Les Chroniques de la Faucheuse

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110 pages
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Description

Mortelles, Mortels,
Peu avenante, la Grande Faucheuse jouit, depuis la nuit des temps, d'une réputation qui ternit, bien injustement, l'énergie d'hommes et de femmes qui s'évertuent, sans relâche, à prodiguer fauchages et agonies de qualité. Aussi, je vous prie de bien vouloir prendre connaissance, au travers du recueil qui suit, de leur quotidien, et des rencontres et péripéties qui le parsèment.
Bien à vous,
Josiane Smith,
Secrétariat de la Grande faucheuse.

PS : Pardonnez le sentimentalisme de ma secrétaire. Ce livre c'est mon best of, point barre. Vénérez-moi.



Sa macabre majesté,
La Grande Faucheuse.

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EAN13 9791096960682
Langue Français

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©MickaëlDruartetLitl’Bookéditions, pour la présente édition – 2018 ©Silverpour les illustrations ©ThibaultBeneytou, Suivi éditorial ISBN : 979-10-96960-67-5 Tous droits réservés pour tous pays Conformément au Code de la Propriété Intellectuelle, il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement le présent ouvrage, et ce, par quelque moyen que ce soit, sans l’autorisation préalable de l’éditeur et de l’auteur.
LA GRANDE FAUCHEUSE SE LIVRE Interview de Lana Harrison La nouvelle a ébranlé l’Au-Delà : la Grande Faucheuse, d’une nature discrète, a décidé de publier quelques-uns des récits les plus marquants de l’Histoire de la Mort. Le recueil qui les regroupe sera disponible chez les mortels. Si ceux-ci n’y verront qu’une fiction, la Grande Faucheuse voit en ce projet l’occasion d’améliorer une image fort peu reluisante. C’est accompagné de son assistante Josiane que le dirigeant du Royaume des Morts a accepté de répondre aux questions de « La Plume Macabre ». Entretien.
Mercià vousdenous accorder lunedevos rares interviews. La Grande Faucheuse: Avant tout j’aimerais savoir quelque chose... Biensûr.Quelle est votrequestion? La Grande Faucheuse: Qu’est-ce que Josiane fout là ? Josiane: Monsieur ! C’est moi qui vous ai suggéré ce livre ! La Grande Faucheuse. : Bien sûr, bien sûr. Mais vous n’avez pas ma prestance, Josiane. Vous êtes la femme de l’ombre ! Moi j’ai la cape, la faux... Les médias me veulent ! Bref, allez-y mademoiselle. Puisquecesujet aéabordé...Comment leprojetest-il? La Grande Faucheuse. : Les annales regroupant tous les décès passés, présents, et futurs de l’Histoire de l’humanité représentent un certain volume sachant qu’ils contiennent également d’autres récits divers relatifs au Royaume des Morts. J’ai trouvé judicieux de... Josiane: J’ai trouvé judicieux ! La Grande Faucheuse: Oui oui, Josiane a eu l’un de ses rares éclairs de génie et m’a suggéré de transmettre aux mortels quelques-unes de ces histoires. Ils pourraient ainsi tenter de comprendre, malgré leur esprit diminué, que la Mort n’est pas que sang et intestins à vif. Quedoivent-ilscomprendre,selonvous? La Grande Faucheuse: Vous croyez vraiment que je vais mâcher le travail ? Bien.Etconcernantles textes...Ont-ilséréécrits ? La Grande Faucheuse : Ils sont restés en l’état. Voyez-vous, chaque dé cès a été rapporté de manière automatique par écrit. Point de vue du Faucheur, point de vue extérieur ou autre, je ne choisis rien. Disons que tout est fait pour le mieux, a6n de conserver les événements avec un maximum de justesse. Je me suis simplement contenté de les commenter après les avoir sélectionnés. Cesécritssont-ils régulièrementsortisdelabibliothèqueregroupantlesannales ? La Grande Faucheuse : Une équipe est chargée de mettre en place un dossier au moment du décès d’un mortel. Chaque employé a une liste à traiter par jour. Il a l’autorisation de récupérer les 6chiers des annales a6n de composer le dossier. Hormis à cet instant, il n’y a aucune raison de sortir ces documents. J’ai procédé à leur extraction de manière exceptionnelle parce que je suis le patron et