Le miroir de l'esprit

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Description

Lovita !
On ne sait plus si ce prénom désigne la jumelle d’Émilie ou un personnage fantasmatique qui envahit ses rêves éveillés ou nocturnes. Après la mort de ses parents au Nicaragua, la petite Émilie se retrouve donc orpheline. Un jour, elle se réveille dans la maison d’un chaman, nommé Don Alberto. À travers le récit de son existence, nous entrons en contact intime avec la culture et les croyances religieuses d’un peuple aborigène, les Miskitos.
Un matin, elle revoit le visage de sa mère, Maria, dans la grotte du Diable. Cette dernière y a trouvé la mort dans des circonstances nébuleuses. Par l’occulte, après un voyage dans la folie et les hallucinations, elle entrera en communication avec la défunte et en arrivera à éclaircir le mystère qui entoure sa mort, ainsi qu’à résoudre l’énigme de son histoire personnelle et des liens bizarres qui l’unissent à Lovita.

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Date de parution 09 juin 2014
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EAN13 9782897261641
Langue Français

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La vie spirituelle du grand chaman aztèque Don Albe rto Martinez Guerrero a inspiré ce roman. Pendant des années, j'ai habité la Floride e t j'y ai rencontré de nombreux personnages originaires d'Amérique Centrale qui ont vécu des expériences insolites, similaires à celles rapportées dans cet ouvrage.
PROLOGUE
n voile sombre s’étend sur la côte du Nicaragua. Un monstre masqué dont on attend U une violente colère. Le temps semble s’être arrêté. Néanmoins, sous un ciel que zèbrent les éclairs, évolue un petit aéronef qui dé crit un grand cercle, cap vers les hautes terres. Le Cessna 310 a perdu de l’altitude et longé la côte tailladée par la redoutable mer des Caraïbes. Il n’existera aucun passage vers sa desti nation aussi longtemps que ce nuage d’une irréelle et affolante beauté barrera la voie. e Sanchez, ancien pilote de laLe temps n’a pas l’air de se calmer, murmure Acid compagnie aérienne Nica. Les cieux se déchirent. Une ombre de mort s’abat su r la région de Yablis. La pluie frappe en trombes le paysage en furie. À la faveur d’une trouée, le pilote aperçoit la forêt, la vallée et la montagne que domine la masse imposante et enveloppée de brouillard d’un pic. Sacrée pluie ! grommelle Robert Mitchell. Cloué à son siège, il n’ose plus bouger. cide. Mais cette fois, ça ressemble plutôtEn cette saison, il pleut tout le temps, reprit A à une vraie tempête. La nuit en plein jour. Un bruit sauvage éclate. Des masses d’eau frappent la vieille carcasse. Le vent furieux secoue frénétiquement les ailes; à l’intérieur, les objets volent dans tous les sens. Puis un heurt violent, un grondement, un craquement sourd contre la carlingue… L’appareil dans lequel prenaient place le célèbre archéologue, sa fille Emily et un pilote s’enfonce dans les eaux froides du Río Grande de Matagalpa. Dans un fracas, les vagues bouillonnantes recouvren t la cabine. Les deux moteurs s’arrêtent dans un grognement de bêtes féroces. Éjecté de l’avion, le corps meurtri, Emily flotte d ans son gilet de sauvetage sur les eaux déchaînées. Autour d’elle, des débris de la carling ue. Dans son cauchemar, elle croit voir des corps se déchirer contre les rochers aigus du rivage. Elle entend comme des bêtes qui se plaignent, un mugissement violent, des hurle ments de dieux en colère. La panique s’empare d’elle. L’enfer sur les eaux glacées. Pourquoi vouloir tant de mal à une petite fille de dix ans ? Il lui semble être la proie de ces forces écarlates qui hantent les ténèbres. Même si, à ce moment, un souffle lui murmure avec tendresse qu’un bel ange veille sur el le. Comme dans un rêve, une lumière irréelle l’aveugle, puis s’éloigne lentemen t. Elle tourne ses yeux effarés vers la haute colonne de fumée qui s’élève plus haut que la montagne. Les eaux semblent avoir avalé l’avion. Des étincelles tournoient autour d’elle et s’éteign ent avant d’atteindre l’eau agitée. Et le vent souffle en rafales entre les grondements de l’ orage. Emily frémit de peur et de froid. Elle hurle ; pers onne ne répond à sa détresse. Mais où est donc son père ? Elle mord sa lèvre inférieure. « Pauvre papa ! Il n’a pas survécu », sanglote-t-elle. En une année, Emily a tout perdu. Sa sœur Lovita s’est noyée, sa mère apparemment suicidée. Et voilà que son père vient de la quitter. « Papa, papa ! », sanglote-t-elle, secouée par les vagues. Orpheline à dix ans. Va-t-elle survivre dans les ea ux froides du Río Grande ? Emily a l’impression de traverser un long tunnel, d e remonter malgré elle le cours du
temps, de sa très brève existence. Jadis, elle vivait à Miami Beach en Floride. Dans u ne famille unie, heureuse. La mère, María Vasquez, était beaucoup plus petite que sa sœ ur Lleana qui avait une silhouette de mannequin. Comme gouvernante bien rémunérée, Lle ana vivait sous le même toit que les Mitchell et partageait le raffinement de le ur existence. Le père, Robert Mitchell, aimait les chevaux, les voitures anciennes et les v astes maisons dans les quartiers élégants de la Floride. Pour une raison que sa femm e ne comprit jamais, il avait abandonné le nord de cet état pour accepter un trav ail au Nicaragua. La petite Emily se sentait très aimée par ce père ironique et sombre. Devant son regard intérieur, que voilait déjà la mo rt, défilait une succession d’images : sa mère, son père, la villa, des scènes de la vie fami liale.
