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Le monde des « Tous Pareils »

De
144 pages
Le monde des « Tous Pareils » retrace les aventures des trois compères Aquos, Janos et Vernatis. Lors de leurs expéditions, ils seront témoins d’étranges phénomènes et découvriront un univers opaque et fantasmagorique...
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175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-53112-4

 

© Edilivre, 2014

Illustration

 

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Illustré par Agnès Hathout

Le monde des « Tous Pareils »

 

 

Elle courait, courait, à travers la forêt. Les branchages la griffaient de partout à son passage. Elle saignait et perdait de la distance. Elle savait que l’horrible créature était tout près. Elle allait la rattraper. Elle devait courir le plus vite possible. Il fallait qu’elle lui échappe. Tout à coup, elle tourna la tête car on l’appelait. Ce n’était que ses deux amis qui lui parlaient. Son esprit était encore parti ailleurs. Quelle imagination !

Le Bonbon Surprise

– Oh ! Un bonbon Surprise, quelle chance ! Eh ! Aquos ! Janos ! J’ai trouvé un Surprise dans mon Bolbon.

– Allez, on essaie de deviner…

A une vitesse vertigineuse, les trois compères se regroupèrent sur un coin d’herbe, un tout petit peu à l’écart, pour commencer un jeu apparu à Arc-en-ciel, lié à la friandise la plus convoitée, le bonbon Surprise. C’était le seul bonbon qui tombait très rarement dans les Bolbon et dont on ne pouvait savoir à quoi s’attendre. Non seulement il fallait avoir la chance de le trouver mais on aimait désormais jouer au jeu de la devinette qui consistait à trouver les trois goûts qui le composaient. Aquos, Janos et Vernatis s’assirent donc et commencèrent dès que celle-ci eût mis le fameux bonbon à sa bouche.

– Tu nous donnes un indice quand même, je ne veux pas que ça dure toute la journée, on n’a pas encore fait beaucoup d’attractions. Tu as vraiment de la chance, je ne suis jamais tombé sur un Surprise, dit Janos, l’air un peu penaud.

– Allez, un indice, Vernatis, ajouta Aquos.

– Fruit !

– Fraise, banane, kiwi, ananas, pomme, dit Aquos tout d’un trait, sans même reprendre son souffle.

– Tu triches déjà, Aquos, vous avez droit à une seule réponse chacun votre tour.

– Orange ?

– Citron ?

– Mangue ?

– Raisin ?

– Gagné, Aquos ! Attendez un peu que le deuxième goût arrive pour que je vous donne encore l’indice.

Aquos, fier d’avoir trouvé le premier goût du Surprise, attendait avec grande impatience car il n’aimait pas, bien entendu, du tout perdre.

– Légumes !

– Haricot vert ?

– Carotte ?

– Aubergine ?

– Courgette ?

– Oui, Janos !

– C’est bien rare qu’il y ait des légumes dans le Surprise. Ça doit être une de leur dernière nouveauté.

– Oui, il paraît qu’ils ont mis des goûts vraiment inimaginables mais ils ne veulent pas les révéler pour garder vraiment le côté surprise. Ce serait juste mieux qu’on en trouve plus souvent.

– Non, on s’en lasserait. C’est bien quand c’est rare.

– Tu dis ça mais je n’en ai jamais eu, j’aimerais bien quand même que ça m’arrive au moins une fois !

– Ah, ça y est, le troisième arrive, c’est… chaud !

– Trop facile, répondirent en chœur Janos et Aquos, c’est chocolat !

– C’est le meilleur goût que je connaisse.

– Moi, je m’en vais, ça me fait trop envie. Allez, rendez-vous à la Cabane de paille. Tu nous rejoindras dès que tu auras fini avec ton chocolat chaud, Vernatis.

