Les jours de papier
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Description

Dans cette société du futur proche, en Provence entre ciel et garrigue Hélène et Oscar s'aiment passionnément. Qu'importent les aspects totalitaires régulant la vie des individus, puisqu'ils s'aiment ! Ce roman fleure bon les senteurs de Provence et ses personnages ont l'accent et l'allure pagnolesque. Inhumanité des temps et force des sentiments ; l'espoir renaît des rencontres métisses impromptues, de l'amitié et du partage dans la douleur et les francs éclats de rire.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 février 2011
Nombre de lectures 30
EAN13 9782296453326
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0112€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Littératures, une collection dirigée par Daniel Cohen

Littératures est une collection ouverte, tout entière, à l’écrire, quelle qu’en soit la forme : roman, récit, nouvelles, autofiction, journal ; démarche éditoriale aussi vieille que l’édition elle-même. S’il est difficile de blâmer les ténors de celle-ci d’avoir eu le goût des genres qui lui ont rallié un large public, il reste que prescripteurs ici, concepteurs de la forme romanesque là, comptables de ces prescriptions et de ces conceptions ailleurs, ont, jusqu’à un degré critique, asséché le vivier des talents. L’approche de Littératures, chez Orizons, est simple il eût été vain de l’indiquer en d’autres temps : publier des auteurs que leur force personnelle, leur attachement aux formes multiples du littéraire, ont conduits au désir de faire partager leur expérience intérieure. Du texte dépouillé à l’écrit porté par le souffle de l’aventure mentale et physique, nous vénérons, entre tous les critères supposant déterminer l’œuvre littéraire, le style.
Flaubert écrivant : « J’estime par-dessus tout d’abord le style, et ensuite le vrai », il savait avoir raison contre tous les dépérissements. Nous en faisons notre credo. D.C.
Dans la même collection, dernières parutions

Marcel Baraffe, Brume de sang , 2009
Jean-Pierre Barbier-Jardet, Et Cætera , 2009
Jean-Pierre Barbier-Jardet, Amarré à un corps-mort , 2010
François G. Bussac, Les garçons sensibles , 2010
François G. Bussac, Nouvelles de la rue Linné , 2010
Patrick Cardon, Le Grand Écart , 2010
Daniel Cohen, Eaux dérobées, 2010
Monique Lise Cohen, Le parchemin du désir , 2009
Raymond Espinose, Libertad , 2010
Pierre Fréha, Vieil Alger , 2009
Gérard Glatt, L’Impasse Héloïse , 2009
Charles Guerrin, La cérémonie des aveux , 2009
Olivier Larizza, La Cathédrale , 2010
Gérard Mansuy, Le Merveilleux , 2009
Lucette Mouline, Faux et usage de faux , 2009
Béatrix Ulysse, L’écho du corail perdu , 2009
Antoine de Vial, Debout près de la mer , 2009

Nos collections : Profils d’un classique, Cardinales, Domaine littéraire se corrèlent au substrat littéraire. Les autres, Philosophie La main d’Athéna, Homosexualités et même Témoins, ne peuvent pas y être étrangères. Voir notre site (décliné en page 2 de cet ouvrage).

ISBN 978-2-296-08727-9
© Orizons, Paris, 2011

Fabrication numérique : Actissia Services, 2012
Les jours de papier
Du même auteur


« L’armée comme lieu de promotion sociale ? Le cas des nouvelles catégories d’officiers issus des filières universitaires. » in Gresles F., Sociologie du milieu militaire , Paris L’Harmattan, 2005.
« Australie », Collaboration à l’ouvrage de Laplantine F., et Nous A., Métissages, Pauvert, Librairie Arthème Fayard, 2001.
Les gars de la marine. Ethnologie d’un navire de guerre , A-M. Métaillié, 1997.
Femmes de parole. Une ethnologie de la voyance , Paris, A-M. Métaillié, 1997.
Adieu, mon ange , Paris L’Harmattan, 2009.
Serge Dufoulon


Les jours de papier
Chapitre I
L ’air brûlant à cette heure de la journée bruissait de la litanie insondable des cigales et de quelques vrombissements de mouches en quête d’une merde. Elle s’avança vers la porte entrouverte. À l’intérieur du cabanon de pierres sèches, il faisait frais. Ses yeux s’accoutumèrent peu à peu à la pénombre. Elle l’aperçut allongé sur un vieux canapé. Les bras rejetés en arrière supportant la tête, il était nu, endormi, sur son bassin un tee-shirt pâle tentait de recouvrir maladroitement son pubis. Il dormait profondément. Personne ne l’attendait et il n’attendait personne, d’ailleurs ici personne n’attend jamais personne.
Sur le seuil, la jeune femme fit glisser ses espadrilles et s’engagea dans la pièce en prenant soin de ne faire aucun bruit. La vue de cet homme abandonné à sa sieste, si vulnérable et serein, éveillait en elle de la tendresse mêlée d’un désir incertain. Elle s’agenouilla lentement vers le corps de l’homme, le détailla. Elle se pencha et souffla doucement sur le coin du tee-shirt recouvrant partiellement l’intimité soudain dévoilée. Le dormeur frémit comme sous l’effet d’un courant d’air. Il déploya sa jambe gauche tandis que la droite se repliait contre le dossier du canapé et sa tête s’inclina complètement sur son aisselle droite. La jeune femme huma l’odeur de sa peau. Elle fut surprise en ce lieu insalubre de la délicatesse vanillée presque sucrée des senteurs qui se dégageaient de ce corps d’homme qu’elle n’osait pas toucher. Elle savait que le moindre mouvement brusque ou saccadé aurait eu pour effet de rompre l’enchantement et le mystère qui les reliait l’un à l’autre.
Les lèvres de la jeune femme effleuraient maintenant les poils pubiens. De ses doigts fins, elle redressa délicatement la verge nonchalante. Elle referma imperceptiblement sa bouche autour de cette chair tendre. L’homme frémit mais ne s’éveilla pas. Le plaisir de la femme était intense. Par cette prise, elle le savait à sa merci comme si toute la vie de cet homme était concentrée dans son sexe. Dans sa bouche chaude, elle percevait des pulsations d’abord hésitantes, puis plus appuyées… Peu à peu la verge se durcit. Les yeux de la jeune femme pétillaient tandis que la douce étreinte autour de ce sexe rempli de vigueur se relâcha et que ses lèvres esquissaient un sourire carnassier triomphant, elle le possédait ! Elle devenait sa source de vie. C’était elle qui le générait et il ne s’en doutait pas. Abandonnée à sa jouissance, elle en oublia presque le corps assoupi lorsqu’un mouvement alangui du dormeur l’informa de son réveil imminent. Sans précipitation, elle recouvrit délicatement le pubis de l’homme avec le pan du tee-shirt et prit du recul, comme si elle venait d’arriver, comme si elle le voyait pour la première fois. Il s’étira et ouvrit les yeux…
Sur le seuil du cabanon, forme sombre en contre-jour nimbée d’une aura de lumière crue, elle était toujours immobile. Avaient-ils rêvé ? Quel artiste avait écrit ce prélude amoureux ? Lui ? Elle ? Qu’importait, elle était là et lui souriait tendrement avec un rien de malice dans les yeux.
« Hélène ?… C’est toi… Je t’avais dit de ne pas venir avant un certain temps, grogna-t-il… Tu dois récupérer d’abord et puis… Je n’aime pas être surpris… »
En se redressant, il réalisa soudain l’excitation qui sourdait sous le tissu trop court pour masquer sa virilité. Il tenta maladroitement de voiler sa nudité sous le regard amusé de la jeune femme. Il bredouilla qu’il avait dû faire un rêve, se leva en lui tournant le dos, saisit un blue-jean élimé posé sur la chaise à côté du canapé et l’enfila prestement. Torse nu, il se tourna vers Hélène qui pouffait de rire. Il l’attrapa, l’enlaça en effleurant les lèvres sensuelles offertes gracieusement et proposa.
« Tu veux un café… Je dois en rapporter, je n’en ai presque plus.
On s’installe dehors sous la tonnelle, il fait si bon. »
Il acquiesça. Pendant qu’il préparait le café sur la vieille cuisinière à bois, Hélène ouvrit grand la porte et la petite fenêtre afin de laisser la lumière blanche inonder la pièce en pierres sans confort. Quelques grossières étagères fixées contre les murs supportaient des livres, des provisions, une tresse d’ail pendante ou encore, des couverts et un peu de vaisselle. Contre un mur béait une cheminée au foyer rempli de cendres froides et au fond, à droite, une porte rustique laissait deviner une autre pièce qui devait être une petite chambre. D’abord marmonnant, Oscar se fit plus véhément.
« Merde ! Tu me fais peur à te hasarder par ici Hélène… S’il t’arrivait un accident sur ces chemins rocailleux et escarpés, comment te retrouverait-on ?… Et si tu étais suivie, je ne serais plus tranquille. »
Il hésitait entre la colère et la joie de la revoir.
« Je sais ce que je fais, coupa-t-elle fortement sur un ton rebelle. Et puis, j’ai un service important à te demander. Je t’en parlerai plus tard. »
Il la contemplait, soudain radouci, et répondit amoureusement :
« Tu es merveilleuse Hélène et je ne supporterais pas l’idée que tu prennes des risques avec ta santé… Tu comprends, je n’aime pas que tu mettes ta vie en danger sur ces chemins caillouteux et difficiles pour venir me voir… J’ai l’impression que tu joues… Que la vie n’est qu’un jeu pour toi.
