Le Souffle des Anges, tome 1

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292 pages
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Katerina mène une vie dissolue tandis que des faits étranges ne cessent de se produire autour d’elle. Elle pense devenir folle, quand trois créatures débarquent en ville pour la rencontrer... et la tuer. Qui aurait imaginé que des anges puissent se montrer si violents ?
En tout cas, pas elle !
Dès lors, la jeune femme doit faire face à des adversaires de plus en plus dangereux, comme ce vampire qui semble la connaître depuis des siècles... Quel lien existe-t-il entre elle et cet homme pour qu’il lui voue tant de haine ?
Mais l’ennemi le plus redoutable, celui qui peut sans doute tous les anéantir, est peut-être caché en elle...

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EAN13 9791096785452
Langue Français

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Le Souffle des Anges, tome 1 [Lucille Rybacki]
« Tu étais couvert de pierres précieuses de toutes sortes, rubis, topaze, diamant, chrysolithe, onyx, jaspe, s aphir, escarboucle, émeraude ainsi que d’or. Les tambourins et les flûtes étaient à ton service ; ils étaient prêts depuis le jour même où tu fus cré é. Je t’avais oint, comme un chérubin protecteur ; je t’avais établi sur la sainte montagne de Dieu ; tu marchais au milieu des pierres aux feux éclatants. Tu fus irréprochable dans ta conduite, depuis le jo ur où tu fus créé, jusqu’au temps où l’iniquité parvint à pénétrer che z toi. » Ezéchiel 28 : 13-15
© 2017, Lucille Rybacki. © 2017, Something Else Editions. Tous droits réservés. Le Code de la qroqriété intellectuelle interdit les coqies ou reqroductions destinées à une utilisation collective. Toute reqrésentation ou reqroduction intégrale ou qartielle faite qar QuelQues qrocédés Que ce soit, sans le co nsentement de l’auteur ou de ses ayants droit, est illicite et constitue une contref açon, aux termes des articles L.335-2 et suivants du Code de la qroqriété intellectuelle. Illustration : © Erica Petit ISBN numériQue : 979-10-96785-45-2 ISBN qaqier : 979-10-96785-46-9 Something Else Éditions, 8 sQuare Surcouf, 91350 Grigny E-mail : something.else.editions@gmail.com Site Internet : www.something-else-editions.com Cet ouvrage est une fiction. Toute ressemblance ave c des qersonnes ou des institutions existantes ou ayant existé serait tota lement fortuite.
Prologue Les étoiles constellaient le ciel de milliers de pe tites lanternes blanchâtres, auxquelles se mêlait la lumière douce et argentée d e la lune. La brise nocturne soufflait entre les habitations de la ville, emportant les jo urnaux répandus sur le sol. Malgré le vide, il s’approcha du rebord et laissa s on regard plonger dans la ruelle. D’ici, la vue était aussi spectaculaire qu’effrayan te. Des centaines d’habitants, humains ou créatures, animaient cette cité faite de béton e t de verre. Il percevait chacune de leurs respirations, chacune de leurs paroles, et s’ étonnait du boucan qu’ils étaient capables de créer à eux seuls. Un vrai vacarme. Puis, son attention se dirigea vers lui, le vampire caché dans l’ombre d’un bâtiment. Ce dernier humait l’air et analysait chacune des od eurs que le vent charriait. À son tour, l’Ange en fit de même et constata que rien n’avait changé. Les effluves d’échappements et d’égouts avaient pris le dessus s ur tout le reste. Il réussit tout de même à percevoir l’infime parfum boisé de la forêt qui jouxtait la ville, et se ragaillardit. Cette mission de reconnaissance était essentielle. Il se devait de la retrouver… L’Ange se concentra sur le suceur de sang, lequel p atientait plusieurs mètres plus bas. Hayden, se souvint-il de son prénom en penchan t la tête sur un côté. Malgré les siècles, celui-ci n’avait pas changé. Ses traits, t ordus par la soif, lui semblèrent plus durs cependant. Il ne restait rien de l’humain symp