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Les secrets du Poney Club tome 11

De

Isa participe au championnat des quatre étoiles ! Son rêve est enfin à portée de main : elle va se confronter aux plus grands cavaliers du monde. Et quand on lui propose de courir avec Liberty, une magnifique jument pommelée d'argent, l'enjeu monte d'un cran. Isa sera-t-elle à la hauteur ?





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:
Stacy Gregg
Les secrets du poney-club
Le grand saut
Traduit de l’anglais par Christine Bouchareine
Pour Parker, qui est arrivé juste à temps.
En espérant que l’avenir sera rempli de poneys…
1
Les chevaux s’agitaient à l’intérieur de l’avion-cargo. Il y avait onze longues heures qu’ils étaient enfermés dans leurs box étroits sans pouvoir bouger ni rien faire, à part grignoter leur foin. Heureusement, ils étaient presque arrivés. Le jour se levait au-dessus de Los Angeles. Leur avion se poserait bientôt, et on les descendrait sur le tarmac dans leur conteneur spécial avant de les diriger vers leurs destinations respectives.
Il y avait trois chevaux sur ce vol. Le premier, un pur-sang bai brun qui devait rejoindre les champs de courses de Flushing Meadows et de Belmont. Trop nerveux pour toucher à son filet à foin, il n’arrêtait pas de remuer, perturbé par le bruit des moteurs, les sons et les odeurs étranges qui l’entouraient et l’atmosphère si différente de sa vie dans sa paisible écurie anglaise.
Le second, un étalon alezan solidement bâti, encore plus grand que le bai avec un mètre soixante-dix, semblait sculpté dans le granit. Cet oldenburg, père d’innombrables poulains et pouliches, descendait d’une lignée remarquable. Comme le pur-sang, incapable de tenir en place pendant tout le vol, il n’avait pas cessé de grogner d’inquiétude dans les turbulences ou à la moindre secousse.
Quant au troisième, il semblait minuscule comparé aux deux autres chevaux. C’était un simple poney d’un mètre quarante-quatre à peine. Contrairement au pur-sang et au oldenburg qui, à l’évidence, avaient du sang noble dans les veines, ce poney ressemblait plutôt à un vagabond. Sa conformation robuste et sa robe pie quelconque trahissaient ses humbles origines. Il avait passé la plus grande partie de sa vie à dormir à la belle étoile sans la moindre couverture, même en hiver, et il n’avait jamais été bichonné. Voyager en avion ne faisait certes pas partie de ses habitudes. Pourtant, des trois chevaux, c’était celui qui supportait le mieux ce voyage. Il s’était tout de suite habitué à son box et, non content d’engloutir un record de huit filets à foin pendant le trajet, il avait monopolisé l’attention des deux lads par ses fantaisies et ses exigences.
— C’est un petit comique ! pouffa le plus jeune des deux, alors que le pinto buvait dans un seau en faisant toutes sortes de bruits.
— Tu as vu comment ce petit culotté m’a fauché mon sandwich ce matin ! répondit l’autre, un homme aux cheveux grisonnants. Quel tempérament ! Il va me manquer.
— Pas à moi ! rétorqua le jeune garçon en fusillant le poney du regard. Pendant que j’attachais son licol, il m’a piqué mon portable et j’ai bien cru qu’il allait le boulotter !
— Quelles origines a-t-il, à ton avis, Harrison ? Il n’a vraiment rien des chevaux de race que je connais.
Le jeune lad étudia le poney d’un œil méfiant avant d’aller prendre ses papiers accrochés à son box.
— C’est un poney de l’Épine Noire, lut-il. C’est la première fois que je vois ce nom-là.
— J’en ai déjà entendu parler, moi. Ce sont des chevaux sauvages de la région de Gisborne en Nouvelle-Zélande. Et des sauteurs réputés, malgré leur petite taille.
— Celui-là doit alors sauter bigrement haut parce que, si je lis bien ce qui est écrit, on l’attend à Lexington pour le concours complet.
— Tu plaisantes, Harrison ! C’est un quatre étoiles ! Les meilleurs chevaux du monde y participent. Je vois mal ce poney là-bas…
Le jeune garçon haussa les épaules.
— Sans vouloir te contrarier, Clément, c’est ce qui est écrit sur ses papiers.
L’homme aux cheveux grisonnants dévisagea le pinto et secoua la tête d’un air désabusé.
— Il faut être fou pour présenter un poney à une compétition pareille !