C’est un peu ça, dit-elle avec une mimique enfantine. »
Il se sentait maladroit et trébuchait sur les mots, il est vrai que la parole et les grands discours n’étaient pas son fort. Il lui saisit délicatement la main et la porta à ses lèvres. Elle l’aimait et lui souriait de ses yeux turquoise mi-clos. Elle l’embrassa passionnément. Ce baiser avait l’intensité de la morsure du soleil sur son visage et la légèreté de la brise parcourant ses longs cheveux blonds-roux. Dieu qu’elle était belle et attirante ! Pour lui, elle était comme un feu follet pétillant d’esprit et de sensualité. Hélène semblait glisser sur la vie et seul un regard averti permettait de prendre la mesure de ce que ses vingt-huit ans ne disaient pas : cette femme avait la maturité d’une falaise polie par le ressac des vagues, altière et aiguisée, infranchissable, elle mettait l’homme en demeure d’être au mieux de lui-même, humble et divin, gémissant et puissant.
Sous la tonnelle, il faisait frais. La vigne sauvage s’accrochait mollement aux arceaux de fer rongés par la rouille et, loin là-bas, la vallée était noyée dans la brume de chaleur qui donnait au paysage des allures de mirages flottants. Perdus dans leur commune rêverie amoureuse, épaule contre épaule, ils contemplaient cette nature désordonnée que la fin de l’été rendait poussiéreuse. Hélène posa délicatement sa tasse sur la table de chêne massif et suggéra en souriant :
« Accompagne-moi… Oscar je t’ai dit que j’ai un service à te demander. »
Ils se levèrent. Oscar prit sa main et sourit tendrement, il savait qu’elle avait besoin de marcher lorsqu’elle abordait un sujet délicat. Il la sentait préoccupée, mais il n’aurait jamais pu imaginer où l’entraînerait sa demande. Ils flânèrent autour du cabanon de pierres, s’arrêtant devant le petit potager dans lequel Oscar faisait pousser quelques légumes, des salades, des petits piments rouges et des herbes aromatiques. C’était « la vieille Yasmin », sa mère adoptive, qui lui avait appris à survivre dans cette nature sauvage et à travailler ce maigre carré de terre sur ce plateau rocheux. Pour le protéger, elle était venue vivre ici loin de tout. Elle reposait maintenant sous un tertre, un peu plus, loin contre le sentier qui conduisait vers la vallée, à l’ombre d’un micocoulier noueux dont le feuillage semblait se prosterner à ses pieds. Oscar aimait venir se recueillir ici avec Hélène en s’asseyant à même les grosses pierres plates qui plaquaient la terre sur les maigres restes de celle qui l’avait élevé avec amour. Ils mûrissaient alors leurs réflexions et parlaient de choses sérieuses.
À l’ombre d’un abri de planches, le cheval d’Hélène se reposait un sabot en danseuse tandis que l’âne d’Oscar les yeux mi-clos somnolait allongé sur la paille jaunie qui lui servait de litière. En un mouvement sec et ample, les deux animaux chassaient régulièrement de leur queue les mouches qui les agaçaient. Pour accéder au plateau et se déplacer dans les sentiers incertains qui traversaient le maquis, l’âne et le cheval étaient des auxiliaires précieux. On ne pouvait trouver de meilleurs moyens de locomotion. La vieille se servait toujours de son âne pour aller chercher du bois ou des vivres dans la vallée et aujourd’hui Oscar faisait de même.
Hélène fixa son amant avec une intensité grave. Il sentait qu’elle allait parler. Il l’encouragea en prenant sa main, sans quitter son regard. La jeune femme appréciait l’infinie douceur et la patience qu’Oscar manifestait à son endroit, mais elle connaissait également sa détermination et sa fermeté lorsque les évènements l’exigeaient. Elle semblait prendre son élan et hésiter, puis soudain elle lança avec force et défi :
« Oscar je veux que tu fasses un enfant à ma sœur !… Je sais que ma demande peut te paraître étrange ou déplacée, loufoque même…
Tu es folle ! »
Oscar réagit comme sous l’effet d’une brûlure violente. Il avait lâché brutalement la main d’Hélène, ces paroles provoquaient une confusion extrême dans sa tête. Il reprit son souffle, passa sa main sur le visage de la jeune femme.
« Tu dois avoir une bonne raison pour me demander ça…
Comme tu le sais, il y a deux ans ma sœur a eu un enfant. Son mari est mort dans un accident et cette année son enfant est décédé d’une immuno-déficience. Je t’en avais parlé… Rappelle-toi… »
Oscar plus calme hocha la tête l’invitant à poursuivre.
« Je pensais qu’elle surmonterait sa douleur et que la vie serait la plus forte, mais je me suis trompé. Elle est de plus en plus mal. Son désir d’enfant la ronge. Elle ne pense qu’à ça et devient renfermée, dépressive… J’ai peur qu’elle ne fasse un geste désespéré. »
Hélène fit une pause, observa son amant et reprit :
« Oscar, toi tu peux l’aider ! Elle n’a plus le droit d’avoir un enfant. Il n’y a que toi qui puisses lui redonner envie de vivre. »
Il la regardait incrédule.
« Tu es un homme, tu ne peux pas comprendre… Certaines femmes peuvent mourir d’un désir d’enfant…
Tu vas trop vite Hélène ! Il y a plusieurs questions qui me viennent à l’esprit. Tu ne lui as pas dit que je suis fertile au moins ? Tu sais ce que je risque ?
Il était embarrassé. Elle le sentit aux abois. Visiblement, il était sur la défensive.
Non je ne le lui ai pas encore dit. »
Oscar se détendit.
« En supposant que j’accepte… Il faudrait d’abord que je fasse l’amour avec elle. Ensuite qu’elle soit enceinte ce qui n’est pas toujours évident immédiatement. Enfin qu’elle explique autour d’elle d’où lui vient cette grossesse naturelle… Je n’ai aucune envie de faire l’amour avec elle, une fois ou plusieurs fois. Je ne l’aime pas… Je courrais bien trop de risques… Si elle me dénonçait, je serais arrêté immédiatement, dit-il fortement. »
Hélène percevait la peur l’effleurer insidieusement. Elle voulut le rassurer mais de la colère sourdait de ses propos.
« Tu me prends pour qui ? J’y ai songé à tout ce que tu dis. Je suis médecin, tu l’oublies ? Ne me prends pas pour ce que je ne suis pas. Je sais que ma demande peut te mettre en danger. Alors arrête de t’abriter derrière des propos prudents, socialement compatibles, dit-elle en grimaçant… Ça ne ressemble pas à l’homme que j’aime ! Je te demande seulement d’y penser sérieusement. »
Oscar s’emporta à son tour.
« Bon sang Hélène, tu es complètement folle ! Tu vas nous mettre dans un merdier énorme avec tes idées débiles ! La seule reproduction autorisée est le clonage, « un enfant par foyer » ! Tu l’as oublié ? Tu connais la loi mieux que moi ! »
Il se leva brusquement et gratta le sol nerveusement de son pied tandis qu’il s’absorbait dans l’observation des fourmis qui transportaient à force de mandibules une sauterelle verte morte.
« Ta sœur a eu un enfant qui est décédé et elle n’a plus de mari, ça fait deux bonnes raisons pour qu’elle n’ait plus droit de procréer ! dit-il d’un ton volontairement dur.
Oscar vient là. Assieds-toi, dit-elle l’attirant vers elle. »
Hélène se fit chatte. Elle lui prit la main.
« Tu as raison. C’est dangereux et si une grossesse naturelle est découverte, tu seras arrêté et… Tu iras en prison et je t’apporterais des oranges. »
Elle se moquait tendrement de son amant.
« Tu crois que j’ai envie de te perdre ? Et ma sœur, tu penses à elle ? Ils l’arrêteront aussi et lui prendront son enfant… Ce n’est pas ce que je veux ! »
Il la pressa contre son épaule. Elle se détendit leva ses yeux vers lui et implora doucement.
« Tu veux bien y penser Oscar, dis ? Si tu es d’accord sur l’idée, nous pouvons ensuite trouver des solutions. Si tu refuses nous n’en parlerons plus. »
Il la sentit fondre. Il connaissait bien Hélène, elle ne le lâcherait plus. Cette femme avait l’âme d’un traqueur aborigène et il ne pèserait pas lourd si elle avait décidé de marcher sur ses brisées.
« Je te promets d’y réfléchir, mais… Toi aussi Hélène pense-y, tu dois bien peser les conséquences… »
Le jeune homme sous des dehors réservés et tendres possédait une volonté farouche et un bon sens hors du commun qu’il avait acquis en vivant seul en pleine nature dans des conditions rigoureuses.
« Oscar, j’aimerais venir avec ma sœur Cécile la prochaine fois. Je souhaite te la présenter… »
Il se crispa.
« Écoute, je ne lui parlerai pas de cette conversation et de mon idée, d’accord… Tu la découvriras par toi-même comme ça.
Je veux bien mais ne lui dis rien avant que nous reparlions de tout ceci. »
L’après-midi touchait à sa fin. Les cigales hystériques jetaient désespérément leur musique stridulante avec plus de force dans le ciel vaporeux pour conjurer la marche lente de l’obscurité et la fraîcheur du soir. Combien de temps leur restait-il à vivre encore ? Oscar et Hélène se levèrent et marchèrent vers les pentes abruptes du plateau. Ils contemplaient les voiles dorés de la lumière du couchant strier le ciel vers Pertuis et plus loin, Aix-en-Provence. La Durance était presque à sec en cette saison. Alentour les feuilles des arbres frémissaient doucement et des traînées de nuages roses, puis de plus en plus rouges annonçaient que le Mistral se lèverait demain.