athique et serviable qu’il avait jadis connu. Son expression, froide, manipulatrice, ne lu i inspirait plus qu’un mélange de dégoût et de pitié. Avait-elle fait complètement di sparaître cet homme pieux ? se demanda-t-il en continuant d’observer le vampire. Le chapelet en bois d’olivier qu’il tenait entre se s mains oscillait lentement dans le vide, tel le balancier d’une horloge. Hayden élimin a une par une les senteurs qui ne l’intéressaient pas pour ne garder que la plus exqu ise, la plus délicieuse : celle du sang. Des milliers de cœurs gorgés d’hémoglobine ba ttaient autour de lui. C’était comme une douce musique, un puissant tempo qui anim ait toute la ville jusqu’à la rendre pratiquement vivante. Ses doigts furent parcourus de légères palpitations , comme traversés par un courant électrique. Comment aurait-il eu le courage d’y rés ister ? Il compta un à un les grains de son chapelet avant de l’enrouler autour de son p oignet. Pourquoi se torturait-il ainsi ? Lutter ne permettr ait pas à sa soif de disparaître. Au contraire, cela ne ferait que l’accroître au point de ne plus être capable de la maîtriser ensuite. Le sang était sa vie, sa force, sa nourrit ure. Et il ne le renierait pas : chasser et tuer étaient ses seuls et uniques plaisirs. Quoi de plus excitant, pour quelqu’un de son espèce, que de prélever le plaisir directement à la source ? Que de se sentir dominant, maître de donner satisfaction ou douleur, vie ou mo rt ? Mais céder à la tentation revenait à prendre d’énor mes risques. Le temps où il pouvait se divertir en toute impunité était désorma is révolu. Être un monstre n’effrayait plus personne, dans la mesure où aucun être surnatu rel ne devait montrer sa véritable nature. Finis les petits massacres de villages. Fin i le carnage de familles entières. Ses proies, autrefois des victimes brailleuses, amorphe s et terrifiées, avaient appris à se défendre, à ne plus compter sur Dieu pour sauver le urs misérables vies ! Si j’avais moi aussi évité de compter sur Dieu… Des sombres souven irs l’assaillirent. L’être humain était peut-être plus lucide à présent pour ne pas s e laisser berner ? Dans tous les cas, il craignait d’attirer de nouvea u l’attention sur lui. D’être démasqué. Il recula d’un pas, en proie à une grande incertitude. Agir, ne pas agir, là
était son problème. Tu essaies de te convaincre, se moqua sa petite voix. Il grogna. Son attitude, bien que blasphématoire et indigne de l’homme qu’il avait été, n’avait rien d’anormal. Un vampire. Un prédateur. Il n’y était p our rien si la nature, dans sa grande injustice, avait trouvé judicieux de le transformer en monstre. L’air s’infiltra profondément dans ses poumons et b rûla chaque cellule de son corps, éveillant pour de bon le chasseur qui sommeillait, non loin, à la surface. D’un pas paisible et menaçant, Hayden se mit à déam buler dans les quartiers de la ville, son regard se tournant vers la moindre sourc e de bruit signalant la présence… de sa prochaine victime. Les logos des enseignes encore ouvertes l’éblouiren t. Ses yeux avaient grand mal à s’acclimater à ce genre de lumière artificielle, ta nt il était resté dans l’obscurité ces temps-ci. Et le soleil ? Pour le moment, il évitera it à tout prix cette boule de feu aveuglante. Puis, lorsque sa faim serait étanchée e t que son apparence reprendrait une allure correcte, peut-être s’autoriserait-il à fair e quelques balades en plein jour. Mais pour le moment, son estomac criait famine. Trouver une proie s’avéra très facile. Hayden se re ndit dans les endroits les plus fréquentés de la ville, renifla l’air à plusieurs r eprises et sa cible, comme un papillon attiré par la lumière des phares, se jeta littérale ment dans son piège. Éméchée et fatiguée : cette humaine ferait l’affaire. Elle ne lui causerait aucun souci, quand bien même ce genre de proie n’était pas vraim ent son profil type. D’ordinaire, et