que j’ai tous les droits. Passonsàvous,Josiane... La Grande Faucheuse: Pourquoi ? Je suis persuadéequeleslecteurs de«LaPlumeMacabre» serontravis d’enapprendreplussur votre bras droit... Josiane: Oh je suis avant tout la secrétaire et assistante de la Grande Faucheuse. Et bien qu’il vous dira le contraire, je lui suis bien souvent d’une aide précieuse. La Grande Faucheuse: Crâneuse. Josiane: Je décris les choses telles qu’elles sont à cette jeune femme ! La Grande Faucheuse: Non, vous êtes jalouse parce que votre nom n’apparaît pas sur la couverture. Josiane: Bien sûr que non ! La Grande Faucheuse: Je vois clair dans votre jeu, Josiane ! Derrière vos chignons et lunettes carrées se cache une véritable diva ! Josiane : Monsieur ! Je me dois d’admettre en toute modest ie que mon travail contribue au bon fonctionnement de vos a<aires. J’accueille, conseille, gère vos dossiers et suis disposée à prendre des rendez-vous à votre place en votre absence. La Grande Faucheuse: Soit. Mais vous auriez pu vous taire et me laisser briller seul sous les projecteurs. Malgrélescritiques,vousavezdécidepublier ànouveau quelques-unes desannalesdela Mort.Ce projetn’est-ilpasrisq? La Grande Faucheuse: Bien sûr que non. Je suis certain que même si je décidais de faire lire cette interview aux mortels, ils ne comprendraient toujours pas que je suis bien l’instigateur de ce projet. Il a su à Josiane d’inventer un auteur factice barbant à mourir... Il n’y verront que du feu. Josiane: J’ai passé du temps à inventer cet auteur ! La Grande Faucheuse: Oui, et bien il est chiant votre personnage Josiane. Ilsemble malgré toutfonctionner... La Grande Faucheuse: Vous êtes dans quel camp vous ? Josiane: Merci Mademoiselle je...
La Grande Faucheuse: Prochaine question ! Ou votre article risque d’être aussi marrant à lire que la notice d’un four crématoire. Pourquoiavoirdécidédentreprendrelapublicationdesannales ? La Grande Faucheuse: Et bien voyez-vous, je prenais du bon temps en relisant de vieux mortuaires la semaine dernière et... Josiane: Vous disiez avoir un rhume ! La Grande Faucheuse: Oh, n’en faîtes pas tout un plat... Josiane: J’ai été obligée de prendre tous vos rendez-vous ! La Grande Faucheuse: Ne me dîtes pas que vous n’avez pas aimé ça Josiane ! Je vous ai vue avec ce vieil Albert à la pause déjeuner. À peine était-il passé sous les roues d’un bus que vous lui tourniez déjà autour. Josiane: Pour qui me prenez-vous Monsieur ? La Grande Faucheuse: Vous êtes une gourgandine Josiane, tout le monde le sait. Inressons-nous àvotreprojet sivouslevoulez-bien... La Grande Faucheuse: Bien sûr. Pardonnez le manque de savoir vivre de mon assistante. Il m’est récemment apparu que les mortels avaient pris la fâcheuse habitude de se fourvoyer dans de sombres et abracadabrantesques mythes. Vous imaginez bien que chez eux, ma réputation n’est pas des plus reluisantes et il m’a semblé que le temps était venu pour moi d’intervenir, et de prouver que sous cette carcasse poussiéreuse battait un cœur aussi juste que compatissant. Josiane: La jeune femme à laquelle vous avez fait croire qu’elle allait être réincarnée en pomme de terre ne vous dira probablement pas le contraire... Souhaitez-vousfaireunedernreclarationavant declorecetteinterview? La Grande Faucheuse: Vous, mortels, qui aurez ce livre entre les mains : il ne sera à vos yeux que l’invention d’un auteur dont le nom n’aura été créé que pour co uvrir mes arrières. Peut-être, néanmoins, quelles que puissent être vos croyances, vous reconnaîtrez-vous dans les pages noircies que je vous offre. Josiane: Je n’ai rien à rajouter à cela. La Grande Faucheuse: Vraiment ? Josiane: Cela me semblait juste. La Grande Faucheuse: Vous êtes un chou.
LAPETITE FILLE QUI AVAIT FAIT PLEURER LA MORT Commentaire de la Grande Faucheuse :Les Faucheurs ont tous été confrontés à des mortels bien différents les uns des autres. Cette histoire très particulière est celle de l’un de mes employés, qui a vu son existence de Faucheur changer radicalement après cette rencontre...
