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Le royaume des loups tome 3

De
265 pages

Faolan est devenu l'un des vénérés Loups de la Ronde, chargés de surveiller le Cercle des Volcans Sacrés. Mais une de ses camarades a été enlevée par les ours ! La guerre gronde entre les deux clans, et seul Faolan semble pouvoir éviter la destruction du Royaume des loups...





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:
Kathryn Lasky
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Cécile Moran
: Le royaume des loups
PREMIÈRE PARTIE
LE VOYAGE
PROLOGUE
AINSI PARLAIT FENGO
: Le royaume des loups
Deux loups se dressaient sur un promontoire fouetté par les vents. Le plus gros, un mâle, avait une belle fourrure argentée et une patte déformée. À côté, la louve faisait pâle figure avec ses poils cendrés et son œil en moins. De là-haut, ils contemplaient le campement où une grande compétition avait eu lieu quelques jours plus tôt. Une compétition que, contre toute attente, ils avaient gagnée. Ils étaient maintenant sur le point d’intégrer la meute la plus glorieuse de tout le Par-Delà, celle qui était chargée de surveiller les abords du Cercle Sacré des Volcans : la Ronde.
Après avoir subi des années de mauvais traitements en tant que crocs-pointus, les loups les plus méprisés du clan, Faolan et Edme pouvaient enfin se tenir droits, les oreilles pointées vers l’avant et la queue haute dans le vent. Mais avant de se mettre en route pour le Cercle Sacré où ils commenceraient leur nouvelle vie, il leur restait un dernier voyage à accomplir. Le Slaan Leat – le voyage d’adieu et de réconciliation –, une quête de vérité et de paix intérieure, au cours de laquelle ils apprendraient à accepter leur destin de louveteaux malformés, malcadhs, maudits.
Tous les malcadhs étaient bannis de leur clan à la naissance, offerts à la furie des éléments et à une mort certaine. Ou presque certaine. S’ils parvenaient à retrouver le chemin du clan par leurs propres moyens, et à cette seule condition, ils pouvaient reconquérir une place dans une meute. Et plus tard, peut-être, dans la Ronde. À l’époque où les premiers loups s’installèrent au Par-Delà, il fut décrété que tous les crocs-pointus devraient partir à la recherche de leur , l’endroit où on les avait abandonnés bébés, avant de rejoindre la Ronde. En se confrontant à ce lieu où ils avaient frôlé la mort, ils comprendraient que le temps de l’humiliation et de la solitude appartenait déjà au passé. Ainsi en avait décidé le premier Fengo. On avait donc indiqué à Faolan et à Edme l’emplacement de leur tummfraw. Faolan devait se rendre sur les rives du grand fleuve qui traversait le Par-Delà dans sa longueur. Quant à Edme, il s’agissait du pic le plus au nord sur la chaîne du mont Bossu.tummfraw
Un vent mordant soulevait la fourrure des deux compagnons. Il faisait frais pour la saison. C’était le printemps, plus précisément le mois lunaire que les loups appelaient « lune des Nouveaux Bois ». Dans le ciel, des nuages d’orage menaçants s’amoncelaient, annonçant un blizzard. Mais les jeunes loups se souciaient peu des risques de chute de neige. Leurs esprits étaient bien plus occupés par le pèlerinage qui les attendait. Les questions se bousculaient dans leurs têtes : « Vais-je vraiment trouver la paix intérieure ? Y a-t-il une place pour moi sur cette Terre ? »
CHAPITRE UN
SOUS LES ÉTOILES
: Le royaume des loups
— Faolan, est-ce que tu connaissais l’emplacement de ton tummfraw avant que le Fengo en parle ? demanda Edme. Tu avais une petite idée ?
— Eh bien, je savais qu’il se trouvait au bord du fleuve. Cœur-de-Tonnerre me l’avait dit. Mais où exactement, non.
— Et tu ne penses pas que le Fengo ait pu se tromper ?
