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Les secrets de Charmont

De
317 pages

Veuve, dépouillée de tous biens et fortune, Mathilde se serait retrouvée dans une fâcheuse posture si le nouvel acquéreur de son manoir ne lui avait offert l’hospitalité.


Cette générosité n’est pas sans intention, comme le découvrira la jeune femme.


Dans ce XIXe siècle où les titres et l’argent gouvernent l’aristocratie, le duc de Saint-Cyre est-il vraiment celui qu’il laisse paraître : charmant et protecteur ou celui que l’on craint : mystérieux et manipulateur.


Quel secret dissimule-t-il avec autant de vigilance ? Mathilde s’évertuera à le découvrir.


Alors qui est réellement le duc ?


Et pourquoi tant d’intérêt pour Mathilde ?


D’où lui vient cette inclinaison sourde ?


Cette romance fantastique entraîne le lecteur dans une quête où le mystère puise sa force dans une intrigue inextricable

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Les Secrets de Charmont
Lola T. Les Secrets de Charmont (Seconde édition) Illustratrice :Stéphanie Gras Couverture :Maïka Publié dans laCollection Imaginaire, Dirigée parPauline Montsarrat
©Evidence Editions2018
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À Stéphanie, pour sa lumière et ses dessins qui font échos à mes mots.
Prologue
Sur son cheval, du haut de la colline, il observait la silhouette de cette frêle jeune femme se diriger d’un pas gracieux vers le manoir. Chaque jour depuis son retour, il venait ici la regarder se promener seule à la nuit tombée, dans sa triste robe grise qui reétait son état de deuil. Un panier à la main, elle rentrait pratiquement toujours à la même heure. Dans quelques heures, cette demeure serait à lui, d’ailleurs elle l’était déjà depuis trois mois, sans que l’acquisition ne se soit ébruitée. Durant des semaines, il avait épié son défunt mari, apprenant à le connaître tout en restant à distance. Chaque soir, il l’avait regardé s’adonner à son obsession du jeu, brelan, bouillotte, trictrac, bridge, etc. Parfois, la chance lui était de bon aug ure, mais souvent elle lui faisait défaut, réduisant considérablement sa fortune. Et le duc était bien décidé à se servir de ce point faible pour obtenir ce qu’il désirait. Pas son argent, de par son titre de noblesse, il était à l’abri du besoin &nancier pour le reste de ses jours. Ce qu’il convoitait, c’était le manoir de monsieur Charnaye. Cette demeure renfermait un secret qu’il voulait découvrir à tout prix, quitte à déshonorer ou ruiner le propriétaire sans aucun scrupule. Le jeu et l’alcool étaient les faiblesses de son adversaire, il saurait en faire sa force pour lui donner l’estocade. Voilà pourquoi le duc savait très bien ce qu’il faisait en entrant chez son ami, ce soir-là, et en s’asseyant à la table de jeu. — Monsieur le duc, s’écria Constant Grant en le voyant prendre place. Vous aussi vous voilà perverti par le jeu. — J’ai besoin de distraction mon cher, répliqua-t-il en posant son verre de whisky près de lui. Constant détourna furtivement son regard vers les jeunes femmes volages présentes, assises sur de grands canapés rouges, dont la seule occupation était de distraire ses invités. Généralement, lorsque le duc lui faisait l’amabilité de se montrer à l’une de ses soirées, il montait à l’étage avec la plus jolie des femmes présentes, L izzie. Mais jamais aucune de ces courtisanes, même sa favorite, n’avaient réussi à le retenir plus d’une nuit. Il fut surpris que ce ne soit pas de cette distraction-là que son ami eût besoin en cette soirée. Sans poser plus de questions, il distribua les cartes et jaugea les quatre joueurs s’a5ronter dans une partie de Brelan. Si les premières donnes ne furent favorables à aucun joueur, le duc de Saint-Cyre gagna les suivantes avec facilité, augmentant la mise à chaque tour de table. — Vous avez une chance insolente, s’écria monsieur Charnaye en jetant ses cartes avec brutalité. — C’est un jeu de hasard mon ami, rétorqua le duc en souriant. Après avoir bu d’un trait son verre, monsieur Charnaye regardait avec insistance le duc. Il aurait été bien plus simple pour sa personne, de se lever et de rep artir vers sa demeure retrouver son épouse. Malheureusement, son désir de regagner son dû était bien plus fort que sa volonté. — Me feriez-vous crédit ? marmonna-t-il sans baisser son regard. — Monsieur Charnaye, je ne fais jamais crédit à mes adversaires. Il serait peut-être temps de vous retirer. Le duc savait pertinemment qu’en le dé&ant, il pousserait son adversaire à jouer davantage. Question d’orgueil. Cet orgueil qui le perdait tout autant que son addiction pour le jeu. — Charles, supplia Constant en posant sa main sur s on épaule, le duc a raison, cela serait plus