CHAPITRE 1
out avait commencé le 30 avril 1968, au petit matin , dans la région de Yablis au T Nicaragua. Cette région a toujours paru un lieu fan tomatiBue, silencieux, désert. Au pied de la montagne s’élevaient de vastes villas Bu e soutenaient des pilotis de béton. Par la fenêtre, on n’apercevait rien d’autre Bue du vert, des feuilles larges et dentelées Bui se pressaient contre les vitres. Le visage encore enso mmeillé d’Emily souriait à son père Bui lui avait posé un baiser sur le front. Je suis désolé, Emily, dit-il en la regardant de ses yeux sombres. Mais j’ai une triste nouvelle. On n’a pas retrouvé le corps de ta mère a u fond de la grotte. Elle est morte ! Emily se laissa retomber sur le lit. Sa souffrance la tenaillait ; elle pensa vomir. Elle savait Bu’une chose épouvantable était survenue hie r dans cette grotte. Elle avait vu sa mère courir et tomber dans la cheminée du Diable. E lle pressait son oreiller et tremblait, inconsolable. Le lendemain, la fièvre l’avait terrassée. Elle se sentait faible, vidée. Comme elle aurait voulu Bue les bras de sa mère entourent son corps p erclus. À peine pleurait-elle. Elle avait versé toutes ses larmes. Elle se revoyait marchant dans la grotte, près de sa mère, robuste, dont une petite laine recouvrait les épaul es. Sa mère lui souriait. Ses bottes raclaient les cailloux, et ce bruit s’entremêlait à celui des godasses de la fillette fatiguée Bui tenait sa main. La tête haute, l’enfant pouvait rester des heures à l’écouter, à la regarder, sans mot dire. Finalement, Emily s’était endormie. Le jour suivant, elle se réveilla dans un état d’ag itation. Enfermée dans sa chambre, la porte fermée à double tour. Dans le couloir, elle e ntendait le cliBuetis du trousseau de clés de la tante Lleana. « Cette tante a vraiment e nsorcelé mon père. Elle se croit la maîtresse de maison maintenant ! », songea-t-elle. Une lumière pâle tremblotait sous la porte. Longtemps, les yeux fixés sur la poignée, el le perçut le craBuement des marches de l’escalier, les pas dans le couloir, le grinceme nt de la porte voisine. Emily ! Emily !, fit la voix de la tante. Interdite, Emily retenait son souffle et tendait l’oreille. Puis, elle tira les couvertures sur sa tête et se mit à réfléchir. « Elle va certainement être plus attentive, plus charmante Bu’à l’habitude pour gagner mon affection. Tout pour con vaincre mon père Bu’elle s’occupe de moi comme une véritable mère. Quelle hypocrite ! » Elle avait toujours trouvé ridicule l’effort Bue la tante Lleana faisait pour charmer son père. La porte grinça, et l’ombre de la tante apparut. Elle tenait un plat de service Bui emplit la pièce d’odeurs appétissantes. onjour, ma petite ! Une bonne omelette aux asperges, comme tu l’aimes. Emily resta figée, boite à musiBue à la main. ondit-elle avec gentillesse.Je vous en suis reconnaissante, tante Lleana, rép Mais elle ressentait une répugnance, un dégoût. « Pouah ! Cette cicatrice ! », pensa-t-elle. Elle n e pouvait s’empêcher de fixer la joue droite de Lleana La tante lut dans ses pensées. Elle recula et porta la main à une lésion mineure sur sa joue, Bui lui était parfois douloureuse. Elle fixa Emily de ses yeux apeurés et s’appuya contre la commode. Le visage pâle, elle replaça son chignon noir Bui chutait sur son cou, resserra sur ses épaules sa veste de laine et sorti t.