Edme le scrutait avec intensité de son œil unique. Ils avaient décidé de parcourir ensemble la première partie de leur périple. Le lendemain, au lever du soleil, ils se sépareraient et suivraient chacun leur route. Ils se retrouveraient de nouveau sur le trajet du retour et gagneraient ensemble le Cercle Sacré des Volcans.
— Pourquoi me poses-tu cette question, Edme ? Le Fengo doit bien être au courant.
— Sans doute, mais… Ce pic sur la chaîne du mont Bossu, ça ne colle pas. On raconte que les crocs-pointus éprouvent une sorte d’intuition sur l’endroit où ils ont été abandonnés. Un pressentiment.
— Et pas toi ?
— Je ne sais pas trop… Mais si j’écoutais mon instinct, je n’irais pas là-bas. J’ai le sentiment que ce n’est pas le bon endroit.
Elle secoua la tête, comme pour s’éclaircir les idées. Faolan la regardait. Leur admission dans la Ronde était censée marquer la fin de leur solitude et de leur malheur, mais Edme semblait plus désespérée que jamais.
Si Edme avait une apparence frêle et pitoyable, son tempérament audacieux forçait le respect. Elle possédait un optimisme naturel et une gaieté d’autant plus remarquables que son clan, les MacHeath, était connu pour sa brutalité. La voir tenter de rassembler son courage et son entrain habituels à cet instant fendit le cœur de Faolan.
— Regarde, Faolan, regarde les étoiles ! On voit le Grand Loup qui montre la Grotte des Âmes. Comment Cœur-de-Tonnerre l’appelait-elle, déjà ?
C’était du Edme tout craché ! Pleine de curiosité, elle préférait s’intéresser aux autres plutôt que de ressasser ses soucis.
— Les ours appellent leur Grotte des Âmes Ursulana.
— Quel joli mot, Ur-su-la-na, répéta la louve en savourant chaque syllabe.
— Parfois je me demande si tous les paradis n’en forment pas qu’un seul, en réalité. Je crois qu’il n’y a pas de frontières dans le ciel.
— J’adore cette idée ! s’exclama Edme.
Et elle se mit à hurler aux étoiles, inventant les paroles de son chant au fur et à mesure. Ses longs gémissements montaient dans la nuit, tandis que les constellations se levaient à l’est et que la voûte céleste se couvrait de petits points dorés. Faolan écoutait. Oh, comme il espérait ne pas se tromper ! Car s’il n’existait qu’un seul paradis, alors il serait de nouveau réuni un jour avec Cœur-de-Tonnerre, l’ourse grizzly qui l’avait recueilli quand les loups l’avaient rejeté et qui l’avait élevé comme son fils.
Ils firent halte près d’un petit marais parsemé de minuscules fleurs jaune vif de jonc odorant. Une avancée rocheuse leur procurerait un abri pour dormir. Sous le plafond de pierre, une araignée avait tissé sa toile et ses fils de soie tremblaient dans la brise. Leur beauté délicate fascinait Faolan.
— Il paraît que la soie des toiles d’araignée est beaucoup plus solide qu’on ne pourrait l’imaginer.
— Ah bon ? fit Edme, l’œil pétillant de curiosité. Où as-tu entendu ça, Faolan ?
— La Sark me l’a dit. La Sark du Marécage. Elle s’en sert pour arrêter les saignements et bander les blessures.
— Tu es proche de la Sark, n’est-ce pas ? demanda Edme d’un ton crispé.
Le simple fait de mentionner la vieille louve mystérieuse, que beaucoup tenaient pour une sorcière, entraînait souvent ce genre de réactions.
— Oui, elle me comprend mieux que la plupart des loups.
— Tu crois que ta mère lui a rendu visite… tu sais… une fois que… ?
Faolan comprit à quoi Edme faisait allusion. Après avoir donné naissance à un malcadh, de nombreuses louves allaient reprendre des forces chez la Sark. Celle-ci leur préparait des potions qui aidaient à oublier le traumatisme, à aller de l’avant, à se trouver un nouveau clan, un nouveau compagnon et à mettre au monde d’autres portées de louveteaux en bonne santé.
