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Mattew Whiter et La Dague de Midas

De
361 pages
Quand Matthieu Whiter, la nuit de ses seize ans, reçoit la visite d’un drôle d’énergumène qui lui parle de pouvoirs magiques, il pense à une farce. Mais quand son chat entame la conversation et que sa tante lui révèle qu’il est un sorcier, le jeune homme n’en croit pas ses oreilles. Où se trouve cet Autre Monde, peuplé de créatures magiques, pour lequel il doit quitter la tranquillité des banlieues américaines ? Et surtout… qui est ce sorcier malveillant, appelé l’Émissaire, que tout le monde semble craindre ? Dans le sillage d’Harry Potter, Alexis Pichard se lance dans la fantasy avec cette épopée mystique. Il redécouvre le genre grâce à une écriture dynamique et un sens de l’humour à toute épreuve.
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1



Mattew Whiter et la
dague de Midas

Alexis Pichard
Mattew Whiter et la
dague de Midas

Fantasy



Éditions Le Manuscrit
Paris




























© Éditions Le Manuscrit -www.manuscrit.com-
2009
© Couverture : droits réservés
ISBN : 978-2-304-02952-9 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304029529 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-02953-6 (livre numérique) 82304029536 (livre numérique)







Ces deux années d’aventure n’auraient jamais
été les mêmes sans l’affection et la participation des
personnes suivantes : Joan, Xavier, Jérôme, Audrey,
Sylvie, Alban, Andria, Delphine, Pauline, Laura,
Baptiste, Coralie, Céline, Bertrand, Mathieu (le vrai !),
Nadège et Franck (Trinity Stars !), ma famille, la ville
de Villemoisson sur Orge, l’équipe du Manuscrit, et
tous ceux qui ont soutenu ce livre. Le mot « merci » n’a
jamais eu autant de sens qu’en ce moment précis.













8
LE SOUVENIR D’UNE NUIT
Tout commença lors d’un soir de pluie. Ce
temps lugubre et morne était rare ici. On ne
connaissait que la douceur du soleil, la grandeur
de ses rayons, cette obole qu’était sa chaleur.
Cela faisait trois jours qu’il pleuvait, une éternité
pour les habitants de ce quartier pavillonnaire,
ordinaire à bien des égards. Ils étaient comme
prisonniers de leur désœuvrement. Il pleuvait
sur Weston Lane et la vie avait suspendu son
cours.
Ce soir-là, l’accalmie promise n’eut pas lieu.
Au contraire, la pluie s’intensifia et l’orage
éclata. Le vent, si brutal, emportait les branches
fragiles des arbres, nus et humbles, dans des
tourbillons d’une inquiétante fureur. Le ciel
était d’un noir intense que la Lune ne parvenait
à éclairer. On peinait à la discerner derrière les
nuages épais qui, dans leurs mouvements et
leurs déchirements, laissaient filtrer sa lueur
diffuse et éphémère. C’était comme si lumière
et obscurité s’affrontaient, l’une se fondant dans
l’autre et ce, à l’infini. Derrière la musique
angoissante des éléments déchainés, on pouvait
9 Alexis Pichard
entendre le claquement mat des rares volets
ouverts ; personne ne voulait voir la tempête et
celui dont elle annonçait le retour imminent.
Une voiture grise s’arrêta au 7 Weston Lane,
devant une jolie maison dans laquelle vivaient
les sœurs Whiter. L’une d’entre elles, Samantha,
était d’ailleurs dans la voiture et s’apprêtait à
délaisser son amoureux après une soirée
agréable et romantique.
« C’était fantastique, Mike, dit-elle.
– C’était un plaisir, Sam… Tu veux qu’on
ressorte demain ?
– Bien sûr… J’en serais ravie…
– Même heure, même endroit ?
– Même heure, même endroit. »
Samantha et Mike se regardèrent un instant.
On entendait seulement le bruit du frottement
des essuie-glaces sur le pare-brise lié aux milliers
de gouttes qui tombaient sur le toit et qui
coulaient délicatement sur les fenêtres. L’instant
était parfait. Ce soir-là, c’était leur troisième
rendez-vous. Mike s’avança lentement vers
Samantha et l’embrassa. Cette dernière déposa
ses mains sur les joues parfaitement dessinées
de son compagnon et l’embrassa à son tour.
« Je devrais peut-être y aller… suggéra-t-elle.
– Oui, peut-être bien…
– A demain...
– Bonne nuit… »
10 Mattew Whiter et La Dague de Midas
La jeune femme sourit et ouvrit la portière, le
bruit de l’averse était inouï. Elle s’empara de
son parapluie et sortit de la voiture sous le
regard amoureux de Mike. Elle s’avança jusqu’à
sa maison, ouvrit la porte et regarda Mike s’en
aller, lui disant au revoir d’un signe de main.
Elle pénétra dans l’entrée, déposa son parapluie
et sa veste et passa la main dans ses cheveux
roux mouillés par endroits. Il faisait bon ici.
Elle vit un feu dans l’âtre et alla s’y réchauffer.
Sur la cheminée étaient disposées des photos de
sa sœur, de son neveu et de sa nièce. Elle les
regarda un instant puis sourit. Elle s’avança
jusqu’à l’escalier, ôta ses chaussures à talons
puis gravit les marches à pas feutrés. Elle vit de
la lumière et entendit la douce voix de sa sœur,
Abby. Cette dernière était assise dans un
fauteuil à bascule et narrait un conte à ses
enfants. Samantha s’arrêta devant la chambre et
écouta :

