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Le violon enchanté

De
133 pages
Chez les comtes de Morvanbellière, le piano est une tradition. Alain et Florence de Morvanbellière, couple de pianistes de renommée internationale, mènent une carrière en duo. Ils ont deux enfants. Le cadet, Xavier, suit leurs traces ; mais l’aîné, Ghislain, complexé par la notoriété de ses parents, s’y refuse catégoriquement.
Comment, malgré l’opposition de son père, Ghislain parviendra-t-il à devenir l’un des plus grands violonistes de son siècle ?
Quel lien va réunir cette famille de musiciens à celle du célèbre architecte Mallervillier, dont le fils de quinze ans, Olivier, est en constante révolte ?
Pour aider son fils dans ses études, l’architecte embauche Christophe de Rocmaignan, étudiant en Master 2 de mathématiques, diplômé du CNSM de Paris « classe piano ». Réussira-t-il à transformer Olivier et à ramener l’esprit de famille au sein des Mallervillier ?
C’est au cours d’un voyage en Europe, à Salzbourg, patrie de Mozart, puis à Vienne, capitale autrichienne de la musique, et jusqu’à Guérande, à la collégiale Saint-Aubin, que tous ces personnages redonneront un sens à leur vie, tout en nous faisant découvrir ces lieux mythiques de la musique classique.
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l’imagination de l’auteur et toute ressemblance avec des personnes vivantes ou ayant existé
serait pure coïncidence.
Consultez notre site internet

© Éditions Amalthée, 2016

Pour tout contact  :
Éditions Amalthée – 2 rue Crucy – 44005 Nantes Cedex 1
www.editions-amalthee.comCHAPITRE 1
Un faible soleil d’hiver éclaire l’or des reliures des livres anciens qui recouvrent l’un
des murs du bureau de Monsieur Mallervillier. La pièce est entièrement tapissée de
bibliothèques à l’exception, du mur comprenant les deux baies vitrées, donnant sur le
Panthéon. Entre ces deux fenêtres, deux somptueuses aquarelles en complètent le
décor. L’une représente un port français où sont ancrées deux magnifiques goélettes du
eXVIII siècle avec leurs gréements, semblant sur le point d’appareiller. L’autre est une
marine.
Les boiseries en merisier, dont la couleur miel foncé, leur donne cette chaleur
spécifique au bois, en adoucissent la sévérité. Seule, la bibliothèque située derrière son
bureau est remplie d’éditions anciennes et rares. Les autres sont constituées de divers
ouvrages plus récents de littérature et d’histoire. Monsieur Mallervillier est non seulement
un bibliophile passionné, car il se tient au courant de toutes les ventes susceptibles
d’enrichir sa collection, mais c’est également un très grand lecteur. Il ne se contente pas
d’accumuler les livres, il les lit. Car s’il aime contempler ses livres précieux, il les parcourt
également, bien que leur lecture en soit plus ardue, beaucoup étant rédigés en vieux
français, quand ce n’est pas en latin. Il apprécie la douceur du contact du cuir des
reliures. Mais d’un autre côté, il aime à répéter que le contenu d’un livre est plus
important que son contenant. Ce qui n’a rien de contradictoire. L’on peut aimer s’entourer
de belles choses, si l’on en a les moyens.
C’est ainsi que son bureau est de style Louis XV en placage de bois de violette. Il
ouvre à cinq tiroirs et repose sur des pieds galbés agrémentés de motifs en bronze. C’est
de cette façon que le décrirait un catalogue d’antiquaire. Le cuir, qui le recouvre, usé et
râpé par endroits, indique que ce meuble n’a pas seulement un but décoratif, mais que
l’on y travaille. Il porte l’estampille de l’ébéniste François Linke (1910) qui fut l’un des
grands artistes de son époque. N’a-t-il pas créé ses propres ateliers en 1881, rue du
faubourg Saint-Antoine. L’origine de ce quartier remonte aux abbesses de
Saint-Antoinedes-Champs, qui ont su s’entourer d’artisans du bois, pour la rénovation de leur abbaye,
et dont la notoriété va peu à peu s’étendre, de telle sorte que des artistes du bois
étrangers viendront s’y établir, créant ainsi ces familles d’ébénistes et qui donnera à ce
quartier son renom. Deux lampes bouillottes en bronze doré et vernissé, avec leur
abatjour réglable en hauteur de couleur verte avec un décor de feuilles de lauriers et liseré
dorés, l’ornent. Les bougies sont évidemment alimentées par des ampoules électriques.
Il est encombré par une pile de dossiers et de livres en tout genre. Monsieur Mallervillier
en est très fier. Un fauteuil, également de style Louis XV, en hêtre massif recouvert de
satin jaune d’or semi-brillant, parsemé de couronnes et de rayures, accompagne le
bureau. Au sol un tapis d’orient en cachemire et soie naturelle beige et marine dit « Aux
Oiseaux » recouvre un parquet qui, en dépit d’un entretien consciencieux à l’encaustique,
accuse son âge.
