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Les costumes, la mode et les uniformes dans l'oeuvre d'Hergé

De
98 pages
Au cours de ses nombreux voyages, de 1929 à 1976, Tintin n'hésite pas à se fondre parmi la population qui l'entoure en adoptant ses costumes. La lecture des albums des aventures de Tintin permet d'analyser presque un demi-siècle de mode vestimentaire en Europe et d'admirer des costumes venus des pays où Tintin était censé exercer son métier de reporter : en Amérique, en Asie, en Afrique. Hergé a mis un soin particulier à reproduire les vêtements de l'époque des habitants des pays traversés par son héros.
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Patrick Mérand
Les COSTUMES,
la MODE
et les UNIFORMES
dans l’Œuvre

d’HERGE
25, rue des Écoles • 75005 Paris
Tél. : 01 78 11 88 20 • www.editions-sepia.comDu même auteur, chez le même éditeur :
Le Lotus Bleu décrypté (en collaboration avec Li Xiaohan), 2009.
La Tintinophilie en 300 questions, 2014.
La Géographie et l’histoire dans l’œuvre d’Hergé, 2015.
Les Langues étrangères dans l’œuvre d’Hergé, 2015 (nouvelle édition revue
et augmentée, entièrement en couleurs).
Les Arts et les sciences dans l’œuvre d’Hergé, 2015.
Les moyens de transport et de communication dans l’œuvre d’Hergé, 2016.
Avis au lecteur
Afn de faciliter la lecture de cet ouvrage, voici les codes utilisés :
Les références des albums indiquent le numéro de la page et l’emplacement
de la case en partant de la ligne puis de la case dans la ligne.
Par exemple, p. 18-2A signife : page 18 de l’album, deuxième ligne, première case.
NOTE
Certaines informations concernant la mode, les costumes ou les uniformes
sont communes à plusieurs albums. Nous avons choisi d’en parler dans
celui qui nous a semblé être le plus important.
Note : si, malgré notre recherche, certains ayants-droits d’illustration ne sont pas
clairement identifés, merci de nous en faire part pour régulariser la situation.
© Éditions Sépia, 2017.
ISBN : 979-1-03340-122-3
6Introduction
Hergé dans son époque : la mode change…
La lecture des albums des aventures de Tintin permet d’analyser non
seulement presque un demi-siècle de mode vestimentaire en Europe
mais, en plus, d’admirer des costumes venus des continents où notre
héros était censé exercer son métier de reporter : en Amérique, en Asie,
en Afrique.
Certes, Hergé n’avait pas fait beaucoup de tourisme en créant son
œuvre ; son premier voyage en Amérique date de 1971, près de
quarante ans après la parution de Tintin en Amérique en feuilleton dans
Le Petit Vingtième. Mais il s’était documenté énormément, à partir du
Lotus Bleu, au point de fournir des éléments d’une fabilité étonnante.
Les « déguisements » des Dupondt, qu’ils soient grecs, chinois, suisses
ou arabes ont le mérite, par-delà la caricature et l’effet de gag, de
représenter une réalité, certes décalée, mais bien précise.
De même, les costumes utilisés par les amateurs d’opéra sortent tout
droit des armoires de nos aïeux : on n’allait pas au théâtre en tenue de
ville dans les années 1950, que ce soit à Bruxelles ou dans la capitale
bordure !
L’importance des couvre-chefs refète aussi la mode de l’époque : nous
avons recensé pas moins de trente chapeaux en tous genres d’origine,
de forme et d’usage différents.
Tintin lui-même avait l’art d’adopter sans aucune diffculté les costumes
des populations qu’il visitait. Il semble aussi à l’aise en chinois qu’en
cow-boy, en écossais, en offcier de l’armée du général Alcazar que dans
le costume, plus rare, d’astronaute ! Sans parler de ses déguisements
destinés à passer inaperçu.
Les uniformes militaires sont multiples, entre autres celui de la
gendarmerie belge, fdèlement reproduit ; les soldats et offciers japonais
du Lotus Bleu sont plus vrais que nature : là encore la documentation
est étonnante.