— Je ne pense pas que ma mère lui ait rendu visite. En tout cas, la Sark m’a affirmé le contraire. Et ta mère à toi, à ton avis, elle y est allée ?
Edme hésita avant de répondre.
— Eh bien… ça non plus, je n’en ai aucune idée.
Peu après leur départ, ils avaient repéré la piste d’une harde d’élans qui remontait vers le nord. Les caribous perdaient leurs bois pendant les lunes de givre, en hiver, mais les élans faisaient leur mue au printemps, d’où le nom de Lune des Nouveaux Bois.
Les populations de petits rongeurs se chargeaient de faire disparaître rapidement les bois, qui étaient très nourrissants. Mais Faolan et Edme en avaient trouvé quelques-uns encore intacts et s’étaient mis à les mordiller, les recouvrant de dessins qui retraçaient leur Slaan Leat. Ce désir de graver les os et les bois était instinctif chez les loups de la Ronde. Ils n’avaient pas l’intention de les montrer un jour. Ils voulaient juste laisser quelque part une trace de cet événement important dans leur existence.
Ils gravèrent avec leurs crocs les constellations qui gravitaient dans le ciel au-dessus d’eux ; ils tentèrent de décrire le parfum obsédant des joncs qui dérivaient sur l’eau du marécage, la beauté lumineuse de la toile d’araignée chargée de rosée et le doux chant de l’herbe qui frémissait sous la caresse du vent par cette nuit de fin de printemps.
CHAPITRE DEUX
SONGES D’UNE NUIT D’HIVER
: Le royaume des loups
Ils s’endormirent, blottis l’un contre l’autre dans la fraîcheur de la nuit. Faolan rêvait de flammes – celles qu’il avait entrevues dans la grotte du clan MacDuncan le jour où on l’avait convoqué devant le raghnaid, le tribunal des loups. Il était jugé pour avoir enfreint les lois de la chasse. La chaleur du feu vif compensait les regards glacials de ses juges. À la base des flammes, une sorte de tourbillon orange et jaune était apparu, une spirale de feu qui rappelait étrangement la marque qu’il portait sur le coussinet de sa patte tordue. Dans son rêve, cette spirale grossissait peu à peu et finissait par le dévorer, pendant que le visage du regretté chef Duncan MacDuncan surgissait à travers les flammes.
— Il savait ! Il savait !
— Faolan ! Réveille-toi !
Faolan se mit debout d’un bond. Edme semblait toute petite à côté de lui.
— Qui savait quoi ? demanda-t-elle d’un air inquiet.
— J’ai parlé dans mon sommeil ?
— Tu rêvais… Tu as fait un cauchemar, je crois.
— Non ! Non, pas vraiment. Pas que je me souvienne. Je rêvais de feu, de chaleur.
— Tiens ! Moi aussi.
— Il faut croire que l’été nous manque. Regarde !
Une fine couche de glace recouvrait la surface du marécage. À l’est, les premiers rayons du soleil levant coloraient les brins d’herbe raidis par le givre.
— C’est incroyable ! s’exclama Edme. La toile d’araignée est toujours là. Le vent a soufflé fort cette nuit et pourtant elle n’a pas le moindre accroc ! Tu avais raison : elle est drôlement solide.
— Oui. Malgré le givre qui l’alourdit, elle est restée intacte.
Edme s’approcha de Faolan en claquant des dents.
— Je ne comprends pas. Nous sommes presque en été. Ce n’est pas normal qu’il fasse si froid !
— Si ça continue comme ça, dit Faolan, les élans, les caribous et tous les animaux migrateurs vont finir par faire demi-tour pour retourner au sud.
— Si ça continue comme ça, nous aurons faim toute l’année, ajouta Edme.
: Le royaume des loups
Les deux compagnons, chacun portant ses bois gravés coincés sous le menton, se séparèrent à la pointe du marécage. Faolan se tourna vers le fleuve, au sud, tandis qu’Edme mettait le cap au nord, en direction du mont Bossu. Ils se donnèrent rendez-vous au début de la Lune des Mouches, la première des lunes d’été.