Devant la cheminée encastrée entre les bibliothèques, se trouvent deux confortables
fauteuils de style anglais, un peu anachroniques par rapport au reste du mobilier, mais
dans lesquels l’on se sent si bien pour lire et se détendre. Cette pièce est l’endroit
préféré de l’architecte. Il y travaille et s’y réfugie dès qu’il le peut.
Pour l’heure, assis derrière son bureau, il contemple atterré le bulletin scolaire de son
fils. Les notes sont catastrophiques. En fait, il n’a jamais été aussi mauvais. Que dire, et
que faire  ? Il sait que leur façon de l’élever et la conséquence de ce dérapage scolaire.
Trop de latitude, trop d’argent. Il se rend compte que son fils est le plus souvent seul, du
fait de ses fréquentes absences ainsi que de celles de sa femme. Trop accaparés par
leur carrière respective, Olivier a trop de liberté. Il n’est pas méchant, ne fait pas de
grosses bêtises, mais sa conduite laisse de plus en plus à désirer. À certains moments, il
fait d’ailleurs preuve d’insolence, ce qui est nouveau. Mais il le reconnaît, il est trop livréà lui-même, n’ayant la plupart du temps de contact qu’avec le majordome Raymond et sa
femme Roseline qui dirigent la maison de main de maître. Sans oublier la cuisinière
Prudence, aux petits soins pour Olivier, qu’elle a tendance à considérer comme son fils
car, évidemment, elle est d’une indulgence sans borne avec lui. À tel point, qu’Olivier ne
tolère de critiques ou de réprimandes que d’elle seule. Mais naturellement ses pouvoirs,
en ce qui le concerne, sont limités.
Très intelligent, ayant de grandes facilités pour apprendre et retenir, il est d’une
paresse épouvantable, pour tout ce qui demande effort et discipline. À croire qu’il fait tout
pour pousser ses parents à bout, en ne pensant qu’à s’amuser avec les derniers de sa
classe, évidemment, eux-mêmes fils de parents très aisés. Monsieur Mallervillier se rend
très bien compte que sa femme et lui-même, ne sont pas assez présents. Madame
Valérie Mallervillier née en 1937 a quarante-trois ans. Docteur en pharmacie et agrégée
de chimie, elle dirige un laboratoire de recherches en cosmétologie de renommée
internationale. Partie tôt le matin, rentrée tard le soir, de plus, elle assiste souvent à des
conférences et participe à des congrès dans le monde entier. Très bonne musicienne,
diplômée du Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris (CNSM) c’est une
pianiste reconnue du monde musical. Mais elle a abandonné les concerts pour se
consacrer à son métier. Elle garde toutefois le contact avec le monde musical et continue
de jouer du piano pour son plaisir, lorsque son métier lui en laisse le loisir, ou à
l’occasion de galas de charité, notamment pour les enfants.
Lui-même, architecte réputé, né en 1935, de deux ans plus âgé que sa femme, ayant
une carrière internationale, à l’origine de l’édification de nombreux monuments dans les
plus grandes villes du globe, par conséquent également très souvent absent, car il se
déplace, évidemment dans le monde entier, afin d’honorer ses engagements et surveiller
la bonne exécution de ses œuvres. S’il est très strict en ce qui concerne l’éducation, ne
tolérant pas l’indiscipline et encore moins la paresse, sa femme, de caractère plus
accommodant, est beaucoup plus laxiste vis-à-vis de son fils. Très absorbée par son
métier, elle ne veut pas paraître sévère lorsqu’elle se trouve en sa présence. Résultat
c’est la catastrophe.
De plus, il s’est rendu compte, que depuis quelque temps, Olivier s’est mis à fumer. De
prime abord, il n’y verrait pas d’inconvénient majeur, à condition que cela reste dans le
cadre du raisonnable, mais il le trouve, quand même, un peu jeune. Cependant,
luimême n’en a-t-il pas fait autant  ?
Alors que faire  ? Que décider  ? Les vacances de la Toussaint se profilent à l’horizon.
