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Les Anges Musiciens

De
90 pages

Lucie Lunidelh, infirmière à l'hôpital central de Polyann, alias Mélodie, chanteuse dans un bar du vieux centre,est la cible d'un sociopathe musicien, rancunier et prêt à tuer pour se venger, mais ses méthodes ont de quoi surprendre...

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Les Anges Musiciens
Morgane Marolleau A ma Shoupy chérie.
Copyright © 2016 Les éditions Ganou Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation réservés pour tous pays. ISBN : 979-10-95840-01-5
ATTENTION:
Ce livre contient de puissants allergènes (mathématiques, physique, géologie (
AVERTISSEMENT:
Ceci est une fiction, malgré une base de recherches solides, les résultats et les lois de la physique ont été adaptés selon les capri ces de l’auteur. Merci de ne pas 1 tenter l’expérience chez vous .
PROLOGUE: FREQUENCE ET DESTRUCTION
Assis dans l’ombre, l’homme regardait avec intérêt une expérience menée par l’un de ses acolytes. Une maquette très fidèle de l ’opéra royal de la ville trônait au centre de la pièce. Tout avait été reproduit depuis l’échelle des distances aux matériaux de construction, et le socle se composait de terre et de gravats, percé de tunnels de béton pour recréer les fondations et les soubasseme nts du bâtiment. Un homme arrangeait des enceintes miniatures dans d ifférentes parties de la maquette avant de régler minutieusement son matérie l audio. « C’est prêt, assura celui-ci près de la maquette. - Commence, ordonna l’homme assis dans l’ombre. » L’acolyte alluma leur table de mixage et chercha la bonne fréquence. Les enceintes vibrèrent, les fondations de la maque tte se mirent alors à trembler et le bâtiment tout entier se fissura et s’effondra . L’homme assis dans l’ombre se leva et fit le tour de la maquette détruite avec un sour ire de satisfaction. Ses mains anguleuses caressant les débris, il murmura : « Nous l’avons trouvée : la fréquence destructrice
CHAPITRE UN: UNE DOUCE MELODIE.
Allongée sur sa méridienne de velours rouge, Mélodi e se laissait bercer par la musique. Elle aimait sentir son corps vibrer au ryt hme des basses et sa tête résonner selon diverses harmonies. Totalement détendue et en vahie par le chant des instruments symphoniques, elle ne pensait plus à ri en, et n’était plus sûre de rien, ni d’où elle était, ni de qui elle était. Tout ce qu’e lle savait se résumait en une seule pensée : ce morceau est magnifique. S’oublier et se perdre dans la mélodie, voilà comment elle aimait écouter la musique. En vraie mé lomane qu’elle était, elle pouvait tout arrêter, quoiqu’elle soit en train de faire, c omme mettant sa vie sur pause, juste pour profiter, le temps d’un instant, d’un morceau particulièrement beau qui passait à la radio. Les dernières notes du morceau qu’elle écoutait alo rs avaient fini de se faire entendre, mais Mélodie ne bougeait toujours pas, pr ofitant de leur résonance, amplifiée et magnifiée par le silence qui les avait suivies. Toujours vibrante de sons et d’émotions, Mélodie se redressa sur sa méridienne e t regarda autour d’elle. Son vieux gramophone trônait magnifiquement au milieu de sa g rande bibliothèque en pin. Elle aimait les livres et les vieux disques, et rien au monde ne procurait une meilleure isolation, ni une meilleure acoustique que ces étag ères couvertes de richesses culturelles. Le plafond de sa bibliothèque était lé gèrement voûté, donnant au son plus