si la situation le lui permettait, il préférait les prendre par surprise ou bien les faire courir pendant plusieurs heures, les effrayer, les tromper , les charmer. Tous les scénarios étaient envisageables lorsqu’il se sentait d’humeur à jouer… Ce n’était pas le cas cette nuit.Vite fait, bien fait, songea-t-il en plissant les yeux. Une nouvelle brise et il disparut dans l’ombre pour attendre l’instant propice. Hayden observa les alentours, l’oreille aux aguets. Le martèlement grave de la musique couvrirait ses cris. L’endroit était vide. Les portes de l’entrée du club se fermèrent dans un claquement métallique. Il sourit. La jeune femme grogna et, d'une main hasardeuse, se mit à fouiller son sac à la recherche des clés de son véhicule. Quelques réverb ères à l’éclairage faiblard l’aidèrent à y voir un peu plus clair, mais cela ne l’empêchait pas d’avoir peur. Elle releva la tête, surprise par le feulement d’un chat mécontent. Rien d’inquiétant. Pourtant la menace était réelle, aussi réelle que ce genre d e prédateur puisse l’être. — Mince, grogna-t-elle en laissant échapper son tro usseau de clés. Les idées embrouillées par l’alcool, elle se pencha un peu trop vite et se cogna la tête contre le rétroviseur de sa voiture. — Tenez, chantonna une voix dans son dos. Elle fit volte-face et sentit une main puissante gl isser sur sa taille pour l’empêcher de tomber. Un homme, qu’elle n’avait pas remarqué quelques sec ondes plus tôt, lui tendit les clés d’un geste franc. Peu méfiante, elle prit le p orte-clés par la base et le tira doucement, un sourire cajoleur peint sur ses lèvres . Peut-être était-ce le mystérieux séducteur qui lui avait offert un verre ? Elle n’au rait su le dire, l’alcool lui brouillait trop l’esprit pour que sa mémoire fonctionne. Hayden ne lâcha pas le trousseau, une lueur étonnée brillant dans les grands yeux de la fille. Elle tira plus fort. Rien à faire, il ne desserrait pas les doigts. La panique commençait à se lire dans les prunelles embuées de sa proie et lui, il exaltait de pouvoir inspirer en un simple regard au tant de peur chez ces humains lamentables. Le démon qu’il devenait un peu plus ch aque jour possédait un tel
magnétisme qu’aucune femme n’y résistait, même si s a vie ne tenait qu’à un fil. Cela n’avait rien à voir avec une attirance physique, pl utôt une tentation bien trop grande pour que les humains y résistent. Hayden aspirait l a vie pour mieux tuer chaque jour. Tu aimes ça, n’est-ce pas ?il adorait ça. Cependant pour profiter au max  Oui, imum de ce moment où lui seul maîtrisait la situation, i l ne devait penser à rien d’autre. Sinon… Elle tenta une dernière fois de reprendre ses clés, en vain. Au contraire, il noua ses doigts autour des siens et serra assez fort pour en tendre le doux son que produisirent ses os en se brisant. La bouche de sa victime s’ouv rit dans un cri qu’il étouffa à l’aide de son autre main. — Chut, murmura-t-il en couvrant ses sanglots, chut, chut… Il la sentit se débattre et la plaqua violemment co ntre la voiture, avant de faire courir ses lèvres entrouvertes sur sa joue. Ba-boum, ba-bo um, ba-boum, faisait à toute vitesse le cœur de sa victime contre son torse. Ce seul bruit suffit à déclencher sa transformation complète. Il sentit sa mâchoire craq uer, ses crocs s’allonger, ses prunelles s’éclaircir, ses veines saillir sur chaqu e côté de sa mâchoire… Hayden laissa durer le plaisir encore quelques seco ndes, avant de saisir le visage de la jeune femme entre ses mains et de plonger ses yeux anormalement diaphanes dans les siens. Son âme ainsi que ses peurs lui app arurent au grand jour, tel un livre ouvert sur toutes ses craintes et ses souvenirs. L’ humaine émit un cri étouffé tandis qu’il plongeait dans son cou, déchirait la chair et commençait à se nourrir. Enfin. Hélas, son plaisir fut vite interrompu : un bruit r ésonna sur sa droite. Inquiet à