Harrison feuilleta les papiers.
— En fait, c’est une folle. Ce canasson appartient à une jeune fille qui demande une quarantaine réduite car le concours a lieu dans une semaine.
— Et en plus, c’est une ado qui le monte ! On aura tout vu ! Et c’est quoi son nom ?
— Comète.
— Non, pas le poney, la fille ! Comment s’appelle-t-elle ?
— Attends…
Harrison feuilleta de nouveau les papiers.
— Ah, j’y suis. La cavalière s’appelle Brown. Isabelle Brown.
Debout sur le tarmac de l’aéroport de Los Angeles, Isabelle Brown scrutait le ciel, sa main en visière.
— J’espère qu’il a bien supporté le voyage, Tom, dit-elle à l’homme grand et brun qui se tenait près d’elle. Vous connaissez Comète. Il ne tient pas en place une minute. Il a dû essayer de s’échapper de son box. Onze heures d’avion, si ça ne l’a pas rendu fou…
— Calme-toi, Isa, répondit Tom Avery. Je suis sûr qu’il va très bien. Tu le connais. Rien ne le perturbe.
— C’est vrai que tant qu’il a à manger, il est content, renchérit Stella. Ce poney se laisse mener par son estomac. Vous croyez qu’on leur fait choisir leur repas dans l’avion ? demanda-t-elle en se tournant vers Avery.
Il fronça les sourcils.
— Qu’est-ce que tu veux dire, Stella ?
— Ben… est-ce qu’on leur propose différents plats ? Comme un menu végétarien par exemple ?
— Voyons, Stella, on ne leur sert pas à manger sur un plateau ! Ils n’ont que du fourrage. D’ailleurs, dois-je te rappeler que tous les chevaux sont végétariens ? Et, s’empressa-t-il d’ajouter, avant que tu ne poses une autre question stupide, la réponse est non, on ne leur projette pas de film non plus. Bon sang, je te rappelle que c’est un avion-cargo !
— Les pauvres ! Qu’est-ce qu’ils doivent s’ennuyer !
— Hé ! s’écria Isa en montrant un avion qui roulait dans leur direction, reconnaissable aux motifs peints en rouge sur sa queue. Ça doit être lui !
L’appareil s’arrêta devant le hangar. Isa mourait d’envie de courir au-devant de son cheval, mais le grillage entourant la zone de quarantaine l’en empêchait.
— C’est affreux d’être si près sans pouvoir l’approcher, grommela-t-elle.
— Tu dois attendre les quarante-huit heures de quarantaine avant de venir le récupérer.
Isa ne l’écoutait pas. Les yeux rivés sur le conteneur qu’un chariot élévateur avait déposé sur le tarmac, elle regarda sortir les box qui contenaient un bai et un alezan avant d’apercevoir enfin une tête familière au-dessus des parois.
— Je suis là, Comète ! cria-t-elle alors que le poney jetait autour de lui un regard curieux, mais sa voix fut couverte par le bruit des réacteurs. Comète ! appela-t-elle encore.
Cette fois, il l’entendit. Le petit pinto pointa les oreilles en avant, tourna la tête dans sa direction et poussa un hennissement vigoureux comme pour dire : « Salut ! Me voilà ! Sors-moi vite de là ! » Les yeux brillants d’excitation, les naseaux dilatés, il poussa un nouveau hennissement.
— Sois sage ! Je reviens te chercher dans deux jours ! lui lança Isa.
Elle écrasa son visage contre le grillage tandis que l’engin reprenait le container pour le porter vers un hangar. Elle le regarda s’éloigner, ses longs cheveux bruns rabattus sur son visage par le souffle des réacteurs. Elle sentit la main de son moniteur sur son épaule.
— Ils vont bien s’en occuper, ne t’inquiète pas. Ces palefreniers des zones de transit sont des experts en soins équins, ils savent parfaitement ce qu’ils doivent faire. Comète a dû se déshydrater pendant le vol et perdre une bonne vingtaine de kilos. Et d’ici quarante-huit heures, il aura retrouvé sa forme pour aller à Lexington.
— En attendant, intervint Stella, je propose d’aller faire du tourisme. J’ai une carte de Los Angeles qui indique toutes les propriétés des célébrités. Il faut aussi qu’on descende Hollywood Boulevard et qu’on passe en revue le Walk of Fame… Quoi ? demanda-t-elle en remarquant qu’Avery la fusillait du regard.