de rondeur et de profondeur. C’était pour cette rai son qu’elle avait fait de cette pièce son espace détente, y installant ses collections d’ œuvres littéraires et musicales, son vieux gramophone et sa confortable méridienne. Elle avait placé les meubles de telle façon que, sur sa méridienne, elle pouvait profiter des meilleures résonances possibles. La pièce était en réalité l’ancien studio d’enregis trement de son grand-père, parfaitement isolée du reste de l’immeuble afin que le vieux mélomane puisse enregistrer à toute heure du jour et de la nuit san s jamais gêner les voisins ni souiller sa bande son des bruits de la rue, sur laquelle don nait une unique fenêtre parée de rideaux écarlates. Les grandes étagères de pin diss imulaient des murs ocres et, en dehors de la grande méridienne de velours rouge, pl acée sous une voûte à proximité du vieux gramophone pour profiter au maximum de la musique jouée par l’appareil, la pièce comprenait très peu de meubles : un bureau en bois intégralement recouvert par les documents liés à ses recherches sur les fréquen ces et un ordinateur qui n’était plus de première jeunesse, et une chaise de bureau pivot ante rouge et noir. Le sol, modifié pour isoler la pièce, était recouvert d’un parquet flottant clair, assorti au pin de la bibliothèque, et d’un tapis persan décoré de signes géométriques de couleurs chaudes sous la méridienne. Mélodie se déchaussait pour ne pas salir la pièce et son meuble fétiche, elle avait donc installé ce tapis afin de ne jamais souffrir du froid les pieds nus. Rien ne devait interférer avec ces moments de déten te et de plaisir absolu. La jeune femme d’une trentaine d’années s’étira et refit son chignon. Elle rajusta sa robe bleue, remit ses mocassins noirs et quitta la pièce. Le reste de son appartement était totalement impersonnel : des murs blancs, une décoration et des aménagements de magazines publicitaires. Aucune aut re pièce ne lui importait. Elle prit sa veste et sortit dans la nuit claire. Les rues de Polyann étaient toujours illuminées et grouillantes de monde ; Mélodie adorait ça. Elle pa rcourut quelques rues avant d’atteindre le quartier touristique et le bar dans lequel elle travaillait. Mélodie adorait ce quartier où, de chaque côté des rues piétonnes pavées, s’étiraient de vieilles bâtisses à colombages et pi erres apparentes. Dans les rues les moins fréquentées, certaines de ces vieilles demeur es étaient laissées à l’abandon ou se présentaient sous un aspect assez affligeant de décrépitude faute de moyens des propriétaires au vu des conditions drastiques de l’ architecte des bâtiments de Polyann pour toute restauration de façade. Les rues passant es et touristiques étaient elles bien mieux pourvues puisque chaque maison était refaite, les boutiques présentaient des devantures en bois étincelantes et colorées et de v ieilles enseignes en fer forgé. Le quartier comptait de nombreux restaurants et de nom breuses boutiques de souvenirs, majoritairement sur le thème médiéval ou fantastiqu e, proposant des épées, des figurines, des vins anciens et des bières aux noms atypiques. Le bar de Clark, où elle chantait, en faisait parti. Sa devanture datait un peu et semblait plus défraîchie que celles de commerces plus récents mais les bruits de l’ambiance joyeuse qu’on y trouvait parvenaient jusque dans la rue. « Hey, Mélodie, lui lança le barman à son entrée. C hange-toi vite, tes fans t’attendent ! - Ne t’inquiète pas, Clark, je suis déjà prête, rép ondit la jeune femme avec le
sourire. » Mélodie ôta sa veste et monta sur scène pour se met tre à chanter devant un public enthousiaste. C’était ainsi que se déroulait chacune de ses soiré es : elle chantait dans un bar. C’était un petit boulot mais elle adorait ça. Elle aimait la musique, elle aimait chanter, elle aimait partager sa passion avec d’autres perso nnes et, plus que tout, elle aimait sentir la résonance des instruments de musique. Et là, sur la scène, son corps était entièrement parcouru de frissons et de vibrations a u rythme des accords des musiciens qui l’entouraient. Elle était si heureuse. Un bonhe ur simple mais vrai, datant de sa plus tendre enfance, quand elle vibrait au son du saxoph one de son grand-père. Ses parents travaillaient beaucoup et c’était son grand -père paternel qui s’occupait d’elle. Ca ne l’avait jamais dérangée, elle