Mabola, la fille des douleurs
82 pages
Français

Mabola, la fille des douleurs

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Description

Tiré d'une histoire vraie, ce récit relate la vie de Mavéla qui deviendra Mabola suite aux douleurs qu'elle a endurées. Sa mère, Bobé prostituée de luxe, qui aura deux filles de ses" randonnées amoureuses", utilise une puissant parfum, résultat d'un charme , pour attirer les hommes. Un jour, par mégarde, Maéva porte ce parfum et amène à elle un homme qui n'est autre que son père qu'elle n'a jamais connu. De fait, Bobé perd son deuxième enfant, en essayant de la sauver elle rencontre un jeune guérisseur qui succombera lui aussi à son charme. Toutefois, il réussira à la guérir.

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Date de parution 01 mai 2012
Nombre de lectures 0
EAN13 9782296490628
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

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Mabola, la fille des douleurs
ou le parfum maudit
FEMMES ET SAVOIRS Collection dirigée par Alice Delphine TANG La collection « Femmes et savoirs » intègre tous les ouvrages qui contiennent des savoirs diffusés par les femmes, des savoirs diffusés pour les femmes et des savoirs diffusés sur les femmes. Dans ces rubriques se retrouvent aussi bien les œuvres de fiction (roman, nouvelle, poésie, théâtre, épopée, conte, etc.) que les essais littéraires, philosophiques, ethnologiques, anthropologiques, sociologiques et mythologiques. La collection « Femmes et savoirs » est un espace scientifique dont le but est de donner une grande lisibilité des écrits réalisés par les femmes ou portant sur les femmes. Déjà parus Laël LONBON,Les mues : entre us et usure. Poèmes, 2012. Olivier G. H. NGAH,Une épine dans le cœur. Roman, 2012. Olivier G. H. NGAH,Il y a un soir en 1973… Théâtre, 2012. Arie Serge EMOSSI de BEGNI,Tribulations. Nouvelles, 2012. Arie Serge EMOSSI de BEGNI,Ma plus belle lettre est pour vous. Roman épistolaire, 2012. Jean-Claude FOUTH,Femme émancipée, 2012. Paul Emmanuel BASSAMA OUM,Le retour à la vie du prisonnier, 2012. Marie-Rose ABOMO-MAURIN,L’écriture du politique dans le roman camerounais, 2012. A. FAHA TALENG et Paule S. NANFAH,L’hydre dans le verger. Poèmes, 2012. Marie Françoise ROSEL NGO BANEG,Méandres. Roman, 2011. Marie-Rose ABOMO-MAURIN et Alice Delphine TANG, L’A-Fric de Jacques Fame Ndongo et la rénovation de l’esthétique romanesque, 2011. Eustache OMGBA AHANDA,Soupirs de l’âme. Poésie, 2011. Jean-Paul ADA BEKOA,Misères publiques, Poésie, 2011. Sylvie Marie Berthe ONDOA NDO,La réécriture de l'histoire dans les romans de Romain Gary et d'André Malraux, 2010.
Antoine Didier Mbango
Mabola, la fille des douleurs
ou le parfum maudit
Roman
© L’Harmattan, 2012 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-57244-7 EAN : 9782296572447
Ce matin-là encore, mama Bobé avait constaté que sa fille n’était pas rentrée de la nuit. Sinon elle aurait entendu la porte grincer. L’homme qui viendrait la déposer serait toujours le même. Joufflu, le teint très clair, l’air distingué dans sa voiture de couleur beige. Ses lunettes noires ne parvenaient pas à cacher les cernes de ses yeux, signes caractéristiques trahissant son âge avancé. On lui donnerait volontiers la soixantaine avancée. Cette disproportion d’âge avec sa jeune amie avait été l’objet d’un scandale pour tout le voisinage. L’histoire était même parvenue jusqu’au chef du village, car, comment accepter une chose pareille ? Mavéla n’avait que quinze ans et cet homme qu’elle fréquentait depuis bientôt six mois pouvait avoir l’âge de son père. Les voisins, spécialement les femmes, véritables téléphones ambulants s’étaient peu à peu accoutumés à la chose, quoique douloureusement. Certaines, cependant, enviaient secrètement et pudiquement la petite folle et candide innocente Mavéla, bouc émissaire des fantasmes déçus des compagnons de sa mère.