— Stella, nous ne sommes pas en vacances. Je te rappelle que le Kentucky sera le premier concours quatre étoiles d’Isa et, en tant que palefrenière, tu as du pain sur la planche. Dès que Comète sera sorti de sa quarantaine, nous devrons être prêts à prendre la route de Lexington. La compétition commence dans neuf jours à peine.
— Euh… en fait, Tom, commença timidement Isa, nous pensions passer une journée à Disneyland et…
— Disneyland ! N’importe quoi ! explosa Avery qui n’en croyait pas ses oreilles. Isabelle ! Tu as dix-sept ans. Ce n’est pas une reprise de poney-club qui nous attend, mais un concours de très haut niveau. Et toi, tu veux aller voir Mickey ? Aurais-tu oublié l’importance de cette compétition ?
— Non, bien sûr que non.
Elle n’avait effectivement pas besoin qu’on le lui rappelle. Elle savait très bien que c’était l’aboutissement de deux années de travail, commencées le jour où elle avait ramené Tornade d’Espagne. Le grand étalon bai apprenait vite et, dès la fin de la première saison, elle avait monté Comète et Tornade sur le circuit national afin d’obtenir les meilleurs résultats en compétitions une et deux étoiles.
Puis, à la fin de l’année précédente, alors qu’elle s’apprêtait à passer son certificat d’enseignement secondaire, Avery avait pris une décision capitale.
— Tu viens de réaliser une excellente saison mais, si tu veux vraiment devenir professionnelle, nous devons nous installer là où ça se passe, avait-il déclaré d’une voix grave. Il faut qu’on aille vivre en Angleterre.
Même si la perspective de quitter Pointe-Chevalier lui déplaisait franchement, Isa savait qu’il avait raison. La plupart des concours trois étoiles se déroulaient au Royaume-Uni et en Europe. Elle devait connaître les grands parcours de cross-country si elle voulait progresser.
C’est ainsi que, pendant qu’elle passait ses examens, Avery avait organisé le déménagement de l’équipe en Grande-Bretagne. Il avait transmis la direction des Écuries du Parc et de la ferme des Grandes Crues à Valentine, sa palefrenière en chef. Cassandra Steele, la propriétaire des Écuries du Parc, avait été désolée de perdre Avery et Isa, mais leur avait apporté tout son soutien dès qu’elle avait su qu’Isa pourrait ainsi monter sur le circuit international les jeunes chevaux de concours entraînés par Valentine en Nouvelle-Zélande.
Le départ d’Avery avait également causé des bouleversements au poney-club de Pointe-Chevalier, car la place fort convoitée de moniteur en chef se trouvait libérée. Parmi les nombreux candidats, ce fut finalement Kate Knight, une grande amie d’Isa, qui fut choisie. Kate avait toujours été douée pour l’enseignement aux jeunes cavaliers et son nouveau rôle collait parfaitement avec les études de vétérinaire qu’elle allait entreprendre à la rentrée.
Isa aurait voulu partir tout de suite en Angleterre, mais sa mère avait insisté pour qu’elle passe d’abord ses examens. C’est ainsi que Tom Avery et son épouse, la célèbre entraîneuse de dressage Françoise d’Arthe, étaient partis sans elle. Isa avait sauté de joie quand ils lui avaient annoncé par e-mail qu’ils avaient trouvé l’endroit parfait pour s’installer en Angleterre : le haras des Lauriers, au fin fond du Wiltshire.
Avec une douzaine de box, un manège et huit hectares de prairie bordée de forêt, le haras des Lauriers était une des plus jolies écuries du Royaume-Uni. Françoise d’Arthe, responsable de la gestion quotidienne de cette nouvelle entreprise, entraînerait les chevaux tout en continuant la formation en dressage d’Isa. Tornade et Comète étaient partis par avion avant Isa pour vivre au haras des Lauriers, avec une demi-douzaine d’autres jeunes chevaux de concours prometteurs que Françoise formait pour l’avenir.
Isa avait bien fait de différer son départ, car elle réussit brillamment ses examens. Une semaine après les résultats, elle embarquait à bord d’un avion pour l’Angleterre avec Stella Tarrant, sa meilleure amie. Celle-ci avait accepté avec joie de l’accompagner en tant que palefrenière en chef du haras des Lauriers.
Sans perdre de temps, Avery avait aussitôt lancé les deux filles dans la dure vie du circuit des concours européens. Ils avaient passé l’année suivante à sillonner les routes d’Europe. Isa avait l’impression d’être une pop star en tournée, à changer tous les soirs de ville, perdue entre les différents fuseaux horaires et toutes les langues qu’elle était censée parler.