« Je dois y aller. Il est tard. Je ne reste pas ce soir. »
Oscar sourit l’embrassa amoureusement et l’entraîna vers l’abri de planche. Elle sella son cheval, tandis qu’Oscar flattait l’encolure de l’animal. La jeune femme se pressa contre son amant qui l’étreignit passionnément. Ils s’embrassèrent longuement avec force. Les amants s’écartèrent et se sourirent. Hélène se mit en selle, tendit sa main à Oscar qui la baisa. Elle talonna son cheval et disparut sans un mot sur le sentier qui longeait la dernière demeure de la vieille Yasmin. Oscar sentit le vide le saisir et il en eut le vertige. Il alla s’asseoir au bord du plateau, là où la vue portait loin. Il accompagnait son aimée.
Chapitre II
I l s’étira en bâillant. Un son rauque sortit de sa gorge en brisant le silence de la petite pièce sombre. Surpris, le jeune homme éclata de rire. Il se leva prestement, enfila un pantalon, une chemise beige de grosse toile et se rendit dans la pièce principale. Après avoir attisé les braises de la vieille cuisinière, il mit la cafetière en batterie. Il devait aller rendre visite aux Boyer là-bas dans la vallée. Il était temps de s’approvisionner en pétrole pour les lampes et en nourriture de base. Il songea que c’était toujours un bonheur de retrouver Jeannot, sa femme et ses enfants et de parler autour d’un repas copieux, un verre à la main.
Oscar fit sa toilette dehors en s’aspergeant au robinet. Contre le cabanon, il avait installé un lavabo, et juste au-dessus un réservoir de cent litres calé contre le toit. Ce bricolage lui procurait un minimum de confort pour sa toilette, sa lessive et la vaisselle. En automne, en hiver et au printemps, il découvrait son réservoir pour recueillir les eaux de pluie. Il ne pleuvait pas souvent, mais en abondance lorsque le temps tournait à l’Est. Ici les orages étaient violents et les averses drues. Il se souvint de la grande joie que la vieille Yasmin avait éprouvée à l’idée de ne plus traîner péniblement le seau d’eau tirée du puits.
Son café achevé, il se rendit vers l’abri. L’âne lui fit fête bruyamment et le poussa affectueusement de ses naseaux. Oscar le flatta en lui parlant tandis qu’il fixait le bât sur le dos de l’animal. Il y attacha un grand sac de toile qui servirait aux provisions, une outre pleine d’eau, l’enfourcha et tapota gentiment les flancs de l’animal en lui faisant prendre la direction du sentier. Deux lapins de garenne attrapés la veille gisaient au fond du sac.
Lorsqu’ils passèrent près du tertre, comme à chaque fois Oscar ne put s’empêcher d’avoir une pensée émue pour sa vieille Yasmin. Il l’avait aimée comme une mère et souvent il se surprenait à lui parler ainsi qu’il le faisait autrefois lorsqu’elle était encore en vie. Elle lui avait appris à vivre en ces lieux inhospitaliers. Heureux et comblé, Oscar ne désirait que ce qu’il avait déjà : sa montagne, son cabanon, son âne et par-dessus tout Hélène, son Hélène. Bercé par le pas de sa monture qui descendait prudemment le sentier en pente, il contemplait son visage rayonnant et son sourire. Sans effort, il pouvait sentir la fraîcheur et le moelleux de ses lèvres contre les siennes.
En hiver, au cours d’une de ses nombreuses randonnées équestres, Hélène avait débouché sur le plateau par hasard. La jeune femme fut surprise de trouver ce cabanon qui ne figurait sur aucune carte. Sa stupeur fut à son comble quand, surgissant des chênes kermès, un homme se projeta souplement devant son cheval et lui arracha la bride des mains. Elle lui avait aussitôt décoché un coup de pied en pleine poitrine qui l’envoya bouler au sol. Sur le dos, il avait l’air d’une tortue décontenancée, si ridicule qu’elle ne put retenir un éclat de rire franc et bruyant. Maladroitement, il avait bredouillé quelques mots, peut-être des excuses, qu’elle n’avait pas entendus ou compris. Elle avait demandé si son cheval et elle-même pouvaient boire un peu d’eau. Ils avaient fait connaissance. Elle était née un 25 décembre. Il pensa à un cadeau de Noël que la destinée lui avait adressé. Ils ne s’étaient plus quittés. Chaque fois que ses obligations professionnelles le lui permettaient, elle le rejoignait.
L’âne trottinait dans la chaleur sans se soucier de la rêverie de son maître bercé par le mouvement de ses reins. Au moindre souffle d’air, les senteurs de romarin et de thym enivraient le jeune homme. Le vieux Jeannot et sa famille habitaient vers Buoux. Ils n’avaient pas voulu quitter leur ferme quand « l’incident de Cadarache », comme disaient les officiels, avait fait fuir tous les gens qui vivaient par ici de l’autre côté de la Durance. Oscar était chez lui, dans sa famille avec Jeannot, son épouse Magali, sa fille Laure et son fils André. Parfois, il leur rendait visite. Il restait un jour ou deux en écoutant les nouvelles de la vallée puis il repartait vers ses cimes. Là-haut, dans cette nature sauvage, il se sentait en sécurité et vivait à son rythme.
Il réalisa qu’il arrivait à Sivergues ou du moins ce qu’il en restait. Seuls les murs de la petite chapelle en piteux état persistaient à résister aux attaques du temps. Alentour ce n’étaient que ruines et pierres. Il y avait bien longtemps que ce petit village était silencieux. Les herbes folles avaient recouvert les anciens chemins en prenant pension sur les restes que les villageois dans leur précipitation n’avaient pu emporter avec eux. De ses talons, il pressa sa monture. Buoux n’était plus très loin. Oscar engagea l’âne sur une pente menant vers un vallon boisé de buis, de chênes et d’arbousiers. Les branches des arbres s’accrochaient à l’animal mais ne le retenaient pas. Le vieux serviteur était habitué à ces courses dans le maquis avec son maître. L’animal humait déjà la fraîcheur de l’Aïgue qui coulait plus bas. Ils débouchèrent près de la rivière. En cette saison, l’eau était rare. Elle s’écoulait paresseusement entre les pierres et les branches mortes qui encombraient le lit de l’onde. Par endroits, des trous plus profonds formaient des vasques polies qui retenaient quelques truites prisonnières jusqu’aux prochaines pluies. Écrasé par la chaleur, Oscar n’y tenant plus sauta sur la berge. Il ôta ses chaussures et ses habits avant de se jeter à l’eau tandis que l’âne s’abreuvait longuement. L’eau lui arrivait à la taille. Le jeune homme s’aspergea tout le corps.
Le bain improvisé achevé, Oscar marcha en tenant l’âne par la bride. Souvent, le chemin escarpé au bord de l’eau, les obligeait à longer des rochers et à éviter des branches basses de chênes et d’acacias. Ils passèrent à proximité de grottes qui avaient été d’anciennes maisons troglodytes. Lorsqu’elles étaient habitées, un simple mur de pierres fermait la grotte jusqu’au surplomb rocheux proéminent. Le chemin devenait de plus en plus facile. La rivière s’égayait dans la prairie d’une petite vallée encaissée avant de former un bassin. Trois chèvres et un bouc paissaient l’herbe brûlée par le soleil. Dans cet environnement rustique, contre la falaise, la maison de Jeannot invitait au repos. Oscar s’approchait du bassin à truites lorsqu’un chien roux énorme au poil laineux jaillit de la demeure en aboyant. L’animal devait avoir du Briard et du Griffon en lui. Il se campa sur ses pattes menaçant à quelques mètres d’Oscar. La bête hésita, reconnut le jeune homme et lui sauta joyeusement dessus en le bousculant.
« Du calme Bridou ! Allons, tu vas me faire tomber… Mais oui tu es beau ! Moi aussi je suis content de te voir. Jeannot… Oh ! Jeannot, rappelle ton fauve, c’est moi. »
Jeannot apparut sur le seuil, un large sourire éclairant son visage buriné et carré. Il pouvait bien avoir une soixantaine d’années. Son poitrail puissant et ses larges épaules faisaient de lui un titan. Il ouvrit ses bras et embrassa Oscar chaleureusement avec force.
« Oh Jeannot ! Lâche-moi, tu vas me briser, cria son ami en tentant d’échapper à l’étreinte et aux bourrades viriles du vieil homme heureux.
Allez viens petit. Entre, tu vas manger et te reposer… Tu dois avoir soif ? Magoye c’est Oscar… »
Il appelait son épouse. Elle sortit et à son tour serra le jeune homme tendrement contre sa poitrine en l’embrassant et en ébouriffant sa chevelure de ses doigts usés.
« Ça va mon petit ?
Magali je suis content d’être là ! Où sont Laure et André ?
André, tu sais comme il est. Il est gentil mais… Il a mangé et il est allé dormir… Laure a entendu que tu arrivais, elle te met une assiette sur la table. Tu vas manger, demanda-t-elle sur un ton soupçonneux ?
