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Méditations solognotes

De
189 pages
Dans ce recueil d'histoires, de contes, de légendes et de poèmes, l'auteur nous emmène en voyage au coeur de sa mystérieuse et attachante Sologne. On se croirait dans une de ces 'souertées', où, le Gamay poussant les châtaignes grillées, l'on débagoulerait de la voisine un peu chaudasse, des dégâts du dernier à cas d'iau, des grattes-mousses qui attaquaient les récoltes... ou tout simplement du temps qui passe.
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MÉDITATIONS

SOLOGNOTES

Du même auteur
Journal de guerre d'un non combattant Edition: Le clairmirouère du temps

Chansons:

paroles et musique La saison des fleurs Ma cousine Charlotte Marie Marie Je reviendrai dans mon village Les gens du troisième âge Ô Mennetou Le cœur d'une femme Un petit coin de paradis Pastourelle de Sologne Quoi de plus beau qu'une maman

Les mots croisés du journal bimensuel « Le petit solognot» Le poème « J'ai vu » a obtenu en 1994 le grand prix de poésie Clio del'arte.

Roland AUGER

MÉDITATIONS SOLOGNOTES
Histoires, contes, légendes et poèmes du terroir solognot

Préface de Gérard Bardon

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005 Paris FRANCE
L'Hannatt.,n Hongrie Espace L'Harmattan Kinshasa

Konyvesbolt Kossuth L. u. 14-16

Fac..des

Sc. Sociales, Pol. et Adm. , BP243, KIN XI de Kinshasa - RDC

L'Harmattan Italia Via Degli Artisti, 15 !O124 Torino ITALlE

L'Harmattan Burkina Faso 1200 logements villa 96 12B2260
Ouagadougou 12

!O53 Budapest

Université

www.librairieharmattan.com Harmattan1 @wanadoo.fr @L'Harmatian,2005 ISBN: 2-7475-9173-5 EAN : 9782747591737

Remerciements
Je tiens à remercier ici bien sincèrement toutes les personnes qui m'ont aidé à mener à bien cet ouvrage: -Guy et Gérald Auger pour la mise en forme, -Paul Dunez pour ses conseils, -Michèle Hanon, Françoise Bouet, Daniel Pétrix, Jean Claude Schneider et Gérald Auger pour les illustrations, -Chantal Pangaud, Mr et Mme Henri Meunier, Gérard Garnier et Mme Michèle Hanon pour la relecture, -Gérard Perriot pour les documents photographiques, -Gérard Bardon pour son soutien et ses encouragements.

Préface
J'ai accepté avec plaisir d'écrire la préface du livre de Roland AUGER, par sympathie pour quelqu'un de très bien. Par amitié pour celui qui collabore avec la rédaction du Petit Solognot pour les mots croisés bi-mensuels et avec des rubriques en vieux partage dans l'Almanach du Solognot. Par goût enfin car les écrits de Roland AUGER sont une véritable plongée dans la Sologne authentique, dans la Sologne des traditions et des souvenirs. D'une plume légère et nostalgique il nous entraîne quelques années en arrière dans une époque où le pays ne se donnait pas facilement, où la terre se refusait au paysan, où la nature, qui savait être belle, était souvent hostile. Dans cet ouvrage, il fait œuvre, non d'historien, encore qu'il le soit un peu pour sa ville de Mennetou-surCher, mais plutôt conteur à la manière d'un André Frapier, d'un Hubert Fillay. Grâce à ses textes en vieux partage de chez nous, il participe également à la mémoire vivante du pays de Raboliot pour que les jeunes puissent y retrouver des racines, un peu de cette terre qui collait aux pieds de nos ancêtres. Un livre à lire, à relire et à conserver précieusement. Gérard Bardon

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LES NOCES DE CABERLOT
Nicolas Caberlot venait d'avoir vingt-huit ans. Ce n'est pas tellement un âge avancé pour un garçon, mais enfin tous les gars de son âge, du village comme des