Mama Bobé se redressa de sa position courbée, juste au moment où sa fille Mavéla entrait. Elle n’avait eu que le temps d’apercevoir les lunettes noires de cet homme qu’elle n’avait jamais réussi à voir de près. À chaque fois, il lui restait cette impression vague d’avoir déjà vu ce visage. Mais où ? La mère de Mavéla avait comme on dit, roulé sa bosse dans beaucoup de milieux et elle ne pouvait pas du tout garder le souvenir de tous ces visages qui, jadis, la scrutaient avec désir. Cette impression se renouvelait en elle à chaque fois qu’elle voyait le visage de l’amant de sa fille. Elle avait beau creuser dans ses souvenirs, aucune trace ne revenait.
Après s’être déshabillée, Mavéla resta longtemps devant son miroir à contempler son beau corps épanoui. Les coups frappés à la porte vinrent la tirer de sa contemplation narcissique. Elle se drapa dans son « Sandja », puis vint ouvrir. Sa mère se tenait là, muette. Chose curieuse ce matin-
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là, elle n’osait pas entrer dans la chambre de sa fille. C’était comme si une force invisible la retenait là et la clouait sur place. Cela était inhabituel. Pour ne pas attirer l’attention de sa fille, la mère demanda avec précipitation et d’un ton faussement enjoué. « Comment ça va ? Tu es rentrée si tard aujourd’hui. Comme tu es belle, Mavéla ». « Hmm, bien maman !». Mavéla remarqua ce changement brusque et inexplicable dans l’attitude de sa mère. Elle voulut demander pourquoi elle restait là à la porte, mais se ravisa. « Comme nos mamans savent si souvent être occupées » rit-elle intérieurement. Et pourtant, le visage de sa maman rayonnait toujours de ce sourire de satisfaction à chaque fois qu’elle venait dans sa chambre. Elle-même, dans sa jeunesse, avait connu ces moments de joie de vivre que sa fille goûtait à présent. Quelque chose de terrible venait cependant de se briser en elle. Une onde de peur la parcourait à l’instant même et elle fit un effort surhumain pour rester calme. Les battements de son cœur s’accélérèrent et son souffle devint haletant. « Mon Dieu », s’exclama-t-elle au fond d’elle-même !
Le lit bien dressé, les draps toujours propres, Mavéla était de ces filles précocement émancipées qui savaient s’entretenir.
Elle faisait la fierté de sa maman dans tout le village. La petite table de chevet était toujours bourrée d’objets de toilette, ce qui embaumait la chambre d’une odeur douce de parfum, chassant cette odeur de renfermé, propre à toutes les cases en terre battue crépies de ciment.
Mais cette odeur de parfum caractéristique, Mama Bobé la connaissait bien. Ce n’était pas un déodorant. Ce n’était pas non plus l’un de ces parfums que mettait habituellement sa fille. Comme une somnambule, elle restait là, pétrifiée, le cœur battant soudainement la chamade et tremblante. Elle se laissa tomber sur un banc. Prise de vertiges, elle ferma les yeux et ne voulut plus les ouvrir. Elle aurait voulu en effet les
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garder fermés et ne plus revoir et sentir ce qu’elle voyait maintenant. Muette de stupeur, Mama Bobé baissa la face, évitant d’attirer l’attention de sa fille. Elle n’avait jamais révélé ce secret à cette dernière. Le guérisseur Nguinga le lui avait formellement interdit.
-jour où quelqu’un d’autre ferait usage de cette« Le lotion qui t’appartient strictement, ce serait pour lui un arrêt de mort ».
