Le document volé

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Jacques Letourneur et Paul Marion, deux jeunes employés de la Société Française des Aéroplanes Lesimard, sont chargés par leur patron de transporter les plans d’un nouvel avion révolutionnaire jusqu’à Saïgon pour les remettre au gouverneur d’Indochine.


Pour ce faire, ils embarquent au plus vite à bord d’un paquebot reliant Marseille à Saïgon avec la détermination la plus absolue de mener à bien la mission qui leur a été confiée.


En cours de traversée, un télégramme les avertit de la présence sur le bateau d’un dangereux espion prêt à tout pour mettre la main sur le document...


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EAN13 9782373478617
Langue Français

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COLLECTION
« POLAREKE »
LE DOCUMENT VOLÉ
Roman policier
par Marcel IDIERS
I
— Monsieur vous attend, dit un valet de pied en ouv rant la porte à Jacques Letourneur, ingénieur à la Société Française des Aé roplanes Lesimard.
— Asseyez-vous, mon cher ami, dit M. Lesimard après avoir serré la main de Jacques, nous avons à causer très sérieusement, et si je vous ai fait appeler en dehors de votre service, c'est afin que personne ne se doute que nous avons eu ensemble cet entretien.
— Je suis à vos ordres, répondit le jeune homme.
Jacques Letourneur avait trente-trois ans. Il était depuis plus de sept ans ingénieur dans la grande fabrique d'avions et, depu is cette époque, avait toujours donné satisfaction à ses chefs, tant au po int de vue de l'intelligence que pour son ardeur au travail.
C'était un grand garçon aux traits réguliers, aux y eux intelligents ; pour l'instant, il se tenait assis devant son patron, at tendant que celui-ci voulût bien lui expliquer le but de cette convocation mystérieu se.
En effet, ce jour-là était pour lui un jour de cong é, aussi Jacques avait été surpris de recevoir le matin un mot le priant de pa sser sans faute vers trois heures au bureau, et lui recommandant au sujet de c e rendez-vous la grande discrétion.
— Mon cher Letourneur, commença M. Lesimard, vous s avez quelle estime j'ai pour votre caractère et pour votre courage ; q uelle confiance j'ai en vous ; aussi, aujourd'hui, il va falloir que je fasse appe l à toutes ces qualités.
— Monsieur, je suis à vos ordres, répéta Jacques ; ni mon temps ni ma peine ne sont à épargner.
— Je vous remercie et n'en attendais pas moins de v ous, déclara M. Lesimard en souriant ; mais ce que j'ai à vous d emander est un service d'ordre spécial. D'abord, je vais vous poser une qu estion : pouvez-vous voyager ?
— Si je peux voyager ?... s'étonna Jacques.
— Oui, je vous demande si une traversée de quelques semaines vous serait désagréable, même si ce voyage pouvait offrir, le c as échéant, quelques dangers ?
— Rien ne me retient, répondit Jacques, et je suis prêt à partir tout de suite.
— Non, répondit M. Lesimard, ne soyez pas si pressé , je vous laisse encore huit jours de répit ; voici de quoi il s'agit, je v ous demande de m'écouter avec la
plus grande attention.
Et, s'étant bien calé dans son fauteuil, il commenç a :
— Vous n'ignorez que les plans de l'avion Z-314 pré sentent, dans la technique de l'aviation, quelque chose de tout à fa it inédit, de tout à fait nouveau, et bien des gens seraient heureux de s'app roprier cette invention, par n'importe quels moyens.
« Ces plans, il importe de toute urgence qu'ils soi ent transportés d'ici et envoyés à Saïgon, au gouverneur de l'Indochine, et c'est à vous que j'ai pensé pour cette délicate mission.
— Je suis prêt à exécuter vos ordres, dit Jacques e n se levant.
— Alors, vous partirez dans huit jours, et je vais m'occuper, tout de suite, de faire retenir vos deux places sur le bateau.
— Nos deux places, s'étonna Jacques, et pourquoi ?
— Parce que, répondit M. Lesimard gravement, cette mission est peut-être plus dangereuse que vous ne le pensez, et j'ai voul u vous adjoindre un compagnon qui pût vous défendre et vous prêter main -forte, le cas échéant.
Et comme Jacques esquissait un geste, il expliqua :
