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Le fonctionnaire naguère respecté et envié

De
155 pages
Après avoir terminé son premier cycle universitaire, Vang'sy est engagé dans la fonction publique de Bouala, son pays d'origine. Mais les moments de joie et d'euphorie se dégradent considérablement après des années, et chaque fonctionnaire à Bouala doit mettre en place des stratégies de survie. Devenu chrétien, Vang'sy se console par la confiance en Dieu.
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Le Fonctionnaire naguère respecté et envié…
Édouard KALI-TCHIKATI
Le Fonctionnaire naguère respecté et envié…
L’HARMATTAN
©L'HA R M A TTA N, 20105-7,rue de l'École-Polytechnique; 75005 Parishttp://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-12211-6 EAN : 9782296122116
1 C’était unbeau matin de décembre, le soleil s’était levé très tôt, une chaleur moite indisposait déjà la population, la ville grouillait depuis longtemps d’une fourmillante activité. C’est cejour-là que Laurent vint annoncer à Vang’sy qu’ils venaient tous les deux d’être recrutés comme fonctionnaires à la fonction publique. La saison des pluies battait le plein et le territoire de Bouala connaissait une alternance des journées chaudes et des journées pluvieuses. Pendant certaines journées, il faisait très chaud du matin jusqu’au soir. Les gens, portant des vêtements légers, adaptés à la saison, transpiraient abondammentet étaient à la recherche de l’ombre. Quelques femmes, pour se protéger des rayons solaires, marchaient sous la couverture d’un parasoleil ouvert, à la main. Le ciel était clair et dégagé et les rues étaient moins bondées de monde que d’habitude. Quelques travailleurs, comme les « pousse-pousseurs », devant continuer à faire leur travail, malgré le chaud soleil, peinaient sur les routes complètement trempés de sueur, la chemise collée à la peau, les vaisseaux du cou et de la tête complètement turgescents. Ils poussaient leurs engins abondamment chargés de marchandises. D’autres journées, le soleil, levé tôt comme d’habitude, s’effaçait rapidement. Des gros nuages noirs couvraient le ciel, assombrissant toute l’atmosphère, un grand vent agitait alors les arbres, soulevant beaucoup de poussière avec des feuilles mortes. En certains endroits, le vent se transformait en véritable tourbillon. Les gens, comprenant que la pluie allait tomber incessamment, se pressaient pour
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se mettre à l’abri. Subitement, d’énormes trombes d’eau se mettaient à tomber du ciel, formant rapidement des marres d’eau et occasionnant d’abondants flots qui se mettaient à ruisseler sur toutes les pentes. Les rivières et marigots de la ville se remplissaient rapidement, le volume d’eau augmentait et des nombreuses alluvions y coulaient. Après la pluie, l’atmosphère était triste, les rues étaient boueuses et crevassées. Il fallait chercher où mettre les pieds pour marcher de manière à ne pas se salir. Dans certains quartiers de la ville, il y avait toujours des inondations à chaque tombée des pluies. Quand une pluie commençait, c’était la hantise pour les populations de ces quartiers qui déménageaient régulièrement. En cette période de saison des pluies, il y avait de la verdure partout, tous les arbres avaient de nouvelles feuilles bien vertes. Certains, comme les flamboyants, avaient de belles fleurs bien rouges. Il y avait de belles pelouses vertes dans les jardins publics et dans les cours des villas. Dans les terrains vagues, il y avait des hautes herbes, également, bien vertes. De nombreuses petites plantationsd’arachide, de maïs, d’oseille et autres, poussaient par-ci par-là. C’était la saison propice, pour leur culture. Le décor à Bouala, en cette saison, était bien coloré et les marchés étaient bondés de fruits : mangues, ananas, safous, agrumes, avocats, goyaves, etc. Vang’sy, ancien étudiant de l’université de Bouala, était encore dans l’euphorie de son succès à la licence etil rêvait d’un avenir radieux. Depuis qu’il avait commencé ses études, quelques années auparavant, il avait chaque fois vu denouveaux horizons s’ouvrir à lui : Il quitta son village natal dans le but de continuer ses études, au lycée, dans la plus grande ville de sa province, il avait ensuite quitté cette ville, pour aller commencer ses études universitaires dans la capitale de Bouala. Après sa réussite à la licence, il rêvait de