— Espérons que les mouches ne se transformeront pas en flocons de neige ! plaisanta Edme.
Le givre avait déjà fondu et un soleil ardent brillait dans le bleu du ciel. Edme ne s’attendait pas à voir autant de neige sur les flancs de la montagne. Malgré le froid, un épais tapis de fleurs minuscules recouvrait les pentes. Celles qui poussaient à cette époque de l’année étaient surnommées « boutons du Par-Delà » ; elles étaient connues pour leur résistance et leur acharnement à s’épanouir sur une terre dure et rocailleuse, en dépit des vents dévastateurs qui arrachaient tout sur leur passage. Leur floraison était brève mais il fallait plus d’une nuit de gel pour les décourager. Edme s’arrêta et posa ses bois pour étudier la fine corolle d’une violette des glaces. Tout en contemplant les petits filaments en forme d’étoile au centre, elle s’interrogeait : comment une chose aussi délicate survivait-elle ici ? La fleur mesurait à peine la moitié d’une griffe et semblait pousser directement à travers la roche.
« Elle est si fragile, et si forte à la fois, comme la toile d’araignée. Moi aussi, je dois être forte. »
Edme progressa d’un pas lourd vers le sommet de la montagne. Elle éprouvait une sensation de gêne grandissante, une angoisse tenace, comme si ce Slaan Leat n’était au fond qu’une espèce de mascarade.
Elle atteignit la crête du mont Bossu à midi. « Finissons-en », se dit-elle. Dans la distance, tous les pics paraissaient pointus et semblaient s’enfoncer dans le ciel comme des aiguilles. Mais c’était un effet de la perspective. À mesure qu’elle s’approchait, les reliefs s’adoucirent. Le tummfraw surgit dans son champ de vision. En découvrant la dalle de roche plate, Edme n’éprouva rien. Absolument rien.
« Je ne suis jamais venue ici… Jamais. Ce n’est pas mon tummfraw ! »
CHAPITRE TROIS
LE PARFUM DU FLEUVE
: Le royaume des loups
Le parfum du fleuve change peu au cours des saisons. Mais lorsque les eaux se libèrent de la glace au moment du dégel printanier, l’odeur puissante de la vase se mêle à la senteur boisée des arbres qui poussent sur la rive. Faolan sentit un frémissement dans sa moelle quand il passa devant la tanière d’été où il avait vécu une partie de son enfance, bercé par sa tendre mère adoptive, l’ourse Cœur-de-Tonnerre.
Un peu plus loin, il trouva l’immense grotte qui leur avait servi de tanière d’hiver, juste au-dessus d’un renfoncement de la rive. Il la reconnut au premier coup d’œil. C’était là qu’un couguar avait tué le dernier ourson de Cœur-de-Tonnerre. Faolan s’arrêta. On distinguait toujours l’ornière creusée par la femelle grizzly quand elle se laissait glisser de l’entrée de sa tanière jusqu’à l’eau. Des souches d’arbres arrachés témoignaient encore de sa fureur ce jour où, folle de chagrin, elle s’était jetée dans les flots tumultueux pour se noyer. Comme le fleuve n’était pas assez profond, elle était restée assise là pendant des heures, pleurant, suppliant Ursus, le dieu ours, de l’emporter. Et puis quelque chose s’était agrippé à sa patte. Au début, elle avait pensé à des débris charriés par le courant. Mais non. C’était un minuscule louveteau.
Cœur-de-Tonnerre lui avait si souvent raconté cette histoire. Il se rappelait l’entendre dire : « Je voulais mourir, et toi, tu t’accrochais à la vie. Tu étais un don du fleuve. » Il se tenait à l’endroit précis où elle l’avait découvert, deux kilomètres en aval du tummfraw où l’Obea Shibaan l’avait abandonné.
Après s’être recueilli un moment, il se remit en chemin. Le tummfraw fut plus facile à trouver qu’il ne l’aurait cru. Lorsque les poils de son cou se hérissèrent, il sut qu’il était au bon endroit. Il y avait une sorte de trou dans le talus, sans doute causé par la rupture du bloc de glace sur lequel l’Obea l’avait posé. C’était là que, tout nu et piaulant, il avait affronté la mort.