Oh oui j’ai faim ! répondit en riant le jeune homme en passant le bras autour de la taille de Magali. Attends, j’enlève mon sac du bourricot. »
Il prit ses affaires, ôta la bride et le bât de son compagnon de randonnée, lui donna une tape pour lui signifier qu’il était libre d’aller à sa guise à la rivière se désaltérer ou brouter l’herbe alentour. Les trois amis s’engouffrèrent dans la grande pièce. Laure se jeta joyeusement au cou d’Oscar. Elle l’étreignit et l’embrassa fougueusement en le chahutant. Elle l’aimait profondément. Ils avaient grandi ensemble, depuis son enfance, elle veillait sur lui et sur André comme la grande sœur qu’elle semblait être. Ils prirent tous place autour de la table de chêne. Jeannot servit du vin rosé frais. Oscar leva son verre. Du regard il parcourut ses amis en souriant et but.
« Tu restes longtemps ? questionna Laure les yeux pétillants.
Non juste un jour ou deux… J’avais besoin de quelques petites choses. C’était l’occasion de vous voir.
Pardi, quand on vit seul comme un sauvage hein ! Comment va ton Hélène, demanda Jeannot malicieux ?
Elle va bien… Parfois j’ai du mal à la comprendre…
Ne cherche pas petit ! s’exclama le vieil homme en souriant, moi je ne comprends toujours pas Magoye et cela fait quarante-deux ans que je la fréquente. »
Magali lui donna un coup de coude rebelle en lançant :
« Ne l’écoute pas mon garçon. Il n’y a rien à comprendre. L’amour ça ne passe pas par la raison mais par le cœur et l’esprit.
Rajoute le corps, la taquina Jeannot en riant tandis qu’elle rougissait et se détournait pudiquement.
Et ici, quelles sont les nouvelles ? »
Son vieil ami raconta en détail ce qui s’était passé dans la région depuis la dernière visite d’Oscar. Laure, attentive au bien-être de son ami, lui servit une belle tranche de pâté de lièvre, du fromage de chèvre et un morceau du pain épais qu’elle avait fait avec sa mère. Presque tout ce qui se mangeait et se buvait était produit sur la propriété par la petite famille. Pour le reste, Jeannot allait en ville. Il vendait quelques produits sur le marché et réalisait ainsi un peu d’argent qui lui permettait d’acquérir ce qui lui manquait.
« J’ai ramené du pétrole l’autre jour, tu en voudras, demanda Jeannot ?
Oui, j’ai besoin de bougies aussi si tu en as, des pâtes, du riz… Enfin tu vois bien ce que tu peux me donner. Je t’ai apporté deux lapins. Laure peux-tu les prendre dans le sac ? Je n’ai pas vu de sangliers ces derniers temps. Il fait trop chaud. Je pense qu’ils sont plus au Nord dans les montagnes à la fraîcheur, et puis… Pour tout dire, je n’ai pas beaucoup chassé ces jours-ci… C’est toi Jeannot ou bien Laure qui est allé en ville ?
Cette fois c’est moi, répondit Jeannot, mais tu sais, je n’aime pas bien y aller.
Moi non plus, ajouta Laure. Elle ne supportait pas les gens sophistiqués de la ville. À Aix tout lui paraissait superficiel, sauf les vieilles pierres comme elle aimait à le rappeler.
Tu sais, ce n’est plus comme avant. La ville ce n’est pas pour nous », se plaignit la vieille Magali en s’activant.
Oscar acquiesça en hochant la tête. Il avait bien essayé de vivre à la ville quelque temps lorsqu’il était plus jeune. Il avait vite renoncé. Il étouffait. Il ne se sentait pas à sa place au milieu des gens d’Aix-en-Provence.
« Autrefois c’était bien, reprit Jeannot. Vous n’étiez pas nés André et toi… Laure était petite. Et puis, il y a eu la fuite de radioactivité de Cadarache… De Cadenet jusqu’à Manosque, tous les villages et toutes les propriétés furent désertés.
Tu l’as déjà raconté papa, coupa Laure agacée.
Je sais, poursuivit le vieil homme soudain las. »
Il parlait sur un ton grave comme pour décrire un cauchemar éveillé… « Ils sont rares ceux qui n’ont pas fui. Ta mère Yasmin, nous, et quelques autres, autour, avons refusé de quitter nos terres. Les gens gardaient en mémoire la catastrophe de la centrale nucléaire de Tchernobyl dans les pays de l’Est…
Oui, approuva tristement son épouse. Ils sont partis vers Aix et Marseille qui, d’après les officiels, étaient libres de toute radioactivité. On disait que la Durance était devenue la frontière entre les « terres maudites contaminées » et les espaces propres…
Non, tu te trompes ! Les organisations de contrôle non gouvernementales n’étaient pas d’accord sur l’importance de cette fuite de radioactivité. Ils affirmaient que c’était pour éloigner les gens d’ici et surtout les paysans. Nous, on avait un doute. On avait peur de perdre nos terres. C’est pour ça qu’on a pris le risque de rester et de prendre le maquis… Et puis où on aurait étés ?
Tu l’as déjà racontée cette histoire ! Oscar, tu le sais puisque c’est à cette époque que Yasmin t’a trouvé, s’impatienta la mère.
Depuis, il n’y a plus personne qui s’aventure par ici, souffla Jeannot.
Tant mieux ! On est bien tranquilles ! J’en avais assez de tous ces touristes, allemands, belges, hollandais et je ne sais quoi qui venaient faire de l’escalade par ici. Ils laissaient leur crotte dans la nature et ils passaient en parlant fort… Ils nous regardaient comme si nous étions des extra-terrestres, ajouta Magali joyeusement.
Tu te rappelles Magoye comme on avait peur, sourit Jeannot… On n’osait plus rien manger ni boire… La plupart de nos amis sont partis. Et voilà ! Le vieil homme marqua une pause et reprit. Tu sais la première fois qu’on a aperçu Hélène à cheval, on n’en croyait pas nos yeux. Cela faisait si longtemps que nous n’avions vu une femme de la ville par ici…
Elle, ce n’est pas pareil, le coupa Laure. C’est pour son travail qu’elle venait par là. Tu te souviens maman ? Elle se demandait si nous étions nombreux à vivre ici et si nous n’étions pas radioactifs, un peu comme les sangliers autour de Cadarache qu’on disait qu’ils brillaient la nuit, lança-t-elle en riant avec les autres. »
Oscar changea de sujet. Il connaissait cette histoire, à chaque visite le vieux Jeannot l’évoquait. Ces temps héroïques le virent lui et sa famille entrer en résistance et se couper du monde.
« Et André, comment il va ?
Toujours pareil tu sais, dit Magali. Cet enfant, il n’a pas sa tête… Il va se lever bientôt.
Il est né avec une case en moins, dit Jeannot souriant. C’est le Ravi comme dans les crèches d’autrefois…
C’est vrai qu’il est un peu fada. Mais à moi il m’a tout appris sur la pêche, la chasse et les champignons, dit Oscar plaidant pour son ami.
Pour ça, c’est sûr, il est fort, reprit Laure, mais pour le reste, le pauvre… Il faut toujours tout lui dire comme à un enfant. »
Elle était jolie Laure avec ses longs cheveux bruns et ses beaux yeux verts en amande. Elle ne paraissait pas ses trente-trois ans. C’était une gourmandise ! Sa peau hâlée couleur miel donnait envie de la mordre à pleines dents. On pouvait deviner sa poitrine haute et généreuse qui tendait délicatement son chemisier. Cette femme de caractère ne se départissait jamais de son calme et de sa bonne humeur. L’amour d’un homme l’aurait certainement conquise, si elle n’avait décidé de rester avec ses parents et son frère André pour les aider.
« Tiens voilà le loir ! s’exclama Jeannot. »
André s’avança en souriant benoîtement, les yeux bouffis de sommeil. Il respirait l’innocence des simples d’esprit.
« Tu es là Os ? »
Il se pencha et embrassa son ami affectueusement.
« Il y a de belles truites dans le grand bassin… On va pêcher ?
Plus tard André.
Bois ton café, fils. Oscar vient d’arriver, laisse-le un peu se reposer, ordonna doucement Jeannot. »
L’après-midi était fort avancé lorsqu’ils quittèrent la table. Laure, Oscar et André avaient décidé d’aller flâner vers le grand bassin tandis que les parents s’affairaient au logis.
« Comment ça se passe avec Hélène ? Tu avais l’air soucieux tout à l’heure, questionna discrètement Laure. »
Oscar à nouveau préoccupé la regarda.
« Non ça va. Elle m’a parlé de l’histoire de sa sœur… »
Un sentiment de révolte l’envahit.
« Merde ! Pourquoi n’aurait-on pas le droit d’avoir un autre enfant ? Elle en a eu déjà un et il est mort ! Elle a eu un mari et il est mort aussi ! Ça me fout en rogne ! Je ne supporte pas ces lois débiles qui me paraissent contraires au sens de la vie… Et encore plus quand ça rend triste la femme que j’aime !
Calme-toi Oscar. Si Hélène t’a parlé de tout ceci, c’est peut-être parce qu’elle est sensible à ce genre de problème en ce moment. N’oublie pas qu’elle a fait une fausse couche… Je ne sais pas… Mais comment vat-elle vraiment ?
Oh sa santé va bien. Elle s’est tout à fait remise de sa chute de cheval et de sa fausse couche. Elle est préoccupée par sa sœur.
Hélène est une personne généreuse. Ne sois pas inquiet. Elle sait ce qu’elle fait. Elle a un sacré caractère, voulut rassurer Laure en souriant.
