quel point sa condition était enviab le. Mais cela ne la rendait pas plus heureuse pour autant. Bien au contraire, elle en co ncevait une inquiétude latente.
Elle rabattit nerveusement une mèche grise rebelle qui lui barrait le front et lui donnait une allure guerrière. Elle n’allait pas le lâcher comme ça.
— À quelle heure puis-je espérer te revoir ?
En prononçant ces mots, elle avait placé ses mains sur les hanches, cabrant son buste joliment dessiné en signe de défi. Féliciano ne répondit pas. Il saisit son chapeau, accrocha son insigne sur la pochette de sa chemisette bleue maculée de graisse, dodelina son obésité rédhibitoire jusqu’à la porte d’entrée qu’il claqua violemment sans prendre congé. Il hésita quelques s econdes et revint chercher sa bouteille de Mezcal. Du 100% agave. Le meilleur à s on goût. Il toisa le scorpion dessiné sur le fond jaune de l’étiquette. Plus agre ssif que celui qui macérait à
l’intérieur. Ses deux pinces recourbées en arc-de-c ercle constituaient une menace à peine voilée : la menace d’une morsure mortelle, la morsure de l’alcool sur sa santé, mentale et physique. Une morsure qui instillait son venin à dose homéopathique.
Une fois dans son jardin, il poussa un profond soup ir et souffla comme s’il venait de parcourir un cent mètres. Un jour, il se l’était ju ré, un jour il se mettrait au régime. Il ne voulait pas finir comme son père et son grand-père paternel, tous deux terrassés par une attaque en pleine force de l’âge. Car telle éta it la destinée que lui promettait son médecin s’il ne faisait rien pour perdre du poids o u mettre un frein à sa consommation d’alcool.
Demeurée seule comme presque tous les soirs, Carmen se rassit à table, prit sa tête entre les mains et sanglota doucement. De ces sangl ots qui, à force d’être récurrents, finissent par revêtir les caractéristiques d’un méc anisme réflexe, aussi vital que le réflexe respiratoire, permettant d’évacuer le trop- plein de malheur. La force en apparence inébranlable qu’elle affichait en présenc e de son mari n’était que façade. Cette façon qu’avait Féliciano de l’exclure d’une p artie de sa vie, lui était insupportable. Lui qui, vingt ans auparavant, jeune marié svelte m ordant la vie à pleines dents, lui avait juré de tout partager. Elle se sentait trahie . Sans qu’elle puisse déterminer avec précision les fondements de cette trahison. Mais qu elque chose lui échappait, c’était une certitude. Depuis une dizaine d’années, un vagu e à l’âme permanent avait terni sa joie de vivre, déposant un voile opaque sur son exi stence. Elle aurait pu se contenter de son sort, en tous points appréciable ; mieux, el le aurait pu s’en réjouir, et pourtant, année après année, son amertume s’était accentuée a u même rythme que l’embonpoint démesuré de son ancien prince charmant .
Féliciano avait été obligé de bricoler sa vieille J eep grise de fonction afin de pouvoir s’asseoir correctement sur le siège du conducteur. Il avait ainsi condamné la place située juste derrière. Pour compléter le dispositif , un garagiste, à qui il soutirait parfois quelques informations de première main, lui avait r ehaussé le volant de façon à ce que la partie basse de sa bedaine puisse s’avachir sans contrainte sous le tableau de bord.
Il extirpa son revolver de la boîte à gants, le gli ssa dans la sacoche qui ne quittait jamais sa ceinture côté droit, vérifia que son fusi l à lunettes se trouvait bien sur le siège arrière et mit le contact. La voix chaude et sensuelle de Thalia lui rappela qu’il avait oublié le CD dans l’autoradio, type d’étourde rie qui l’irritait au plus haut point. Traduction, selon lui, d’un début de baisse de vigi lance, de plus en plus fréquent et qui, s’il n’y prenait garde, pourrait un jour s’avérer f atal. Il fit vrombir le moteur à l’excès, histoire de se rappeler au bon souvenir de Carmen. À la pensée de ce que pouvait être sa réaction, un large sourire anima son faciès rond et joufflu. Les pneus crissèrent sur le gravillon rouge qui menait au portail automatiqu e. Après l’avoir franchi, il stationna un instant pour vérifier que celui-ci se refermât b ien derrière lui. Carmen devenait insupportable, mais il n’aurait voulu pour rien au monde qu’il lui arrivât quoi que ce soit et, compte tenu du degré d’exposition généré par se s activités, deux précautions valaient mieux qu’une. Il prit le temps d’observer son visage dans le rétroviseur. Le cheveu gras, le triple menton mal rasé, les yeux no irs bordés de ridules, luisants comme s’ils avaient été imbibés de graisse, toute s a physionomie le répugnait. Sans oublier cette pilosité surabondante qui jaillissait désordonnée par le col de sa chemise entrouverte comme de mauvaises herbes folles au sei n d’une végétation mal entretenue. Il détourna vite le regard. Ce n’était pas le moment de s’apitoyer. Il était pressé. On l’attendait.
Àl’approchedel’entréedelaforêtdeNahuatzen,Félicianojetaparlafenêtrela