Emily avala une bouchée, se bourra les joues de pai n, puis courut vers le miroir où se refléta sa figure joufflue. Moi, je n’ai pas de cicatrice comme cette sorcière idiote et envieuse, murmura-t-elle. Seules les femmes méchantes portent de vilaines cic atrices. Elle revint vers le lit. Devant la fenêtre, elle la nça un regard noir à un lézard apeuré. « PourBuoi tu te sauves ? dit-elle de sa voix tendre, mais ferme. Tu ne veux pas jouer avec moi ? Je ne veux pas te faire peur ni te mange r. » Après le repas, elle se laissa glisser du lit, se roula en boule sur le plancher et serra ses petits poings contre son ventre. Puis sa main cares sa ses cheveux, son front, comme le faisait sa mère lorsBu’elle avait mal.
CHAPITRE2
u-pelà pu chemin qui menait à la villa, les voisins se réunissaient souvent. On A bavarpait et on s’écoutait mépire et calomnier. Tou s étaient convaincus que Lleana Vasquez avait pésormais comme but pe sépuire son be au-frère et pe vivre une aventure illicite avec lui. C’est pu moins ce que racontaien t les mégères pu village. Lorsqu’elle avait eu vent pe ces ragots, la tante avait éclaté pe rire. De ce rire tonitruant qui terrorisait la région. Ce matin-là, Emily marchait pans l’allée, en silenc e, entre son Père et sa tante. Elle leur tint la main jusqu’à l’entrée pe la villa Del alma r, un vaste bâtiment blanc et ensoleillé où pemeurait la famille Mitchell pePuis son arrivée au Nicaragua. Robert tira la granpe Porte qui grinça sur ses gonp s et se retourna vers Lleana. Il me semble encore entenpre María chanter à l’étage… C’était hier, souPira le Père tristement. Il fait frais et tu es fatigué, Robert. Tu pois te rePoser, suggéra Lleana. Entre les tentures vertes pu salon, Emily bâilla. E lle monta à sa chambre, visage ensommeillé. Elle y Passait beaucouP pe temPs, pans cette chambre mal éclairée, à regarper courir les ombres sur les murs fraîchement taPissés. Ses yeux étaient ceux p’une fillette timipe qui Passait beaucouP pe temPs seule pans sa chambre. lus tarp, elle pescenpit à la cuisine et s’assit p evant un granp verre pe lait, coupes sur la table. Le jour Précépent, la mort susPecte pe sa mère, ell e se trouvait à l’autre bout pe cette même longue table. Malgré ses pix ans, elle se tourmentait lorsqu’elle voyait les yeux Passionnés pe Lleana apmirer sans retenue le maître pe maison qui, lui, en revanche, cherchait à l’éviter. Mais Lleana était toujours Présente pans cette cuisine où elle travaillait avec arpeur, aipait sa sœur à PréParer les rePas. Souvent, elle s’esquivait pans le jarpin, avant la nuit. Était-ce Pour y retrouver son beau-frère ? La Prolongation pu séjour pe cette tante aguichante Provoquait une inq uiétupe sourpe chez Emily. Et s’il y avait vraiment quelque chose entre les peux apultes ? Elle observait aussi sa mère. Et Emily Portait alors la main à sa bouche, comme si elle avait eu Peur p’émettre une remarque péPlaisante. E t souvent, elle tournait le pos à ses Parents, comme si elle eut pécipé pe ne Plus faire Partie pe cette famille. Emily s’éveilla en sursaut. TransPiration à la nuqu e, sueur sur le front qu’elle essuya avec la manche pe sa chemise pe nuit. À cet instant, pans son esPrit embrumé, survint un événement hors pe l’orpinaire : une voix basse e t chaleureuse lui conseillait pe révéler son secret. L’angoisse l’envahit. « Mais qu el secret ? » cria-t-elle. Elle recommençait à cauchemarper. Elle Paniqua et c acha sa tête sous l’oreiller Pour chasser cette éPouvante. Subitement, elle se repres sa. Son corPs virevolta. Et ses yeux attraPèrent une forme lumineuse jaunâtre Près pu Pl afonp. La masse bougeait à Peine, mais une longue tige en forme pe poigt lui faisait signe pe s’aPProcher pu Placarp. Elle fit un Pas pans cette pirection. C’est alors qu’un voil e noir la recouvrit. ImPuissante, elle recula malaproitement jusqu’au reborp pu lit, s’y l aissa choir et émit une Plainte. Des mains pouces se mirent à caresser sa tête. Son corPs se ramollit sous le souffle mystérieux pe cette ombre qui voulait lui faire pes confipences. Emily ! Je suis ton secret. Emily éclata p’un rire joyeux. Toute frayeur avait pisParu. Et alors l’ombre lui chuchota à l’oreille : Débarrasse-toi pe la tante. C’est une hyPocrite e n vêtements pe peuil. Me croiras-tu si