C’est vrai. C’est une femme qui sait ce qu’elle veut. Parfois je me demande si elle pourrait vivre comme nous à la campagne pour toujours. Elle aime son métier, c’est certain. Je ne doute pas de ses sentiments, mais j’ai peur quelquefois. Elle est ambitieuse et ne craint rien… C’est peut-être sa force et sa faiblesse… Dit-il en baissant la voix comme se parlant à lui-même.
Je crois seulement qu’elle est passionnée par son travail et qu’elle est entière, ajouta la jeune femme en guise de conclusion.
Tu as peut-être raison… »
Ils étaient parvenus au bord du grand bassin. André retira prestement ses chaussures et son pantalon. Il sauta dans l’eau en s’écriant malicieusement :
« Oh les amoureux ! Tu aurais dû te marier avec ma sœur !
Ne dis pas des bêtises ! Tu me vois mariée avec un homme que j’aime comme mon frère, dit Laure en riant. »
Oscar sourit. Il embrassa tendrement son amie en la prenant par la taille. La jeune femme avait réussi à chasser les ombres qui venaient d’obscurcir momentanément son esprit. À leur tour, ils retirèrent leurs principaux vêtements pour rejoindre le bienheureux qui s’ébattait bruyamment dans l’eau fraîche et cristalline.
Chapitre III
L a soirée s’étirait joyeusement. Oscar et sa famille adoptive burent et mangèrent avec appétit le civet goûteux accompagné de petites pommes de terre que Magali avait préparé. Jeannot prit une bouteille d’eau-de-vie de figue qu’il avait distillée lui-même à l’aide d’une vieille cocotte minute bricolée. Il en servit deux doigts à Oscar, André et lui-même. Ils sirotèrent lentement leur verre. La nuit tombait et le ciel de velours bleu foncé commençait à scintiller d’une myriade d’étoiles.
« Fils, va allumer le générateur. Tu sauras te débrouiller ? demanda Jeannot. »
Ils utilisaient le moins possible le générateur, pour ne pas user le pétrole, mais quand il y avait des invités…
« Dis papa, tu me prends pour un débile ? répondit André faussement blessé.
Non, juste un peu simplet. Allez te fâche pas fils. Va et tu m’appelles si tu as besoin de moi. Amène le chien avec toi.
Je t’ai préparé ton sac et Jeannot a fait un autre paquet, dit la mère avec tendresse. J’y ai mis du pâté, des fromages, des pâtes, du café, de la confiture que tu aimes… Et d’autres choses encore.
Moi, je t’ai mis du pétrole pour tes lampes, des bougies, du savon, deux boîtes de cartouches de douze pour ta vieille pétoire… Un peu de vin et du tabac pour ta pipe dit Jeannot comme pour ne pas être en reste.
Et toi Laure, tu m’as oublié ? questionna malicieusement Oscar.
Certainement pas ! J’y ai mis un de mes livres préférés. Je te le prête, se défendit la jeune femme.
Et bien, merci à tous alors. Vous me gâtez, comme toujours.
Ça va petit, ce n’est rien, coupa Magali doucement.
Ramène-nous du sanglier quand tu pourras. On fera un peu de jambon et du pâté avant l’hiver, demanda le vieil homme. »
Oscar approuva d’un signe de tête.
« Et moi Os ? Tu croyais que je t’avais oublié ? lança joyeusement André revenant de sa mission. Je t’ai fait des collets pour attraper les lapins, dit-il fièrement.
Magnifique André ! C’est toi qui les fais le mieux. Tu viens quand tu veux là-haut avec moi, remercia chaleureusement son ami qui savait combien il était sensible.
Je veux bien, mais une autre fois. Je dois rester ici pour chasser et pêcher. Et j’aime rester avec maman et Laure tu le sais. »
André chassait les lapins et les perdrix avec son lance-pierres. Il était d’une adresse remarquable avec cette arme rudimentaire. À vingt-cinq mètres, il pouvait abattre n’importe quel petit gibier à poil ou à plumes. C’était un enfant pour qui la vie n’était que jeu et tendresse.
« Je repars tôt demain matin. Je ne veux pas fatiguer l’âne en marchant à la chaleur, dit Oscar.
Tu viendras nous voir avec Hélène ? s’enquit Laure.
Oui petit vient avec ta belle quand tu veux, ajouta la mère.
C’est quoi déjà son travail ? demanda Jeannot en finissant son verre de vin.
Elle est biologiste pour un laboratoire et elle fait des prélèvements de plantes dans la nature. Je ne sais pas exactement ce qu’elle cherche. Des molécules pour des médicaments, je crois, dit Oscar.
Moi je l’aime bien Hélène.
Nous aussi André. Finis ton fromage, fils.
Le vieux géant se leva en soupirant. Il vida d’un trait son verre. Il s’étira bruyamment, embrassa chacun des trois jeunes gens et s’adressa à son épouse.
Tu viens Magoye… Et vous les enfants ne vous couchez pas tard. »
Ils se souhaitèrent une bonne nuit.
Au matin, le soleil n’était pas encore levé lorsque Oscar quitta ses amis, sa seule famille. Le chien Bridou l’accompagna un moment. L’âne était chargé des deux sacs pleins. Il marchait en le tenant par la bride. Lorsqu’il atteignit l’endroit où la vallée se rapprochait de la rivière, il se retourna : sur le seuil de la maison comme toujours, ils se détachaient dans l’aube naissante et lui faisaient de grands signes amicaux. Laure souriait tristement. En s’envolant, un geai surprit Oscar dans ses pensées. Il débordait de joie quand il revenait de chez Jeannot. Ils étaient sa famille lui avait souvent répété Yasmin. Lorsqu’il était enfant, la vieille l’avait laissé de longues semaines chez ses amis. Elle connaissait et encourageait l’attachement du couple et de ses enfants pour son protégé. Yasmin savait qu’ainsi Oscar ne serait jamais tout à fait seul.
Après deux bonnes heures de marche, la pente devint plus raide et le sentier plus escarpé. Ils approchaient du cabanon. L’âne fatiguait, c’est qu’il n’était plus très jeune et il fallait le ménager. Ils débouchèrent vers le micocoulier qui veillait sur le lieu de repos de la vieille Yasmin. Oscar déchargea son compagnon, le fit boire et le conduisit à l’ombre sous l’abri. Après s’être rafraîchi et avoir rangé ses provisions à l’intérieur du cabanon, il bourra sa pipe et fuma assis face à la vallée de la Durance qui s’étirait à ses pieds. Il avait la sensation d’être le seigneur de ces lieux sans sujets et son domaine s’étendait aussi loin que la vue portait.
À l’ombre sous la tonnelle, Oscar parcourait le livre que Laure lui avait prêté. La chaleur était suffocante en ce milieu d’après-midi. Il fera de l’orage ce soir songea-t-il. Un bruit sourd de pierres qui roulent lui parvint du sentier. Un ou plusieurs cavaliers… Promptement, il s’éclipsa derrière le cabanon. De là, il pouvait voir qui venait et disparaître dans le maquis tout proche si besoin était. Il n’exerçait pas d’activité illégale, juste un peu de braconnage mais dans la nature les gens peuvent avoir des comportements moins policés qu’à la ville. Hélène déboucha sur le plateau sur sa monture, suivie d’une cavalière que le jeune homme ne connaissait pas. Surpris mais avenant, il s’avança. Son amante sauta lestement à terre et se jeta à son cou.
« Tu ne m’attendais pas si tôt ? dit-elle en l’embrassant fougueusement.
Je ne t’attends jamais car tu es toujours présente, dit-il souriant en lui rendant son baiser.
Qui est avec toi ?
C’est ma sœur. »
Oscar se souvint de la conversation qu’ils avaient eue. Il tressaillit. L’étreinte d’Hélène se fit plus forte. Il observa la jeune femme qui lui souriait faiblement en tenant la bride de sa monture. Elle paraissait frêle, presque malade et un sentiment de tristesse émanait d’elle. Ses cheveux roux légèrement bouclés recouvraient à peine sa nuque et la blancheur de sa peau accentuait sa fragile minceur. Les taches de rousseur sur son visage allongé lui donnaient un petit air mutin. Elle était visiblement plus âgée qu’Hélène, trente-cinq ans peut-être, pas plus, songea le jeune homme.
« Oscar, je te présente ma sœur Cécile. C’est mon fiancé dont je t’ai tant parlé, dit Hélène se tournant vers la jeune femme.
Ils se sourirent en se saluant brièvement.
Tu attaches ton cheval vers l’abri, indiqua Hélène à sa sœur.
Profitant que Cécile s’éloigne, Oscar souffla à l’oreille de son amante :
Tu n’es pas un peu folle de venir avec elle ?
Ne t’inquiète pas Je souhaitais seulement qu’elle prenne l’air et que vous fassiez connaissance. Tout ira bien, n’en fais pas tout un plat. »
À son tour Hélène dirigea son cheval vers l’abri, tandis qu’Oscar troublé par la présence de Cécile s’apprêtait à servir à boire sous la tonnelle. De gros nuages s’amoncelaient au-dessus du Luberon. Peu à peu le ciel s’obscurcit. Il faisait horriblement lourd. Le vent tourbillonnant faisait frissonner les feuilles des arbres et les cigales étaient prises de frénésie. Il y aura de l’orage ce soir pensa Oscar à nouveau. Les deux femmes discutaient au bord de la falaise. Hélène indiquait à sa sœur un point vers Aix-en-Provence, puis un autre vers Cadenet : visiblement elle lui montrait comment s’orienter. Lorsqu’elles vinrent sous la tonnelle, Cécile avait les traits plus détendus, et l’air vif du vent d’orage colorait légèrement ses pommettes.