Vernatis sourit à Janos. Elle savait qu’il adorait le chocolat chaud et c’était le goût le plus apprécié de tous dans les bonbons qui tombaient dans leurs Bolbon par de très fines colonnes translucides qui distribuaient aléatoirement ceux-ci. On pouvait les déguster à volonté tout en s’amusant à Arc-en-ciel sur les nombreuses attractions de plus en plus originales. Les premières que l’on avait installées étaient surtout originaires des anciens pays de « Tous Pareils » : Le Sas aux dolphinus, Le Grigli ou encore la Cabane de paille. Chacun de nos trois amis avaient bien sûr gardé un goût particulier pour l’attraction qui avait bercé leur enfance. Il était toujours bon de retrouver ces sensations d’antan, les toutes premières qui ne s’oublient jamais. Les trois amis avaient fait découvrir à leurs acolytes la sensation propre à leur pays d’origine. Tous trois partageaient aujourd’hui celle-ci avec un grand respect. Aquos avait fait aimer le monde des dolphinus à ses deux amis et plus encore depuis la découverte de la faille abyssale. Le Grigli de Vernatis rencontrait un grand succès chez Janos et Aquos. Pour l’heure, il s’agissait de se rendre à la fameuse Cabane de paille.

C’était un grand hangar entièrement recouvert d’une couche de paille, ne laissant entrevoir ni le sol, ni les murs, ni même le plafond. On pouvait y mener de plus en plus d’activités. Toutes les attractions à l’origine d’Arc-en-ciel avaient subi des améliorations. Les Uniquéens travaillaient d’arrache-pied à améliorer tout de leur quotidien, Arc-en-ciel n’y échappait pas. Au départ, la Cabane de paille était un assez simple endroit où l’on pouvait s’adonner à jouer dans la paille, de manière très banale. On pouvait aussi se munir de protections pour faire semblant de combattre un ennemi imaginaire (joué par un ami !) ou face à des bonhommes en paille, ressemblant aux épouvantails que l’on voyait dans les champs où il fallait éloigner les oiseaux. Mais l’intérieur du très vaste hangar comportait désormais de nombreux aménagements très astucieux. On pouvait donc maintenant se hisser tout en haut d’une plate-forme d’où l’on se balançait grâce à une corde avant d’atterrir. On pouvait aussi emprunter un labyrinthe souterrain confectionné avec des ballots mis en forme pour l’occasion, de forme rectangulaire mais de dimension différente. On entrait d’un côté pour en sortir de l’autre sans pouvoir rebrousser chemin, totalement dans le noir. Les amateurs de sensation forte aimaient s’y perdre, criant pour se rassurer ou pour faire peur à ceux qui s’y trouvaient. Un autre endroit encore, moins surprenant, permettait de faire une sieste à même la paille. Ce plaisir fut apprécié des anciens Tous Pareils Jaunes car eux-mêmes aimaient dormir autrefois sur de la paille mais très vite, beaucoup d’autres avaient apprécié cette façon de dormir. Qui aurait pu dire que ce n’était pas… agréable !

– Viens, on monte, dit Aquos qui adorait sauter à la corde.

– D’accord, répondit Janos qui avait pourtant un tout petit peu le vertige.

– Où est Vernatis ?

– Elle est déjà arrivée là-haut, regardes. Décidemment, elle adore ça et… elle est toujours la plus rapide, c’est écœurant.

– Ça se comprend mais c’est un comble quand même, qu’elle soit meilleure que nous en escalade !

– En plus, elle a eu un Bonbon Surprise. Elle a une chance insolente aujourd’hui.

– Tant mieux pour elle, notre jour viendra aussi. En plus, comme elle part bientôt pour une longue expédition, c’est d’autant mieux pour elle. Ça lui fera un bon souvenir à se rappeler.

– C’est sûr !

– Elle va inspecter une autre forêt ou elle retourne à un endroit où elle est déjà allée ? Je ne lui ai pas encore demandé et j’ai bien du mal à m’y retrouver, elle change souvent de place.

– Elle va au même endroit qu’il y a trois mois, ça fera la quatrième fois, elle m’a dit qu’il y avait tant de choses à faire qu’elle se rendrait sans doute encore durant des semaines là-bas. Son camp y est installé avec son laboratoire itinérant. Le problème est que, pour y accéder, il lui faut une semaine environ. C’est pour cela qu’elle part un mois, je crois. Heureusement qu’on a le bracelet individuel au cas où elle a besoin d’aide et qu’elle peut voter à distance en attendant. Tu crois que ça serait bien que tout le monde puisse appeler à l’aide avec son bouton rouge, comme nous quand on est dans des endroits protégés ?

– Non, je ne crois pas, Janos. Tu sais bien que je ne l’emmène pas partout, que j’aurais même aimé m’en débarrasser et puis les personnes doivent continuer à s’entraider eux-mêmes.