Heureusement, cette vie épuisante s’était révélée payante. À la fin de la saison, Isa s’était hissée au rang des professionnels et figurait dans le prestigieux tableau des dix meilleurs jeunes cavaliers. Cette réussite avait été couronnée par une victoire éblouissante contre des adversaires légendaires au célèbre trois étoiles de Bramham Park, où elle avait enlevé la première place avec un double sans-faute au cross-country et au saut d’obstacles.
Hélas, le prix remporté à Bramham couvrait à peine leurs frais. Le concours complet était un sport onéreux et toutes les grandes stars comme Piggy French et William Fox-Pitt ne pouvaient survivre et entretenir leurs écuries que grâce à l’argent de leurs sponsors.
Malheureusement, une jeune cavalière comme Isa ne pouvait compter sur personne pour payer ses factures. Le haras des Lauriers possédait quelques chevaux pleins d’avenir, mais ils n’avaient plus un sou. Ils avaient même fait tous les fonds de tiroirs, selon les dires d’Avery…
Un soir, Avery, Françoise, Isa et Stella se réunirent autour de la table de la cuisine et prirent à contrecœur la décision de vendre Amaretto, l’un des jeunes chevaux les plus prometteurs du haras. Cette vente permettrait de financer le voyage de toute l’équipe pour participer au CCI quatre étoiles de Lexington.
Isa en eut le cœur brisé, mais ils n’avaient pas le choix. Cette dure réalité, nombre de jeunes concurrents devaient l’affronter. Ils en étaient souvent réduits à vendre leurs meilleurs chevaux pour rester dans la course. Et si Isa ne réussissait pas à se placer dans les dix premiers au Kentucky et à remporter l’un des prix, la prochaine fois, ils se verraient sans doute forcés de vendre un des chevaux qu’elle montait en concours. Et Tornade ou Comète pourraient se trouver en vente à son retour en Angleterre.
Isa ne voulait même pas y penser ! Elle espérait bien récupérer un peu d’argent au Kentucky. Le gagnant du concours complet recevrait cent mille dollars ! L’avenir du haras des Lauriers et de ses chevaux dépendait de sa réussite. Avery avait raison, les choses avaient changé. Elle n’était plus une enfant. Elle jouait dans la cour des grands. Et ça n’avait rien d’une balade à Disneyland.
2
Isa trépignait derrière le comptoir pendant que l’employé du service de quarantaine remplissait laborieusement les papiers de Comète.
— Il a été sage ? s’inquiéta-t-elle. Je suis désolée s’il vous a ennuyé. Comète n’est pas méchant, mais il déteste rester au box parce qu’il s’ennuie. Un jour, il s’est tellement roulé dans sa paille qu’il a fini par se coincer la tête dans son seau et il n’arrivait plus à la sortir.
Isa avait beau sourire, l’employé ne desserrait pas les dents. Il leva brièvement les yeux de ses papiers, fronça les sourcils et tapota quelque chose sur le clavier de son ordinateur avant de revenir à son tas de paperasse. Isa regarda sa montre. Combien de temps allait-elle encore attendre ? Il y avait déjà presque une heure qu’elle était là ! Enfin, l’employé prit le gros tampon sur son bureau et l’abattit avec un bruit sourd sur le formulaire de Comète.
— Très bien. Vous pouvez l’emmener. Tout est en ordre, grommela-t-il d’un ton revêche en poussant le dossier vers elle. Prenez ces papiers et présentez-les à la porte pour qu’on vous laisse prendre votre cheval.
Le garde à la porte des écuries n’était pas plus aimable.
— Comment s’appelle le cheval que vous venez chercher ?
— Comète.
Dès que la voix d’Isa résonna, un piétinement de sabots se fit entendre dans les box. La tête du pinto apparut au-dessus d’une porte et Comète hennit en hochant la tête de haut en bas.
— C’est lui ? demanda le garde, l’œil interrogateur.
— Oui, répondit-elle avec un sourire radieux.
— Vous pouvez aller le chercher.
Il n’eut pas besoin de le dire deux fois. Isa courait déjà vers le box.
— Salut, mon grand, dit-elle en caressant sa large liste blanche. Comment vas-tu ? On t’a bien traité ? Tu t’es fait des copains ?