Quant à celles de Noël, comme chaque année, ils doivent se rendre dans la maison
familiale en Bretagne, qui est le lieu de rendez-vous de toute la famille, les cousins et
cousines y mettant une folle ambiance. C’est un typique manoir en granit breton, datant
ede la fin du XVIII siècle, donnant, d’un côté sur la pointe de la baie, à l’entrée de la côte
sauvage. Bien que situées en élévation, un rempart protège les villas environnantes de
l’assaut des vagues, car à marée haute, la mer vient se fracasser, avec violence, contre
les rochers situés en contrebas. Le manoir a un accès direct à la crique à marée basse
par un escalier privé, taillé à même le roc et qui s’ouvre par une porte habituellement
verrouillée, percée dans l’épaisseur des remparts. L’autre façade, constituant l’entrée
principale avec son double perron, donne sur le petit parc très boisé de la station. Le
manoir, à la toiture d’ardoises bleues, est flanqué, de part et d’autre, de deux tourelles à
clochetons, conférant à l’ensemble, l’allure d’un petit château. C’est dans l’une de ces
tourelles, que se trouve au premier étage la chambre d’Olivier, où étant enfant, il rêvait
en s’inventant des histoires de chevaliers ou de corsaires, dont il était le héros principal,
cela va de soi. La petite plage, encadrée par les rochers, constitue le site typique des
côtes sauvages bretonnes.
Monsieur Mallervillier se leva en soupirant. Cette situation ne peut plus durer. Se
dirigeant vers le salon, il rejoignit sa femme. Noël est une période au cours de laquelle ils
arrivent à faire coïncider dix jours de vacances ensemble. Dix jours pendant lesquels, ilspeuvent essayer de reconstituer un semblant de vie familiale. Dix jours où ils tentent de
rattraper le temps perdu. Mais ce n’est pas évident, car chacun a pris, pratiquement, des
habitudes de célibataires qu’il faut apprendre à concilier.
L’architecte est fier de son appartement. Avec sa femme et un ami décorateur, ils ont
pensé aux moindres détails de l’ameublement. Outre son bureau-bibliothèque, son salon
de belles proportions, aux murs de couleur crème, allie raffinement et confort, à une
grande clarté. Deux portes fenêtres, donnant sur un balcon dont la balustrade est une
emerveille de la ferronnerie du XIX siècle, s’ouvrent directement sur la place du
Panthéon. Une console en bois de merisier, comprenant un tiroir et son dessus de
marbre encastré dans une alaise moulurée, repose sur de jolis pieds finement sculptés et
tout autour du plateau, une ceinture ouvragée de sculptures. Une potiche à une anse de
style renaissance de la couleur « Fond Bleu » de la célèbre faïencerie de Gien la décore.
Deux portes s’ouvrent sur le salon, face aux fenêtres. Entre elles, une petite table en
marqueterie, supportant une splendide chaîne hi-fi, seule concession au modernisme. À
droite, une grande cheminée de marbre blanc, surmontée de sa grande glace biseautée
dont le trumeau ancien de style Louis XV est en bois doré sculpté d’un décor de coquilles
et de fleurs. Devant la cheminée, une table de jeux de forme carrée, également de style
Louis XV en marqueterie de bois de rose à motifs cubiques, a un tiroir. Le dessus fait
apparaître un échiquier réversible en damier et un tapis de jeux de cartes. Un
chefed’œuvre de l’ingéniosité des ébénistes du XVIII siècle. Elle est entourée de quatre
chaises de même époque. Face à la cheminée, de l’autre côté de la pièce, un canapé
deux places et deux bergères style restauration en bois de hêtre massif, entourent un
guéridon, pendant de la console. Au mur, au-dessus du canapé, une splendide tapisserie
« À la Chasse Royale » au temps du Moyen-Âge, encadrée par deux tableaux
représentant des chasses à courre. Et enfin, à la gauche du canapé, dans l’angle, un
piano demi-queue et son tabouret devant lequel, Madame Mallervillier aime jouer et se
détendre. Tous les sièges sont recouverts d’un tissu soyeux vert empire semi-brillant,
parsemé de vases et de rayures. Les doubles-rideaux sont également du même tissu.
Sur le parquet, trois tapis d’Orient aux motifs beige et vert amande. Ce salon est un
chefd’œuvre d’harmonie en dépit du mélange des styles.
Madame Mallervillier est assise sur le canapé, feuilletant une revue en buvant son
café. À l’entrée de son mari, elle lui sourit, mais son visage perdit sa sérénité en voyant
son expression fermée et sévère.
— Qu’y-a-t-il mon ami  ? Tu as l’air contrarié  ? Veux-tu une tasse de café  ?
— Je veux bien. Mais il va falloir que nous parlions sérieusement au sujet d’Olivier.
Son livret scolaire est épouvantable. Si cela continue ainsi, il ne passera jamais en
première et même, plus grave, je me demande si Henri IV (H4 ou HIV dénomination
courante du lycée Henri IV par les professeurs et les lycéens) acceptera de le garder.
— Est-ce à ce point  ?