– C’est vrai, je disais ça comme ça. Là où va Vernatis, il n’y a personne à des kilomètres à la ronde, ça se comprend qu’elle puisse l’utiliser au cas où. En plus, on ne sait pas exactement où elle est. Ce serait comme chercher une aiguille dans une botte de foin. Elle devrait nous laisser une carte…

– T’as un de ces humours, toi ! Allez ! Amusons-nous ! J’adore ces cages, on dirait vraiment qu’elles ne sont faites que de paille. C’est une sacrée idée qu’ils ont eu là !

– Oui, c’est incroyable !

Pour accéder tout en haut de la Cabane de paille (qui était en fait un immense hangar dont on avait même relevé le toit récemment), on avait aménagé des cages qu’il fallait escalader pour arriver à la plate-forme où se trouvait la grande corde qui servait à se balancer puis à se jeter dans une confortable épaisseur de paille. Ces cages d’ossature en bois avaient été décorées de paille pour garder l’ambiance. Le toit, fait d’une fine épaisseur de bois également, était également recouvert de paille en tresses. Les Tous Pareils Verts les avaient confectionnées comme ils le faisaient encore avec leur longue chevelure, de même que leurs vêtements autrefois uniquement faits de tiges et de feuilles. Les Tous Pareils Verts n’avaient gardé que leur coiffe, qui en avait aussi séduit quelques-uns. Leurs vêtements n’étaient plus forcément faits de végétaux, les Uniquéens ayant trouvé des matériaux solides en particulier le lin des Tous Pareils Jaunes qu’on teignait gaiement, d’un colorant naturel. Ceux-ci étaient nombreux aujourd’hui car les scientifiques avaient excellé dans ces recherches. La palette de couleurs pouvait répondre désormais à toutes les envies.

– Ça y est ! Vernatis !

– Vous me rejoignez !

– Oui, vas-y !

Et Vernatis s’élança, tenant bien la grande et solide corde, se balançant allégrement. Elle descendit un tout petit peu le long de celle-ci avant de se jeter dans le lit moelleux de paille. Elle se mit ensuite sur le côté pour laisser place aux autres. En haut du hangar, la grande plate-forme longiligne pouvait accueillir dix intrépides à la fois : trois cordes à nœud, trois échelles et trois barres étaient à leur disposition. De là-haut, on avait une vue sur la Cabane de paille, en particulier sur les rings où les combats avaient lieu, simulés sérieusement ou non, mais restaient inoffensifs car les protections comme la paille offraient une grande sécurité. Ainsi l’on pouvait, à Arc-en-ciel, se défouler pour ensuite repartir, en fin de journée, dépourvu de toute agressivité.

– On va au Grigli maintenant !

– Oh, oui, dit tout de suite Vernatis qui aimait par-dessus tout griglisser.

– Quelle bonne idée, Janos !

Emportant leur Bolbon qu’ils avaient déposé à l’entrée de la Cabane de paille, ils coururent à vive allure vers l’espace Grigli. Il y a presque quatre années déjà, Vernatis avait montré à ses deux amis comment griglisser chez elle, au pays des Tous Pareils Verts. D’abord décontenancés, ils s’étaient rapidement pris à ce jeu, montant en haut d’arbres dont les branches longues et souples poussaient vers le sol, se mettant à cheval et se laissant tout simplement glisser jusqu’en bas. Il fallait bien entendu que le sol soit en mousse pour un bon atterrissage.

– On griglisse à trois, Vernatis ?

– Oui, si vous voulez, mais Aquos en premier et moi en dernier. La dernière fois qu’Aquos est tombé sur moi, je l’ai bien senti quand même…

Et ils se hissèrent en haut d’un incroyable saule qui servait de départ à plus d’une dizaine de griglissade, tant il était haut, tant il avait de branches longues et souples pouvant accueillir jusqu’à trois personnes, tant elles étaient solides. Ce saule, particulièrement bichonné par plusieurs herboristes pour qu’il reste en bonne santé, faisait l’objet de nombreuses attentions. C’était une variété particulière de Vernatum, plus haute et plus solide, aux branches si longues qu’elles touchaient facilement le sol. Presque tous les arbres d’Uniqus étaient originaires de Vernatum, il n’en existait pas sur Aqua et très peu sur Janis, ou plutôt ce qu’on pouvait appeler de frêles petits arbustes qui ne convenaient bien entendu pas ici. Celui dont on prenait le plus grand soin était l’Arbre, ancien maître de Vernatum, qui était étudié génétiquement et sous toutes ses coutures car il était particulièrement unique. Il faisait donc l’objet de l’attention de trois personnes à plein temps ce qu’il appréciait par-dessus tout, en plus de la compagnie du Soleil et de l’Eau avec qui il passait ses journées à bavarder. Les trois maîtres ne désiraient aujourd’hui que cela, prendre du bon temps, comme si leur vie antérieure avait été harassante, ce qui n’était pas faux quelque part.