« …L’hiver était sa saison préférée. La neige,
les amis et Noël, Joshua aimait cette période où
tout le monde devenait tendre et généreux,
cette période où tout semblait bon et pur. Il
regarda alors vers le ciel, la lune avait disparu.
Les nuages denses la cachaient, hélas. Joshua
aimait la savoir dans le ciel la nuit. Il pensait à
tous les égarés qu’elle guidait, à tous ceux
qu’elle éclairait. Pour lui, la lune était une
11 Alexis Pichard
gardienne bienveillante, aimante, qui apportait
sa paix des nuits durant. Mais elle n’était pas ici,
ce soir là. Joshua poursuivit son chemin et
croisa un loup au pelage argenté. Il prit peur.
Depuis qu’il était tout petit, les loups
provoquaient en lui des angoisses inexplicables.
L’animal s’approcha de lui, ses grands yeux
brillaient. Joshua le regarda d’un air curieux et
craintif. Ce loup n’avait rien d’effrayant. Ses
yeux étaient si beaux. Joshua se voyait dedans.
L’animal effleura la main du jeune garçon
comme pour l’inviter à une caresse amicale.
Joshua posa sa main sur le dos chaud du loup.
Il pouvait sentir les battements rapides de son
cœur. Cela le captivait. Il esquissa un sourire.
« Que tu es beau, que tu es doux », dit-il au
loup attentif.
Son ami à quatre pattes ne répondit pas et
commença à s’éloigner. Curieux, Joshua le suivit
sous ces flocons épais et glaçants. Il ne sentait
plus l’extrémité de ses doigts. Ils étaient aussi
froids que la neige, aussi froids que le cœur de
son père. Il pensa à lui et des frissons le
parcoururent. Il lui faisait si peur. Mais il n’avait
pas toujours été comme ça. Il avait été bon
autrefois. Mais le jeune garçon l’ignorait. Le
loup continuait son avancée à travers la forêt
terrifiante et endormie. Tout semblait figé, tout
semblait mort. Joshua avançait encore et
toujours au bruit sourd de quelques cors. D’où
12 Mattew Whiter et La Dague de Midas
criaient-ils ? Joshua l’ignorait. Il avançait encore
et toujours au souffle lourd de ces morts qui
étaient bientôt visibles. Des croix se dressaient
dans la neige. C’était ici. Joshua en avait rêvé
plusieurs nuits d’affilée. Les esprits malins
dansaient en ronds, arborant de faux sourires
horrifiques qui n’effrayèrent qu’à peine Joshua.
Le repos éternel ne le tentait pas. Etre là
l’apaisait néanmoins. Il savait qu’il était la
lumière dans l’ombre, l’ange des ténèbres, né de
l’union du bon et du malin. Il avait le pouvoir
de vaincre le désespoir. Il avait le pouvoir de
vaincre la peur du soir. Car il n’était pas seul,
que les villageois inquiets l’avaient
accompagné… »

Abby interrompit sa lecture, voyant que ses
enfants s’étaient endormis et aperçut sa sœur
dans l’encadrement de la porte.
« Encore l’un de tes contes ? demanda
Samantha.
– Oui, je l’ai écrit hier soir… Ça fait du bien
quand l’inspiration revient.
– Il est très joli en tout cas…
– Merci… Ta soirée avec Mike s’est bien
passée ?
– Oui, on doit se revoir demain soir,
normalement.
– C’est que ça commence à être sérieux tout
ça : quand me le présentes-tu ?
13 Alexis Pichard
– Tu as beau être ma grande sœur super
cool, je ne te présenterai pas mes petits amis au
bout de trois rendez-vous ! »
Samantha se mit à rire en silence. Mélinda et
Mattew, les enfants d’Abby, dormaient
paisiblement sous la douce lueur de quelques
bougies flottantes. Leur mère bienveillante alla
les border sans les réveiller. L’une avait
quelques mois, l’autre, un an et demi. Ils étaient
si beaux, si sereins. Abby se dirigea ensuite vers
le couloir et ferma délicatement la porte de la
chambre. Samantha la suivit jusqu’à la salle de
bains.
« Comment ça va ? demanda-t-elle.
– Je suis fatiguée, je ne dors plus depuis
plusieurs nuits.
– Toujours le même cauchemar ?
– Oui, toujours le même et à chaque fois, je
me réveille en sursaut.
– Ça ne veut rien dire, si ?
– Je n’en sais rien… J’ai déjà fait des rêves
prémonitoires mais jamais d’aussi puissants.
– Espérons que ça passe.
– Oui… Sinon je pense que je devrai dormir
une semaine entière pour rattraper tout le
sommeil que je n’ai pas ! »