— Et encore, je suis en-dessous de la vérité. Il ne travaille plus du tout. À mon avis, il
fait seulement acte de présence au lycée. Le reste du temps, il doit traîner avec sa bande
au jardin du Luxembourg ou je ne sais où  ? Jusqu’à présent je me suis contenté de me
mettre en colère, de le menacer de sanctions à chaque bulletin, mais cela n’a servi à
rien, du fait que je n’ai pas mis mes menaces à exécution. Il se dit que c’est un mauvais
moment à passer, puis que nous n’en parlerons plus, jusqu’à la prochaîne fois. D’autre
part je suis étonné que nous n’ayons pas, encore, été contactés par le Proviseur. Cela ne
saurait tarder.
Après être resté, quelques minutes, silencieux à siroter son café, il se tourna vers sa
femme.
— Je ne vois qu’une solution   : supprimer les fêtes de Noël. Nous n’irons pas en
Bretagne cette année. La famille sera déçue, je le sais. Mais il faut marquer un grand
coup, sinon je ne vois pas ce qui changera. D’autre part, à la fin de la semaine ce sontles vacances de la Toussaint. Je vais l’inscrire dans un cours de rattrapage scolaire. Il
n’a pas voulu travailler, il le fera de gré ou de force pendant les vacances.
— Ne crois-tu pas que cette solution ne soit par trop radicale  ? Il est jeune et…
— Non   ! Excuse-moi de t’interrompre, mais nous avons trop longtemps fait preuve
d’indulgence. Il est temps de réagir. C’est pour son bien  ! Désolé, mais je ne reviendrai
pas sur ma décision. Nous passerons Noël ici  ! D’autre part, j’ai l’intention à la rentrée,
d’engager un étudiant, pour qu’il vienne deux ou trois fois par semaine, contrôler son
travail et le faire réviser.
— Ne crains-tu pas qu’il ne se sente humilié   ? Nous avons l’air de le considérer
comme un gamin.
— Je ne vois pas pourquoi   ? Pour moi, il se comporte comme un gamin irréfléchi,
irresponsable. De toute façon, ce sera le seul moyen d’éviter qu’il ne recommence, une
fois la reprise des cours. Nous ne sommes pas assez présents. Pour cela aussi, nous
devrions essayer d’être plus souvent à la maison. Nous devons agir ensemble. Montrer
que nous sommes d’accord, que tous les deux, nous avons pris cette résolution, après
en avoir discuté.
— Très bien. J’approuve ta décision.
— Je vais lui faire part de tout ceci, immédiatement.
— Ne sois pas trop dur avec lui.
— Ne crains rien  ! Un sermon n’a jamais fait de mal à personne. Je crois qu’il va être
surpris par notre soudaine sévérité.

Il observe son fils en silence. Olivier a quinze ans. Il est en seconde moderne à H4.
Grand pour son âge, des cheveux châtains, un peu trop longs au goût de son père,
habillé de façon décontractée, de grands yeux noisette, c’est un sportif, car comme la
plupart des garçons, il aime le football et excelle au tennis. Classé, il fait partie de
l’équipe junior de tennis du lycée et dispute des tournois. Par conséquent, il est capable
de se surpasser et de faire des efforts quand il le veut.
Le garçon, un peu pâle, sait qu’il va passer un mauvais quart d’heure. Il contemple ses
chaussures, en essayant de prendre un air détaché. Mais son inquiétude n’en demeure
pas moins vive. Ses cheveux lui retombant sur le visage, cachent de ce fait, son
expression à son père. Ce dernier ne peut empêcher un sentiment de pitié le dominer. En
fait, il a horreur de le tancer. Mais il a l’impression de se trouver en face d’un étranger. Il
ne sait par quel côté le prendre. Il voudrait communiquer avec lui, discuter avec lui,
échanger des idées, avoir une activité avec lui. Au lieu de cela, chaque fois qu’il doit lui
parler, c’est pour l’admonester, le punir. Aujourd’hui, encore, il va en être de même, et
cette fois, il va devoir sévir, et surtout, mettre ses menaces à exécution. Or il déteste ce
rôle.
— Je suppose que tu es fier de toi  ? Que tu sais pour quelle raison, je t’ai demandé de
venir  ?
Devant le silence buté du garçon, il soupira.
— Bien entendu, tu te moques de ce que nous pourrions te dire. Tu penses que c’est
un mauvais moment à passer et qu’ensuite tout rentrera dans l’ordre, que de nouveau, tu
pourras n’en faire qu’à ta guise. Eh bien, mon garçon, tu te trompes. L’indulgence, se
mettre en colère, tout cela est terminé. Voilà ce que nous avons décidé avec ta maman.
1°/ Cette année nous ne partirons pas pour la Bretagne. Par conséquent pas de Noël
en famille, avec les cousins, pas de cadeau  ! Nous resterons tous les trois ici  !
2°/ Pour ces vacances de la Toussaint, je vais t’inscrire dans un cours de rattrapage.
Tous les jours, de neuf heures à seize heures, tu devras travailler, afin d’essayer de te
remettre à niveau. Tu ne rentreras pas à midi, tu resteras déjeuner à la cantine.
