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Perry Rhodan n°266 - Le Retour des Koltoniens

De
230 pages

L'expédition dans la galaxie des Larenns a permis aux Terraniens d'entrer en possession de l'indispensable moyen grâce auquel le Sol pourra ressortir de la zone Dakkar. Mais l'aide des Spécialistes de la Nuit est elle aussi nécessaire. Pour Perry Rhodan, l'urgence est donc de regrouper les Douze afin qu'ils déploient la pleine mesure de leurs dons, tout en déjouant les pièges tendus par les machiavéliques Gardiens du Néant.
Comment le Stellarque et ses compagnons d'aventure pourraient-ils prévoir qu'une autre puissance sera arrachée au passé dès l'instant où les frères et sœurs d'Olw et Py auront été tirés de leur sommeil ? Un adversaire de plus, à côté duquel les dictateurs zgmahkones sembleront bien pâles, va bientôt barrer aux exilés du Sol le chemin vers la liberté...





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couverture
K.-H. SCHEER
et CLARK DARLTON

LE RETOUR
DES KOLTONIENS

PERRY RHODAN — 266

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Sous le règne de l’APHILIE

L’ère de la perfection

Tous les hommes sont libres et égaux ! La faim et les maladies sont devenues des problèmes exceptionnels. Le travail a fait place aux « activités raisonnées », tandis qu’ordinateurs et robots se chargent des tâches les plus pénibles. Au nom de l’expansion tous azimuts, de formidables vaisseaux interstellaires s’élancent chaque jour à la conquête des mondes lointains.

 

L’ère de l’horreur

L’individu ne connaît plus que lui-même, ne vit plus que pour lui-même et pour satisfaire ses propres désirs. Les nouveau-nés sont confiés à des foyers dépourvus de toute chaleur affective, puis les enfants grandissent dans des institutions d’État. Jamais ils ne sauront qui étaient leurs parents. Inutiles pour la société, faibles et vieillards disparaissent derrière les hauts murs des Maisons de Silence. Jamais on ne les reverra.

 

La nef-monde de l’exil

En l’an 3580, le navire géant Sol quitte la Terre sans âme pour tenter de rallier la Voie Lactée, quelque part à l’autre bout de l’Univers. Bannis de leur planète-mère, voués à l’errance sur les Routes du Néant, Perry Rhodan et ses proches seront confrontés aux réalités du Concile des Sept, aux secrets de sa toute-puissance, à des arrière-plans cosmiques ouvrant sur d’inimaginables perspectives…

 

Pour la dignité des peuples galactiques !

L’Empire Solaire est mort, vive le Nouvel Impérium Einsteinien… Dans l’ombre du Poing de Provcon, Atlan organise la résistance contre l’occupant larenn et sa tutelle dictatoriale. Mais l’Arkonide saura-t-il garder intacts le courage de lutter contre l’invincible, et l’espoir de libérer un jour la Voie Lactée ?

 

La Terre sans Hommes

Dure est la loi de l’Univers… Arraché au Maelström des Étoiles et de nouveau transplanté, le berceau de l’Humanité resurgira dans l’inconnu total. Enfin rejoints par Perry Rhodan, les très rares survivants de la catastrophe ne vont plus tarder à faire la rencontre des Superintelligences qui président aux destinées du cosmos et de ses peuples…

CHRONOLOGIE GÉNÉRALE
 DES DIX PREMIERS CYCLES1
 DE LA SÉRIE
PERRY RHODAN

Dates et événements

1971 : avec la fusée Astrée, Perry Rhodan se pose sur la Lune. Il y rencontre les Arkonides Thora et Krest, naufragés lors d’une expédition spatiale.

1972 : la supertechnologie arkonide permet la constitution de la Troisième Force et l’unification de l’Humanité terrestre.

1976 : l’être spirituel collectif qui règne sur la planète Délos accorde l’immortalité relative à Perry Rhodan et à ses plus proches compagnons.

1984 : de grandes puissances galactiques hostiles, les Arkonides, les Francs-Passeurs, les Arras et les Lourds, tentent de soumettre l’Humanité terrestre qui entame son expansion interstellaire.

2040 : l’Empire Solaire vient de naître ; il incarne désormais un facteur politique et économique de premier plan dans la Voie Lactée. L’Arkonide immortel Atlan, exilé sur Terre depuis près de dix mille ans, fait son apparition et devient l’un des proches de Perry Rhodan.

