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Le Sanglot des Innocents

De
314 pages
Comment un jeune homme "sanctuarisé", dès l'enfance, peut-il devenir le réceptacle de l'injustice et du mal dans leur splendeur répugnante ? Sur l'autel de cette interrogation, s'ouvre Le Sanglot des Innocents qui retrace les complaintes douloureuses de ce brillant lycéen, Ouguelé Dofamy, fraîchement débarqué de Gotoya, capitale inhospitalière de cette République de Soromagnon, le coeur serti d'une envie ardente de devenir un grand cardiologue.
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Rôbet Biavandja Zoromé
Le Sangôt des Innôcents
Encres Noires Collection fondée par Maguy Albet et Emmanuelle Moysan La littérature africaine est fortement vivante. Cette collection se veut le reflet de cette créativité des Africains et diasporas.
Déjà parus
Gnazale (Dany-Laure),L’étrange histoire de Makoura la belle,2017. Rombhot-Kelly (Freddy-Michaël),Le vertige de l’amour, 2017. Gandou D’Isseret (Gyscard),Autant partir que sacrifier, 2017. Ahyi-Hoesle (Véronique),Noire Datura, 2016. Moukoko (Philippe),C’est beau la France, 2016. Etsio (Édouard),La saga de Mazembé, 2016. Tsagué (Florence),La Porte de Minuit, 2016. Taboye (Ahmad),Le patriarche, 2016. Bah (Malal),C’est moi qu’il épousera, 2016. Dia (Hamidou),Les sanglots de l’espoir, 2016. Ali Ahmed (Youssouf),Le mystère du second temple, 2015. Batumike (Cikuru),De fil en exil, 2015.
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Ces douze derniers titres de la collection sont classés par ordre chronologique en commençant par le plus récent. La liste complète des parutions, avec une courte présentation du contenu des ouvrages, peut être consultée sur le site www.harmattan.fr
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Le Sanglot des Innocents
© L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’École polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr ISBN : 978-2-343-13029-3 EAN : 9782343130293
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RobertBilavandjaZOROMÉLe Sanglot des Innocents
CHAPITRE I
Dans les plaines vallonnées et ensoleillées du pays de Morphée, l’herbe et les sommets des collines, sont habillés de fines feuilles d’or. Leur regard éclatant inonde la nature d’allégresse. La Nuit, le cœur rempli de joie, s’est octroyé une belle promenade aux confins de ce pays de tous les charmes. Dans sa joie d’être dans un lieu aussi féerique, elle s’égaie, fredonne ses chansons préférées, gambade à grandes enjambées à travers champs, hume à pleins poumons les senteurs agréables des belles fleurs. Soudain, à la lisière d’une galerie de forêts, devant elle, surgit une nuée de cauchemars. Elle fonça droit sur elle. Prise de panique, elle prit ses jambes à son cou, et la course-poursuite dura une trentaine de minutes. Dans sa course folle, elle s’essouffla, buta sur un talus d’éboulis, chuta lourdement, sa tête heurta violemment un tas de cailloux enfoui dans l’herbe. En s’évanouissant, des bruits, imperceptiblement, parvinrent à ses oreilles endolories. Sa coépouse Aube, devant la porte close de sa case, s’impatientait, moqueries drues à la bouche. La Nuit, de retour d’exil du pays de Morphée, s’agita, s’ébroua, se retourna sur sa natte, empoigna fébrilement les abords de celle-ci, toussota à plusieurs reprises. Elle fit la sourde oreille, aux chants itératifs des coqs qui viennent caresser ses joues engourdies. Paresseusement, elle ouvrit les yeux, s’étira de tout son corps, bâilla à réveiller des montagnes assoupies. Lentement, son esprit en exil, revint auprès d’elle, aussitôt, elle se mit sur ses pieds, plia soigneusement sa natte, la déposa dans un coin sombre de sa case, dont les années et la suie ont pillé la beauté, se présenta dehors. Les bras en l’air, elle s’étira de tout son corps, les yeux toujours embués, elle scruta l’horizon endormi, se servit d’une calebassée d’eau pour laver son visage glabre. Sans attendre, elle se saisit de son baluchon, le porta sur la tête, s’en alla en maugréant, faisant claquer ses vieilles sandales aux bouts usés.