l’idée que quelqu’un puisse l’espionner, il retira ses cro cs de la gorge de sa victime, laquelle se laissa glisser jusqu’au sol, à demi-consciente. Hayden plissa les yeux, à la recherche de l’être qu i avait eu l’audace de le déranger. L’entrée du club demeurait déserte. Tout comme le m inuscule parking improvisé qu’était ce trottoir. Hormis lui et sa victime, il n’y avait personne d’autre. Un sourcil s’arqua. D’ailleurs, où était-elle, cell e-là ? — Tu as peur ? lui demanda-t-il en ricanant. Même avec un litre de sang en moins dans les veines , la fille rampait sur le goudron pour le fuir. Hayden se lécha les lèvres avec délectation, puis l es doigts avant de s’adosser contre la voiture, le regard rivé sur cette pauvre et minable humaine qui tentait désespérément de sauver sa vie. Elle lui faisait pe nser à une larve gémissante, chétive et pathétique. Un sourire dédaigneux étira sa bouche ensanglantée. — Quand je marche dans la vallée de l’ombre de la m ort, je ne crains aucun mal, car Tu es avec moi, récita-t-il. Psaume vingt-trois. C’ est peut-être le moment pour toi de prier, non ? L’endroit n’était pas assez tranquille pour qu’il s ’éternise plus longtemps. Quelqu’un pourrait le reconnaître, ou pire, le dénoncer. D’un geste rapide, il la rattrapa, la redressa et lui releva le menton, prêt à la vider de son san g en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, quand elle brandit son poing pour essayer de le frapper. Cela aurait dû l’amuser, le faire rire, ou bien l’e xciter davantage. Un peu de résistance pimentait toujours la chasse. Au lieu de quoi, une profonde colère s’éveilla en lui. Sa façon de le dévisager, avec tant de mépr is, de haine, était tout bonnement insupportable. Même à deux doigts de la mort, une l ueur de défi étincelait dans ses prunelles. Une flopée de souvenirs lui revint en mé moire. Sa colère enfla, emplit tout son être au point de le faire exploser de l’intérie ur. Ce regard lui était trop familier… Une phrase, prononcée par une personne de son passé qu’ il désirait oublier, résonna en
lui : « Confesse-donc tes pêchés, Hayden, tu ne peu x nier que tu es un monstre ». Haletant, ses lèvres retroussées sur des dents parfaitement aiguisées, il gronda. — Eh bien ! le nargua la fille entre deux sanglots. Tu attends quoi pour m’achever, espèce de monstre ! Elle tenait à peine sur ses jambes, pourtant les tr aits de son visage dégageaient une certaine assurance. Elle ouvrit la bouche pour appe ler à l’aide. Mais pas assez vite. Emporté par sa colère, Hayden lui assena un violent coup du revers de la main. Il y eut un « crac » et, telle une marionnette à qui on aurait retiré ses ficelles, la fille s’effondra sur le sol dans un bruit sourd. Les narines frémissantes, les mâchoires serrées, il se passa la main dans ses cheveux. Plusieurs minutes s’écoulèrent. Un klaxon hurla au loin. La musique du club résonnait dans tout le quartier. Non, non ! Hayden se massa les tempes. Plusieurs images assaillaient son esprit. N’y pense pas ! Pas de remords ! C’est bien ce qui était convenu, non ? Il lui fallut attendre encore un peu avant de retro uver sa sérénité. Ses émotions, comme balayées par le vent, disparurent aussi vite qu’elles étaient apparues. Pas de haine, pas de peine, aucune culpabilité. La tête pe nchée sur un côté, il s’essuya la bouche et les mains sur les vêtements de sa victime avant de pousser un soupir las. Un seul problème se posait, maintenant : qu’allait- il faire du cadavre ? Ou allait-il le mettre pour que personne, pas même ceux de sa race, ne le trouve ? Perdu dans ses pensées, un nouveau bruit résonna. S urpris, et légèrement anxieux, Hayden chercha l’ombre d’une silhouette aux alentou rs. Rien ! Alors, d’où venait cette sensation que quelqu’un l’épiait ? Avec lenteur, se s yeux glissèrent le long d’un immeuble, atteignirent son toit… et n’y virent que le vide sous un fond étoilé.