adorait son gra nd-père. Le soir, il l’emmenait dans ce même bar où il jouait du saxophone avec son grou pe de jazz. Depuis, son grand-père était mort mais Mélodie revivait ces instants privilégiés en venant chanter dans ce bar qu’elle aimait tant. Le bar était en émoi dès que Mélodie montait sur sc ène. Sa voix grave et suave émouvait les cœurs les plus durs et sa beauté ne la issait personne indifférent. Son père était germanique et de lointaine origine africaine et sa mère un mannequin scandinave. Mélodie avait hérité de la peau brune de son père, des grands yeux couleurs huître et de la mélomanie de son grand-père paternel, mais de s traits fins et des boucles blondes de sa mère. Le feu des projecteurs faisait ressortir les éclats dorés de sa chevelure sur sa peau d’ébène. Clark l’admirait pour ça. Elle était aussi belle que talentueuse et c’était grâce à elle, il en était convaincu, que son bar to urnait si bien. Les habitués n’étaient pas des ivrognes invétérés qui provoquaient des bag arres et qu’il devait chasser. Il y en avait parfois, mais c’était très rare. Contrairemen t à plusieurs de ses confrères, ses habitués étaient plutôt des hommes et femmes d’affa ires, des artistes ou juste des gens qui aimaient pouvoir apprécier un verre entre amis devant des artistes talentueux. Clark avait su tirer profit de cette différence et organisait des clubs liés aux arts comme les salons littéraires du vendredi soir, les vernissages de peinture ou les concours de chants ou de poésies certains week-ends . Quand Mélodie s’arrêta de chanter, le bar sembla un instant conserver un silence religieux, comme retenant son souffle dans l’espoir que la musique reprenne, avant de s’emplir à nouveau de bruits et de bavarda ges après des applaudissements enthousiastes. Mélodie s’installa sur une chaise haute au bar et C lark lui servit un armagnac ; elle n’avait jamais eu besoin de le commander, Clar k le lui servait naturellement comme il l’avait fait pour son grand-père. Les musiciens se désaltéraient avec leur chanteuse vedette, certains s’octroyant une pause cigarette devant la vitrine du bar. Grégo ry, le batteur, passa son bras autour des épaules de Mélodie et déposa un baiser sur la j oue brune de sa fiancée. Mélodie sourit. Ils s’étaient rencontrés dans ce même bar p lusieurs années auparavant, quand un certain Grégory Stevens postula pour devenir le batteur de Mélodie, défiant pour
cela le vieux batteur de son grand-père qui refusai t de partir à la retraite sans être sûr que Mélodie travaillait avec un batteur digne de ce nom. Lors de ce grand duel rythmique et artistique, sa capacité à jongler avec les baguettes entre chaque mouvement lui avait valu la place dans le groupe et une ovation de l’assemblée. Grégory avait rapidement réussi à s’intégrer au gro upe d’amis et, un soir de pluie, il avait protégé la belle Mélodie sous son parapluie e t l’avait raccompagnée jusque chez elle où il lui avait déclaré sa flamme avec une fle ur faite dans une serviette jaune pliée. Mélodie embrassa son batteur et remonta sur scène. Pendant que les clients achevaient leur dîner, la belle chanteuse d’ébène e nchaîna les balades au piano. Le bar se vidait peu à peu et la douce voix de la chan teuse se perdit dans le silence. Grégory prit la main de sa future épouse pour l’aid er à descendre de la scène et remit sur ses épaules sa veste beige. Le couple sor tit dans la rue pavée, Mélodie étreignant amoureusement le bras puissant de son pe tit ami. Les boucles blondes de la chanteuse cascadaient sur la veste de cuir noir du batteur dont le dos était balayé à chaque pas par une longue queue de cheval brune. Le couple déambulait dans les vieilles rues pavées du centre médiéval de Polyann que les touristes et les habitués quittaien t tranquillement en cette fin de soirée, les terrasses des restaurants ne comptant plus que quelques rares retardataires et les bars