Plus tard dans la nuit, alors que la maisonnée
s’était laissé bercer par Morphée, Abby fit à
nouveau ce cauchemar. Elle voyait Weston
14 Mattew Whiter et La Dague de Midas
Lane sous la pluie, et cet homme vêtu de noir
marcher lentement vers sa maison. « Abbyyy »,
disait-il d’un murmure glaçant. La jeune femme
transpirait et se débattait dans son lit.
« Abbyyyy…. » répétait-il en continuant
d’avancer. Elle fut réveillée brusquement par un
éclair et le tonnerre qui fit vibrer les murs. A ce
moment-là, elle comprit qu’il était là. Elle
bondit hors de son lit et courut jusqu’à la
chambre de sa sœur.
« Samantha ! Samantha ! dit-elle en la
secouant légèrement.
– Abby… ? Qu’est-ce que… ? Quelle heure
est-il ?
– Je l’ai vu, Samantha, il va venir ici pour
prendre les enfants ! dit Abby, à sa sœur.
– Qu’est-ce que tu dis ?
– Je l’ai vu ! Il est là au coin de la rue, j’en
suis sûre !
– Abby, c’est encore ce cauchemar… Essaie
de te détendre…
– Je ne plaisante pas, il est là je te dis, je le
ressens, je le vois… »
Samantha eut un instant d’hésitation mais
décida d’aller vérifier. De la fenêtre, elle ne vit
rien mais le brouillard était épais. Abby retourna
en courant jusqu’à sa chambre, ouvrit un
placard, décrocha ses vêtements d’un geste
brusque et en sortit un petit coffre, scellé.
« Ouvre-toi ! » lança-t-elle.
15 Alexis Pichard
La serrure du coffre se déverrouilla
automatiquement puis il s’ouvrit. A l’intérieur,
trois fioles étaient disposées. Cela faisait
quelques mois qu’elle les avait faites pour ce
moment précis.
« Si c’est vraiment lui, ça ne suffira pas, dit
Samantha.
– Je sais, mais cela pourra le stopper
quelques instants, le temps que tu t’en ailles
avec les enfants, répliqua Abby.
– Et toi ? Que vas-tu faire ? Tu sais qu’il va
te tuer s’il n’a pas ce qu’il veut !
– Même s’il a ce qu’il veut, il me tuera. Je n’ai
pas le choix !
– Tu ne peux pas aller le combattre, c’est de
la folie ! s’insurgea Samantha.
– Et tu veux que je fasse quoi ?? Le laisser
prendre les enfants ?! dit Abby, désespérée.
– Tu pourrais fuir avec nous !
– On en a déjà discuté, Sam. On savait que
cet instant arriverait un jour ou l’autre. Il ignore
l’existence de Mélinda… Il faudra à tout prix
faire en sorte qu’il ne l’apprenne jamais.
Sinon… Ce sera notre fin à tous…
– Mais il va te tuer ! Je ne peux pas te laisser
mourir et fuir !
– Si personne ne se sacrifie, c’est notre
monde qui le paiera… Tu diras aux enfants
que… Tu leur diras que je les aime de tout mon
cœur. Tu leur diras, n’est-ce pas ?
16 Mattew Whiter et La Dague de Midas
– Oui, chaque jour… » dit Samantha,
acceptant, à contre cœur, la décision de sa
sœur.

