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Le miroir d'une alouette

De
209 pages
Marie naît en 1953, grandit à la ferme dans le Perche, puis au pensionnat privé à Chartres, en Beauce, et accède à la fac. Son monde s'élargit petit à petit à la frontière de celui des oiseaux et de l'imaginaire. Elle se faufile dans les interstices de l'environnement, des relations et de l'origine de l'humain. Sur quelles cohérences se posera-t-elle pour devenir adulte ? Ce premier roman, ancré en Eure-et-Loir, est le parcours initiatique d'une jeune curieuse au temps des trente glorieuses, qui s'aventure dans le passé et l'avenir.
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Marie-José Clarysse-Sebban
Le miroir d’une alouette
Grandir entre Beauce et Perche
Préface de Jean Chaline
ETHNOGRAPHIQUES
Le miroir d’une alouette
Ethnographiques Collection dirigée par Pascal LE REST
Ethnographiquesveut entraîner l’œil du lecteur aux couleurs de la vie, celle des quartiers et des villes, des continents et des îles, des hommes et des femmes, des jeunes et des vieux, des blancs et des noirs. Saisir le monde et le restituer en photographies instantanées, de façon sensible et chaude, proche et humaine, tout en préservant la qualité des références, des méthodes de traitement de l’information et des techniques d’approche est notre signe et notre ambition.
Déjà parus Bernard BLETHON,Ces autres comme nous-mêmes, Carnet de route, 2017. Pascal LE REST,Franck Lombard dans les starting-blocks. Ethnographie d’une insertion professionnelle, 2016. Philippe LIPCHITZ,L’été de Benjamin, 2016. Caroll KLEIN,La vie de passages…, 2016. Roberta RUBINO,Outils de recherche. Étude du projet Coton bio-équitable du Mali, 2016. Ahmed ATMANI,La relation mère-enfant en milieu traditionnel algérien, Tome 2 : Psychopathologie, 2015 Ahmed ATMANI,La relation mère-enfant en milieu traditionnel algérien, Tome 1 : Ethnopsychologie, 2015 Philippe LIPCHITZ,1914, la mémoire de mes 20 ans,2015. Louis FALAVIGNA,Tout le soleil du monde, 2015. Philippe LIPCHITZ,Quand pourtant le bonheur était là…, Tome 2, 2015. Philippe LIPCHITZ,Quand pourtant le bonheur était là…, Tome 1, 2015. Muriel SANTORO,Mon voisin de maíz. Voyage au Guatemala au cœur de la culture maya, 2010. Bertrand ARBOGAST,Voyage initiatique d’un adolescent… Lancelot et le vieux, 2009.
Marie-José Clarysse-Sebban Le miroir d’une alouette Grandir entre Beauce et PerchePréface de Jean Chaline
© L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr
ISBN : 978-2-343-12846-7 EAN : 9782343128467
« Nous sommes comme des nains juchés sur 1 des épaules des Géants de telle sorte que nous puissions voir plus de choses et de plus éloigné que n’en voyaient ces derniers. Et cela, non point parce que notre vue serait puissante ou notre taille avantageuse, mais parce que nous sommes portés et exhaussés par la haute stature des Géants. »
1 Il entendait par là les Anciens
Bernard de Chartres Philosophe local du 12ème siècle À mes parents À ma famille
Préface de Jean Chaline Dans les années 20, deux familles belges s’installèrent en parallèle en France, dans la même région. La jeune Esther y rencontra André, de neuf ans son aîné, le conquit et l’épousa. Le couple s’installa dans le Perche. Huit enfants naquirent. Le cadre de l’histoire est fixé. C’est la P’tite Marie-José, leur seule fille née en 1953, qui raconte dans ce livre la vie de tous les jours à lacampagne à cette époque. Attachée psychologiquement aux oiseaux, dans son imaginaire très fécond, elle dépose ses inquiétudes, ses découvertes de la vie animale et humaine… Une mystérieuse présence l’entendra souvent dans les moments décisifs où elle se pose des questions majeures… Les pères paysans voulaient que les garçons prennent leur suite et rechignaient à les laisser trop longtemps à l’école, ayant besoin de leur main d’œuvre. Ce sont les femmes qui insistaient pour qu’ils aillent le plus loin possible dans leurs études. Marie-José arrivera à être professeure agrégée de Sciences de la Vie et de la Terre. C’est la raison pour laquelle je me suis trouvé curieusement impliqué dans cette histoire. J’ai reçu récemment un mail d’une «prof de SVT »qui me demandait de l’autoriser à me citer dans son roman. Elle disait être passionnée par les recherches sur l’évolution des espèces. Elle avait regardé mon film« Adam, roi des singes » surARTE1999, présentant ma théorie de en « l’Inside Story »expliquant que l’origine de l’homme résultait de mutations de gènes particuliers, dits architectes, qui modifiaient la vitesse et les durées des diverses étapes du développement embryonnaire. Ma théorie s’opposait à la thèse médiatique du moment, l’«»East-Side Story d’Yves Coppens, proposant que l’homme serait né d’une adaptation à la savane de l’Est africain, adaptation causée par un changement de climat. Marie-José s’était délectée à partager le documentaire avec ses élèves dans le programme de Terminale S de 2002,