Les costumes de théâtre sont, eux aussi, tout à fait conformes : il nous
a semblé utile de rappeler pourquoi la Castafore arbore ses longues
nattes blondes, ou pourquoi la panoplie de l’horrible Rastapopoulos n’a
pas été choisie au hasard dans l’avant-dernier album.
Vous avez trouvé une information utile qui ne fgure pas dans ce modeste
ouvrage ? Merci de nous en faire part. Nous en tiendrons compte pour
une édition ultérieure. Vous avez noté une inexactitude ou même une
erreur : encore merci de nous la signaler. Hergé lui-même reconnaissait
que tout le monde a droit à l’erreur à condition de ne pas s’y enfermer.
En réalisant ce nouveau livre, nous espérons donner envie aux lecteurs
de se replonger dans les aventures de Tintin et d’y apprécier toute
la fnesse des détails parsemés par Hergé au fl des cases. Même le
lecteur « tintinophile » qui connaît les albums « par cœur » devrait
trouver, à travers ces quelques pages, de nouvelles raisons d’apprécier
son héros et le père de ce dernier !
3TINTIN
AU PAYS
DES SOVIETS
L’imagerie populaire en Belgique (et dans
de nombreux pays d’Europe !) consistait
à présenter les habitants de l’ancienne
Union Soviétique avec des costumes
de cosaques et des couvre-chefs en
fourrure. Hergé ne fait pas exception.
Attention : pour cet album, la nouvelle
version en couleurs de 2017 n’est pas
paginée comme la version en noir et
blanc. Nous avons choisi la version
originale en noir et blanc.
Le costume des cosaques est facilement
identifable grâce aux cartouchières
placées sur la poitrine (p. 93, 97, 98).
Dessin de I. Chartier, dictionnaire Larousse 1930.
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© mozZz. Fotolia.
(DP).
TINTIN AU PAYS DES SOVIETS
1Clin d’œil à Louis Forton, ses Pieds Nickelés
et son Bibi Fricotin
Hergé a sans doute été infuencé dans ses premiers albums par les auteurs
d’« illustrés » de son époque. Les aventures des Pieds Nickelés et de Bibi Fricotin
créées par Louis Forton (1879-1934) présentent des personnages à la mode de
l’époque, costumes à carreaux, pantalons de golf, casquette, etc. que l’on retrouve
dans Tintin au pays des Soviets (p. 4 et suiv.).
Shako des Schupo
La police allemande (Schutzpolizei) fut créée en 1872
et dès cette date elle adopta un couvre-chef avec
visière, le shako (mot d’origine hongroise). Le shako
a une forme de cylindre asymétrique qui descend sur
la nuque ; il est fabriqué en cuir et porte les armes de
la région d’appartenance (p. 6 à 11, 120, 122, 132,
135, 136) du soldat qui le porte. Il a coiffé de
nombreuses armées et est encore visible
sur la tête des Saints-Cyriens ou des Gardes
républicains en France.
L’armée prussienne fut
l’une des premières à
utiliser des couvre-chefs qui
ressemblaient plus à des
casquettes qu’à des bonnets
de fourrure (p. 6 à 11, 120,
122, 132, 135, 136).
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Au début des années
1930, Tintin n’était pas le
seul à porter un costume
à carreaux avec pantalon
de golf (p. 4 et suiv.).
Dessin : Louis Forton.
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TINTIN AU PAYS DES SOVIETS
(DP).
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gCasquette
eL’origine de la casquette se situe au début du XIX siècle. Elle fut adoptée dans le
nord de la France (et en Belgique), dans les milieux modestes du pays minier. Elle
avait d’abord été utilisée par de nombreuses armées en remplacement des képis
devenus trop fragiles et encombrants. Seule, la France avait conservé les képis qui
sont d’ailleurs encore en usage.
Tintin porte une casquette au tout début de l’album (p. 14-3B).
Les militaires soviétiques qui arrêtent Tintin portent des casquettes à visière (p. 77 et
suiv.). Ce furent d’ailleurs les premiers militaires à utiliser ce type de couvre-chef.