Abby se rendit dans la chambre des enfants.
Elle regarda Mattew de ses yeux verts
captivants et humides puis se pencha sur le
berceau de Mélinda, ses cheveux bruns tombant
le long de son visage. C’était la dernière fois
qu’elle les voyait. Elle leur déposa un doux
baiser sur le front avant de prendre une
profonde inspiration. Elle ne voulait pas partir.
Elle sentait son cœur se déchirer. Mais il fallait
qu’elle s’en allât combattre celui qui voulait leur
mort. C’était son devoir de sorcière et surtout
de mère. Sa décision était à présent irrévocable.
« Occupe-toi bien d’eux », dit Abby à sa
sœur, qui acquiesça.
Au-dehors, dans la pluie et la foudre, un
homme tout de noir vêtu apparut. D’un regard
déterminé et malin, il inspecta les alentours,
avançant lentement dans la rue déserte, à la
lumière diffuse des réverbères. Ses pas lourds
trouvaient pour écho le rythme saccadé et
ininterrompu des gouttes de pluie qui
frappaient le sol. Jamais une journée de
décembre n'avait été aussi agitée à Weston
Lane.
17 Alexis Pichard
Dans la maison Whiter, Abby ressentit la
présence de l’homme au-dehors, qui la fit
fléchir.
« C’est l’heure… » annonça Abby.
Les deux sœurs s’embrassèrent, retenant
difficilement leurs larmes. Abby posa un dernier
regard sur ses enfants, prit les trois fioles
trouvées dans la chambre, descendit les escaliers
et ouvrit la porte d’entrée. Elle resta figée sur le
seuil de la porte. Le brouillard voilait tout. Il
était dur de dire adieu à tous ceux qu’elle aimait.
Samantha regarda la demeure Whiter une
dernière fois et tous ces souvenirs auxquels elle
tenait. Elle prit conscience que son quatrième
rendez-vous en amoureux avec Mike n’aurait
jamais lieu. Elle passerait même pour celle qui
avait déserté. Mais tout cela semblait si dérisoire
à présent. Elle s’approcha alors de la fenêtre et
regarda sa sœur avancer dans la rue d’un pas
hésitant mais fier. Elle se dit qu’il était encore
temps de sortir pour aller l’aider mais des
promesses avaient été faites. Elle se rendit alors
dans la chambre de Mattew et Mélinda, les tint
tous les deux par la main, ferma les yeux et
murmura quelques mots. Soudain, la fenêtre de
la pièce s’ouvrit et laissa entrer une fumée bleue
qui vint encercler la tante et ses neveux. Puis,
dans un flash de lumière, ils disparurent.
Abby avançait lentement dans la rue. Elle
savait ce qui l’attendait. Elle pensa à ses enfants,
18 Mattew Whiter et La Dague de Midas
à sa sœur et à sa vie. En face d’elle, l’homme en
noir s’arrêta, sa cape rampant sur le sol mouillé.
Ils se dévisagèrent pendant un moment, seul le
bruit de la pluie résonnait alors. L’instant était
des plus tragiques mais ni l’homme mystérieux
ni Abby ne semblait vouloir rompre cet
angoissant silence.
« C’est trop tard, tu n’auras pas Mattew, dit
Abby avec arrogance. Tu étais venu pour lui, je
le sais, mais tu as échoué. Il est à présent bien
loin d’ici, loin de toi et de toute ton influence
mortifère. Il n’y a plus que moi à présent. »
L’homme au loin leva sa main droite gantée
et projeta Abby contre une voiture dont
l’alarme se déclencha. La pluie frappait toujours
le bitume et se mariait bientôt avec le sang de la
jeune femme. Elle se releva malgré tout, prit
l’une de ses fioles et la lança sur son adversaire.
Le sol trembla avant de laisser s’échapper des
ronces gigantesques qui le piégèrent. Abby
entama alors un rituel et croisa les bras. Un
tourbillon rouge sang l'entoura. L'homme sortit
son épée et se dégagea des ronces facilement. Il
avança vers Abby, laquelle recula tout en
envoyant ses dernières fioles, en vain. Elle
projeta alors un tourbillon avec toute sa force
et dans un cri strident. L'homme se protégea.
L'attaque ne dura que quelques secondes. Abby
avait lancé l’un des sortilèges les plus puissants
qui existaient, celui qu'on appelait le Phénix doré,
19 Alexis Pichard
capable de tuer la majeure partie des démons et
sorciers. Elle se dit que c'était fini. Son
adversaire était à terre, peinant à respirer. Il
fallait à présent lui infliger le coup de grâce. Elle
le regarda avec rage et alla s'emparer de son
épée. L'homme la saisit alors au cou avec sa
main gauche, la souleva brutalement et lui
enfonça l'épée dans l’abdomen.
« Tu croyais vraiment que ton tour de magie
de pacotille pourrait me vaincre ? Tu n'as pas
idée de qui je suis devenu, Abby, et tu ne le
sauras jamais. Quant à ce pauvre Mattew...
– Tu ne... l'auras... jamais !! »
La sorcière regarda l’homme fixement et lui
sourit. Au dernier soupir, celui-ci retira son
épée, laissa tomber Abby et disparut de Weston
Lane, ce quartier d’une apparente tranquillité.
Apparente seulement.