3°/ Plus d’argent de poche. Tu n’auras droit qu’à une petite somme, qui te paraîtra
ridicule par rapport à celle dont tu disposais jusqu’à présent. As-tu quelque chose à
ajouter  ?Très pâle, Olivier secoua négativement la tête. La relevant, il jeta à son père un regard
rageur. Ne pouvant exprimer ouvertement sa colère, face à son père, qu’il craint malgré
tout, il serra les poings. Sa mâchoire contractée, laissait deviner dans quel état d’esprit il
se trouvait.
— Puis-je retourner dans ma chambre  ?
Avec lassitude et après avoir laissé échapper un soupir, son père lui donna son
accord.
Le garçon tourna brusquement les talons et sortit en claquant la porte. Arrivé dans sa
chambre, dans laquelle il s’enferma, il laissa exploser sa rage et la passa sur son
mobilier et ses affaires.CHAPITRE 2
Constatant l’inanité de ses débordements, comprenant que cette fois-ci son père ne
céderait pas, voyant que contrairement à son habitude, sa mère ne le soutenait pas,
étonnamment Olivier fit contre mauvaise fortune, bon cœur. Son père, effectivement, a
mis sa menace à exécution. Il lui a coupé son argent de poche et cela jusqu’au prochain
bulletin. À ce moment-là, il réexaminera sa décision. Devra-t-il prolonger cette
expérience, ou l’adoucir, sans toutefois l’annuler   ? Tout dépendra de ses notes. Pas
question d’emprunter de l’argent auprès du personnel et notamment à Prudence, dont on
connaît l’indulgence vis-à-vis d’Olivier. Après avoir boudé, renâclé, il s’aperçut, qu’à ces
cours de rattrapage, en fin de compte, il ne s’ennuyait pas. Ils étaient dispensés par de
jeunes étudiants de l’École Centrale ou de la Sorbonne. Ils étaient intéressants à écouter,
mais le niveau des enseignants le mettait mal à l’aise, car il se rendait compte, qu’à
peine plus âgés que lui, leurs connaissances étaient impressionnantes. En fait,
paradoxalement, il commençait à avoir honte de lui. Il avait jeté un coup d’œil aux autres
élèves, tous de son âge, qui devaient, comme lui, compenser ce qu’ils n’avaient pas
étudié depuis la rentrée de septembre. Par conséquent, il se mit à écouter aux cours et
se rendant compte que ce qui s’y disait, était utile et lui permettait de ne pas s’ennuyer, il
se mit à travailler chez lui, les devoirs qu’on lui donnait. Ses parents, qui étaient en
vacances, ayant la possibilité, de ce fait, de l’observer, se montrèrent étonnés et
satisfaits de ce revirement. Mais pourvu qu’une fois la rentrée effectuée, ces bonnes
résolutions perdurent et ne soient pas qu’un feu de paille. Qu’elles résistent aux
mauvaises habitudes prises avec ses camarades, celles-ci revenant automatiquement.
« Chassez le naturel, il revient au galop  ! » selon le dicton.
Mais ce qu’il n’avait pas prévu, ce fut la défection de ses amis. N’ayant plus autant
d’argent à sa disposition, qu’une petite somme dérisoire par rapport à ce dont il
bénéficiait auparavant, il fut contraint de limiter ses sorties. Ses amis, voyant cela, se
détournèrent plus ou moins de lui. Ce qui lui démontra le peu de solidité et de sincérité
de leur amitié. Pas d’argent, pas d’intérêt pour sa personne  !

Attablé à la terrasse couverte et chauffée d’un café, place Saint Sulpice, un grand
garçon contemple la belle fontaine située en son centre et qu’un beau mais faible soleil
de Novembre éclaire. Il fait un temps splendide, mais frais. Tout en buvant son café, il ne
peut s’empêcher de l’admirer. C’est vrai qu’elle est magnifique cette fontaine, érigée et
terminée en 1848 par l’architecte Louis Visconti et qui comprend deux bassins. En son
milieu s’élève un monticule massif de base carrée, dont chaque face abrite une niche, où
se trouvent les statues d’évêques assis. Ces évêques furent des orateurs remarqués à
l’époque de Louis XIV. Il s’agit de Bossuet, évêque de Meaux, de Fénelon, évêque de
Cambrai, de Fléchier évêque de Lavaur et Nîmes et de Massillon évêque de
ClermontFerrand. Le deuxième bassin est décoré de quatre lions qui tiennent entre leurs pattes
les armoiries de Paris. Il aime se documenter sur les lieux symboliques de Paris, chaque
fois que cela lui est possible. Il apprend tout ce qu’il peut sur le site qu’il visite. Lorsqu’il
se promenait avec sa tante, celle-ci lui disait qu’il devait toujours lire le nom des rues qu’il
parcourait, afin de connaître le personnage que l’on avait ainsi honoré. De même, il
devait admirer les façades remarquables d’immeubles anciens, ornées de caryatides, de
balcons en fer forgé et même quelquefois, de plaques commémoratives, à l’instar d’une
maison rue d’Auteuil dans le seizième arrondissement, près de l’Église Notre Dame
d’Auteuil, qui porte une plaque indiquant, « Qu’ici s’élevait une maison de campagne
habitée par Molière… »
Mais trêve de rêverie. Il n’a pas le temps. Les soucis reviennent vite l’angoisser. Il lui
faut absolument trouver un travail, s’il veut avoir la possibilité de poursuivre ses études.