environs, avec lesquels il avait été à l'école, grimpé aux
arbres, pataugé dans le ruisseau, chassé les oiseaux au lancepierres le long des haies et fait toutes sortes de mauvais tours, étaient mariés et la plupart établis à leur compte. C'était un brave paysan ce Nicolas, pas bien dégourdi, un peu timide, il avait plutôt tendance à baisser les yeux quand une fille le regardait, mais bon garçon, travailleur et solide comme un chêne. TI n'avait qu'un défaut: c'était d'être coléreux, emporté sous ses dehors «bonne pâte », mais ses éclats n'étaient qu'un feu de paille et toutes ses qualités lui faisaient facilement pardonner ce défaut. TI n'était pas «marieux» ; c'est pourquoi il ne sortait pas beaucoup. C'étaient ses parents qui allaient au marché, tous les mercredis, avec la carriole. Lui, travaillait aux champs de l'aube au crépuscule et le dimanche il prenait un bâton et allait se promener pour se rendre compte de l'état des récoltes. Une fois l'an seulement il allait au bourg, le jour de l'assemblée. Allez donc trouver à vous marier comme ça, vous! Lui, n'y pensait pas beaucoup et cela ne le tracassait guère. Mais si Nicolas ne pensait guère au mariage, le père Caberlot commençait à y penser pour lui. TIvoyait que les filles du pays convolaient les unes après les autres et que son gars risquait de rester vieux garçon ou d'être contraint de se contenter de celles qui resteraient, c'est-à-dire pas les plus futées, comme Albertine Greluchon la boiteuse, ou bien Gertrude Bécu, un peu contrefaite ou encore Caroline

Chaudemiche qui était « calouche ».1 Passant mentalement en revue toutes les filles des environs qui étaient mariables et qui pourraient le mieux convenir à son gars, il avait sans hésiter retenu Sidonie, la fille du père Bourriquet, un des plus gros fermiers du village dont plusieurs terres jouxtaient son domaine. On disait bien dans le pays qu'elle n'avait pas très bon caractère mais notre homme ne s'arrêta pas à cela car, quand on est marié et que l'on s'aime, on est obligé de faire des concessions. Ayant ainsi pensé, il résolut de s'en ouvrir à son fils sans plus tarder, de crainte qu'elle ne trouve un autre prétendant. _ « Dis donc, mon fieu, faudrait p't êt songer à t' marier. Tous les drôles2d' ton âge y sont en ménage et y va bintôt pus rester d' bouêmes3 pour toué ! » _ «Ben! ... ... Ouais! Cà s 'pourrait ben! » répondit Nicolas. _ « Y'a la fille Bourriquet, poursuivit le père, qui s'rait ben d'âge avec toué I Pourquoué donc qu' t'irais pas la d'mander? » « Ben I... heu... Faudrait vouère » dit-il en tournant les talons, car cette conversation le mettait mal à l'aise. Mais à partir de cet instant cette idée commença à lui trotter dans la tête. Après tout pourquoi pas elle? Il faudrait bien qu'il se marie un jour. Elle n'était peut-être pas très jolie, mais en la regardant bien on lui découvrait un charme particulier. De plus, elle était pleine de santé et, à entendre dire, courageuse et bonne ménagère. Enfin, ce qui ne gâtait rien, son père avait du bien au soleil. Dès lors, le gars Caberlot, pour se rendre aux champs, ne prit plus les chemins
1 atteinte d'un strabisme... prononcé 2 garçons 3 filles ibe12~

de terre mais suivit la route afin de passer devant chez elle. Et il se rendit compte qu'il prenait du plaisir à l'apercevoir. Alors le dimanche, au cours de ses promenades, il s'arrangea pour diriger ses pas vers l'endroit où il pensait qu'elle menait paître ses bêtes. Et lui qui, auparavant, quand ilIa rencontrait, lui disait à peine un petit bonjour timide et discret, maintenant s'arrêtait, le cœur battant pour lui causer. Bientôt il s'enhardit même à s'asseoir près d'elle pour bavarder. Et il en fut à

