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Les babouches du rat

De
244 pages
Histoire d'amour peu banale que Les babouches du rat . Pour cause, les apparences peuvent être trompeuses. Issa Boye, le personnage principal, l'a d'ailleurs vérifié à ses dépens; lui le "fils de..." qui a voulu prendre pour moins que rien Soda, l'employée de maison de ses parents. Au-delà des péripéties de cette histoire à rebondissements, l'auteur aborde des thèmes d'actualité comme l'irrémédiable avancée de la mer et l'urbanisation sauvage de Gnibar.
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Babacar dit Khalifa Ndiaye
Les babouches du rat
roman
Ecrire l’Afrique Ecrire l’Afrique
Les babouches du rat
Écrire l’Afrique Collection dirigée par Denis Pryen Romans, récits, témoignages littéraires et sociologiques, cette collection reflète les multiples aspects du quotidien des Africains.Dernières parutions Boubacar BA,Un périple pour l’amour d’une mère, La valeur de la parole donnée, 2017. Vincent ROBIN-GAZSITY,Enfermé à Libreville,Sept jours en Chinafrique,2017. Yannick DUPAGNE,Deux mois à Bumba, Récit d’un enseignant bénévole en République démocratique du Congo, 2017. Marcel NOUAGO NJEUKAM,Et le prophète Odjokoro parla !,Roman, 2017. Boubacar Hama BEÏDI,Le bruissement des souvenirs. Récit d’un instituteur nigérien, 2017. Patrick Serge BOUTSINDI,Les amants de Bar-le-Duc, 2017. Paule FIOUX,Foudres d’Afrique. Les impostures d’une révolution, 2017. Guikou BILET ZAFLA,Un enfant du village, nouvelles, 2016. Gaston M’BEMBA NDOUMBA,Escale à Brazzaville, 2016. Moussa CISSE,Tombouctou à tout prix. Récit d’une passion pour le Mali, 2016. Joachim OLINGA,Les métis de ma mondialisation, 2016. Gaston M’BEMBA NDOUMBA,Escale à Brazzaville, 2016. Mamadou DANTÉ,Moi, l’étranger… Le Mali en mémoire, 2016. Aimé NOUTCHÉ,La route de l’exil, La veste du demandeur d’asile, 2016. Prosper GUBARIKA WA MUDI-WAMBA VANELLA,Péril en la demeure, 2016. Michel Dieudonné VOHITO,Polokamba. Hippopotame et esprit sur l’Oubangui, 2016. Alfred Diban KI,L’œil ouvert. Nouvelles, 2016.Aichetou CAMARA,Au-delà des frontières, 2016.Adrien POUSSOU,Black bizarre, 2016.Jeanne de Chantal WODOBODÉ, Où est le pont ? 50 ans après l’indépendance, 2016.
Babacar dit Khalifa Ndiaye
LES BABOUCHES DU RAT
Roman
L’Harmattan
© L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-12606-7 EAN : 9782343126067
CHAPITRE 1L’occasion était trop belle. Pas question, cette fois, de la laisser passer. Depuis que cette belle plante avait été engagée comme bonne, il y a deux semaines, Issa Boye était devenu plus casanier. Et rêvait du moment où il serait enfin seul, dans une maison toujours animée, avec cette fille svelte, au teint clair, à la poitrine généreuse, à la cambrure ensorce-lante. Lui dont les amis disaient que pour éviter de le croiser, il fallait se pointer chez lui. Car, dès qu’il sortait de son lit, avait pris son bain matinal et expédié son café, noir de pré-férence « pour se donner du tonus », disait-il, le gars chaus-sait ses vieux baskets et vidait les lieux. Issa ne revenait que tard le soir, fatigué et usé d’avoir épuisé une autre journée à courir derrière un boulot introuvable.Brillant élève, Issa l’avait toujours été. A l’Ecole mixte de Gnibar, il a toujours fait partie des trois premiers de sa classe. C’était un habitué du Tableau d’honneur que l’on affichait devant le bureau du directeur au sortir de chaque composition trimestrielle. Au tout début, il éprouvait un plaisir enfantin à passer et à repasser à la moindre occasion devant l’affiche pour lire et relire son nom. Mais il finit par s’y habituer, tant c’était devenu presque normal. Plus tard, à