Christophe de Rocmaignan, c’est son nom, se replonge, un moment dans son courtChristophe de Rocmaignan, c’est son nom, se replonge, un moment dans son court
passé. Vingt-deux ans, né en 1958 à Paris de parents enseignants, son père était
professeur de mathématiques et sa mère institutrice. Brun, longiligne, confinant à la
maigreur, un visage très fin, des yeux d’un bleu tirant sur le violet, c’est un garçon très
doux, patient, mais d’une grande force de caractère. Alors qu’il avait sept ans, ses
parents effectuèrent un voyage en Australie, invités par son oncle paternel. À l’occasion
de ce voyage et pour toute sa durée, il avait été confié à sa tante Rosamonde, la sœur
de sa mère, secrétaire de direction dans une grande compagnie d’assurances, vivant,
elle également, à Paris. Il ne devait jamais revoir ses parents, ces derniers n’ayant pas
survécu à un terrible accident d’avion. Ce fut donc sa tante, qui obtint, tout naturellement,
sa tutelle. Elle décédera, malheureusement, brutalement d’une crise cardiaque, l’année
de l’obtention de son baccalauréat. Il avait dix-sept ans. Il dut quitter le bel appartement
que sa tante louait à Paris, et c’est un vague cousin, ayant accepté sa tutelle jusqu’à sa
majorité, mais peu disposé à s’encombrer de sa personne, qui lui louera une chambre de
bonne, rue d’Assas. Boursier, ayant hérité de sa famille et de sa tante, juste de quoi vivre
chichement, s’il veut poursuivre ses études, il doit travailler pour les payer, car ses
ressources ne lui permettent que d’acquitter le loyer de sa minuscule chambre sous les
toits et ses frais universitaires. Ce qui lui reste, suffit à peine à le nourrir, et encore, en ne
faisant qu’un repas par jour et à se payer, de temps en temps, le luxe d’un café et du
journal dont il épluche soigneusement les petites annonces.
C’est la raison pour laquelle, il se trouve aujourd’hui attablé dans ce café place Saint
Sulpice. Il relit consciencieusement l’annonce que Monsieur Mallervillier a fait placarder,
dans plusieurs facultés et grandes écoles de Paris.
« Cherche étudiant, sérieux, pour donner des cours de mathématiques à un lycéen de
quinze ans en seconde, et accessoirement l’aider dans ses études à raison de deux ou
trois soirées par semaine, selon possibilités. Bonne rémunération. Références exigées. »
Suit un numéro de téléphone.
Incrédule, car cela correspond exactement à ce qu’il cherche, pas de doute il doit
tenter sa chance. Après avoir réglé sa consommation, il se leva à la recherche d’une
cabine téléphonique. Il sourit, car l’adresse qui lui a été communiquée est proche, il peut
s’y rendre à pied. De plus, n’ayant pas de cours ce matin, il lui a été aisé d’accepter de
rencontrer l’auteur de l’annonce immédiatement. Il s’y rend en priant le ciel que l’entretien
soit positif.
C’est le majordome qui répondit à son coup de sonnette et qui l’introduisit dans le
bureau-bibliothèque. Il a dû recevoir des ordres en conséquence. Monsieur Mallervillier
se leva pour accueillir son visiteur. Il le dévisagea discrètement, tout en lui souriant et en
lui désignant le fauteuil face à son bureau. Christophe, un moment impressionné par le
luxe de l’immeuble et de l’appartement, reprit rapidement ses esprits, en se rendant
compte que son hôte lui parlait. C’est avec un léger sourire, car il comprend l’effet que
son habitation a produit sur son visiteur, qu’il réitéra sa question.
— Parlez-moi un peu de vous, de votre famille, de vos études et pour quelles raisons,
quoique je m’en doute, vous avez répondu à mon annonce.
Après un bref résumé de sa situation familiale, il lui donna des précisions sur ses
études.