passer tous ses après-midi du dimanche avec elle. Assis sur
l'herbe, côte à côte, près de l'étang, ils discutaient de choses et d'autres, de ces mille petits riens qui agrémentent les bavardages des amoureux. Ou bien ils se taisaient et ce silence, loin d'être une gêne, était aussi un plaisir de leur têteà-tête car il leur permettait de suivre chacun leurs pensées, qui étaient à peu près les mêmes, faites de tendres sentiments qu'ils n'osaient se communiquer. Nicolas suivait machinalement des yeux les hirondelles ou les ébats des canards sauvages parmi les roseaux et, de temps en temps, lançant un coup d'œil furtif vers l'objet de ses tendres pensées, il poussait un soupir gros comme ça. Il aurait bien voulu lui parler, lui déclarer sa flamme, mais il ne trouvait pas les mots qu'il fallait. Et puis, il était beaucoup trop timide pour cela; lui qui était dur comme un roc et qui ne craignait personne à l'ouvrage, se trouvait désarmé comme un enfant devant cette jeune fille. Sidonie s'arrêtait de temps en temps de tricoter ou de ravauder ses bas ou les chaussettes du père Bourriquet, pour jeter un coup d'œil à ses bêtes, puis laissait son regard errer sur les eaux vertes de l'étang avant de se remettre à son travail, et un gros soupir venait gonfler sa jeune poitrine. Car elle n'était pas insensible non plus au charme qui se dégageait
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de ce grand garçon un peu gauche, mais elle n'osait rien dire. D'abord ce n'était pas à elle de parler la première et puis la douceur des yeux bleus qui se posaient sur elle la troublait énormément. Cette situation aurait pu s'éterniser s'il n'y avait eu l'assemblée, la fête annuelle du village, et la seule sortie de Nicolas et de Sidonie. Donc ils se retrouvèrent à la fête et dansèrent ensemble toutes les polkas, mazurkas et autres quadrilles sous les platanes de la place, au son d'une vielle et, à l'heure où les ombres de la nuit s'étendent sur la nature, ils reprirent ensemble le chemin de leur domicile. Ils marchaient en silence, côte à côte, sur la route. La présence de sa Dulcinée à ses côtés intimidait Nicolas autant qu'elle le grisait. D'ailleurs, tout, par cette fin de journée de printemps, contribuait à l'émouvoir: la douceur du temps, les senteurs lourdes qui montaient de la terre, le parfum des fleurs, le chant des grillons, le vol des chauves-souris qui les frôlaient et les premières étoiles qui s'allumaient au firmament. Tout son être était rempli d'amour, de tendresse; des mots qu'il ne pouvait exprimer se pressaient dans sa tête. Une douce joie l'avait envahi car il pressentait - un sixième sens qui ne trompe pas le lui disait que ce soir il serrerait enfin celle qu'il aimait dans ses bras. Profitant d'un tournant de la route, tout en marchant, il se rapprocha d'elle un peu plus et osa lui prendre la main. Elle ne la lui retira pas et ils marchèrent ainsi en silence. Cette main dans la sienne accentuait le trouble de Nicolas et rendait encore plus ardent son désir de conquête. Conquête qui s'avéra du reste très facile car, n'y tenant plus, il prit soudain Sidonie par la taille, et, comme elle ne se débattait point, il lui prit un baiser... qu'elle ne pensa d'ailleurs pas à lui refuser.

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Ils restèrent enlacés pendant un long moment et reprirent leur marche en se tenant par la taille. Ils ne s'étaient pas parlé, mais il est des silences plus éloquents que les paroles. Ils allèrent ainsi jusqu'à la fourche où leurs chemins se séparaient; tout entiers à leur bonheur et marchant sur des pétales de rose... Là, ils s'enlacèrent de nouveau et, dominant son émoi, Nicolas demanda à sa belle si elle voulait bien devenir sa femme. Elle dit « oui» sans hésiter et l'accord fut scellé par un baiser. Après une dernière étreinte, ils prirent rendezvous pour le dimanche suivant, près de l'étang; ils se séparèrent l'âme et le cœur légers, transfigurés par le bonheur. Quand il vit rentrer son gars, le père Caberlot comprit aussitôt qu'il s'était passé quelque chose de pas ordinaire. Nicolas, d'habitude réservé, calme, peu communicatif et plutôt distant, paraissait ce soir tout joyeux, riait d'un rien et bavardait comme une vieille femme. Ce n'était pas normal! Quelle pouvait bien en être la cause? Etait-ce dû à une femme ou à la boisson? Le père qui savait son fils pas plus porté sur l'une que sur l'autre voulut en avoir le cœur net et demanda donc: « Eh ben! Mon fieu, t'as l'air tout plein réjoui à c't' heure,. qui qu' t'as donc vu à la fête qui t'as mis ainsi en liesse? ». Le gars qui, justement, voulait mettre son père au courant et ne savait pas comment s'y prendre saisit la perche qui lui était ainsi tendue: « Ben! mon ppa, voilà... j' vas m'marier! ». « T' marier, toué ? » fit le père, ne sachant s'il devait se réjouir ou s'inquiéter car il se demandait déjà quelle donzelle avait, enfin, réussi à enjôler son fiston. ~15~