Il en fit trois fois le tour. Ce lieu respirait une certaine familiarité et, instinctivement, il se mit à le marquer grâce aux glandes odoriférantes qu’il possédait entre les doigts. Puis il s’assit et contempla le fleuve qui coulait paisiblement. Le contact de l’eau froide avec les brises tièdes fit bientôt naître une brume. Elle s’épaissit, ondula, se noua et se dénoua, traçant des motifs presque ensorcelants. Et soudain, les sensations de la nuit où on l’avait abandonné remontèrent à la surface de sa conscience. Il enfonça ses griffes dans le talus comme lorsque, minuscule louveteau, il s’était cramponné à son radeau de glace. Il se rappela les vertiges et la nausée qui l’avaient pris tandis qu’il tressautait dans les remous, la morsure de l’eau glacée et le rugissement des flots. Et en scrutant la petite nappe de brouillard devant lui, il aperçut un dessin bien connu : la spirale qui tourbillonnait à travers les flammes de son rêve tournoyait à présent dans les volutes de brume.
: Le royaume des loups
À cet instant, Faolan comprit ce qu’il devait faire. Il rassemblerait des os de Cœur-de-Tonnerre dans la grotte, au-dessus de la rive, et il bâtirait en son honneur un drumlyn, un monticule d’os rongés. N’ayant jamais pu voir l’âme de Cœur-de-Tonnerre voyager dans le ciel jusqu’à Ursulana, le paradis des ours, il en était venu à se demander si elle n’était pas restée prisonnière sur Terre, ce qui le perturbait beaucoup. Mais grâce à ce drumlyn, l’esprit de l’ourse pourrait sauter très haut et atteindre la Grotte des Âmes. Ce serait le dernier objectif de son Slaan Leat.
La brume s’était dissipée et le fleuve immobile s’étirait dans la vallée tel un ruban couleur d’ambre. Alors qu’il trottait vers la cachette où il avait enterré les os de sa mère adoptive, mille questions assaillaient Faolan : « Et ma première mère ? ! Qui était-elle ? Que pensait-elle de moi ? Se croyait-elle maudite par ma faute ? Ai-je des frères et des sœurs dans le clan ? »
CHAPITRE QUATRE
UNE AUTHENTIQUE CROC-POINTU ?
: Le royaume des loups
Tandis qu’elle descendait du mont Bossu, Edme s’interrogeait sur ce que Faolan avait éprouvé en découvrant son tummfraw. Il n’était sûrement pas resté aussi insensible qu’elle. Elle s’en voulait, mais qu’y pouvait-elle ? Elle n’avait pas de reproche à se faire – si quelque chose clochait, c’était le tummfraw. Le Fengo se trompait, il ne l’avait pas envoyée au bon endroit. Elle hésitait presque à rendre visite à l’Obea du clan MacHeath pour lui demander franchement où elle l’avait laissée. Seulement elle haïssait le clan tout entier et n’avait aucune envie de retourner sur son territoire.
L’Obea des MacHeath était une louve blanche appelée Airmead – un nom qui signifiait « stérile » dans la langue des anciens loups. Seuls les MacHeath étaient assez cruels pour imposer à leur Obea un surnom qui évoquait aussi ouvertement son triste sort. Un instinct malveillant courait dans leurs veines. Ils se nourrissaient de la souffrance comme les chauves-souris vampires s’abreuvent du sang des autres animaux – en laissant juste assez de force à leur victime pour qu’elle puisse leur servir de repas une seconde fois. Les moins sadiques des MacHeath finissaient par s’affaiblir et mourir, à moins qu’ils n’aient quitté leur meute à temps pour rejoindre les Barbares des Confins, des loups sans clan qui vivaient à l’ouest, ou pour trouver refuge loin au nord-est, chez les MacNamara. Non, Edme ne voulait pas les revoir. Elle se trouvait déjà bien trop près de leur territoire à son goût.