CHAPITRE 1
Leregard perdu dans le vague, elle songeait au mot li berté et l’écrivait en gros sur son cahier de maths. Comment pouvait-elle l’atteind re ? En n’obéissant pas aux ordres de ses parents pour ressentir ce sentiment de rébel lion ? En fuyant les cours ? En buvant ? Elle avait testé assez souvent la troisièm e option sans obtenir de grand résultat. Non, il lui semblait que la seule manière d’obtenir ce qu’elle désirait par-dessus tout aurait été de changer de vie. Katerina Gordon rejeta sa tête en arrière et alluma le moteur de sa voiture. Les cours n’allaient pas tarder à commencer et ce n’était pas en rêvassant assise derrière le volant qu’elle allait parvenir à s’y rendre.  Le vent souleva sa chevelure, fouetta son visage et l’agaça au point de la faire grincer des dents à chaque rafale. Elle referma la fenêtre et éteignit la radio. Des lunettes panoramiques sur le nez, elle regrettait a mèrement d’avoir trop bu la veille au soir. Sur le coup, ça lui avait semblé être la meil leure idée pour se décontracter. À présent, la seule idée d’avaler une goutte d’alcool ne faisait qu’accentuer son envie de vomir. Sa langue avait un goût âpre et son visage s emblait plus terne que frais et léger. Perdue dans ses pensées, la jeune femme imagina un monde où sa famille n’en ferait pas partie. Non pas qu’elle soit particulièr ement malheureuse avec eux. Cependant ce sentiment d’être nulle part à sa place grandissait. Et elle était même peut-être cinglée de penser de la sorte. Après tout , ne disait-on pas que seuls les vrais fous ne savent pas reconnaître qu’ils le sont ? Ell e ne devait l’être qu’à moitié, sûrement. Malgré ses lunettes, les rayons du soleil lui vrill aient les rétines. La fraîcheur matinale lui donna des frissons, ses paupières se p lissèrent. La journée promettait d’être rude et longue, comme toujours lorsqu’il s’a gissait d’affronter cet endroit que l’on réservait à l’éducation d’adolescents. Son sac à ba ndoulière sur l’épaule, Katerina ferma sa voiture à clé et s’engagea sur l’allée de platanes devançant le bâtiment central du lycée de Breath Town. Elle leva les yeux vers une banderole, laquelle annonçait une animation avec plusieurs groupes de l a région. Les lèvres de la jeune femme s’étirèrent en un sourire rêveur. C’était justement son petit ami et le groupe de ce dernier qui animeraient le début de cette soirée auParadiserien de, le snack-bar en vogue de la ville. Cela n’aurait grandiose ou de mémorable, mais Katerina pourrait a u moins profiter un peu de son temps libre. Et ce bar portait si bien son nom ! Un paradis pour jeunes coincés dans une ville décidément trop calme. Tu te voiles la fa ce, songea-t-elle néanmoins en se mordant l’intérieur de la joue, faire la fête, pren dre des risques : ce n’est qu’une façon comme une autre de mettre un terme à… Elle soupira et préféra faire le vide dans son esprit. Ou du moins, essayer. À l’intérieur, une foule de lycéens se pressait le long des couloirs. Son entrée passa inaperçue, comme d’habitude. Aucun visage ne se tou rna dans sa direction, pas de regards curieux, ni de murmures sur son passage. En trée parfaite quand votre popularité s’avérait quasi inexistante, ce qui ne g ênait en rien Katerina. Le lycée était un endroit trop chaotique pour qu’elle daigne voulo ir s’y intégrer, ou même s’y intéresser. Première destination de la matinée : les toilettes. Ses bottines en daim claquant sur le sol, l’adolescente traversa le lycée sans retire r ses lunettes. Heureusement, l’endroit était vide. Déposant son sa c sur le rebord de l’évier, ses