2326-2328 : des colonies terraniennes sont menacées par les Acridocères et les monstrueux Annélicères. Les humains entrent en conflit contre les Bleus qui dominent l’Est galactique.

2400-2406 : Perry Rhodan découvre la Route des Transmetteurs qui relie la Voie Lactée à Andromède. Plusieurs tentatives d’invasion de la Galaxie, orchestrées depuis la Nébuleuse, sont déjouées de justesse. Portant la lutte en territoire ennemi, les Terraniens libèrent les peuples d’Andromède de la tyrannie des Maîtres Insulaires.

2435-2437 : la forteresse-robot géante Old Man menace la Voie Lactée ; les Bi-Conditionnés surgissent, à bord de leurs Dolans, pour punir l’Humanité d’avoir effectué des expérimentations temporelles. Perry Rhodan est expédié dans la très lointaine galaxie M 87. Après son retour, la victoire sur les Ulebs – encore appelés la Première Puissance Fréquentielle – sera chèrement acquise.

2909 : la Crise de la Seconde Genèse provoque la mort de presque tous les mutants de la Milice.

3430-3434 : presque un millénaire s’est écoulé ; l’Humanité, éparpillée dans la Galaxie, connaît de graves dissensions. Afin d’éviter une guerre fratricide, Perry Rhodan fait déphaser le Système Solaire de cinq minutes dans le futur. De nouvelles menaces, comme le Supermutant Ribald Corello, se font jour et seront vaincues – à l’exception du satellite tueur qui orbite à l’intérieur de la couronne du Soleil. Pour empêcher que l’astre ne se transforme en nova, Perry Rhodan doit effectuer plusieurs voyages dans un passé vieux de deux cent mille ans et y rencontre le Cappin Ovaron, qui s’avère le seul capable de neutraliser l’engin autrefois installé par ses frères de race.

3437 : depuis Gruelfin, la lointaine galaxie-patrie des Cappins, une invasion d’un genre inédit se prépare contre l’ensemble de la Voie Lactée. Perry Rhodan se lance vers cet univers-île inconnu dans une expédition d’envergure dont le but est double : d’une part, contrer le plan des envahisseurs ; d’autre part, rétablir le bon droit en faveur d’Ovaron, souverain légitime dont l’exil a duré deux cent mille ans. Là-bas, les Takérans ont imposé leur hégémonie par la violence et règnent par la répression. Sitôt arrivés, les Terraniens entament la lutte contre les maîtres de Gruelfin puis ils repèrent la trace des Ganjasis, qui s’était apparemment perdue. Elle aboutit à la galaxie naine Morshatzas, isolée du continuum standard dans une bulle hyperspatiale. Ovaron y est confronté à la Mère Originelle, un cerveau-robot géant dont il avait jadis programmé la construction ainsi que la mission, et qui l’identifie comme l’authentique Ganjo. Alors que la puissance des Takérans est brisée à l’intérieur de Gruelfin, la Mère elle-même intervient dans la Voie Lactée pour faire échec à l’invasion et elle se sacrifie avec son armada de Collecteurs, entraînant aussi la destruction de Pluton.

3438-3443 : suite au sabotage de ses convertisseurs hexadim alors qu’il effectue son vol de retour de Gruelfin, le Marco Polo subit une dilatation temporelle et n’atteint la périphérie de son objectif que début juin 3441. Dès leur rentrée dans la Galaxie, Perry Rhodan et ses compagnons découvrent qu’elle a été balayée par une vague d’abrutissement imputable à l’Essaim, un conglomérat stellaire vagabond qui est en train de traverser la Voie Lactée. À de rares exceptions près, tous les êtres doués d’intelligence ont été crétinisés et il règne désormais un chaos sans précédent.

Tandis qu’une poignée d’immunisés se regroupent et tentent d’abord de résister, puis de trouver une parade au fléau et éventuellement de contre-attaquer, l’Empire Secret des Cynos commence à faire parler de lui et ses mystérieux ressortissants finissent par reprendre le contrôle de l’Essaim – car telle était la mission originelle de ce peuple qui a failli tout perdre à cause d’une lamentable erreur dont seuls les Terraniens et leurs alliés ont pu aider à effacer les conséquences dramatiques.