« Je peux vous offrir du café, de l’eau… Un verre de vin si vous voulez, proposa maladroitement Oscar.
Je t’ai apporté du thé vert. Si tu as toujours de la menthe dans ton potager, on peut se faire un thé à la menthe, qu’est-ce que vous en pensez ? suggéra Hélène.
Ils approuvèrent mollement. Elle alla cueillir des feuilles de menthe derrière le cabanon, les laissant seuls.
Vous habitez un endroit rustique mais magnifique, dit Cécile pour rompre le silence.
Oui c’est très beau.
Comment faites-vous pour vivre seul loin de tout ?
Je ne sais pas. Je ne me pose pas la question. Je n’aime pas la ville… Et je ne suis pas vraiment seul, j’ai des amis plus bas vers Buoux. Hélène vient souvent par ici, alors le reste…
Vous l’aimez n’est-ce pas ? souffla-t-elle.
Oscar fut surpris de la brutalité de la question. Il baissa les yeux timidement ne sachant que répondre. Comment parler de son amour pour Hélène avec une étrangère ? C’était si intime. Fort heureusement, son amante reparut et fit diversion.
J’ai la menthe. Vous avez mis l’eau à chauffer ?
Elle était enthousiaste.
J’y vais, dit Oscar en s’éclipsant à l’intérieur.
Alors comment trouves-tu cet endroit Cécile ?
C’est très apaisant, répondit sa sœur en souriant.
On va passer la nuit ici. Il va faire de l’orage. Il vaut mieux ne pas se trouver sur les sentiers quand ça va éclater.
Si tu veux. J’ai tout mon temps, soupira Cécile soudain lasse. »
Ils buvaient leur thé en observant le ciel noir mouvant de plus en plus menaçant. Les mouches volaient bas, elles étaient irritantes.
« On va rester ici ce soir, dit Hélène s’adressant à son amant.
C’est plus prudent… Mais ce n’est pas très confortable pour Cécile.
Ne vous tourmentez pas pour moi, dit cette dernière en appréciant cette attention.
Tu es allé à Buoux ? J’ai vu que tu avais rapporté des provisions.
Oui, je suis revenu en fin de matinée.
Comment vont tes amis ?
Très bien… Ils t’embrassent.
Un jour je te présenterai la famille Boyer. Ils sont formidables, des gens simples et adorables, dit-elle à sa sœur.
Si tu veux, dit Cécile. »
Hélène s’emporta et se leva brutalement.
« Vous êtes des mous ! Il vous faut combien de temps pour vous dégeler à tous les deux ? Vous êtes les deux personnes que j’aime le plus au monde, alors faites un effort ! On ne va pas passer la soirée à se dire des platitudes. Moi je ne le supporte pas ! Oscar, sort du vin. On va préparer le repas et toi Cécile, tu vas nous aider… Bon Dieu on n’est pas là pour veiller les morts ! »
Cécile avait sursauté. Hélène les violentait en conscience. Elle ne se préoccupait aucunement de ce qu’ils penseraient d’elle en cet instant. La vie débordait par tous ses pores et l’orage imminent l’électrisait. La jeune femme se sentait frémissante et impatiente comme peut l’être un jeune pur-sang refusant le licol. C’était une guerrière transformée en tempête et l’orage ne serait bientôt plus que le pâle reflet de sa passion d’être. Les deux autres s’agitèrent, d’abord comme des somnambules, puis peu à peu, ils s’éveillèrent comme possédés par l’énergie d’Hélène. Cécile débarrassa la table et se surprit à fredonner. Oscar bourra la vieille cuisinière de bois. Il s’enquit de tomates, de piment et de jambon de sanglier. Il se sentait soulagé. Hélène était sa source, elle coulait à nouveau en lui. Ils se servirent du vin pendant que dans la marmite mijotait le repas improvisé. Dehors le tonnerre gronda. Un éclair zébra le ciel. Ça se rapprochait, mais l’orage était maintenant accueilli avec joie par les hôtes du cabanon. Une fraîcheur bienfaisante se répandait alentour.
« Votre cuisine est délicieuse, et ce petit goût de piment me met le sang à fleur de peau, s’exclama Cécile joyeuse.
Le vin lourd de Jeannot s’accommode bien avec cette viande, ajouta Hélène. »
Elle buvait d’une main et l’instant suivant se léchait sensuellement les doigts de l’autre après avoir trempé une lichette de pain dans la soupière.
« Tu pourrais manger avec des couverts Hélène, gronda affectueusement sa sœur, soudain dans son rôle d’aînée.
Ah non ! Surtout pas ! J’aime la voir manger de cette manière. On dirait qu’elle fait l’amour quand elle mange… la contredit vivement Oscar. »
Il s’interrompit immédiatement en voyant le regard amusé de la jeune femme. Surpris de son audace face à Cécile, il se sentit rougir. Les deux femmes se regardèrent et éclatèrent de rire.
« Vous êtes très amoureux de ma sœur Oscar. C’est bon de vous voir ensemble, sourit-elle.
Vous commencez à vous apprécier tous les deux. Je pense que vous devriez vous tutoyer, encouragea Hélène.
D’accord pour moi.
Pour moi aussi. »
La discussion devenait plus légère. La porte entrouverte laissait filtrer l’air humide de la nuit. Oscar racontait son séjour à la ville qu’il trouvait sans intérêt. À la demande de Cécile qui aimait les histoires d’amour, il décrivit sa rencontre avec Hélène et la ruade qu’il reçut. Les deux femmes riaient en l’imaginant ébahi et ridicule étalé dans la poussière.
« Vous aurez un enfant un jour j’espère ? lança Cécile. »
Oscar gêné lança un regard furtif à son amante.
« J’ai dit quelque chose qu’il ne fallait pas ?
Non pas du tout, répondit le jeune homme.
En fait, je lui ai raconté que tu avais eu un enfant… coupa Hélène venant au secours de son amant.
Ce soir je n’ai pas envie de céder la place à la tristesse. Je me sens si bien avec vous… Cela faisait longtemps que je n’avais autant ri. Alors parlons de tout sans drame, la rassura Cécile. »
Le jeune homme trouvait beaucoup de charme à la nouvelle venue maintenant que le vin égayait son humeur et que son long visage éclairé par la lampe à pétrole se paraît d’une beauté rose nouvelle.
« Nous n’avons pas prévu d’avoir un enfant. Pas pour l’instant. Je voudrais te dire… mais promet-moi de garder le secret, implora Hélène soudain mystérieuse. »
Oscar lui fit du pied sous la table. Elle en disait trop. Il était nerveux.
« Je te le promets, dit Cécile dont la curiosité était éveillée.
Il y a quelque temps, j’étais enceinte.
Comment ça ? Que s’est-il passé ? dit Cécile en écarquillant les yeux. »
Hélène scruta Oscar. En apparence indifférent, il s’absorbait dans la contemplation de son verre de vin. Elle poursuivit résolue.
« J’ai fait une fausse couche à la suite d’une chute de cheval.
Je n’en ai jamais rien su, dit sa sœur surprise.
Non, j’étais enceinte de deux mois et demi. Après je me suis reposée chez nos amis Boyer quelques jours. De toute façon, nous ne l’aurions pas gardé.
Moi je me damnerais pour avoir un enfant, soupira Cécile. Mais… attends… Si vous ne l’avez pas voulu ça veut dire qu’Oscar… est fertile ?
Oui, répondit Hélène.
Merde alors ! jura Cécile perdant toute contenance. »
C’était la première fois qu’elle rencontrait un homme fertile. La plupart des hommes étaient stériles. Le système de reproduction des humains devenait hermaphrodite. La nourriture, les boissons et même l’air respiré étaient saturés d’œstrogènes synthétiques qui entraient dans la composition des produits chimiques. On en trouvait dans les engrais, les détergents, les emballages des aliments, ils étaient partout. Les piles au cadmium utilisées pour la fabrication des batteries participaient également de l’infertilité masculine. Pour la survie de la société et par souci d’équité républicaine, depuis vingt ans le gouvernement avait fait voter une loi rendant obligatoire la procréation par clonage pour tous. Un enfant par foyer était la règle démographique imposée par la loi. Un manque de contrôle aurait, disait-on, mis à mal les ressources naturelles.
« Excuse ma réaction Oscar se reprit la jeune femme. J’avais entendu dire que quelques hommes pouvaient être fertiles. C’est la première fois que j’en vois un.
Je suis un homme comme les autres.
Bon maintenant qu’on en tient un, essaie d’imaginer tout ce qu’on peut faire avec, conclut Hélène espiègle.
Je ne suis ni un cobaye ni un objet, se rebella Oscar.
C’est à voir, provoqua son amante soudain redevenue maîtresse femme ou biologiste.
Vous connaissez le jeu du « ni-ni », demanda sa sœur. »
Elles pouffèrent de rire tandis qu’Oscar faisait mine de bouder en bourrant sa pipe.