– Vous êtes bien installés ?

– Oui, on peut y aller, on ne se lâche pas avant l’atterrissage, d’accord ?

Et ils s’en allèrent pour une longue et grisante descente. La longue branche se ploya peu à peu, ils se sentirent doucement glisser tout au long. Puis vint le moment où celle-ci se pencha au point de toucher le sol, cédant à leur poids, ils dévalèrent alors à toute vitesse le reste de la branche et se réceptionnèrent tant bien que mal sur le sol heureusement fait d’une épaisse couche de mousse. On avait pris pour habitude de se laisser rouler un peu pour un atterrissage plus cool. Tel était fait le coin Grigli, parsemé aussi de nombreux toboggans plus étonnants les uns que les autres. Il avait également été amélioré de hautes et longues lianes accrochées à une large zone de hauts peupliers se tenant en face du robuste saule. On pouvait alors passer de l’un à l’autre, de liane en liane, ceci pendant le temps que l’on voulait, rencontrant d’autres amis pour seul obstacle, l’atterrissage se faisant également sur le sol de mousse. Ce sol avait été particulièrement épaissi grâce à une technique naturelle, on avait tout simplement laissé développer la mousse sans aucune entrave. Ce coin d’Arc-en-ciel convenait parfaitement à Janos et Aquos et même à Vernatis qui ne s’en lassait pas. Ils firent tour à tour des descentes, puis sautaient de liane en liane, retournèrent griglisser le long d’une branche de saule ou dans les toboggans aléatoires pour, au bout de deux heures, s’étaler une dernière fois de tout leur long sur le sol moelleux. Ils s’écartèrent alors juste ce qu’il faut pour s’adosser à un tronc, à l’abri.

– Quelle magnifique journée !

– Superbe, je m’amuse comme un fou !

– Je reviens, je vais chercher nos Bolbon !

– Ce que c’est bon de venir se détendre ici, toute une journée !

– A qui le dis-tu ? Mais je n’aime que les attractions, le reste ne m’intéresse pas.

– C’est parce que tu n’as jamais voulu essayer. J’y vais quelquefois aux bains chauds, ou me faire masser, tu n’imagines pas comme c’est super. On peut se détendre totalement, ça fait autant de bien que de jouer. Ça n’existait pas chez toi avant, Aquos ?

– Non, le seul fait de nager toute la journée nous détendait, on n’avait pas besoin d’autre chose.

– Oui, c’est vrai. Bon, si on allait au sas aux Dolphinus. Je te promets de ne pas te forcer à aller aux sas aménagés en salle de détente. On pourra essayer la nouvelle attraction !

– Bien sûr qu’on va l’essayer, dit Janos qui revenait avec les Bolbon. J’adore. Ça me rappellera toujours l’expédition RXA1.

– Ouais, je la trouve banale, ajouta Aquos.

– Tu as trop l’habitude, c’est pour ça.

– Mais je viendrai avec vous quand même. C’est amusant de la faire ensemble.

Ils se rendirent donc au sas aux Dolphinus. Il y avait ce jour-là, moins de monde que dans le reste du parc Arc-en-ciel. Par contre, de nombreux dolphinus y nageaient allègrement avec des Uniquéens qu’ils semblaient connaître. Aquos rencontra nombre d’anciens Tous Pareils Bleus, Aquë, Aquina ou encore Aqus, amis avec lesquels il passait autrefois des jours entiers à nager et à fouiller déjà les fonds sous-marins. Aquina travaillait comme lui en tant que chercheur au laboratoire de recherche aquatique. Mais elle était une de ces scientifiques qui analysaient ce que rapportait celui-ci. C’est elle-même qui avait découvert les propriétés de l’Oxy2, plante trouvée par Aquos, qui produisait de l’oxygène par toutes petites bulles sortant du dessous de ses feuilles et qui ne survivait qu’accompagnée de l’eau de son milieu d’origine. Celle-ci servait désormais aux sacs à oxygène, idée d’Aquos, et avait ouvert de nouveaux horizons. La zone où elle poussait était d’ailleurs désormais protégée car on ne voulait pas perdre ce précieux élément qui, sans aucun doute, était unique mais pouvait se raréfier.