« Et avec qui donc? » « Eh ! Ben, p 'pa... bégaya le drôle, mais avec la fille à Bou... Bourriquet, pardi bin sûr! » « Hein! Pas possib' ! fit le vieux au comble de la joie, çà m' rcifeunit d' vingt ans c' que tu racontes là ! Arrive ici, mon drôle, que j' t'embrasse. » Et lui sautant au cou, il lui appliqua un gros baiser sonore sur chaque joue. Après quoi il s'en fut vite annoncer la bonne nouvelle à la Mélie, sa vieille, qui était occupée à passer la traite du soir à l'écrémeuse, dans la laiterie. Aussitôt elle abandonna son travail pour s'en venir voir son gars et lui poser toutes sortes de questions plus ou moins indiscrètes. « Tu vas nous faire une bonne omelette au jambon et dépendre une andouille pour fêter c't heureux jour» dit le père à la Mélie. Puis il alla lui-même quérir une vieille bouteille de Gamay, qu'il arracha de derrière les fagots, une de celles qu'il réservait pour les grandes occasions! De son côté, Sidonie avait également mis ses parents au courant de la demande en mariage de Nicolas. A partir de ce jour, la joie régna aussi bien chez les Bourriquet que chez les Caberlot. Pensez donc: Sidonie et Nicolas étaient les enfants uniques des deux plus gros fermiers du pays. Quand leurs parents se retireront, les deux propriétés seront réunies en une seule qui formera le plus gros domaine de la région. Ainsi, vous pensez bien qu'il avait été convenu entre les deux parties de ne rien négliger et de faire un mariage comme on n'en avait jamais vu de mémoire de paysans. « J' veux qu'on en parle longtemps dans tout le pays d' la noce à mon Nicolas! » répétait à qui voulait l'entendre le père Caberlot. ~16~

De son côté le père Bourriquet ressassait à chacun: « On va y faire une noce à tout casser, à nout' Sidonie! ». Le grand jour arriva assez vite car on avait poussé les préparatifs afin que tout soit terminé avant les gros travaux des foins et de la moisson. Bien avant le lever du soleil, on était en effervescence dans les deux fermes. Mais c'est chez les Bourriquet que l'activité était la plus intense car, selon l'usage, c'est chez la mariée que la noce devait avoir lieu. Le père Bourriquet se mettait en quatre, était partout à la fois, avait l'œil à tout, courait des écuries à la cuisine et de la grange à la chambre de la mariée, en passant par le cellier. Bientôt les invités commencèrent à arriver: en carrioles, à vélo ou à pied selon les distances qu'ils avaient à parcourir ou les moyens de locomotion dont ils disposaient. Bientôt la maison fut comble; il est vrai que, de chaque côté, la famille était grande, et puis, il y avait les voisins et aussi les amis qui étaient nombreux. A l'heure fixée, les invités étaient à peu près tous arrivés. Le marié était là, bien sûr, vêtu d'un costume noir fait sur mesure à la ville voisine, coiffé d'un chapeau melon flambant neuf et le cou encastré dans un col rigide qui l'obligeait à tenir la tête haute, comme le coq du clocher du village. Quant au père Bourriquet, il avait fait tailler sa moustache gauloise en brosse, ceci sur les conseils de son épouse qui lui avait fait valoir que, pour aller « en société », ce serait mieux que ses bacchantes, peu adaptées à la dégustation du potage. Sidonie parut enfin, la dernière comme il se doit. Elle était vraiment ravissante dans sa robe de mariée et Nicolas aurait bien voulu avoir le privilège de la conduire à ~17~

l'autel, mais cet honneur était réservé au père de sa future, celui qui l'avait élevée et qui l'avait encore en charge tant qu'elle ne serait pas devenue Madame Caberlot. Ce n'est qu'au retour qu'il pourrait avoir enfin le bonheur de la sentir vibrer à son côté. A l'heure fixée le cortège fut formé; en tête marchaient les deux musiciens du pays: Gérard avec sa vielle et Camille avec son violon; venaient ensuite les jeunes enfants précédant la mariée au bras de son père, les garçons et les demoiselles d'honneur qui tenaient la traîne de la mariée; puis, les jeunes, accouplés par affinités, les jeunes couples, les anciens et, fermant la marche, Nicolas qui donnait le bras à sa mère. Celle-ci, pour la circonstance et fait rarissime, s'était lavée de la tête aux pieds; de plus, elle s'était aspergée de «pompouna »\ ce qui atténuait un peu ses senteurs d'étable. Le soleil, déjà haut dans un ciel sans nuage, irradiait tout ce monde joyeux, et cette journée de printemps s'annonçait comme devant être particulièrement magnifique. Le cortège formé, on se mit en route pour le bourg distant de deux kilomètres, où les épousailles devaient avoir lieu. En tête les musiciens jouaient des airs très entraînants repris par les noceurs qui s'égosillaient sur «Auprès de ma blonde» ou encore le traditionnel y a une pie dans le poirier, J'entends la mère qui chante. y a une pie dans le poirier, J'entends la mère chanter. J'entends, j'entends, j'entends la mère qui chante! J'entends, j'entends, j'entends la mère chanter!
4 Eau de toilette bon marché appelée aussi senti-bon it¥>18~