Quinze ans plus tard, la banlieue de Sunny
Hill semblait avoir retrouvé toute sa sérénité.
Les enfants jouaient dans la rue, le long des
clôtures de piquets blancs qui entouraient les
pavillons d’une propreté éclatante. De leur côté,
les femmes au foyer étendaient leur linge
légèrement parfumé tandis que, de sa fenêtre,
Madame Lorry épiait le voisinage. C’était là son
plus grand plaisir, l’expression même de sa
curiosité maladive qui n’avait fait qu’empirer
depuis qu’elle était à la retraite.
20 Mattew Whiter et La Dague de Midas
De cette nuit de décembre très spéciale, qui
avait prit place des années auparavant, elle
n’avait que le vague souvenir d’un bruit sourd,
d’un cri. Mais elle se souvenait de la découverte
du corps de sa voisine le lendemain au milieu de
la rue. Cela avait tourmenté les habitants
pendant des semaines. Les meurtres n’étaient
pas fréquents sur Weston Lane. Néanmoins,
Madame Lorry, bien qu’attristée par la mort de
sa jeune voisine, qui lui prêtait du sucre à
l’occasion, avait trouvé du réconfort lorsque la
police et les media étaient venus, autant de
personnes que son témoignage poignant et
dramatisé avait intéressé. Tous ses rêves
s’étaient réalisés ce jour-là. Aujourd’hui, elle
ignorait deux choses essentielles : qui avait tué
Abby Whiter et où étaient passés sa sœur et son
fils.
La mafia, Madame Lorry pensait que c’était
l’œuvre de la mafia. Son mari, lorsqu’il était
encore en vie, avait pour habitude de dire que la
mafia était partout et qu’elle était responsable
de tous les crimes. On n’a pas idée de son
influence dans la vie des banlieues de nos jours.
Heureusement, cette triste journée de décembre
était derrière Madame Lorry. Du moins, le
pensait-elle.
La maison des Whiter, laissée vacante par ses
occupants, avait accueilli pas moins de dix
familles en quinze ans. Toutes étaient parties
21 Alexis Pichard
subitement. Certains disaient que les murs se
rapprochaient, que des crapauds géants
peuplaient la salle de bains et qu’un chat noir
doté de la parole arpentait la cuisine et
demandait à ce qu’on lui servît du lait de soja.
Devant ce spectacle surnaturel, les pauvres
propriétaires avaient opté pour la fuite et s’en
étaient allés bien vite à chaque fois. Madame
Lorry en était sûre : la maison était hantée. Elle
était persuadée que la magie existait. Du moins
la magie noire. Nul doute en effet que des
esprits malins habitaient cette maison. Après
tout, sa propriétaire était morte. Lorsqu’elle
regardait cette maison, fièrement recroquevillée
derrière sa fenêtre, un frisson la parcourait
automatiquement. Elle ne se considérait pas
comme superstitieuse mais pour elle, un frisson
était un signe clair.
En ce jour étouffant de juillet, la retraitée vit
les propriétaires de la « maison hantée » quitter
les lieux en courant, en criant et en gesticulant
comme si des chauves-souris les poursuivaient.
« Au secours ! Au secours ! Cette maison est
POSSEDEE !!! » cria le patriarche de la famille,
enfournant à toute vitesse ses enfants et ses
valises dans la voiture. Ensuite, il démarra puis
fit une violente marche arrière pour sortir de
son allée. Le temps pressait, le danger était réel.
Lorsqu’il accéléra pour partir finalement, les
pneus crissèrent et laissèrent une trace sur le
22 Mattew Whiter et La Dague de Midas
bitume brûlant. Madame Lorry se mordit les
lèvres et fronça les sourcils. Elle leur avait prêté
un moule à cake et savait qu’elle ne le reverrait
jamais. Quelle manque de politesse, se dit-elle.
Quelques jours passèrent et l’agent
immobilier désespéré par ce nouveau départ
revint à Weston Lane pour replacer l’éternel
panneau « A vendre » sur la façade de l’ancienne
maison des Whiter. Il s’était fait à l’idée qu’il ne
la vendrait jamais. Pourtant, dans la même
semaine, le panneau disparut. Il avait à nouveau
vendu la maison maudite et cette fois, il était
sûr que ce serait définitif. Un après-midi, en
regardant par la fenêtre de sa cuisine, Madame
Lorry vit quelque chose qui allait illuminer sa
journée. Accompagnée de l’agent immobilier
ayant retrouvé toute sa fierté, Samantha Whiter,
son ancienne voisine partie un soir, revenait
dans le quartier de Weston Lane.
Le regard figé et la bouche tombante,
Madame Lorry n’en crut pas ses yeux. Cela
faisait quinze ans. De nombreuses questions lui
vinrent à l’esprit, tant d’interrogations dont elle
trouverait les réponses bientôt. Elle l’espérait.
En attendant, elle s’empressa de téléphoner à
toutes ses bonnes amies pour leur annoncer la
nouvelle, comme s’il avait été question de vie
ou de mort. Inutile de dire que le tranquille
quartier de Weston Lane fut vite au courant de
ce retour inattendu. Madame Lorry, le
23 Alexis Pichard
sentiment d’avoir accompli son devoir, sourit et
mangea un muffin. Après tout, la vie continuait.
24 Mattew Whiter et La Dague de Midas