Il pleuvait des trombes d’eau et les éclairs brisaient la nuit noire. Par moments, des rafales violentes s’abattaient sur le toit du cabanon comme des roulements de tambour sourds et continus. Ils avaient discuté et plaisanté longtemps encore. Oscar se leva et déclara qu’il allait se coucher. Il demanda à Cécile si dormir sur le vieux canapé la gênait, ce en quoi elle le rassura. Il apporta deux couvertures et se retira dans sa petite chambre après avoir embrassé Cécile et Hélène. Les deux sœurs poursuivirent leur conversation. À son tour, Hélène se leva. Elle déposa un baiser affectueux sur le front de sa sœur et alla se coucher.
La chambre plongée dans l’obscurité s’illuminait régulièrement de la lueur des éclairs. La foudre tombait non loin de là dans un fracas assourdissant. Oscar ne dormait pas. Les yeux mi-clos, il appréciait au gré des éclairs la silhouette de son amante qui se dénudait lentement. Elle sentit sur son corps la caresse du regard dans lequel elle ne décelait aucune vulgarité. La jeune femme nue s’accouda rêveuse à la fenêtre. Les éclairs donnaient à sa peau une couleur bleu cuivre en accusant davantage ses formes irréelles. Splendide apparition surgissant instantanément de la nuit dans sa vérité de chair. Elle posa sa tête sur son bras et se laissa porter par l’orage. Elle frémit, les lèvres de son amant effleuraient son épaule. Elle se détendit davantage. Il dégageait délicatement les longs cheveux. Il humait sa nuque offerte se délectant de ses senteurs et l’embrassait avidement. Elle accusa la morsure avec délice en soupirant. Les mains chaudes de l’homme frôlaient ses douces épaules, soulignaient la base des seins, épousaient ses hanches aux formes de lyre. Il remontait vers son ventre plat et souple. Hélène se cambra. Grisée, elle s’absorbait dans les caresses.
La pluie tambourinait sur sa peau et le grondement roulant du tonnerre accentuait leur transe érotique. Oscar caressait ses fesses délicatement. Il la griffait avant de prendre ses rondeurs fermes à pleines mains. Il dessinait, pétrissait et sculptait ce corps d’Hélène qu’il aimait passionnément. Elle sentait le sexe dressé de son amant l’effleurer et cette caresse furtive l’électrisait. Il posa ses lèvres entre ses épaules. Lentement, il descendait en parcourant son corps frémissant. Elle se sentait envahie. Par instants, le ventre de son amant se collait contre ses fesses… La bouche embrassait ses cuisses… Elle ne voulait pas se retourner. Elle savourait fiévreusement le désir s’épanouissant. Avec douceur, il passait sa langue entre les cuisses chaudes et satinées de la jeune femme. La poésie de ses gestes la bouleversait. Religieusement, il buvait sa jouissance à son calice tandis que ses mains ébouriffaient son pubis soyeux. Elle gémissait. Il se redressa et voulut la pénétrer, mais c’est elle qui s’empala brusquement sur lui. Elle se plaqua fortement contre son pubis et il perdit la conscience des limites de son propre sexe jusqu’à nier son existence. Oscar n’existait plus que par elle. Je t’aime et je te veux soufflait-il. Hélène se cambra plus encore en prenant appui sur le bord de la fenêtre. Elle ondulait et dansait sur lui tandis que perdu, il faisait mine de s’accrocher à ses seins durs et ronds. Elle se répandit en lui et le féconda… Une pensée effleura Oscar : comment leurs corps avaient-ils pu être séparés auparavant ? Il était heureux, pénétré par son amante et il gémissait de ce plaisir grandissant qu’il ne maîtrisait plus. Il s’arc-bouta sur les épaules de la jeune femme ce qui lui donnait davantage de cambrure. Son sexe et tout le reste disparaissaient entièrement dans la chaleur de son aimée. Elle était insondable ! Il lui murmurait : « Je suis comblé par ton amour et ton désir mais je ne suis pas satisfait. »
Il percevait son sourire fauve à la faveur d’un éclair. Il sut qu’elle était sans limites, insaisissable.
Sur le canapé, Cécile ne parvenait pas à trouver le sommeil. Elle n’en était pas sûre mais elle croyait percevoir des halètements ou peut-être des gémissements dans la chambre à côté. Le tonnerre déchirait une fois de plus le silence du cabanon. Elle pensa qu’elle avait peut-être trop bu. Elle n’était pas habituée. Une plainte étouffée lui parvint nettement. Elle sourit. Sa sœur faisait l’amour, là juste à côté. Cécile était troublée. Elle aurait certainement partagé un tel moment avec son mari. Elle sentait le désir s’étirer comme avant de se répandre… Il ravivait la douleur passée. À quoi bon se dit-elle en se ressaisissant ? Par jeu, elle tendit l’oreille davantage. C’était certain, ils s’aimaient en cette nuit magique. Elle se leva et ouvrit la porte du cabanon. Elle reçut comme une gifle la fraîche bourrasque du vent d’orage qui la fouetta sans retenue.
Brutalement, Hélène le repoussa. Elle se tourna et le plaqua sur le lit. De la pointe de ses seins doux et fermes, elle le caressa délicieusement. Ses mains labouraient sa gorge, sa poitrine et s’enfonçaient dans son ventre. Elle parcourait l’intérieur de ses cuisses musclées de ses longs doigts acérés. Oscar tremblait et sursautait à chaque caresse, à chaque morsure. Il lui murmurait les mots que l’amour et le désir conjuguaient. Elle descendit sur son ventre. En artiste, elle découvrit sa verge qu’elle effleura avec douceur, en appréciant les formes et la texture. Elle la remodelait langoureusement d’abord, puis de plus en plus fort et plus vite. Une longue plainte monta du fond du ventre de son amant. Sous la caresse d’Hélène, il fondait et s’oubliait. Il naissait à lui-même hors du temps et des formes. Elle se fit plus enveloppante faisant disparaître sa verge entre ses seins voluptueux. Un moment, elle apaisa ainsi le feu qui ravageait son corps meurtri de tant d’amour, de tout l’amour. Il s’abandonna au confort de l’écrin de seins. Mais elle ne lui laissa aucun répit. Elle fit disparaître son sexe dans sa bouche et l’aspira longuement, profondément. La plainte sourde resurgit avec force, s’engouffra dans la gorge d’Oscar et fusa.
Ce cri rauque montant des entrailles de la terre était celui d’un animal. Hélène exprimait du corps de son amant la quintessence de l’amour et de la jouissance. Elle goûtait ses reliefs et les dévorait. Soudain, il saisit un coin de l’oreiller et le mordit à pleine bouche. Elle sentit son ventre se contracter et sa verge se gonfler davantage dans sa bouche.
Elle relâcha son étreinte et accompagna cette éruption imminente. De ses doigts délicats, elle fit jaillir la semence. Elle jouissait avec lui, libres une fois encore. Les cuisses d’Oscar étaient baignées du plaisir de son amante. Le cri de l’homme se perdit dans l’oreiller. Leurs corps frissonnaient. Comblée, Hélène s’étendit sur l’aimé. Il l’étreignit avec force en chuchotant des mots d’amour qu’elle goûta comme du miel. Lianes du même arbre, torsadées et réunifiées, ventre contre ventre respirant ensemble, ils mélangeaient leur souffle. Ils glissèrent dans le sommeil sans que leurs bouches ne se quittent.
Chapitre IV
O scar se leva sans bruit. Débordant de gratitude, il contempla son amante reposant les cheveux épars sur l’oreiller. Il passa dans la pièce principale.
« Bonjour, claironna Cécile souriante.
Bonjour, répondit-il en plissant les yeux que la lumière crue du soleil heurtait.
On dirait que tu as la gueule de bois.
Oui je crois que j’ai trop bu hier soir, je vais faire du café, mais d’abord il faut que je me réveille à l’eau froide. »
Il passa sa main dans ses cheveux coupés courts comme pour remettre de l’ordre dans ses idées.
J’ai déjà préparé le café. Je t’en sers un bol.
Il nota alors la bonne odeur chaude qui flottait dans le cabanon.
Oscar sortit et se rendit au lavabo. Pendant qu’il s’aspergeait d’eau fraîche, Cécile le détaillait. Il devait bien faire un mètre soixante-quinze. À chaque mouvement, son dos large dessinait des muscles fermes, longs et noueux. Il se redressa et se frotta le visage, puis la nuque, ce qui permit à la jeune femme d’apprécier les épaules puissantes du jeune homme. Lorsqu’il se retourna, il se sentit mal à l’aise. Cécile avait sur les lèvres une expression qui semblait dire, pas mal !
« Hélène dort encore ?
Oui, tu as déjà déjeuné ?
Je n’aime pas prendre le café toute seule. Je vous attendais. »
Ils s’attablèrent et déjeunèrent en discutant de l’orage de la veille, du temps et de choses et d’autres. Oscar versa du café dans une tasse et l’apporta à Hélène qui s’étirait sur le lit. Il l’embrassa amoureusement et passa une main dans ses cheveux en grattant délicatement la jolie tête. Il murmura « bonjour amour » en collant ses lèvres sur l’oreille de la jeune femme.
« Je vous rejoins », dit son amante en souriant les yeux toujours clos.
Ils avaient débarrassé la table quand Hélène arriva en affichant une bonne humeur certaine. Elle embrassa sa sœur, passa derrière Oscar en laissant traîner légèrement sa main sur son épaule, puis sa nuque. Elle déposa un baiser dans son cou. Il se leva.
« Je vous laisse. Je vais donner à manger aux bêtes. À plus tard. »
Cécile se resservit un peu de café.
« Tu as bien dormi ? demanda Hélène.