raisonnable. A son grand étonnement, il ne l’écouta pas. Il ôta la chevalière qu’il portait à son doig t, cette chevalière qui passait d’homme en homme dans sa famille depuis des générations, et la posa au centre du tapis. — Est-ce assez pour vous ? déclara-t-il en faisant signe à Constant de distribuer. — Parfaitement, répondit calmement le duc. Par curiosité, les courtisanes se rapprochèrent de la table avec les autres invités. Même le pianiste cessa de jouer. Tous étaient d’un silence presque religieux. Les cartes furent données et plusieurs tours restèrent vains. Une goutte de sueur perla sur le front de monsieur Charnaye et un sourire éclaira son visage lorsqu’il s’écria : — Brelan de rois ! Enfin, la chance me sourit. Le duc inclina la tête en une sorte de respect. Puis annonça son intention de jouer une somme au-delà des convenances, ne laissant point le temps à son rival de se réjouir de cette main chanceuse. — Mon Dieu, Preston ! s’étonna son ami Grant. Êtes-vous devenu déraisonnable ? — Je suis joueur mon cher, et un joueur n’a pas de limite. N’est-ce pas Charles ? Charles le &xait avec de grands yeux ronds. Il n’av ait plus une telle somme depuis bien long temps. Pourtant, s’il avait de nouveau une main heureuse, il retrouverait sa fortune. Il pourrait rembourser ses dettes, faire un somptueux cadeau à sa femme, qui le méritait amplement. Toujours à ses côtés, jamais une remarque désagréable sur sa vie de débauche, elle le soutenait en toute circonstance. En y songeant bien, elle méritait une vie bien plus épanouissante que celle qui était la sienne. Pour cette raison, il se promi t intérieurement de ne plus jamais toucher une carte de sa vie, si la chance lui restait favorable. Mais comment faire pour miser, sans argent, sans bien de valeur? Il s’essuya le front avec son mouchoir, se &t servir un autre whisky et prit son courage à deux mains. — Quitte ou double, dit-il à son adversaire. Je gar de la mise que je viens de remporter, mais en contrepartie, je mets ma demeure en jeu. Des murmures et quelques protestations s’élevèrent dans la salle. Quelques hommes essayèrent même de faire revenir Charles à la raison, sans aucun résultat. L’instant qu’attendait le duc était en&n arrivé. Ce n’était pas le moment de laisser la moindre complication venir interférer entre lui et sa réussite. — Soit ! &nit par dire le duc. J’exige que cela soit fait dans le respect des règ les. Y a-t-il parmi nous un homme apte à faire un acte valable pour cette transaction ? Un homme assez petit et tout en rondeurs s’approcha, un peu tremblant. Avec lenteur, il rédigea l’acte, lisant les termes à haute voix. Le duc ainsi que monsieur Charnaye signèrent le document, ainsi que leurs témoins respectifs. Une fois en ordre, l’homme de loi apposa sa signature. Lorsque les deux joueurs reprirent place autour de la table, plus aucun bruit n’existait dans le salon. Seule la respiration rapide de monsieur Charnaye se faisait entendre, ainsi que la petite m usique qu’émettait le doig t du duc en tournant sur son verre de cristal. Chaque fois que les joueurs retournaient leurs cartes, un ot de murmures se faisaie nt entendre, s’éteignant rapidement chaque fois que la mise restait vaine. À la cinquième donne, Charles était dans un état proche de l’évanouissement, alors que Preston lui, restait d’un calme serein. — Les jeux sont faits, déclara monsieur Charnaye avec un large sourire. Brelan de rois de nouveau ! Il avala son verre d’alcool en éclatant de rire. Il rassemblait la somme dans ses bras, lorsque le duc déposa ses cartes à son tour sur le tapis. Des petits cris s’élevèrent dans la salle et le visage de Charles se ferma immédiatement. — Favori, s’excusa presque le duc. Brelan de valets. Je gagne Charles. Monsieur Charnaye devint si livide que Constant lui desserra sa cravate pour qu’il puisse respirer. Tous les invités le &xaient. Certains avec des yeux peinés, d’autres avec mépris, mais aucun ne restait insensible au