troquant leur clientèle ouvrière pour une clie ntèle fêtarde et nocturne plus turbulente. Les tourtereaux passèrent devant les bosquets du pe tit parc sur l’ancienne place du marché où Grégory avait invité Mélodie à déjeune r en tête-à-tête pour la première fois, le banc des amoureux près de la fontaine où i ls restaient, parfois des heures, à regarder l’eau couler sans bouger, blottis dans les bras l’un de l’autre, et la grande église gothique Saint-Valentin à côté de laquelle s e dissimulait derrière de hauts rosiers, le petit restaurant où Grégory avait fait sa demande en mariage avec un anneau de cuir blanc tressé quelques semaines auparavant. Mélodie exerça une tendre pression sur le bras de l ’homme de sa vie à ce souvenir et caressa de ses lèvres charnues son bouc roux. Entre les maisons à colombages et les vieilles bâtisses au charme désue t, le couple regagna son appartement refait à neuf dans un style plus contem porain à la lisière du quartier touristique et du vieux centre, avant l’enchaînemen t ordonné et sinistre des constructions plus récentes. « Alors, ta journée ? demanda la chanteuse en se dé shabillant. - Rien de très extraordinaire, répondit le batteur déjà dévêtu, qui occupait de jour l’emploi d’ingénieur du son de l’opéra royal de Pol yann. Il y a un concert prévu pour dimanche avec la présence d’un orchestre symphoniqu e le matin et un ballet postclassique dans l’après-midi, on affine juste le s réglages pour la résonance dans la salle et on s’entraîne dans le changement des régla ges pendant l’entracte du déjeuner pour éviter tout retard de la représentation et tou te erreur de réglage ou de manipulation. Et à l’hôpital ? - Toujours la même chose. Mme Berny s’est débattue quand on lui a fait sa piqûre. M Roscoe a arpenté tous les couloirs les fe sses à l’air à la recherche d’un
médecin qui lui confirmerait qu’il doit se faire op érer d’une grave tumeur imaginaire, et il a fallu courir toute la journée après les médicamen ts, les dossiers médicaux et les patients récalcitrants, répondit la chanteuse, de s on vrai nom Lucie Lunidelh, infirmière à l’hôpital de Polyann. - Et tes recherches ? S’enquit le jeune homme de 33 ans qui l’attendait, nu, sur leurs draps de pourpre. - Je stagne un peu, là. Je n’arrive pas à construire de représentations graphiques pour mieux appréhender le problème et mes algorithm es doivent être erronés parce que mes résultats ne concordent pas. Je regrette de ne pas avoir fait de mathématiques complexes depuis si longtemps ! Et pu is, de toute façon, personne ne veut me croire à l’hôpital, pourtant j’en suis sûre , tellement sûre ! - Je te crois, lui murmura Grégory alors qu’elle se blottissait contre lui. » Les deux amants partagèrent une étreinte passionnée avant de sombrer dans les bras de Morphée. Lucie avait un sommeil agité e t troublé à cause de ses problèmes de physique insolubles. Elle était convaincue que l es fréquences étaient la cause de bien des maux et que d’autres fréquences devaient p ouvoir les soigner. Les résultats sur les patients dans le coma en étaient la preuve. Elle y arriverait, elle le savait et Grégory la soutenait autant qu’il le pouvait. Conva incu qu’elle avait raison et que, dans tous les cas, il était de son devoir de l’aider à s ’épanouir, le jeune homme lui remontait le moral quand elle déprimait, lui apportait le pet it-déjeuner au lit quand elle avait travaillé tard, lui fournissait parfois des instrum ents spécifiques auxquels il avait accès en tant qu’ingénieur du son. Il faisait tout son po ssible pour rendre Lucie heureuse, essayant chaque jour de lui prouver un peu plus à q uel point il tenait à elle que ce soit en lui apportant un repas surprise pour partager un simulacre de repas aux chandelles sur le parking de l’hôpital ou une fleur quand elle le rejoignait le soir dans le bar du vieux centre, ce qu’elle lui rendait au centuple en un seul sourire.