3444 : après bien des incompréhensions et des affrontements en chaîne, les esprits désincarnés des huit Vieux-Mutants projetés dans l’hyperespace durant la Crise de la Seconde Genèse sont enfin conduits à l’intérieur d’une météorite géante regorgeant de semper, un métalloïde à rayonnement quintidimensionnel indispensable à leur survie. Mais l’énorme astéroïde, en réalité un gigantesque vaisseau spatial, s’arrache alors à la croûte du monde dans lequel il était encastré depuis plusieurs siècles et les Terraniens le suivent jusqu’au Système Brisé, patrie des inquiétants Paramags qui, des dizaines de millénaires plus tôt, se sont lancés tous azimuts dans la recherche de semper à travers la Galaxie en utilisant les fragments de leur planète-mère reconvertis en nefs interstellaires.

Après avoir désamorcé la menace immémoriale que ces créatures faisaient planer sur Sol et ses satellites, Perry Rhodan et ses proches offrent enfin aux Vieux-Mutants un asile durable au sein d’un planétoïde riche en semper, acheminé jusqu’à un secteur isolé et calme de la Voie Lactée.



Décembre 3458 à août 3460 : au nom du mystérieux Concile des Sept, les Larenns s’imposent dans la Voie Lactée grâce à leur supériorité technologique et contraignent Perry Rhodan à assumer la charge de Premier Hétran de la Galaxie. Jouant en apparence le jeu des émissaires du Hétos des Sept, le Stellarque entreprend d’organiser la résistance et commence par déphaser le Système Solaire de quelques minutes dans le futur, afin de le soustraire aux agressions potentielles des Larenns et de leurs exécutants, les Lourds.

Face à l’intensification de la menace ennemie, la Terre et la Lune seront finalement dématérialisées en empruntant un transmetteur stellaire spécial installé dans la plus grande urgence. Elles ne resurgissent hélas pas à l’endroit prévu mais à une distance énorme de la Voie Lactée, au sein d’une région spatiale turbulente appelée le Maelström des Étoiles. Pour les Terraniens exilés à l’autre bout de l’Univers, le nouveau défi sera de réussir à s’acclimater et à s’affirmer dans ce secteur riche en surprises, en périls de tous genres et en adversités imprévues. Initialement hostiles, les Ploohns insectiformes se révéleront des alliés décisifs puisqu’ils accourront à l’aide de l’Humanité transplantée et permettront l’ancrage du couple Terre-Lune sur une orbite stable autour d’un soleil approprié, Médaillon.

Pendant ce temps, dans la très lointaine Voie Lactée qui plie désormais sous le joug du Concile, l’immortel Arkonide Atlan mène dans l’ombre le combat contre les oppresseurs. En priorité, il assure l’exode des Terraniens, traqués sans relâche par l’occupant, vers le nuage obscur appelé le Poing de Provcon et la planète Gaïa qui se dissimule en son sein. Le Système Solaire, privé de la Terre et de son satellite naturel, devient peu à peu le fief du nouveau Premier Hétran, le Lourd Leticron, dictateur galactique et chef des forces militaires à la solde des Larenns.



CHRONOLOGIE ET RÉSUMÉ

DU CYCLE EN COURS

 

3540 : en quatre-vingts ans d’exposition à une composante spéciale du spectre radiatif de l’étoile Médaillon, une immense majorité d’humains a peu à peu perdu toute capacité à éprouver des sentiments. Sur la Terre règne désormais l’aphilie. Peu nombreux sont les immunisés : seuls les porteurs d’activateur cellulaire – à l’exception temporaire de Reginald Bull –, les mutants et de rares individus « ordinaires » échappent à ce véritable fléau qui a conduit à l’instauration d’un nouveau pouvoir politique et d’un ordre mondial sans précédent. Condamnés à l’exil, Perry Rhodan et presque tous ses proches partent à bord du Sol, un colossal vaisseau spatial à très grand rayon d’action, pour une odyssée dont nul ne saurait prévoir la durée.

3578 : sur la Planète d’Ovaron, à près de 3 500 années-lumière de la Terre, la colonie secrète fondée par l’ex-Stellarque juste avant son exil réussit à prendre un nouvel essor et est dotée d’une station d’accueil pour les fugitifs traqués par les aphiles. Ceux-ci obéissent désormais à la Lumière de la Raison, Trevor Casalle, dont l’ascension à la dictature a été aussi rapide qu’inattendue mais s’explique par une nouvelle menace : la planète-mère de l’Humanité n’est plus stable sur son orbite autour de Médaillon, et la chute dans le Gouffre est inéluctable à moyen terme.