Aquos, Janos et Vernatis se jetèrent allègrement dans l’eau du sas aux Dolphinus, les deux derniers munis de sac à oxygène. Aquos n’en avait besoin que s’il parcourait une grande distance. Ils évoluaient tranquillement, se faisant des signes, et se dirigèrent là où il y avait le plus de dolphinus. Ils avaient tous trois envie de nager en leur compagnie, Aquos ne s’en lassait jamais. D’autant que désormais, son lien avec ces cétacés étaient le plus fort de toute la planète. Aquos était devenu le seul habitant d’Uniqus à pouvoir pénétrer la faille abyssale, lieu de vie des dolphinus, seul endroit où on pouvait communiquer avec eux. Il connaissait donc tous leurs secrets et n’en partageait d’ailleurs pas la totalité avec ses deux amis. Janos et Vernatis, loin d’être jaloux, respectaient ce lien secret, se disant que les dolphinus sauraient s’adresser à lui s’ils étaient en danger ce qui suffisait à ne pas s’inquiéter pour eux. Janos aurait bien voulu communiquer lui aussi avec son petit yonis ou les chayettes qu’il élevait encore. Mais pour l’heure, ça n’était pas possible.

Ils nagèrent presque deux heures, entourés d’une dizaine de dolphinus. Doldobio était là, Aquos l’ayant prévenu qu’il viendrait. Ils faisaient des cabrioles, aidés de leur grande nageoire et se faisaient des signes pour communiquer. Ils utilisaient le langage des Sans Couleur, seul langage, le plus ancien parlé sur Uniqus, qui utilisait surtout des signes, mêlés à un lexique variable, parfois difficile à utiliser. Il aurait été bien utile qu’un Sans Couleur soit encore vivant pour mieux expliquer les rouages de cette langue. Seul Uniqus pouvait aider mais, bien que les signes fussent très utilisés, le lexique se figeait depuis son utilisation par les Uniquéens. Il manquait, pour le faire évoluer, aux Uniquéens comme à Uniqus, la mystérieuse clef de ce langage. Même si les dolphinus l’utilisaient à la faille abyssale, il n’en savait pas plus. Personne ne saurait jamais…

Pour l’heure, nos trois amis, après avoir conversé par les seuls signes, se signifièrent qu’ils désiraient aller au couloir dérivant, la nouvelle attraction. Ils n’eurent pas besoin d’avoir beaucoup d’imagination, Janos et Vernatis comprirent tout de suite lorsqu’Aquos fit des vagues de ses mains. Ils se dirigèrent alors vers le sud du sas pour arriver à un hublot ouvert par lequel il fallait s’introduire. Au-dessus de ce hublot, était inscrit « Couloir dérivant », surligné de deux vagues, comme l’avait noté Aquos sur la carte qui avait mené l’expédition RXA1 à la faille abyssale. Il n’y avait pas d’attente devant le hublot, il suffisait de s’introduire et de se laisser aller dans des flots agités qui, tantôt vous happaient vers le fond du couloir, tantôt vous rejetaient à la surface. En entrant, un courant léger vous ballotait juste le temps de bien fixer la ventouse du sac à oxygène, obligatoire même pour Aquos, pour la sécurité de tous. Celui-ci devenait de plus en plus fort, bouillonnant puis tourbillonnant, rendant les déplacements aléatoires, on ne pouvait résister alors à la puissance de l’eau. Mieux valait ne pas résister. Durant cinq cent mètres environ, on était ainsi malmené puis on se sentait happer vers le fond. Lorsqu’on arrivait bien en profondeur, on était alors rejeté loin à la surface, comme un toboggan qui remonterait. Enfin, après une courte accalmie, où l’on imaginait que c’était fini, on finissait dans un long tourbillon, telle une tornade aquatique, qui nous ramenait vers la sortie. Le couloir dérivant s’arrêtait là, deux kilomètres après le point de départ. On ressortait sur une sorte de plage en bois, tout près de l’espace aquatique contenant des piscines de différentes formes...