Oui, avec l’orage… C’était merveilleux… »
Hélène crut déceler dans son ton un sous-entendu aux ébats de la veille, mais elle ne releva pas.
« Comment le trouves-tu ?
Il est plutôt bel homme, intelligent et… sensible. Je suis très heureuse de vous voir ensemble.
Je suis très éprise d’Oscar, souffla Hélène en posant ses lèvres sur sa tasse cependant qu’elle regardait sa sœur de ses grands yeux.
Il me semble qu’il l’est de toi également, dit Cécile amusée. »
Hélène reposa sa tasse sur la table, prit son élan et lâcha :
« Oui, c’est une évidence. C’est un sentiment qui s’est imposé à nous… Comme si je l’avais attendu depuis toujours et que nous ne pouvions qu’être ensemble…
Un coup de foudre quoi…
Non, c’est difficile à expliquer, des retrouvailles… Un mariage divin… Il n’y a rien à en dire, juste à le vivre… Bon écoute, je ne t’ai pas proposé de venir ici pour une simple promenade… Tu es ma sœur, je vais être franche avec toi. »
Le visage de Cécile se rembrunit.
« Tu veux un enfant… reprit Hélène hésitante, et tu n’as plus le droit d’en avoir. Tu peux l’avoir si tu le souhaites très fort…
Qu’est-ce que tu veux dire ? s’inquiéta Cécile.
Oscar peut faire des enfants… Pourquoi ne le ferais-tu pas avec Oscar ? dit Hélène sur un ton faussement détaché.
Tu n’es pas sérieuse ? Tu n’as pas imaginé ça ! s’effraya sa sœur.
Si j’y ai pensé, dit-elle froidement et ça n’a rien de machiavélique. Tu m’emmerdes ! J’en ai assez de te voir malheureuse !
Mais c’est impossible ! Ce serait avec l’homme que tu aimes ! Comment peux-tu penser de telles choses ? »
Hélène lui prit la main.
« Calme-toi. Je te demande simplement d’y réfléchir. J’aime profondément Oscar, mais je t’aime aussi et je connais ta détresse.
Alors tu ne devrais pas remuer le couteau dans la plaie. Tu dois savoir que ni moi, ni Oscar ne ferons ça, dit-elle révoltée.
« Ça » quoi ? Baiser !… Faire l’amour ensemble ou faire un enfant ? lança Hélène sèchement.
Les deux ! se défendit Cécile en baissant les yeux.
Bon, je heurte ta moralité. C’est ce que tu penses, n’est-ce pas ? Mais bon sang réfléchis une minute : tu veux un enfant et Oscar est là comme un don du ciel. Tu n’as pas le choix : soit tu continues ta vie avec ce manque et cette tristesse qui transpirent de toi et te font crever, soit tu choisis d’être heureuse, d’être la mère que tu veux être et tu le fais cet enfant ! Enfin Cécile, ce n’est pas compliqué, et je suis d’accord. Oscar n’est pas un enjeu entre nous.
Non, non et non… Je refuse !
Bon comme tu veux… Tu devrais prendre ton courage à deux mains et en parler avec Oscar, dit Hélène soudain plus calme.
Tu lui en as parlé ?
Oui.
Qu’a-t-il dit ?
Rassure-toi. Il a réagi comme toi, soupira Hélène.
Ah tu vois ! Tu es la seule à imaginer de telles salades, triompha Cécile ce qui eut pour effet d’excéder sa sœur.
La majorité n’a jamais fait la preuve de l’intelligence et de l’autonomie. Parfois elle prend le masque d’une meute de chiens enragés qui se donnent des airs de respectabilité !
Comment peux-tu dire ça Hélène ? Tu es une biologiste qui a toujours affiché des idées de liberté… D’équité comme la plupart de tes amis intellectuels.
Ah non ! Ne me parle pas de « mes amis intellos » ! Je te rappelle que ces connards ont fait voter cette maudite loi sur la limitation des naissances et l’obligation du clonage il y a vingt ans. Ces gens là ont joué les conseillers des politiques et ce qu’ils ont défendu, c’est leur vision rationnelle de la vie en société et en couple. Eux, les sentiments ils n’en ont rien à faire ! D’ailleurs quand on voit les femmes et les hommes qui ont des postes à responsabilité, on se demande de quelle planète ils viennent… Des femmes insipides pour la plupart et des fats prétentieux… Imbuvables !
Tu dis n’importe quoi Hélène, arrête ! coupa Cécile maintenant en colère.
Tu as déjà vu beaucoup d’intellos et de politiciens heureux en amour ou bien en famille toi ? Moi pas ! Il n’y a que le pouvoir, le fric et le sexe vite fait qui les intéresse ! Ils sont lâches et opportunistes… Quant à leur générosité, on peut en douter ! », conclut Hélène en cognant son poing sur la table.

Cécile ne trouva plus rien à dire. Elle savait qu’Hélène avait raison de porter un regard si dur sur ses collègues. D’ailleurs, elle-même connaissait bien ce milieu. Son défunt mari était professeur d’université et lorsqu’il mourut, elle ne reçut pas beaucoup de témoignages de sympathie de ses « chers amis et collègues », juste un livre scientifique illisible, dédicacé par les membres de son laboratoire. La belle affaire, quel geste attentionné ! Elle ne voulait pas se disputer avec sa sœur, pourtant Hélène était hors d’elle, le visage dur accusant les deux fossettes au coin de ses lèvres.
« Ça ne fait rien Cécile, laisse tomber… Excuse-moi de m’emporter, dit-elle en se levant. »
Hélène sortit faire un brin de toilette en laissant sa sœur abasourdie. Cécile était prostrée. Elle ne comprenait pas ce qui venait de se passer. Un ouragan venait de s’abattre sur elle.
Le soleil haut dans le ciel pur léchait les derniers vestiges de l’orage. Des taches bleues de plus en plus larges laissaient entrevoir une belle journée à venir. De la vallée s’élevaient de longs fantômes de brume vaporeux. Des pies se disputaient. Oscar revint s’asseoir sous la tonnelle. Cécile musardait vers le potager, l’air absent, un rien boudeur.
« Je vais faire une visite aux Boyer, lança Hélène en se séchant la nuque et les bras vigoureusement.
Nous venons avec toi ?
Non ! Tu restes avec ma sœur. J’ai envie d’être seule », dit-elle sèchement.
Oscar se renfrogna. Elle s’adoucit et sourit tendrement en l’embrassant.
« Je serai de retour en fin d’après-midi, ne fais pas cette tête ! Elle appela Cécile ! Sa sœur approcha nonchalamment.
Je vais voir nos amis à Buoux, je ne serai pas longue.
Je t’accompagne ? demanda Cécile.
Non j’irais plus vite seule. Je suis meilleure cavalière que toi. Reste ici avec Oscar, j’aurais fait l’aller et retour avant que vous n’ayez réalisé mon absence », dit-elle en lui caressant affectueusement les cheveux du bout des doigts.
Oscar l’aida à seller son cheval. Elle les embrassa et s’en fut par le sentier en leur faisant signe joyeusement. Le jeune homme ne se sentait pas très à l’aise. Il bourra sa pipe, l’alluma et prit le livre que Laure lui avait prêté. Il le feuilleta au hasard en tentant de se concentrer.
« Qu’est-ce que tu lis, l’interrompit Cécile qui ne supportait plus le silence.
Un livre qu’une amie m’a prêté, répondit-il sans quitter des yeux la page.
C’est de qui, insista la jeune femme.
Oscar retourna le livre.
C’est de Fernando Pessoa… un poète, répondit-il laconique.
On ne lit plus ce genre d’auteur… Tu peux me lire un poème au hasard ?
Pourquoi pas », sourit Oscar qui se lança après avoir feuilleté quelques secondes l’ouvrage.
L’amour est une compagnie.
Je ne peux plus aller seul par les chemins,
parce que je ne peux plus aller seul nulle part.
Une pensée visible fait que je vais plus vite
et que je vois bien moins, tout en me donnant envie de tout voir.
Il n’est jusqu’à son absence qui ne me tienne compagnie.
Et je l’aime tant que je ne sais comment la désirer.
Si je ne la vois pas, je l’imagine et je suis fort comme les arbres hauts.
Mais si je la vois je tremble, et je ne sais de quoi se compose ce que j’éprouve en son absence.
Je suis tout entier une force qui m’abandonne.
Toute la réalité me regarde ainsi qu’un tournesol dont le cœur serait son visage {1}
Il avait commencé à lire le poème lentement avec gravité. Au fil des mots, il avait baissé la voix, comme pour préserver une intimité que l’auteur venait soudain dévoiler.
« C’est très beau, mais un peu désuet non, sourit Cécile.
Oui… peut-être, répondit-il en tentant de cacher son émoi. »
Il reposa le livre sur la table de chêne.
« Si on allait se promener ? demanda joyeusement la jeune femme que le trouble de l’homme amusait.
Pourquoi pas. » Il se leva.
Ils flânaient à travers la garrigue du plateau sur les sentes tracées par les animaux sauvages. Cécile se baissa, cueillit quelques brins d’herbes sur une grosse touffe. Elle les porta à ses narines.
« Hum… Ça sent bon. Tu connais cette plante ?
Oui c’est de la Sarriette, les anciens l’appelaient la Farigoule.
Ils s’en servaient pour quoi ? demanda-t-elle curieuse.
On la prépare en infusion. C’est une excellente plante digestive. C’est bon pour le foie… la cuisine, pour tout », répondit Oscar content de pouvoir briser le silence.