Comète poussa des hennissements énergiques pour lui faire comprendre qu’après un long voyage en avion, il venait de vivre deux jours d’un ennui mortel.
Isa sourit avec compassion.
— Je sais, toi aussi, tu m’as manqué, mais tout va bien maintenant. On part tous ensemble au Kentucky.
Elle accrocha la longe à son licol et le sortit de sa stalle. Les autres chevaux hennirent pour lui dire au revoir. Les portes massives de l’écurie s’ouvrirent automatiquement pour les laisser pénétrer dans la cour inondée de soleil où les attendaient Avery et Stella.
— Oh, mon Dieu, j’ai cru que cette attente n’en finirait jamais ! s’exclama Stella en baissant la rampe du van de location attaché à l’arrière de leur véhicule.
— Dépêchons-nous, renchérit Avery. J’aimerais bien quitter Los Angeles avant l’heure de pointe pour éviter les embouteillages.
Le poney regardait autour de lui, les oreilles dressées. Dès qu’il repéra le van miteux, il les coucha en arrière. Il refusa de monter la rampe et Avery dut lui mettre une corde derrière la croupe pour le faire grimper de force.
— Pauvre Comète ! le plaignit Stella. Ça ne m’étonne pas qu’il refuse d’embarquer dans ce vieux machin !
Isa avait été horrifiée quand ils étaient allés chercher le van la veille. La peinture écaillée laissait entrevoir par endroits la carrosserie piquetée de rouille. On apercevait encore une vague inscription à la peinture noire qui avait dû être « Grand Confort », mais des lettres étaient effacées et on lisait à présent « Gra d onf ».
— C’est quoi un « gradonf » ? avait demandé Stella d’un air dégoûté.
— Vous êtes sûr qu’on peut rouler avec ça ? s’était inquiétée Isa.
Avery s’était allongé sous le châssis et avait affirmé que le véhicule était parfaitement sûr.
— Il n’est pas très beau, mais il tiendra jusqu’à Lexington.
À présent, guidés par le GPS qui les dirigeait dans l’enchevêtrement d’autoroutes ceinturant Los Angeles, ils venaient de rejoindre la route 40 qui les mènerait au Kentucky.
Vers midi, les habitations laissèrent la place au désert, avec uniquement du sable et des cactus à perte de vue comme dans un décor de western.
— Aucun cheval ne pourrait vivre ici, remarqua Stella. J’ai vraiment hâte d’arriver au Kentucky pour voir leur célèbre herbe bleue !
— Attends ! s’exclama Avery. Tu ne parles pas sérieusement ? « Le pays de l’herbe bleue » n’est que le surnom du Kentucky, ça ne veut pas dire que l’herbe est de cette couleur-là.
— Alors elle est comment ?
Avery leva les yeux au ciel.
— Mais verte, voyons ! Comme partout ailleurs !
Stella se renfonça dans son siège.
— Eh bien, je suis très déçue ! Moi qui croyais que le Kentucky ressemblait au pays des Schtroumpfs !
Isa regarda sa montre.
— Quelle heure est-il en Nouvelle-Zélande ? demanda-t-elle à Avery.
— Environ 17 heures. Tu pourras appeler ta mère quand on s’arrêtera pour déjeuner, si tu veux.
Isa contempla le panorama étonnant du désert de Mojave. Elle éprouva soudain une bouffée de nostalgie pour son ancienne vie à Pointe-Chevalier et sentit les larmes lui monter aux yeux. C’était sans doute dû au décalage horaire. Elle dormait très mal et se réveillait toutes les nuits en sursaut à 3 heures, sans pouvoir retrouver le sommeil. En revanche, elle piquait du nez en pleine journée.
— Comment se fait-il que je supporte si mal le décalage alors que Comète n’en souffre pas du tout ?
— Les chevaux ne réagissent pas comme nous. Il leur faut plusieurs semaines avant d’en ressentir les effets. Voilà pourquoi j’ai préféré arriver peu de temps avant la compétition.
Isa avait l’impression de flotter et d’être incapable de réfléchir correctement. Alors qu’Avery roulait vers Flagstaff, prise d’une irrépressible envie de dormir, elle sombra dans un sommeil profond.
Ce fut sans doute le bruit des camions qu’ils croisaient sur l’autoroute qui déclencha son rêve. Il la ramena au poney-club de Pointe-Chevalier avec une telle précision qu’il semblait réel. Elle revit un drame qu’elle avait vécu cinq ans auparavant et qui, depuis, ne cessait de la hanter.