Il m’arrive souvent de me retourner sur ma vie. Car si elle se révèle quelque peu atypique, je dois bien avouer que, comme tout un chacun, j’évolue au gré des événements et rencontres qui la parsèment. En parlant de rencontres, je ne peux m’empêcher d’en évoquer une. Celle qui a marqué au fer rouge ce court instant de ma vie qui aurait dû ressembler aux autres. Car le nombre de personnes qui m’ont donné la main est incalculable… Rien de moins logique, me direz-vous, lorsque l’on est Faucheur d’âmes. Alors elle, qu’avait-elle de spécial ? Pour mieux comprendre, laissez-moi vous raconter son histoire… Mercredi matin. Le ciel était clair. Le long boulevard très peu fréquenté. C’est là que je me suis installé pour y attendre la prochaine personne de ma liste : Emilie Ericson. Son sort ? Percutée par une voiture à 8h32 et vingt-six secondes exactement. Elle est arrivée à l’heure attendue, tandis qu’au loin, le chau4ard qui devait mettre 5n à sa vie cherchait sa cigarette, qu’il avait malencontreusement laissé tomber sous son siège. Emilie Ericson, sept ans, fauchée par un imprudent qui aurait tout sacrifié pour sa dose du matin. Je me garde de tout commentaire. Emilie apprécie le ciel, le soleil, les arbres qui dansent. Elle sautille, s’apprête à traverser. À cet instant, il est 8h31. Une minute et tout s’arrête sans prévenir. La voiture accélère sans que le chau4eur ne s’en rende vraiment compte. Emilie aussi. Elle traverse, con5ante, ce boulevard qui ne lui semble pas dangereux. Le moteur vrombit mais elle n’y fait pas attention. Le chant des oiseaux est plus beau. 8h32. Elle ralentit, alarmée par ce curieux instinct qu’elle ne comprend pas vraiment. Elle se tourne, se 5ge face à la voiture qui approche. Puis son regard se décale. Vers moi. Elle ne peut pas me voir, il ne s’agit que du hasard… Pourtant, à 8h32 et 21 secondes, Emilie Ericson hurle… — STOP ! Surpris, je fais la chose la plus inattendue possible… Je lui obéis. Cinq secondes avant que la petite 5lle soit percutée, le temps s’arrête. Le vent. Les oiseaux. Le cycliste au coin de la rue. La mère qui donne naissance à l’autre bout du monde. La voiture. Sans comprendre pourquoi, j’ai arrêté le temps pour une mortelle qui me l’avait demandé. Je pense à reprendre le cours des choses mais Emilie Ericson ne m’en laisse pas l’opportunité et court vers moi. Dans la paume de ma main droite, je sers ma faux. De l’autre, je rabats un peu plus ma capuche pour couvrir mon visage. — Tu es là parce que je vais mourir ? Les enfants en savent décidément trop. — Tu n’es pas censée ignorer qui je suis à ton âge ? — Je t’ai vue dans les livres ! Comme tu es graaande ! — Je suis un homme. Je soupire, impatient et plus troublé que je ne veux bien l’admettre. — Que veux-tu ? Pourquoi m’as-tu demandé de tout arrêter ? Cette fois, elle est inquiète. Emilie baisse les yeux, fronce les sourcils, puis me regarde à nouveau. — Je pensais à quelque chose… Et j’étais contente. Et là... On dirait bien que je ne la verrai jamais. Que veut-elle que je réponde ? Rien visiblement, puisqu’elle enchaîne. — Tu peux m’y emmener ? — Je suis désolé de te rappeler que cette voiture va devoir te renverser. Après ça, plus rien ! Je pensais que tu avais compris. — Oh pas besoin de me parler comme mon père ! J’ai compris ! Je veux que tu me montres ce que ça aurait été si je n’étais pas morte. — Hors de question. Tu n’as même pas le droit de me parler tant que tu es vivante. Alors dépêche-toi de passer sous les r… enfin dépêche-toi d’y aller. Ça ira vite. — Non. Pourquoi ai-je obéi à cette petite ? — Alors, tu m’y emmènes ? — Que veux-tu voir au juste ? Le mariage que tu ne vivras jamais ? L’enfant que tu n’auras pas eu le temps d’élever ? À sept ans, tu n’es pas censée connaître quoi que ce soit du masochisme ! Emilie croise les bras, bombe le torse et déclare : — Je ne dirai rien ! On va voir si t’es si puissant que ça ! Elle joue avec ma fierté… Cette petite a tout pigé. — Tu es consciente que le retour risque d’être brutal ?