Comment Mavéla avait-elle fait pour découvrir cet onguent que sa mère cachait pourtant si loin des mains et des yeux étrangers ? Les symptômes allaient-ils immédiatement se déclencher ? Nguinga le guérisseur avait été formel là-dessus. Soixante-douze heures après usage du terrible onguent par une tierce personne suffiraient pour déclencher les terribles symptômes. Pourquoi Bobé avait-elle accepté ce pacte ? Comment cela avait-il été possible ? Maintenant, il était impossible de faire marche arrière.
Mama Bobé, en effet avait, dans sa jeunesse, connu des moments intenses de vie mondaine. C’est à se demander si elle n’avait pas « transmis ces gènes » à sa fille Mavéla. Sa vie avait toujours été objet de commérages (épale palè). Chaque vendredi, les femmes se retrouvaient à la rivière pour retirer le manioc trempé le mercredi, et c’était une occasion exceptionnelle dans la vie du petit village Bongandouè. Presque toutes les femmes du village participaient à ce rassemblement. Et c’était le moment idéal pour toutes sortes de causeries et de plaisanteries. Bobé, femme émancipée était le centre d’intérêt. Objet d’admiration secrète pour certaines, incarnation du mal pour d’autres. Chaque vendredi donc, la pauvre Bobé, n’ayant réellement fait du mal à quiconque, était déchirée par tout le monde. Même les hommes, pourtant absents de la rivière, participaient via leurs épouses présentes en la circonstance à cette calomnie collective. Chaque femme présente était une véritable journaliste reporter. À tort ou à raison, la vie de Bobé intéressait les voisins.
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Bobé aimait danser et ne manquait pour cela pas le week-end d’aller se mêler aux groupes des jeunes femmes qui fréquentaient la boîte de nuit du Strand Hôtel situé non loin de là. Il n’était pas alors rare de la voir rentrer à quatre heures du matin et presque jamais seule. Et pourtant, elle n’était pas la seule femme à fréquenter cet hôtel. Mais le fait était que le petit village n’étant pas situé loin de l’endroit, tous les bruits provenant du select étaient perçus à Bongandouè jusqu’aux moindres détails. La musique qui venait de l’hôtel plongeait, chaque nuit, le village dans une ambiance de fête qui ne disait pas son nom. Des hommes assis à leurs vérandas le soir, fatigués après des journées de dur labeur, se surprenaient même à se laisser bercer par cette mélodie, la tête reposant sur les jambes de leurs épouses. Certains se souvenaient aussi avec nostalgie des fantasmes de leur jeunesse. Mais, ils se voulaient hypocritement loin de ce qui se passait non loin de chez eux. Plusieurs d’entre eux condamnaient cette vague de pseudo modernisme qui déferlait sur le village.
La particularité de maman Bobé était que dans sa jeunesse, les hommes la trouvaient irrésistible. Certaines nuits, racontait-on, avaient même été jadis le théâtre d’événements terribles. Des touristes européens, très nombreux à fréquenter l’établissement, s’étaient souvent battus pour cette Négresse au corps de rêve. L’un deux, surnommé « épaule carrée » avait affronté son compatriote au cours d’un duel au couteau. « Epaule carrée » était en effet un bel homme au physique d’athlète, Don Juan à souhait, il tirait sur tout ce qui portait jupon. Cette nuit-là, Bobé avait assisté à une scène inoubliable de sa vie. La police venue à la rescousse avait réussi à séparer les deux coqs en colère et fort heureusement, il n’y avait pas eu de mort d’homme. Quelques légères blessures et éraflures et beaucoup de sable sur les deux boxeurs passionnels, et c’était tout. Le commandant du corps urbain de la ville avait voulu ouvrir une enquête, mais le propriétaire de l’hôtel était intervenu à coup de billets de CFA. L’affaire avait été finalement classée. La renommée de son établissement en dépendait.
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