25 Mattew Whiter et La Dague de Midas

SECRETS EN SOUS-SOL
La rumeur de l’emménagement de Samantha
Whiter avait fait le tour du quartier. Certains,
intrigués par ce retour, attendaient la nouvelle
ex-occupante avec impatience, motivés par une
curiosité attisée par Madame Lorry. D’autres,
plus raisonnables, continuaient de vivre leur vie
comme si de rien n’était. Après tout, ce n’était
qu’une rumeur. Hélas, le problème avec les
rumeurs, c’est qu’elles s’avèrent souvent être
vraies.
Quelques jours plus tard, un camion de
déménagement arriva sur Weston Lane, au 7,
plus précisément. Madame Lorry, à peine le
bruit du camion entendu, s’était précipitée
dehors, accompagnée de deux voisines de
longue date et tout aussi curieuses, Madame Sig
et Madame Irman. Les trois femmes attendaient
là, sur le trottoir en face du 7 Weston Lane.
Qu’allait-il se passer ? Elles s’étaient invitées à
un spectacle qui, elles l’espéraient, satisferait
leur besoin de scandale. Malheureusement pour
elles, le scandale n’eut pas lieu. Lorsque
Samantha Whiter descendit du camion de
27 Alexis Pichard
déménagement, deux voisines lui apportèrent
des fleurs, la félicitant d’être revenue dans le
quartier. Au loin, les trois commères étaient
déçues.
« Mais elle a tué sa sœur, elle ne peut pas être
accueillie comme cela ! dit Madame Irman.
– C’est honteux ! ajouta Madame Lorry.
– Scandaleux ! » surenchérit Madame Sig.
Toutes trois restaient là, sur leur trottoir,
contemplant un spectacle qui ne leur plaisait
guère.
« Où étiez-vous pendant toutes ces années ?
demanda Madame Sheperd à Samantha.
– J’ai beaucoup voyagé avec mon neveu à la
mort de sa mère. Nous n'avions plus envie de
vivre la même vie... Quand j’ai appris qu’Abby
était morte, j’étais en vacances avec Mattew.
Nous n’avons pas eu le courage de revenir ici…
Et puis, l'occasion s'est présentée et je me suis
dit qu'il était temps que j'affronte mon passé...
– Ça n’a pas dû être facile tous les jours…
Au fait, vous savez finalement ce qui est arrivé à
Abby ?
– Non, hélas. Ce meurtre reste toujours
irrésolu et c’est injuste. J’aimais tant ma sœur et
son fils est la seule personne pour me la
rappeler à présent. »
Samantha savait que, ce que les gens aimaient
au-delà du scandale, c’était la misère humaine.
Et quoi de mieux pour s’installer paisiblement
28 Mattew Whiter et La Dague de Midas
dans ce quartier que de devenir la cible de tous
les bons sentiments ?
« Mais votre sœur n’avait pas une fille aussi ?
demanda Madame Sheperd.
– Non, c’était… une cousine éloignée que
nous gardions souvent… précisa Samantha.
– En tout cas, si vous avez besoin de
quoique ce soit, vous nous demandez.
– Merci, c’est gentil. Mon neveu va arriver
d’un instant à l’autre pour m’aider à
emménager. Il rentre de vacances.
– Il a dû changer depuis le temps !
– Vous n’imaginez pas à quel point ! »
Les deux voisines s’en allèrent alors que
Madame Lorry et ses troupes restaient sur leur
trottoir.
« Vous le saviez vous, que ce n’était pas la
fille d’Abby Whiter ? demanda Madame Lorry.
– Moi, je pensais que c’était sa fille, dit
Madame Irman.
– C’est louche tout ça. C’est moi qui vous le
dis, ajouta Madame Lorry. Elle cache forcement
quelque chose ! »
Un bus arriva alors devant la maison des
Whiter. Un jeune homme brun aux yeux bleus,
vêtu d’un jean et d’un tee-shirt, en descendit.
Samantha se retourna, un carton dans les bras,
pour voir qui était là : c’était Mattew. Elle posa
le carton et serra fort son neveu dans ses bras.
29 Alexis Pichard
« Il est à croquer, ce garçon, crut bon de
préciser Madame Irman.
– Bon les filles, j’ai une machine à faire
tourner. Appelez-moi s’il y a du nouveau »,
conclut Madame Sig regagnant son humble
demeure.
Madame Sig était une voisine discrète mais
toujours au courant de tous les agissements
dans son quartier. Ce n’était pas pour rien
qu’elle était devenue l’amie de Madame Lorry.
Une fois chez elle, la vieille femme aux cheveux
blancs bouclés descendit dans sa cave et
chercha un objet dans le désordre qui régnait.
Elle trouva alors une clef qu’elle utilisa dans la
serrure d’un coffre, situé à quelques piles de
vêtements d’elle. Madame Sig l’ouvrit et un
nuage de fumée s’en échappa. Une silhouette se
dessina sur le plafond.
« Ils sont à nouveau là comme vous l’aviez
prévu, maître », dit la vieille femme.