CHAPITRE DEUX: RECHERCHES INFRUCTUEUSES.
Alors, où en étais-je, déjà ? Ah, oui, les différen tes valeurs des fréquences de résonance du corps humain : entre vingt et trente h ertz pour la tête, soixante et quatre-vingt dix hertz pour les yeux, quatre et huit hertz pour le cœur, quatre et neuf hertz pour le ventre et le bassin. En provoquant ce type de ré sonance, on crée un sentiment de malaise et d’anxiété, des troubles de l’équilibre, une baisse importante des réflexes et de la force physique, des nausées, parfois des vomi ssements, et un état de soumission et de passivité si la fréquence est sinusoïdale ou aléatoire, et verticale. A partir de deux hertz, on note une baisse de l’acuité visuelle, max imum à cinq hertz. OK. Ainsi, on retrouve le problème des poulets qui mouraient pend ant le transport en camion car les vibrations du véhicule mettaient en résonance certa ins organes des volatiles qui finissaient par mourir de stress. Alors pour contre carrer ces résonances, il suffit de
provoquer une amplitude opposée. Mais est-ce que po ur provoquer les effets inverses, la soumission à cette amplitude opposée suffit ? Ri en n’est moins sûr, d’autant plus que la fréquence ne dépend pas de l’amplitude. Encore u ne impasse… mais ce qui est certain, c’est que les ingénieurs sont attentifs à ces problèmes de résonance pour limiter les dégâts sur les usagers, puisque les inf rasons constituent un risque pour notre squelette, notre thorax, notre cœur, et qu’il faut à tous prix éviter les sept cents hertz de résonance sous peine de lésions cérébrales . D’accord, je pourrai creuser par là. Bon, du côté des fréquences musicales, qu’est-c e que j’ai : les rapports de base de la musique occidentale : octave-un demi, quinte-deu x tiers, quarte-trois quarts, tierce majeure-quatre cinquième, tierce mineure-cinq sixiè me, sixte majeure-trois cinquième, sixte mineure-cinq huitième, avec une fréquence de référence fixée au La 4 à quatre cent quarante hertz, contre quatre cent trente-deux auparavant. Passage d’une gamme de douze harmoniques à une gamme de huit par adapta tion au support CD et emploi d’un Mi à cinq cent vingt-huit hertz par les généti ciens pour réparer l’ADN. Mais ce Mi n’entre pas dans mon tableau des fréquences occiden tales sur quatre octaves ! D’où il sort ce Mi à cinq cent vingt-huit hertz ? Que je ch erche… je cherche… ah, là ! Une gamme ancienne, dite gamme solfège avec Do-trois ce nt quatre-vingt-seize hertz, Ré-quatre cent dix-sept hertz, Mi- cinq cent vingt-hui t hertz, Fa-six cent trente-neuf hertz, Sol-sept cent quarante-et-un hertz et La-huit cent cinquante-deux hertz… ah, il n’y avait pas encore le Si… gamme nommée au XIe siècle à part ir des premières syllabes des demis-vers de l’hymne à Saint Jean-Baptiste, ça je sais… ah, ça y est, introduction du Si pour Sancte Iohannes au XVIe siècle… ça ne m’aid e pas des masses… Alors, depuis la conférence internationale de Londres en 1 953, la fréquence de référence est le La de la quatrième octave à quatre cent quarante hertz en huit harmoniques… mais, voilà qui est intéressant : cette fréquence aurait été utilisée par les nazis qui l’ont proposée comme fréquence de référence à la conféren ce internationale de 1939 en lieu et place du La à quatre cent trente-deux hertz. Or, d’après les scientifiques, cette fréquence est dite « naturelle » car elle fait partie des harmonies terrestres. Quatre cent trente-deux hertz est la fréquence de résonance de l’eau, composant majeur de la vie sur terre. Le La à quatre cent trente-deux hertz et douze harmoniques aide la musique à circuler et procure apaisement et