— Je vous ai cherché un compagnon qui vous plaira, et j'espère que vous ratifierez mon choix : Paul Marion.
— Paul Marion ! s'écria Jacques, je crois bien que j'accepte, et vous n'auriez pas mieux pu choisir.
— Je le sais, répondit M. Lesimard, et c'est bien p our cela que je n'ai voulu personne d'autre que lui. Je vous charge d'aller lu i apprendre vous-même la nouvelle ; mais, surtout, recommandez-lui la discré tion la plus absolue ; pour tout le monde, vous prétexterez un quelconque voyag e dans le Midi. C'est entendu ?
— C'est entendu, Monsieur, répondit Jacques, qui s' était levé, vous pouvez compter sur mon silence et sur celui de Paul.
Le jeune homme quitta le bureau et eut vite rejoint son ami Paul Marion.
Ce dernier, du même âge que Jacques, était de plus petite taille que lui, mais, dans ses yeux noirs, on lisait une grande éne rgie, confirmée par un menton volontaire.
— Paul ! lui annonça Jacques joyeusement, je t'emmè ne en Indochine.
Et devant la surprise de son ami, il lui expliqua l es propositions de leur patron, M. Lesimard.
— C'est entendu, répondit Paul, nous partons. À pro pos, il me faudra aller
effectuer quelques emplettes.
— Nous les ferons ensemble, répondit Jacques, mais je n'ai pas besoin de te recommander le silence ?
— Tu sais bien que tu peux être tranquille avec moi , répondit le jeune homme.
* * *
Huit jours plus tard, les deux jeunes gens se trouv aient sur le quai de la gare de Lyon, prêts à monter dans le rapide de Marseille .
Les précieux documents, serrés dans une grande enve loppe cachetée, étaient dissimulés dans une poche secrète que Jacqu es avait fait coudre à l'intérieur de son gilet.
— Là, avait-il déclaré, il serait impossible de me les dérober sans que je m'en aperçoive, et je mets au défi n'importe quel p ickpocket d'oser un tel vol.
— Encore cinq minutes avant le départ, dit Jacques en jetant un coup d'œil sur sa montre, je crois que nous pouvons monter.
Ils montèrent dans leur wagon et s'installèrent dan s le compartiment de première classe qui leur était réservé.
Sur les quais, c'était l'agitation des derniers ins tants avant le départ, les adieux, les coups de sifflet des employés, la voix du haut-parleur qui annonçait : « Les voyageurs pour Marseille, en voiture ! »un dernier coup de sifflet, Puis, des portières qui claquèrent, et le train s'ébranla .
Paul regardait par la glace le quai, qui semblait g lisser lentement en arrière, puis plus rapidement, et enfin, prenant de la vites se, le train roula bientôt en banlieue.
Pendant plusieurs heures, tout se passa sans incide nt, et les deux amis, après avoir fumé de nombreuses cigarettes, bavardai ent tranquillement, quand tout à coup Paul s'arrêta brusquement et regarda ve rs le couloir.
— Qu'y a-t-il ? demanda Jacques.
Mais, sans répondre, son ami s'était levé et inspec tait le couloir dans les deux sens : il était désert.
Il revint et hocha la tête d'un air étrange.
— Enfin, daigneras-tu m'expliquer ? demanda Jacques .
— Eh bien ! voilà, répondit son compagnon ; ça fait déjà trois ou quatre fois que je vois le même bonhomme passer devant notre co mpartiment, et cela m'a
semblé louche...
Sou ami avait éclaté de rire.
— Mais tu es fou, mon vieux, que vois-tu de louche, là-dedans ? Est-ce qu'un voyageur n'a pas le droit de se dégourdir les jambes dans le couloir ?
— Oui, il a le droit de se dégourdir les jambes, ré pondit Paul ; mais j'ai bien le droit de trouver louche, moi aussi, qu'il s'arrê te aussi longtemps devant notre compartiment, et qu'il nous ait ainsi observés...
— Allons, ne te remplis pas la tête de soupçons inu tiles, dit Jacques, du diable si je t'avais cru une imagination telle : tu aurais fait un excellent romancier !
— Romancier ou pas romancier, grommela Paul, la têt e de ce type-là ne me revient pas.
— Moi, je l'ai à peine vu, dit Jacques.
— Eh bien, c'est un grand bonhomme, les cheveux plu tôt blonds ; tout rasé, et des yeux inquiétants.
Sans répondre, Jacques haussa les épaules et se tas sa dans son coin.
La nuit était venue, et il se leva pour allumer la veilleuse.
Le train roulait maintenant dans les ténèbres, pass ant comme une vision brutale et lumineuse dans la campagne...