9 poursuivre ses études en Europe et avait, auparavant, écrit àplusieurs universités d’Europe,pour solliciter une inscription. Il ne l’avait pas obtenue de manière formelle, mais il y avait des promesses d’inscription, après la réussite à un test ou bien après avoir refait sa licence, sur place. Trois mois s’étaient déjà écoulés, après son succès à la licenceet Vang’sy attendait l’accomplissement de son destin, avec sérénité. Il savait qu’avec son niveau d’étude, un avenir certain lui était réservéet qu’il avait déjà, enlui, un potentiel suffisant pour gagner sa vie. Il se demandait, cependant, ce que l’Etat de Bouala allait faire de lui.Certains de ses condisciples, qui avaient réussi à la licence un an avant lui, n’avaient pas obtenu d’inscription dans les universitésd’Europe; d’autres en avaient obtenu, mais, n’avaient pasbénéficié debourse de l’Etatpour financer leurs études. Tous ceux là traînaient encore dans la ville, espérant voir les portes s’ouvrir, un an plus tard. Ils enseignaient dans des établissements scolaires ou dans des centres d’encadrement,afin de gagner un peu d’argent. Plusieurs avaient quitté le campus universitaire et avaient rejoint leurs parents ou bien louaient un studio en ville. Laurent était arrivé ce matin-là et avait informé Vang’sy que les autorités de Bouala avaient décidé de le recruter dans la fonction publique avecd’autresdiplômés de l’université. Ils étaient six biologistes à être affectés dans l’administration des eaux et forêts.Laurent, Avec Vang’sy se convint de réunir lesquatre autres condisciples pour discuter de cette intégration. Deux jours après, il se retrouva en discussion avec les autres. - Est-il normal que nous soyons recrutés de cette façon, sans qu’on ne demande notre avis? CommençaVang’sy.- En effet, mon projetest d’aller en France poursuivre
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mes études car, en tant que fonctionnaire, je ne gagnerai presque rien, répondit Laurent, déterminé à rejeter ce recrutement. -N’avez-vous pas remarqué que, depuis quelques années, plusieurs personnes sont recrutées, comme volontaires de l’enseignement? Ces gens làn’étaient pas vraiment des volontaires, mais c’est une offre de l’Etat qu’il fallait, soit accepter comme telle, soit refuser. Notre Etat a donc besoin de cadres de haut niveau et c’est une opportunité que nous devons saisir, argumenta Mangafou. -Moi, je pense, comme Laurent, qu’il nous faut tenter notre chance en France, rétorqua Dominique. Nous aurons de plus grands diplômes et, une fois rentrés au pays, nous serons plus utiles à Bouala. Martin intervint en disant : - Il est bien de vouloir rejeter ce recrutement, mais qui vous octroiera la bourse, un an plus tard, pour étudier en France ?Si vous n’en avezpas bénéficié maintenant, qui vous garantit que, dans un an, elle vous sera octroyée ? Remarquez aussi tous ces condisciples qui étaient diplômés avant nous, ils sont toujours dans les rues de Bouala. -Moi, je pense qu’aller en France comporte aussi des dangers, déclara Mountou. Plusieurs de nos compatriotes qui y sont allés ne réussissent pas. Les nouvelles qui nous parviennent de là-bas ne sont pas réjouissantes. Il paraît que certains lavent les cadavres des Blancs, pour gagner un peu d’argent, d’autres sont des plongeurs dans les restaurants et d’autres encore deviennent des manutentionnaires ou des vendangeurs, afin de gagner quelque chose. Avec le tauxd’échec qu’il y a là-bas, moi je choisis d’accepter l’offre qui nous est faite ici et je ne me pose pas de questions.