l’université, il n’avait jamais réellement rencontré de difficultés pour décrocher une licence puis une maîtrise en Gestion des entreprises. Mais depuis, les choses s’étaient compliquées pour lui. Des stages, il en a parfois obtenus. Guère plus !-C’est bon. Nous avons vos coordonnées. On vous contac-tera au besoin ! Issa Boye avait tant et tant de fois entendu ces trois phrases au bout de deux ou trois mois passés à don-ner le meilleur de lui-même afin de taper dans l’œil d’un DRH, que cela lui tintait dans la tête les jours où il est d’hu-meur massacrante.Un travail stable, même pas bien payé, Issa l’aurait capté au vol. Sauf que de promesses non tenues en entretiens et rendez-vous d’embauche infructueux ou non respectés, il en était venu à désespérer de trouver du boulot un jour. Et comme à chaque fois qu’il avait le moral dans les chaus-settes, Issa se remémorait le conseil de son prof favori au lycée de Gnibar.-Dites-vous, chers élèves, que toute classe redoublée équi-vaut à douze mois de salaire que vous perdez ! Alors, faites ce que vous avez à faire, c’est-à-dire étudier sérieusement, pendant que vous y êtes. Il vous sera toujours loisible de mu-sarder plus tard, répétait M. Diop, un professeur de français à la mise toujours impec quoique sobre. Mais Issa n’en ful-minait que plus. Car, il avait fait sienne cette recommanda-tion et avait vraiment étudié pendant qu’il était temps. Cependant, pour toucher un salaire, il faut d’abord se trouver un boulot. Or, depuis trois ans qu’il avait bouclé ses études, il courait toujours derrière son premier vrai emploi.-J’aimerais bien croiser ce bon M. Diop pour lui dire deux mots sur cette paie qu’on n’arrive même pas à gagner, rageait Issa en ces instants-là.
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Mais, il n’était pas du genre à baisser les bras. Et après quelques moments de doute à rejouer ce court film en noir et blanc, il rebondissait vite pour mieux aller à l’assaut des vents contraires.Depuis deux semaines cependant, Issa était devenu un adepte de la grasse matinée. Il ne quittait pas son plumard avant 10 heures. Son papa a rendu les armes pour ne pas se péter les cordes vocales à force de lui crier l’ordre de se lever, ne serait-ce que pour honorer la prière de l’aube. Et pour ne pas se briser les phalanges à tambouriner pour rien sur la porte de la chambre de son fils ainé. Celui-ci qui se disait allergique au moindre bruit, était subitement devenu sourd. Et lorsqu’enfin il daignait se lever, la formalité du pre-mier repas du jour tendait à devenir un vrai rituel. Le tradi-tionnel café noir, habituellement liquidé en trois gorgées, était désormais agrémenté d’un soupçon de lait dont le sa-chet de 25 francs avait été négocié à crédit la veille, chez le Maïga d’à côté. Son p’tit déj s’était même enrichi d’un mor-ceau de pain tartiné un coup à la margarine, un autre au cho-colat, si ce n’était à la mayonnaise et au thon de chez Adji Diop, la vendeuse du coin.Issa paressait, lézardait, musardait.Timen’était plusmoneypour cet américanophile et admirateur fou de Barack Obama, qui rêvait aussi de traverser l’Atlantique un jour, de faire for-tune aux States et d’y faire souche en épousant une belle Black qui lui donnerait un fils futur président des Etats-Unis. Traverser l’Atlantique ? « Le survoler plutôt », aimait-il à se répéter intérieurement dans ses moments d’envie de couper les amarres avec ce pays à l’horizon bouché où, apparem-ment, plus on est diplômé plus on a du mal à trouver un bou-lot.
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