L’emménagement des Whiter avançait
bien. Tous les cartons étaient sortis du camion.
Samantha s’apprêtait à ouvrir la porte de la
maison.
« Tu es prêt à découvrir l’endroit où tu es né,
Mattew ? » dit Samantha.
Mattew acquiesça d’un signe de la tête.
Samantha ouvrit la porte grinçante de cette
belle demeure en bois blanc. Une odeur de
30 Mattew Whiter et La Dague de Midas
renfermé dominait la pièce principale, tous les
volets étaient fermés.
« Ta-dah ! Bon, je pose les cartons et je vais
ouvrir les volets pour nous faire un peu de
lumière, dit Samantha. Tu peux décharger le
reste des affaires dans l’entrée ?
– Oui, bien sûr, j’y vais. »
Mattew regarda néanmoins sa nouvelle
maison et s’y sentit à l’aise. Était-ce parce qu’il y
avait déjà vécue ? Peut-être bien. Il ressentit son
cœur s’entourer d’un nuage chaud, d’une
sensation de joie qu’il ne parvint à s’expliquer.
Durant toute sa jeunesse, sa tante et lui avaient
voyagé aux quatre coins des États-Unis et
avaient vécu ces deux dernières années à New
York. Aujourd’hui ils s’installaient dans
l’ancienne demeure familiale au sein d’une
banlieue huppée. Samantha ne lui avait pas
vraiment donné de raisons valables, si ce n’était
par souvenir de sa sœur et pour s’éloigner de
l’agitation urbaine New Yorkaise qui était
devenue épuisante.
Le jeune homme se retrouvait là, dans cette
banlieue où tout se ressemblait. Certes, ici, sa
tante ne serait pas dérangée par le vacarme des
grandes villes. Mais, il se sentait proche de ce
quartier, proche de cette maison. Après tout,
c’était là qu’il était né seize ans plus tôt, presque
jour pour jour. En effet, le lendemain, ce serait
son anniversaire.
31 Alexis Pichard
En attendant, Mattew amenait les cartons les
uns après les autres alors que Samantha les
vidait petit à petit. Elle n’avait pas changé.
Même si quinze années avaient passé, Samantha
était toujours aussi belle. Le roux de ses
cheveux était un peu plus terne, sa peau
élégamment marquée par les épreuves et ses
yeux, toujours aussi clairs et pénétrants. Cette
maison, dans laquelle elle allait vivre à nouveau,
lui rappela la mort de sa sœur au premier pas
qu’elle fit. Elle revit cette nuit de décembre et sa
dernière embrassade avec Abby. Sa tristesse fut
accentuée à la découverte d’une photo de sa
sœur et elle dans l’un des cartons. Elle avait une
raison pour être revenue ici avec son neveu.
Hélas, elle ne pouvait pas la lui révéler. Alors,
elle continuait de déballer les cartons, voyant
ainsi se succéder les objets, autant de souvenirs
qui revenaient à son esprit.
« Qu’est-ce que tu regardes ? demanda
Mattew à sa tante.
– Une photo… C’est ta mère et moi à ta
naissance… J’avais oublié que cette photo était
là. Elle est magnifique, n’est-ce pas ? »
Samantha tendit la photo à Mattew.
« Oui… Tu sais si un jour on retrouvera celui
qui a tué mes parents ?
– Je l’espère de toutes mes forces… » dit
Samantha, prenant Mattew dans ses bras.
32 Mattew Whiter et La Dague de Midas
Mattew retourna au camion. Cela faisait
quinze ans que sa tante lui mentait. Comment
lui avouer que celui qui avait tué ses parents
était en fait un sorcier ? Comment lui faire
comprendre l’existence de la magie ?
Samantha se disait que demain, il
comprendrait enfin. Oui, il comprendrait enfin
ce qu’était la magie. Après tout, c’était pour cela
qu’elle était revenue ici avec son neveu. Il n’y
avait que dans cette maison que Mattew serait à
l'abri pour développer ses dons. Encore fallait-il
qu’il les acceptât.
« Alors c’est pour ça que tu es revenue ? » dit
une voix.
Samantha se retourna mais ne vit personne.
« Qui est là ? demanda-t-elle.
– Je suis déçu que tu m'aies oublié !
– Igor ?? C’est toi ?? » s’écria Samantha, le
sourire aux lèvres.
Soudain, un beau chat noir arriva à ses côtés.