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L’Aube, les mains à la hanche, le regard vif, les oreilles en alerte, enveloppée de son habit sombre clair, entonna une belle chanson sourire aux lèvres, en guise de railleries de sa coépouse Nuit. Bras en l’air, elle salua la Nuit, dont la bouche déjà longue et tordue, montra son mécontentement de s’en aller. Rapidement, elles s’engagèrent toutes les deux dans des plaisanteries drues, qu’elles seules en avaient le secret. – Bonjour, ma coépouse Nuit ! – Bonjour Aube, tu es toujours matinale. – Tu es si possessive Nuit, tu vas casser les côtes de notre époux Lune ! – Tu es jalouse hein ! D’ailleurs ton mari avachi et fatigué, qui en veut de nos jours ? Il dort et ronfle sans cesse. voilà ce qu’il sait faire. A ses côtés, j’ai passé toutes les heures de sommeil à compter les pailles du toit conjugal. Dorénavant, je vais me chercher un jeune homme pour me masser délicieusement les épaules endolories. J’en ai assez d’un mari poussif. – Ooooh, ma coépouse Nuit, à t’entendre parler, je suis certaine que tu as gémi de plaisir à ses côtés. – Ecoute Aube, tues si distraite que tu ne vois même pas la réalité. – Quelle réalité coépouse ? – Je suis si malheureuse entre les mains de cet époux de paille. Sur ce, la Nuit s’en alla. La nature encore emmitouflée dans son lit, semble se plaindre de l’arrivée de la journée. Elle roule sans cesse dans sa couverture, se gratte la peau, se recroqueville sur elle-même, pour mieux profiter des dernières particules d’air frais. Les rayons du soleil, parés de leurs plus beaux habits, se préparent à leur danse habituelle, les yeux rivés sur la nature. Les tintements de leurs clochettes aux pieds, arrachent des étirements aux êtres engourdis, tandis que le reflet doré de leurs doigts, dévore gloutonnement l’air frais, telle une épouse acariâtre. Enfin, elle se décida de se mettre debout, sortit de son lit, laissa traîner au sol sa vieille couverture, s’étira de tout son corps, gratta ses flancs, toussota sans cesse, se versa de l’eau sur le visage, cligna les yeux. La vie, jadis évanouie, lentement renaissait, pouffait de rires sonores. Elle avait l’air d’une jeune femme étourdie, qui, vainement cherchait sa calebasse cassée. Dans cette ville, aux allures de grosse termitière, hommes et femmes se réveillaient dans un vacarme habituel. Thomas Ouguele Dofamy, jeune homme d’extraction sociale modeste, inondé d’une joie exubérante, s’exila dans les forêts touffues des profondeurs de son être, dont les splendeurs internes
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scintillent de mille feux. Il vient de décrocher un des diplômes le plus convoités par les jeunes scolaires de son âge, et pas n’importe lequel, un bacC, après une première tentative de surcroît, avec une bonne mention ! Ce fameux parchemin tant désiré par tous les lycéens, véritable sésame scolaire, qui, jadis, ouvrait largement toutes les portes de l’université, avec son cortège de privilèges à la hauteur des efforts consentis. Sérieux, studieux et brillant élève au lycée, son succès n’a étonné personne dans son établissement. Il a raison d’être très heureux, car dans son pays, aller à l’école n’est pas seulement une chance, mais un exploit ! Dans ces conditions, le Bac ne saurait être un parchemin. Il est une large porte ouverte à la réussite sociale. D’antan, la carte d’étudiant valait son pesant d’or social. Mais lentement, les choses sont allées de mal en pis. La belle époque estudiantine prit une teinte terne. Ainsi, les décennies qui suivirent les indépendances, riches en promesses exaltantes de développement, connurent une courte durée. Les nombreuses crises sociales à répétition, les années blanches fabriquées ou réelles, ont fini par profaner les universités des pays de sable, de coton et de café, les transformant en de véritables tavernes, déshabillant ainsi, les conditions d’études de son prestige d’antan. Certaines réalités, aux visages peu recommandables, envahirent insidieusement le temple du savoir. Elles ont pour nom : précarité, pauvreté, misère et politique. La faim quotidienne, les conditions d’études, et de survie, de plus en plus rudes, ont poussé la flamboyante population estudiantine vers les voies de révoltes permanentes. Les différents tenants du pouvoir, qui se sont succédé à la tête du pays, sans volonté, ni initiatives louables, ont toujours regardé avec condescendance, mais aussi à dessein, ce délitement social des étudiants, sans lever le petit doigt. L’université, au pays de Thomas, n’a jamais été une priorité. D’ailleurs, chaque dorien au pouvoir, rêve soit de la mettre au pas, soit de l’embastiller. Il faut donc la saccager, de manière cynique, sournoise et pernicieuse, sur l’autel d’une certaine politique. Éternels contestataires, les étudiants ont pris goût d’arracher aux puissants du jour, leur sommeil mielleux, armés de leur devise de tous les temps : Etudier, Contester, Déranger. Le pouvoir politique et les étudiants, partagent rarement le calumet de la paix. Les premiers veulent toujours mettre au pas les seconds, qui refusent toute tutelle. La belle époque, des étudiants sérieux et bosseurs, s’est évanouie à tire-ailes, selon les gouvernants. Dans leur esprit, les d’étudiants sont devenus des loups affamés et faméliques. Les débats d’idées, en effet, si chers aux étudiants d’antan, sont de plus en plus remplacés par des coups de gourdins. Des
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