régénération, c e qui explique les effets de la musique classique sur les patients dans le coma alo rs que le La à quatre cent quarante hertz procure instabilité, malaise et soumission… a lors pourquoi l’avoir adopté contre l’avis des spécialistes en 1953 ? Ah, détail intére ssant, contrairement au DVD, le CD ne conserve que huit harmoniques… je cherche, je cherc he,… ok, gamme du La à quatre cent trente-deux hertz. Les notes correspondent aux fréquences de résonance des éléments naturels. Quatre cent trente-deux hertz es t une harmonique, c’est-à-dire un multiple de huit hertz, fréquence cérébrale alpha s ynchronisant nos deux hémisphères cérébraux. De plus le diapason en La à quatre cent trente-deux hertz en gamme pythagoricienne nous donne un Do à deux cent cinqua nte-six hertz, fréquence qui active le système chlorophyllien des plantes, un Ré à deux cent quatre-vingt-huit hertz en troisième octave, soit cent quarante-quatre en d euxième octave et soixante-douze en première octave, fréquence idéale du rythme card iaque humain qui augmente le
niveau d’énergie dans le cœur mais correspond aussi au rythme de rotation de la Terre. On trouve aussi un Sol à trois cent quatre –vingt-q uatre hertz, fréquence de résonance de l’oxygène… OK. Alors, certains compositeurs se r emettent à composer avec un diapason à quatre cent trente-deux hertz car la mus ique est jugée plus belle à ce timbre, plus « naturelle », plus apaisante. Attends ,… deux secondes… voilà, un logiciel sur internet pour changer la fréquence sonore de ma musique. J’ai les fichiers et je les convertis en modifiant la hauteur du La 4 de quatre cent quarante à quatre cent trente-deux hertz. Du coup, pour mes patients à l’hôpital, je peux passer des musiques en diapason quatre cent trente-deux hertz pour corresp ondre aux fréquences naturelles ou quatre cent vingt-six hertz pour disposer du Mi à c inq cent vingt-huit hertz qui régénère l’ADN. Bien, bien. Mince, il est six heures, il fau t que j’aille au boulot.
CHAPITRE TROIS: QUE LE CARNAGE COMMENCE!
Au cœur de Polyann, une jolie ville, attractive et vivante, composée d’un vieux quartier médiéval fait de ruelles étroites et pavée s encadrées de maisons à colombages, d’une extension après-guerre, froide et laide, en pleine rénovation pour s’intégrer au nouveau quartier écologique de maison s autoalimentées et de parc fleuris, et du quartier préindustriel en briques rouges des ouvriers de l’usine d’argile, les maisons avaient tremblé et le grand centre commerci al s’était effondré en pleine heure de pointe. De nombreux blessés étaient à déplorer, et des disparus plus nombreux encore attendaient sous les décombres que quelqu’un vienne les secourir. La police, les pompiers, les urgentistes, tout le m onde était mobilisé. Les chiens guidaient les secours. Les ingénieurs aidaient à li bérer les victimes de l’effondrement de la structure en évitant de déplacer des blocs se nsibles dont la présence protégeait les personnes encore ensevelies sous les décombres. Il n’y avait pas de tremblements de terre à Polyann d’ordinaire, celui-ci avait surpris tout le monde. Les forces de l’ordre étaien t complètement dépassées par le vent de panique qui avait soudainement soufflé sur la vi lle : les gens, terrifiés à l’idée que leurs maisons s’effondrent aussi, étaient sortis da ns les rues. Les victimes des secousses encombraient les couloirs de l’hôpital de la ville, certains parce que le séisme avait provoqué un accident de voiture, d’aut res percutés par des éléments ayant chuté, des tuiles, une armoire de grand-mère ou une étagère de livres. Dans les salles blanches du grand hôpital de Polyan n, les pompiers et les ambulanciers déposaient de plus en plus de blessés, tous plus urgents les uns que les autres. Les médecins se succédaient aux chevets imp rovisés et les infirmiers couraient en tous sens pour placer les blessés, libérer des p laces, nettoyer, ranger, consoler, procurer les premiers soins… Lucie était là, attent ive à tout ce qui se passait autour d’elle, prévenante envers les patients et rapide da ns chacun de ses gestes. « Je ne comprends pas, disait l’homme d’âge mûr auq uel Lucie bandait le