— Après avoir passé avec mention « Très bien » mon baccalauréat section
scientifique, je me suis inscrit en classes préparatoires. Puis après trois ans d’études j’ai
obtenu une licence mention mathématiques. Actuellement je suis en deuxième et
dernière année de Master mathématiques. Si j’obtiens mon Master2, mon ambition serait
la préparation en trois ans de mon Doctorat afin de soutenir ma thèse. Mais
malheureusement, je crains bien que tout cela ne soit que du domaine des rêves, car en
dépit de ma bourse et du petit héritage familial, je n’en ai pas les moyens. En attendant,
mon objectif est l’obtention de mon Master2 en Mathématiques et si possible, par la
suite, enseigner pour économiser suffisamment d’argent, afin d’arriver à reprendre etpoursuivre mes études. C’est la raison pour laquelle je vous ai téléphoné. Votre annonce
correspondant exactement à mes capacités et aux horaires de mes cours.
L’architecte n’a pas interrompu son interlocuteur. Il en a profité pour l’observer avec
attention. L’étudiant parle posément, relatant les faits de sa courte existence avec calme,
sans faire preuve de misérabilisme. Il n’a pas non plus, cherché à susciter la pitié. Son
aspect parle en sa faveur. Mais sa pâleur, sa sveltesse montrent, bien qu’il n’en ait pas
parlé par pudeur, qu’il ne doit pas manger, tous les jours, à sa faim. Très impressionné
par le courage et le sérieux dont il fait preuve, bien que marqué très tôt par les difficultés
et les réalités de la vie, il ne peut s’empêcher de faire la comparaison avec son fils, qui
lui a tout, servi sur un plateau et qui ne se rend même pas compte de sa chance.
Le silence se prolonge, chacun semblant absorbé par ses propres réflexions. Reçu
dans le bureau-bibliothèque, Christophe ne peut empêcher son regard d’être attiré par la
quantité de livres, ni l’architecte ne peut manquer de remarquer l’intérêt de l’étudiant pour
ses bibliothèques.
Tendu, anxieux, angoissé par ce silence qui se prolonge, Christophe le rompit en lui
tendant ses diplômes et sa carte d’étudiant.
— Je vous ai apporté mes diplômes ainsi que mes cartes d’identité et d’étudiant. Je
peux également vous donner les coordonnées du cousin qui s’est occupé de moi jusqu’à
ma majorité. Cela vous prouvera que je ne vous ai pas menti. Voilà, Monsieur, vous
savez tout.
— Je vous remercie. Nous n’avons pas encore abordé la question des horaires ni du
salaire.
— Voilà mon emploi du temps pour ce trimestre. Quant au salaire, même si j’en ai
besoin, il sera, quel que soit son montant, à ma convenance.
Un fin sourire détendit les traits de l’architecte.
— Je conçois, que vu votre situation, tout montant sera acceptable, mais comme l’on
dit   : « Toute peine mérite salaire. » Apparemment, vous paraissez correspondre
exactement au profil de la personne que je recherche pour s’occuper de mon fils. Vous
en avez les compétences. Je ne vous cache pas que je vérifierai vos dires et que d’autre
part, il y a plusieurs personnes sur les rangs. Je vous donnerai ma réponse dans huit
jours. Revenez, si cela vous est possible, dans une semaine, à la même heure. Si je
vous choisis, je vous présenterai à mon fils.
L’entretien étant terminé, Christophe se leva et serra la main que son interlocuteur lui
tendait. En dépit de sa volonté à ne rien laisser paraître, l’anxiété fleurissait au fond des
yeux violets et crispait légèrement ses traits.
Profondément ému par la détresse, qui malgré tout, émanait du jeune homme, tout en
lui serrant chaleureusement la main, Monsieur Mallervillier lui dit en souriant  :
— Gardez espoir, jeune homme. Même si je ne peux vous donner une réponse
affirmative aujourd’hui, ni trop d’espérance, pour l’instant vous êtes mon favori.
Des larmes brillant au bord des cils, Christophe le remercia en le regardant droit dans
les yeux.
— Merci Monsieur. Quelle que soit votre réponse, je vous remercie pour la
bienveillance dont vous avez fait preuve à mon égard. Au revoir, Monsieur, à la semaine
prochaîne.
C’est passablement ahuri, qu’il se retrouva sur le trottoir, un peu ébloui par le soleil
d’hiver. Machinalement, il lut l’inscription qui s’étalait au fronton du Panthéon.