Samantha accourut vers lui et le prit dans ses
bras.
« Oh mon Igor ! Tu m’as tellement manqué !
dit Samantha.
– Toi aussi, Sam ! »
Igor était un chat doté de la parole. Les
mortels, sans pouvoir, ne comprenaient pas
qu’un chat pût parler. Beaucoup avaient donc
fui la maison et ce chat noir atypique.
33 Alexis Pichard
« Alors, les petits sont avec toi ? demanda
Igor, curieux.
– Igor, il faut que je te dise quelque chose…
Je n’ai pu garder que Mattew.
– Pourquoi ? Qu’est devenue Mélinda ?
– Tu sais, le soir où Abby s’est fait tuer…
Elle m’a demandé de séparer Mattew et
Mélinda pour ne pas qu’il les retrouve, dit
Samantha, surveillant la porte d’entrée.
– Il ? Le « il » auquel je pense ?
– Oui, c’est bien lui. Je n'ai pas cessé de
penser à lui durant ces dernières années. J'ai
toujours eu peur qu'il nous retrouve et qu'il
prenne Mattew. Tu sais qu’il reviendra un jour.
Et plus tôt qu'on ne le pense.
– Et que feras-tu ?
– Je n'ai pas les pouvoirs pour le vaincre.
Personne n'a cette capacité. Tu sais bien que
seul Mattew peut l’affronter. Lui et sa sœur
réunis, c’est notre seule chance de le contrer
dans ce qu’il prévoit de faire.
– Est-ce que Mattew sait qu'il a une sœur ?
Et est-ce qu'il sait qu’il est un sorcier ?
– Il ignore tout. Tant qu'il ne sait rien, il n'est
pas en danger.
– Et Mélinda, comment va-t-elle ?
– Elle va bien, elle aura bientôt seize ans.
Même éloignée, j’ai toujours veillé sur elle.
Mélinda est dans une famille de mortels que je
34 Mattew Whiter et La Dague de Midas
connais bien à Los Angeles. Quelque chose me
dit que Mattew la rencontrera bien vite…
– Si c'est leur destin... Est-ce qu’ils seront
prêts pour ce combat ?
– Je l’espère… On l’espère tous. »
Mattew arriva dans le salon, les bras chargés
de cartons.
« Tu as trouvé un nouveau compagnon,
Samantha ? dit Mattew, moqueur.
– Euh… Oui, j’ai trouvé ce chat ici. Ça te
dirait qu’on le garde ? Il semble appartenir à
personne.
– D’accord… Si tu y tiens… Comment
s’appelle t-il ?
– Igor.
– Franchement, tu aurais pu lui trouver un
prénom plus beau que ça. Igor… Ça sonne mal,
même pour un chat ! s’exclama Mattew,
regardant le chat de haut avant de retourner
dehors.
– Ça sonne mal même pour un chat ! Et c’est lui
qui doit sauver le monde ! se vexa Igor.
– Oh Igor, il n’a pas voulu te blesser. Tu sais
que ce nom n’est plus vraiment commun de nos
jours, dit Samantha.
– Est-ce que c’est de ma faute si j’ai cent
ans ?! Je ne vais pas m’appeler Allan parce que
c’est à la mode !
– Ne fais pas cette tête, tu vas être ridé avant
l’âge…Enfin, tu me comprends…
35 Alexis Pichard
– Ah…ah…ah ! J’espère que ton neveu a
plus d’humour que toi. Avant que je parte, tu
veux que je prévienne Sigmund que tu es
revenue ?
– Oui... Je comptais le faire. Mattew aura ses
pouvoirs demain mais je me vois mal aller
l’inscrire dès maintenant à l’école de magie.
Imagine qu'il rejette ses pouvoirs. Je ne sais pas
comment il va réagir...
– Tu sais que les places sont limitées.
– Pour les futurs « sauveurs du monde », ils
doivent faire une exception. Je connais bien
Sigmund, il sait tout de Mattew et de sa destiné.
– Normal, c’est quand même le directeur de
l’école de magie !
– Oh, ce n’est pas une raison. Souviens-toi,
son prédécesseur était un incapable. Il a fini
dévoré par un dragon lors de la fête de fin
d’année. Je ne te raconte pas combien le dragon
s’est régalé… Beurk !
– Bon, je vais faire ma toilette… Bah quoi ?
Je suis un chat après tout !… Ah oui, fais
attention à Madame Lorry. Cette vipère est une
enquiquineuse de première, doublée d’une
fouineuse ! Ça ne va pas être évident pour
Mattew de développer ses nouveaux pouvoirs
avec une voisine postée à sa fenêtre tout le
temps…
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