sort que venait de subir le perdant. Brelan de valets, imparable, rien ne le surpassait, ainsi le voulait la règ le du jeu. Charles &nit par se lever sans un mot, sans un regard pour le duc qui rangeait son argent et l’acte de sa nouvelle propriété dans un petit sac. Il quitta le salon comme un somnambule. — Félicitations, mon ami, finit par dire enfin Constant en serrant la main du duc. — Merci. Maintenant, veuillez m’excuser, mais je dois partir. L izzie, dans une robe qui avantageait généreusement sa poitrine, s’avança vers lui, sourire aux lèvres. Le duc Preston de Saint-Cyre plaisait énormément à la gent féminine. Grand, les épaules carrées, il avait le corps parfaitement sculpté. Ses traits étaient assez durs et ses grands yeux marron se fondaient parfaitement avec le châtain clair de ses cheveux, et surtout, dès qu’il souriait, les femmes tombaient sous le charme. Mais avant qu’elle n’ait pu l’atteindre, le duc était déjà sorti de la demeure. Dehors, sa voiture l’attendait sagement. Le majordo me de Constant lui ouvrait poliment la porte, lorsqu’il vit l’ombre d’un homme adossé contre la brique froide d’une maison accolée à celle de son am i. Monsieur Charnaye, légèrement penché en avant, restait là, immobile, les yeux &xant la aque d’eau à ses pieds. On aurait dit à le voir ainsi qu’il portait toute la misère du monde sur ses épaules. Preston jeta ses e5ets personnels dans la voiture et se dirigea vers lui. — Monsieur Charnaye, permettez-moi de vous reconduire. Le regard dans le vag ue, à la limite du désespoir, l’homme leva ses yeux vers lui. Son expression était livide, ses traits tirés, il faisait peine à voir. — Vous m’avez dépossédé de tous mes biens, mais je garde encore mon honneur. Je n’ai pas besoin de votre pitié. — Ce n’est pas de la pitié, je vous assure. — Vous avez plus de demeures qu’il vous en faut pour vivre, mais il vous fallait également la mienne. Plus l’argent entre et plus il vous en faut. Vous, les aristocrates, vous êtes bien tous pareils. — Je ne vous ai pas forcé à mettre votre manoir en jeu, Charles. — C’est vrai ! J’ai été aveug lé par mon obsession. Heureusement, vous n’aurez jamais mon bien le plus précieux. — Votre bien le plus précieux ? questionna le duc. — Ma femme, Monsieur Preston. Ma tendre et douce femme. J’espère qu’elle me pardonnera mes fautes et ma pauvreté soudaine. Car s’il y a bien une seule chose que je ne voudrais perdre en ce bas monde, c’est son amour. Et cela, monsieur le duc, puisque vous menez une vie de célibataire, d’après mes renseignements, vous ne pouvez le comprendre. Le duc resta un moment à le juger, sans répondre. Un instant, en voyant se rallumer une amme dans son regard à l’évocation de sa femme, il l’avait envié. Il avait envié cet amour qui le tenait à ot. Sa v ie lui convenait parfaitement, cette nostalg ie s’évapora aussi vite qu’elle était entrée dans son esprit. Il avait une tâche à accomplir et il n’allait certes pas se laisser émouvoir par les paroles d’un joueur invétéré. Pourtant, contre toute attente, il s’entendit dire. — Demain, allez à la société de mon ami Constant. Il fait du commerce par voie maritime. Mettez le peu d’argent qu’il vous reste dedans, je vous promets que vous ferez rapidement de nouveau fortune. Monsieur Charnaye laissa échapper un petit rire de mépris avant de tourner les talons et de partir seul au beau milieu de la nuit. Ce fut la dernière image qu’il garda de cet homme. Une âme perdue qui s’éloignait dans l’obscurité. Par obligation, il avait dû quitter la France le lendemain pour l’Ang leterre, où des a5aires importantes ne pouvaient attendre. Apprendre la disparition de ce gentleman à son retour le stupé&a. E t pourtant, il n’était bien plus de ce monde et sa femme habitait toujours le manoir. Il tira sur les rênes de son
cheval et commença à avancer vers la demeure. Il ét ait temps pour lui, Preston, Duc de Saint-Cyre, de prendre possession de son bien.