poignet. C’est impossible un tel séisme, à Polyann, sans signe avant-coureur ! C’est comme si le foyer c’était trouvé exactement dans le s fondations du centre commercial ! Et comme par hasard, la fréquence émise était exact ement celle qui pouvait détruire ce bâtiment ! Vous vous rendez compte de telles coïnci dences ! - C’est ahurissant, acquiesça Lucie qui n’en perdai t pas une miette. Mais de quelle fréquence s’agit-il ? Il est aisé de la calc uler ? - Les fréquences propres des bâtiments se trouvent en général entre zéro et dix hertz, tout comme les fréquences des séismes. Cepen dant, la probabilité qu’il s’agisse de la même est faible, surtout s’il faut qu’elle ap porte suffisamment d’énergie au système pour qu’il s’écroule ! De manière simplifié e, on peut estimer que la fréquence propre d’un bâtiment se calcule en divisant dix par le nombre d’étages du bâtiment en question ce qui, ici, nous donnerait une fréquence de deux hertz puisque le centre commercial disposait de cinq étages. Mais une fréqu ence de deux hertz est loin de suffire pour le faire s’écrouler, il faut une ampli tude considérable, d’autant que les bâtiments sont construits par juxtaposition de maté riaux aux fréquences propres différentes : une couche poreuse sensible aux sons aigus, c’est-à-dire aux fréquences rapides, une membrane soumise aux sons graves et un e couche dite de résonance, perforée pour limiter la propagation des ondes et s ensible aux ondes de moyenne fréquence. Il faut donc que le séisme propage des o ndes différentes correspondant aux fréquences propres de chacun des matériaux du bâtim ent, c’est difficile à croire ! La formule pour calculer ces fréquences propres est d’ ailleurs assez complexe puisqu’il s’agit de la multiplication de la fraction un sur d eux pi avec la racine carrée de la division de la masse volumique de l’air multipliée par le carré de la vitesse du son dans l’air, par la masse surfacique du matériau concerné multipliée par l’épaisseur de la lame d’air. Enfin, on peut simplifier en divisant s oixante par la racine carrée de la multiplication de la masse surfacique du matériau p ar l’épaisseur de la lame d’air. C’est plus approximatif, mais bon je me rends compte que je vous ennuie avec mes réflexions mathématiques. Je suis navré, c’est le s tress, je ne peux plus m’arrêter de tout recalculer. - Il n’y a aucun souci, monsieur, répondit Lucie po ur rassurer l’homme en costume soudainement embarrassé auquel elle termina it les soins. Je trouve vos remarques très intéressantes et, à vrai dire, plutô t distrayantes. C’est une journée difficile pour nous, et c’est agréable d’avoir de telles discussions. » Lucie sourit à son patient en rangeant les bandages dans les tiroirs du meuble blanc contre le mur, puis elle s’occupa du patient suivant, toujours attentive, rassurante et à l’écoute, mais une partie d’elle ne pouvait pa s s’empêcher de ressasser ce que l’employé de bureau avait dit. Son dossier spécifia it qu’il était ingénieur en bâtiment, raison de plus de se fier à ses propos.
CHAPITRE QUATRE: UN INSTANT D’OUBLI.