Chapeaux russes…
Le chapeau en laine du Caucase ou en fourrure de mouton s’appelle un papakha. On
le voit porté par un personnage (p. 83-1AB, 89-2B).
La chapka ou ouchanka comporte des oreillères qui sont attachées au-dessus de la
tête et rabattues en cas de très grand froid (p. 31-3B, 32). Étant donné les températures
extrêmes en hiver en Russie, l’usage de la chapka est très répandu, même pour
l’armée. Ces chapkas étaient traditionnellement en mouton mais désormais elles sont
fabriquées en laine synthétique
La chapka, apanage de
l’archétype du Russe ?
(p. 31-3B, 32)
Habit de cosaque
Les cartouchières sont caractéristiques du
costume cosaque (p. 94 et suiv.). Elles devaient
permettre d’introduire des tubes de poudre. Le
manteau, très ample, sans col et serré à la taille
est traditionnel dans le Caucase. Il s’appelle la
tcherkeska. Il pouvait être rouge vif ; chaque
armée cosaque avait une couleur qui lui était
propre. Dans la version récente en couleurs, les
coloristes ont choisi une couleur kaki qui n’était
pas la plus répandue. Le cosaque porte une
papahka certainement en fourrure de mouton.
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TINTIN AU PAYS DES SOVIETS
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©Hergé a représenté les badges sur l’épaule droite
du scout, ainsi que les fots (signe d’appartenance
à une patrouille donnée) sur l’épaule gauche
(p. 141-3 à l’extrême droite).
Dessin R. Goulier.
Uniforme scout
Hergé a toujours revendiqué son appartenance au mouvement scout. Tintin se
débrouille de toutes les situations et il serait presque enclin à « sourire et chanter
dans les diffcultés » comme l’énonce la loi scoute. Il est donc naturel qu’il représente
un scout et un louveteau (la branche plus jeune des scouts d’alors) à la fn de l’album
(p. 141-2B). L’uniforme scout est composé d’une culotte courte (de rigueur même en
hiver), d’une chemise, d’un foulard à la couleur de la troupe et d’un chapeau
quatrebosses. Le louveteau porte un uniforme bleu marine assorti d’un béret sur lequel on
distingue nettement l’effgie d’un loup. Les cheftaines qui encadraient les louveteaux
portaient le nom des personnages du Livre de la jungle : Akela, le nom du chef de la
meute de Kipling, était donné à la responsable de la meute des louveteaux.
La combinaison d’aviateur
Tintin a de la chance : il trouve une tenue d’aviateur avant « d’emprunter » un avion.
Combinaison et longues moufes fourrés, casque léger en cuir et lunettes, cuissardes
en peau (p. 111-3A et suiv.). La combinaison d’aviateur est, en fait, née aux
ÉtatsUnis à la fn des années 1920 pour permettre aux pilotes de résister au froid quand
leur avion volait en altitude, car aux premiers temps de l’aviation, la cabine n’était pas
fermée, et ne protégeait pas des orages (p. 113).
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(DR).
(DR).
TINTIN AU PAYS DES SOVIETS
1TINTIN
AU CONGO
Hergé n’avait pas mis les pieds au Congo : hélas,
le lecteur peut s’en apercevoir en lisant son album
le plus controversé ! Les costumes africains dessinés
obéissent davantage au souci de correspondre à
l’imaginaire de l’époque plutôt qu’à refléter la réalité.
Le salacot…
Le casque colonial ou « salacot » apparaît en Afrique au
ecours de la colonisation, vers le milieu du XIX siècle.
Il était le plus souvent fabriqué en liège, très léger, il
isolait bien de la chaleur. Presque tous les Européens
l’avaient adopté dans les pays colonisés qui se trouvaient
sous les tropiques : les militaires, les administrateurs, les En Afrique, à cette époque,
presque tous les Européens civils et même les ecclésiastiques. Le missionnaire qui accueille
portaient un casque colonial Tintin n’échappe pas à la règle (p. 33-4B et suiv.).
(couv. et p. 11-4AB et suiv.).
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© Billy184
TINTIN AU CONGO
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