« Aux Grands Hommes, la Patrie Reconnaissante. »
Mais ses pensées s’embrouillaient dans son cerveau en feu. Il avait été impressionné
par trop de choses et surtout par la bibliothèque. Il avait été littéralement envoûté par
l’atmosphère qui s’en dégageait. Que cela devait être agréable de pouvoir disposer,
uniquement pour soi, d’une telle somme de connaissances. Non pour le simple fait de
posséder, mais pour avoir la possibilité, à n’importe quel moment, de la journée, de
l’année, suivant ses disponibilités et ses nécessités de pouvoir compulser ses livres. Ilavait besoin de marcher, de s’aérer l’esprit, de réfléchir à tout ce qui avait été dit au cours
de cet entretien. Il constatait que c’était surtout lui qui avait parlé. Monsieur Mallervillier,
l’ayant beaucoup écouté et observé. Il s’en rendait compte, maintenant. Il décida de
rentrer chez lui à pied, en traversant le jardin du Luxembourg. En dépit des arbres
dépouillés de leurs feuilles, le jardin gardait sa majesté et son attirance. Malgré le froid,
les pigeons picoraient toujours les pelouses, se dandinant autour des statues qui
semblaient figées par le vent glacial. Il remonta son col et mettant ses mains dans ses
poches, il se mit à siffloter un air de Mozart, afin de diminuer la tension qu’il sentait en lui,
et éloigner un peu son angoisse. Il devrait se calmer. Mais il avait beau essayer de
persuader son cerveau que cela ne servait à rien, que de toute façon le sort en était jeté,
qu’il n’y pouvait plus rien, cette peur de ne pas être choisi, lui serrait la poitrine, le faisant
respirer avec difficultés. Il prit une profonde inspiration et décida de pousser jusqu’à
el’Église Saint-Sulpice. Cette Église, dont les fondations semblent remonter au X siècle,
subit de grands et nombreux travaux déjà en 1645. Puis en 1655, Louis Le Vau présenta
un nouveau plan de l’Église. En 1660, l’architecte Daniel Gittard donna les nouveaux
plans en adaptant ceux de Gamard et Le Vau. Ces travaux furent interrompus faute de
financement. Ils seront repris en 1719 par le nouveau curé de Saint-Sulpice, l’abbé
Languet de Gergy qui fit appel à la générosité des paroissiens. La construction avait duré
près de cent trente ans. Elle sera, enfin, achevée en 1870. Sous la Révolution, l’Église
devint Temple de la Raison, puis le temple des Victoires. Sous le Directoire c’est un
magasin de fourrage et salle de banquet. C’est à cette époque que le physicien Chappe y
einstalla sur chaque tour, un télégraphe optique. Au cours du XIX siècle, de nombreux
objets ont été pillés et notamment la Grande Vierge en argent massif, constituée à partir
des dons des paroissiens. Elle avait été commandée en 1745 par le curé Languet de
Gergy à Bouchardon. Saint-Simon, toujours mauvaise langue, prétendait que le curé
s’était procuré l’argent en emportant discrètement les couverts en argent lorsqu’il dînait
chez ses paroissiens.
… Et maintenant, Mesdames et Messieurs, si vous regardez le transept, vous
constaterez qu’il abrite un gnomon, outil de mesure utilisé en astronomie, qui permet de
déterminer la position du soleil et donc une période de l’année. Il fut installé au
eXVIII siècle par les savants de l’Observatoire de Paris. Il se compose de deux
éléments   : Un dispositif pour isoler un rayon de soleil à l’aide d’une plaque de métal
percé d’un trou et que vous pouvez voir incrusté à droite sur le vitrail sud du transept.
Maintenant regardez par terre, vous observerez une bande de cuivre incrustée dans le
sol, qui traverse le transept, remonte vers le mur nord et qui représente le méridien…
Christophe aime cette Église. Il écoute d’une oreille distraite la voix monocorde du
guide, qui essaie d’intéresser son troupeau à son histoire. Il remarque amusé, qu’à part
un faible nombre qui suit, attentif à ses propos, les autres prennent des photos sans se
soucier de ce qu’on leur raconte. Quant à lui, il y entre souvent, pas tellement pour prier,
mais pour s’y asseoir et dans ce silence, retrouver son calme, un peu de paix et de
sérénité. Il est vrai que cela est plus difficile, lorsqu’il a la malchance, comme aujourd’hui,
de tomber sur un groupe de touristes, parlant souvent à voix haute, sans respecter le
côté sacré du lieu et les quelques personnes qui prient. N’ayant personne à qui se
confier, il s’assied à l’ombre d’une des chapelles latérales. Lui, il aime bavarder,
silencieusement avec la Vierge. Il s’adresse à elle, comme il le ferait avec sa mère. Bien
sûr, il n’y a pas de dialogue, mais en contemplant le visage plein de bonté, de
compassion de la statue, cette dernière semble prendre vie et se pencher vers lui,
comme s’il était son enfant. Alors il lui raconte tout, ses peines, ses hésitations et
paradoxalement, il ressort apaisé avec de nouveau le courage de repartir vers sa
solitude. Il a bien quelques camarades d’études, mais il n’a pas de véritable ami, avec
qui partager son isolement.
Comme il y a huit jours, un faible soleil d’hiver brille. Serait-ce un signe de bon