Le Silence des Dragons

-

Livres
201 pages
Lire un extrait
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description


Lorsqu’une fille d’aubergiste fougueuse et sans le sou découvre un artefact aussi ancien que mystérieux ; lorsqu’une jeune noble délicate, en quête d’amour-propre, part à la recherche d’un peuple éteint depuis des siècles... Alors peut-être tout n’est-il pas perdu ? Peut-être réussiront-elles à mettre fin au Silence des Dragons...



Illustration de couverture Miss M.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 10
EAN13 9782369761983
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0037€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème
Alizée Villemin
Le Silence des Dragons
1. Dracaenars
Collection Fantaisie Lunaire Fantasy
Visitez notre site Internet : http://www.lune-ecarlate.com
Mentions légales
© 2016 Alizée Villemin. Illustration de couverture © 2016 Miss M.. Édité par Lune-Écarlate 66 rue Gustave Flaubert 03100 Montluçon, France. Tous droits réservés dans tous pays. ISBN 978-2-36976-199-0. Le code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation intégrale ou partielle faite par quelques procédés que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droits, est illicite et constitue une contrefaçon au terme des articles L,122,-5 et L,335-2 et suivant du code la propriété intellectuelle.
I
Le chiffon grossier frottait sur le sinistre comptoir en un ballet monotone et désespérant. Le bois brut du meuble s’était imbibé d’alcool renversé depuis tant d’années déjà qu’il devenait difcile de distinguer quelles taches étaient récentes et quelles autres centenaires. Maëlys connaissait leurs formes sur le bout des doigts. Depuis sa plus tendre enfance, elle jouait cette comédie futile, cette mascarade qui consistait à faire croire aux clients de l’auberge que le lieu dans lequel ils allaient manger, et peut-être même dormir, était propre. Faor, son cher père, avait depuis longtemps renoncé à masquer sa nature profonde et ronait près de l’âtre, son tablier sale peinant à recouvrir son ventre pansu, sa chope de bière répandue au pied de son fauteuil en chêne tout juste dégrossi. La salle aux murs noircis de suie était vide, et le feu dans la vaste cheminée de pierre brute couvait paresseusement, mais Maëlys savait qu’elle n’avait qu’une demi-heure pour tout mettre en ordre avant l’arrivée des prochains consommateurs, une vague d’hommes puants et avinés dont la bruyante présence lui faisait monter la bile au fond de la gorge. Elle se disait souvent qu’elle pourrait presque les supporter si son rôle de souillon n’était que temporaire, une épreuve qu’elle devait surmonter pour gagner la vie trépidante qu’elle méritait. Mais rien de tel ne l’attendait, elle en était consciente. Fille de tenancier, elle se marierait avec un villageois, qui deviendrait le nouvel aubergiste lorsqu’elle
7
hériterait du commerce au décès de ses parents. Maëlys, quant à elle, continuerait d’étaler la saleté de ces tables avec son chiffon raide de crasse, jusqu’à ce qu’un matin, elle n’en puisse plus et meure dans son lit d’usure et de vieillesse. — Maëlys ! Arrête de ruminer et remets-toi au travail. On peut pas se payer le luxe de penser, ici, tu devrais le savoir. Maëlys tressaillit en entendant la voix de sa mère, suivie de la cascade de ses pas, alors qu’elle dévalait l’escalier en bois. Tenah avait terminé de balayer les chambres et de secouer les draps infestés de vermine. Elle s’apprêtait à reprendre sa place derrière les fourneaux et à préparer une tambouille sufsamment consistante pour rassasier les estomacs affamés qui ne tarderaient plus, épongeant un peu l’alcool qu’ils avaient éclusé. En la voyant remonter ses manches, Maëlys se demanda une fois de plus si elle devait admirer le courage de cette femme, capable de supporter cette vie sordide et sans lueur, ou si, au contraire, elle devait mépriser sa lâcheté pour n’avoir jamais quitté cet endroit à la recherche d’un avenir meilleur. Sans doute ne parviendrait-elle jamais à trancher. — Arrête de me xer avec cet air bovin, Maëlys, et va plutôt réveiller ton père. Faut qu’il mange avant que tout le monde arrive. Maëlys soupira, jeta son torchon sale sur son épaule et traîna des pieds jusqu’au coin favori de Faor. Elle le toisa un instant avec mépris, grimaça de dégoût devant les taches qui maculaient son tablier et les morceaux de viande coincés dans sa barbe épaisse, puis le secoua brutalement, de toutes ses forces, jusqu’à le voir ouvrir les yeux, à la fois surpris et contrarié. — Sa Majesté est servie. Si elle veut bien se donner la peine de quitter son trône… — Maëlys ? Maëlys ! Par les dieux, un jour, je vais te me… !!! — Je sais, père, je sais. L’aubergiste empâté la fusilla du regard, puis se leva de son siège, aussi raide que chancelant, et s’assit devant l’écuelle remplie
