Les héros oubliés - Tome 1

Les héros oubliés - Tome 1

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Livres
148 pages

Description

Depuis l’enfance, Romain est chargé d’une étrange mission : mémoriser tous les mythes afin de préserver leurs héros de l’oubli. Comme ultime épreuve, le garçon est envoyé sans explication sur l’île Pyborrhée chez son parrain, Gaius. Là, Romain est le témoin de phénomènes mystérieux et se retrouve brutalement plongé au cœur de ces légendes…


 


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Ajouté le 04 mars 2015
Nombre de lectures 2
EAN13 9782330049812
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
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40 mercis à Florence pour le défi!
www.actessudjunior.fr
© Actes Sud, 2015 ISBN : 9782330049829 Loi 49956 du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse.
GAËL AYMON
LES HÉROS OUBLIÉS AUX PORTES DE L’OUBLITOME 1
ACTES SUDjunior
1
UNE SECOUSSE ME PLAQUE CONTRE LA VITREsur laquelle les vagues se fracassent. Le bateau affronte une houle infernale. Je n’ai pas le pied marin mais là, c’est pire que tout. Mon estomac remonte dans ma gorge en même temps que le bateau semble plonger de dix mètres. La lumière clignote avant de s’éteindre. Une vague plus haute que toutes les autres se dresse devant nous. Le bateau ne va jamais résister ! Le choc nous secoue dans tous les sens. La coque grince et craque. Mes pieds sont trempés. L’eau est en train de s’infiltrer dans la cabine déserte ! Et puis le bateau refait surface. L’ampoule se rallume audessus de moi. Je reprends mon souffle. Le hautparleur se réveille dans un grésillement. La voix du capitaine annonce, rien que pour moi : — Nous arrivons en vue de l’île Pyborrhée, notre destination. N’oubliez pas vos affaires avant de des cendre. Nous espérons que vous avez passé un agréable voyage. Unagréable voyage, alors qu’on vient d’échapper à un naufrage ?
7
La mer et le ciel se séparent lentement pour dévoi ler des falaises sinistres, fouettées par la pluie. Mon courage m’abandonne à l’idée de l’épreuve qui m’at tend. Je serais capable d’affronter une nouvelle tempête pour retourner tout de suite sur le continent. Dans la grisaille, j’aperçois la lueur du phare. L’estomac noué, je ramasse mon sac à dos. Sur la jetée, une tache jaune s’avance vers moi en fendant les nuées. Gaius me donne une brève accolade : — Content de te voir arriver sain et sauf, Romain ! Les trombes d’eau rendent la digue glissante. La jetée grimpe en pente raide entre les rochers. Par ce temps, c’est comme remonter une rivière. J’essaie de rattraper mon parrain. À travers les gouttes qui ruis sellent de ma capuche, je distingue la forme des bâti ments, un peu plus haut. Le phare me guide vers la maison de Gaius. Je presse le pas pour atteindre la porte qu’il retient ouverte pour moi.
La salle principale est aussi rustique que dans mes souvenirs. Je me rappelle tout de suite le contact des draps humides et salés qui m’attendent dans ma chambre, à l’étage. Gaius m’observe, son sourire caché dans les poils blanc et roux de sa barbe. Comme tout le monde, il regarde alternativement mon œil droit et mon œil gauche, sans parvenir à décider sur lequel se fixer. J’ai l’habitude. J’ai les yeux vairons : noir à droite, vert à gauche. Impossible d’engager une conversation avec qui que ce soit sans ce moment de malaise et d’hésitation. — Tu as bien grandi depuis la dernière fois.
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Je me retiens de répondre que c’est normal de gran dir entre sept et quatorze ans. Même si je suis plutôt petit pour mon âge. Le visage de Gaius a déjà retrouvé son air grave. La fatigue me pique les yeux. — En tout cas, tu es toujours aussi maigrelet. Viens manger quelque chose avant de te coucher. Je te con seille de faire la grasse matinée, demain matin. Car ensuite, nous nous mettrons au travail. Un bol de soupe aux choux m’attend sur la table du salon. Gaius reste debout à me regarder manger. — Ah ! Je te présente Hazel. Répondant à son appel, une chatte noire bondit sur la table, à côté de mon bol. Son museau pointu et son poil luisant évoquent plutôt une otarie sur pattes. À en juger par l’état du vieux canapé en cuir qui encombre la pièce, Hazel fait ses griffes ici depuis de longues années. Question confort de vie moderne, c’est plutôt le Moyen Âge. Je ne suis pas sûr qu’il y ait l’électricité dans les autres maisons non plus. Gaius me parle de la journée de demain mais je n’arrive plus à l’entendre. Mes oreilles bourdonnent, ma tête tourne. Pas de retour en arrière possible. Je sens que ça va être dur.
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2
LA LAMPE À PÉTROLE S’EST ÉTEINTEpendant mon sommeil. Le bruit qui m’a réveillé est tout proche. Mais qu’estce que c’est ? Je tâtonne jusqu’à trouver mon portable sur la table de nuit. Je l’allume en me félicitant d’avoir économisé la batterie. Je me lève tout doucement. Je me glisse dans l’escalier. Ça vient d’en bas. Je décide de poursuivre dans le noir, la lumière de mon téléphone pourrait me trahir. La dernière marche grince lorsque j’arrive sur le seuil de la porte d’en trée. La lueur du poêle me parvient depuis le salon, sur ma gauche. Mais le bruit vient de l’autre côté. Je passe mes mains sur les pierres poisseuses du mur en essayant de me remémorer l’extérieur de la maison. Derrière ce mur, collé au bâtiment, il y a le phare. Je presse mon oreille contre la paroi. Ce n’est ni le cri d’un animal ni le bruit du vent. On dirait plutôt une voix ou… des sanglots ! Qui peut bien pleurer dans le phare à cette heure ? Je sursaute en sentant quelque chose se glisser le long de ma jambe. Je me retourne d’un coup. Deux yeux phosphorescents brillent à mes pieds. Hazel ! Mon cœur a fait un triple salto dans
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