qui avait pris en compte mes recherches. Elle avait découvert mon blog intitulé« Des ».beaucerons aux yeux bridés Bien que mon père soit d’origine beauceronne, j’y démontrais mes origines génétiques orientales, ce qui amplifiait une résonnance avec sa propre histoire. Elle m’envoyait les deux chapitres me concernant, puis après quelques échanges constructifs, tout le manuscrit que j’ai donc pu découvrir et pour lequel elle m’a alors demandé de réaliser cette préface. J’ai accepté avec d’autant plus d’intérêt que mon père, et moi-même chez mes grands-parents pendant deux ans de guerre, nous avons connu la même vie. Le récit de Marie-José est passionnant, véridique, retraçant l’épopée de migrants belges en France au début du XXe siècle, racontant la vie très dure des cultivateurs, mais vivifiante et très liée à l’environnement à la campagne,jusque dans les années 1970. Ces mémoires sont un témoignage parfois poignant, d’une vie que les jeunes d’aujourd’hui non seulement ignorent, mais n’imaginent même pas ce qu’elle a pu être il y a si peu de temps. C’est là que l’on a pu mesurer au plus près la montée exponentielle des avancées des« Trente glorieuses »de l’après-guerre, qui ont conduit à la vie actuelle, avec les dérives de la cupidité devenue cannibale d’un« supercapitalisme »qui a complètement perdu la notion d’Humanité et de partage telle qu’elle existait alors malgré les fortes difficultés de la vie. Le miroir d’une alouette réveillera le souvenir de ceux qui ont vécu cette vie et permettra aux jeunes, à qui je le conseille vivement, de relativiser la« cyberisation » de la vie actuelle de plus en plus conditionnée et« big-brotherisée », pour en goûter et retrouver les charmes souvent perdus. Jean Chaline, paléontologue, spécialiste de l’évolution des espèces, directeur de recherche émérite au CNRS (Biogéosciences de l’Université de Bourgogne). Professeur et directeur d’Études honoraire à l’École Pratique des Hautes Études à la Sorbonne (Laboratoire de Préhistoire et de Géologie du Quaternaire et de la Paléobiodiversité).
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André Mon père s’appelle André ce qui signifie homme, viril ou courageux. Le choix de ce prénom banal en 1911 est inspiré de l’apôtre, pêcheur en Palestine. C’est étrange comme mon André parcourt le vingtième siècle en adéquation avec cette connotation de son prénom, paysan certes, mais aussi pêcheur hors-pair et passionné. Au retour à la maison, il remonte au sommet de son front le chapeau compagnon de ses aventures solitaires depuis des décennies et brandit sa plus grosse prise à la verticale. Connaissance innée de l’effet d’optique qui avantage ainsi la perception de longueur de la bête aquatique. Il aime captiver son auditoire à raconter la lutte au plus malin avec sa proie. Il accorde exclusivement au brochet ou à la carpe la science de pouvoir l’être parfois davantage que lui. Il tient cette assurance d’une jeunesse singulière : « En 22 j’avais onze ans, mes parents m’avaient envoyé de Belgique chez une tante en France, pour que j’aille une année à 2 l’école là-bas et qu’j’ prenne le français. Y d’vaient déjà avoir l’idée d’y emmener toute la famille après. J’étais content d’aller ailleurs. La ferme était à côté d’un château, j’en avais jamais vu. Dans leur famille j’étais pas dépaysé, chez eux comme chez nous, on mangeait en silence. On parlait que de ce qu’y’avait à faire, c’est tout. Une fois ils m’ont fait tuer l’cochon moi-même. Y fallait bosser, prier l’soir autour d’la table et s’coucher tôt car on s’levait vers cinq heures, sauf l’hiver. Avec les aînés des cousins on allait dormir sur la paâille dans la p’tite maison d’la ferme abandonnée d’à côté, avec les araignées. Pour l’école y fallait s’lever une heure pus tôt pour faire le travail d’la ferme et pis y’aller en courant. On grattait un peu nos pieds dans l’herbe et y zétaient soi-disant propes. Y fallait écrire avec la main droite et 2 « Ils » ou « il »