lunettes calées sur le haut de sa tête, elle observa son reflet dans le miroir, une mine maussade étirant ses traits vers le bas. D’accord, il y avait mieux. Ses longs cheveux bruns tombaient sur sa veste en c uir marron, ses yeux gris en amande étaient gonflés à cause de la fatigue, et se s lèvres paraissaient plus pâles que d’ordinaire. Elle grimaça en touchant son oreille, laquelle était trouée de quelques anneaux en argent. Adam les lui avait faits il y a seulement un mois, à cause d’une stupide histoire de pari perdu : calculer la durabi lité d’un couple n’était vraiment pas son fort… Et elle le payait aujourd’hui avec une légère infection. Sa main dans l’une des poches de son sac, Katerina sortit son matériel de maquillage et commença l’opération « camouflage ». Hélas, elle ne parvint pas complètement à effacer sa mine morose, ni son teint blanc-cadavre. Même un mort aurait l’air plus en vie que toi ! Ses pommettes ressortaient un peu trop sur son visa ge et le khôl ne faisait qu’accentuer sa peau blafarde. Déçue, elle se passa un peu d’eau sur les joues et posa ses deux mains sur le rebord de l’évier. Son estoma c lui donnait l’impression de faire des bonds dans son ventre, faisant trembler le bout de ses doigts. Katerina souffla pour essayer de calmer sa nausée. Une journée, ce n’était rien. Elle pouvait tenir. Elle lissa avec le plat de la main son chemisier no ir, boutonna le revers de ses manches, remonta son jean et soudain, se retourna. Quelque chose venait de passer dans son dos. Une ombre à peine distincte. Ses yeux gris s’arrêtèrent sur les portes ouvertes des cabines vides. Personne. Elle soupira, honteuse d’avoir paniqué si facilement. Pe ndant un instant, il lui avait semblé avoir vu une silhouette à moitié cachée derrière so n dos. Du calme, ce n’est pas le moment de flancher. Après une nouvelle inspiration, Katerina sortit, ma is à peine franchissait-elle le seuil qu’un soupir désapprobateur l’obligea à se crisper. — Kate, tu as vu ta tête… Qu’est-ce que tu as fait hier soir pour te mettre dans cet état ? Adam, le rabat-joie professionnel et aussi son meil leur et unique ami. Que discernait-il d’intéressant chez elle que les autres élèves de ce lycée ne puissent voir ? Mystère. Peut-être trouvait-il ça distrayant de se promener avec la fille la plus étrange de tous ? En plus d’être considérée comme une fille dérangée, Katerina effrayait les lycéens à cause de son allure. La plupart des gens la trouvai t trop âgée physiquement pour faire partie d’une classe de dernière année, et c’était a vec le même air blasé qu’elle leur confirmait à chaque fois n’avoir que dix-sept ans. Elle rabattit ses lunettes sur son nez, peu désireu se de répondre honnêtement à cette question. — Une partie de Scrabble, mentit-elle, moqueuse. C’ est très épuisant, tu sais, de regarder des lettres, de chercher des mots, de les vérifier dans le dictionnaire. — Ah oui ? C’était quel genre de mot que tu chercha is à écrire ? Sexe et alcool ? Il y eut un instant de silence avant que le jeune h omme ne pouffe de rire et ne lui donne une tape sur l’épaule. Son comportement désin téressé et quelque peu puéril ne l’étonnait plus désormais. Son amie était faite ain si, et on ne pouvait que la détester ou la soutenir… Un soutien que lui fournissait Adam de puis leur première année au lycée, sans savoir vraiment ce qui les avait rapprochés. L eur amitié relevait sans doute d’un même caractère rebelle, du désir de ne pas vouloir ressembler à la masse, au troupeau d’élèves qui s’agitait autour d’eux. Le cas classiq ue de rébellion adolescente et de recherche de soi, en fin de compte, comme le disait parfois Adam quand il affirmait se