8
du brouet fumant que sa femme venait de poser sur la table. Il cessa de grommeler pour lamper bruyamment. Détaillant son visage rouge et congestionné, Maëlys songea avec aversion qu’à force de boire, il n’avait même plus l’énergie d’essayer de la frapper. S’il arrêtait un jour de s’enivrer et retrouvait un peu de volonté, elle devrait se méer. Mais ils savaient tous deux que cela n’était pas prêt d’arriver.
*
Tard dans la nuit, Maëlys sortit dans la cour de l’auberge pour prendre l’air. L’enseigne à la peinture écaillée grinçait misérablement. Une chouette hululait au loin. La morsure du vent était revigorante et dissipait peu à peu la rage qui couvait dans son ventre. Elle essaya de ne pas trop penser aux mains vulgaires qui avaient laissé des traces graisseuses sur sa robe et celle de sa mère. Sa journée était terminée et elle était libre jusqu’au lendemain midi. Depuis de longues années, l’Auberge du Canard Glorieux avait cessé de servir les petits déjeuners, son ivrogne de père cuvant jusqu’à la mi-journée. Ce soir, elle lui en était presque reconnaissante. La jeune lle quitta les lieux, prudemment, la dernière ondée ayant transformé toutes les rues du village en coulées de boue. Elle contourna soigneusement la dizaine de porcs chargés du nettoyage des ordures, affairés à engloutir les maigres restes avec avidité. Le bourg était assoupi, aucune lumière ne ltrait par les fenêtres, aucun mouvement n’était perceptible. En tendant l’oreille, Maëlys pouvait même entendre les ronements sonores du charpentier. Elle eut une pensée compatissante pour Maria, sa femme, qui rencontrait toujours les pires difcultés à s’endormir au milieu de ce boucan. En arrivant à l’orée des bois, elle remonta son capuchon pour éviter que les branches des arbres ne déchargent toute leur eau sur sa robe fatiguée. Chaque nuit, Maëlys quittait l’auberge tant
9
haïe an de prendre ses quartiers dans la forêt, ne revenant dans la bâtisse que pour y travailler. C’était le seul acte de rébellion qu’elle pouvait se permettre, la seule indépendance qu’elle avait gagnée. Aucun déluge au monde ne l’aurait convaincue de rester plus longtemps que nécessaire dans ce lieu qu’elle méprisait. Elle s’était aménagé un refuge, une cabane rudimentaire dans les bois, et le fait que personne au village ne sache exactement où elle se trouvait n’était pas pour lui déplaire, bien au contraire. Les branchages craquaient sous ses pas et la lune était presque invisible sous la frondaison des arbres. Une légère averse s’était remise à tomber. Les bruissements d’ailes des prédateurs, leurs doux hululements et les passages furtifs de leurs proies dans les buissons apportèrent à Maëlys une totale sérénité. Elle inspirait l’odeur écœurante de l’humus à pleins poumons. Peu importe ce qui se tramait dans la journée, une fois le soleil disparu, la véritable vie reprenait son cours, tranquille, immuable et impitoyable. Ce qu’ils pouvaient dire ne comptait pas. Paroles en l’air, chassées par le vent, lavées par la pluie. Maëlys frissonna, transie de froid, sa robe humide collant à sa peau glacée, ses cheveux s’étirant en longues mèches d’ébène gouttant dans sa nuque, à demi libérées de leur chignon avachi. Sa cape n’était pas imperméable, et un trou dans sa botte gauche laissait entrer une boue traîtresse. Elle accéléra pour se mettre vite à l’abri. Malgré l’obscurité, elle n’avait besoin d’aucun éclairage, d’aucun chemin balisé pour se guider. Elle savait reconnaître ce chêne, là, fendu en deux par la foudre l’été dernier, et ce hêtre qui avait poussé de biais, tordu, gêné par ses voisins trop proches dans la course à la lumière. Elle était presque arrivée. Il ne restait plus qu’à enjamber le ruisseau, légèrement grossi par les intempéries, et à escalader cette petite butte de terre. Apercevoir la modeste cabane amena un sourire sur les lèvres de Maëlys. Sa cachette, son royaume. Toute la journée, elle avait rêvé
1
0