Depuis les parages de la microgalaxie Balayndagar, l’équipage du Sol a réussi à localiser la très lointaine Voie Lactée. L’un des deux ultracroiseurs constituant la nef géante en a pris le chemin, tandis que l’autre partie s’aventure jusqu’à une planète accueillante pour y refaire les réserves du bord et tombe dans le piège insidieux tendu par les Kéloskèrs. Ces « penseurs infinis », qui sont les calculateurs stratégiques du Hétos des Sept, adorent et redoutent le trou noir situé au centre de Balayndagar, dont un dispositif spécial leur permet de juguler l’expansion. Hélas, la destruction accidentelle de cet appareil relance le processus d’engloutissement de la microgalaxie dans le Grand Néant Noir. Les Kéloskèrs prennent sous influence Sénèque, le complexe bio-impotronique qui gouverne le Sol, puis annexent celui-ci pour sauver de la catastrophe leurs précieux équipements et surtout le shetanmargt, le plus avancé de leurs superordinateurs.

Hormis la plongée dans le trou noir, toute fuite hors de Balayndagar s’avère impossible. Selon les Kéloskèrs, le couplage réussi de Sénèque et du shetanmargt devrait assurer la survie du vaisseau géant et de tous ses passagers. Malgré l’incertitude et les risques, Perry Rhodan et ses compagnons tentent le tout pour le tout…

3580 : dans la Galaxie-patrie, Atlan a fondé le Nouvel Impérium Einsteinien dont Gaïa constitue le monde central. L’isolationnisme contraint n’est cependant pas une situation durable, même si l’oppression des Lourds et des Larenns l’impose maintenant depuis près de cent vingt ans. Le futur proche demeure cependant très sombre, en particulier pour les derniers Terraniens encore présents dans le Système de Sol dont Leticron a fait le centre de son empire. La forteresse d’acier de Titan, bastion du tyran, incarne le symbole même de la terreur et du mal. Mais le Premier Hétran de la Galaxie, obsédé par le désir d’être immortel, plonge peu à peu dans la démence et les Larenns scellent définitivement son destin : lors d’un tournoi truqué, Leticron est blessé à mort par Maylpancer, le jeune Lourd prévu pour lui succéder.

Décidé à solliciter tous les appuis envisageables pour la résistance galactique, Atlan se rend en mission secrète sur la planète Dernière Chance où un dakkarcom est en construction dans les superlaboratoires passés sous le contrôle des Larenns. Pendant que le commando procède au vol de cet équipement spécial, une autre expédition terranienne tente de rallier Andromède afin d’y requérir l’aide des Maahks – en vain… Le Lord-Amiral ne peut plus compter que sur l’assistance des Cappins de la lointaine galaxie Gruelfin et du Ganjo Ovaron, auquel l’Empire Solaire a jadis prêté main forte. Mais nul ne sait quelle situation règne là-bas, ni comment l’appel au secours y sera perçu.

Dans une telle incertitude, la nécessité d’une opposition fédérée face au Concile devient pressante. Pour pouvoir organiser une conférence secrète des peuples de la Voie Lactée asservis par le Concile, Atlan et ses proches conçoivent un leurre destiné à tromper les Larenns et les Lourds : tout va être mis en scène, sur un monde appartenant à un secteur spatial éloigné, pour simuler le cadre propice au fameux rassemblement. Informés à dessein, les oppresseurs de la Galaxie attaquent et dévastent la planète truquée tandis que la véritable conférence se déroule évidemment ailleurs, quelque part dans l’espace.

Malgré la trahison avortée des Antis, neutralisés par le mystérieux émissaire du Vhrato, la conférence se conclut par la fondation de la C.O.DI.P.G., ou Coalition pour la Dignité des Peuples Galactiques.

 

3 janvier 3581 : le Sol resurgit intact « de l’autre côté » du Grand Néant Noir dans une incroyable bulle extradimensionnelle qui abrite des soleils, des planètes… et de la vie intelligente ! Les maîtres de la zone Dakkar, des humano-sauriens très évolués appelés Zgmahkones, réagissent violemment à l’intrusion des étrangers indésirables puis lorsqu’un commando terranien réveille et enlève Olw, le Dormeur Millénaire. Recueilli à bord du Sol, celui-ci révèle en détail l’histoire de sa fratrie, douze êtres hors normes grâce auxquels, jadis, la planète-mère des Zgmahkones a résisté à l’engloutissement dans un trou noir et émergé dans la zone Dakkar. Seuls capables de voyager à travers les tunnels transdimensionnels qui relient la bulle extra-universelle aux trous noirs de nombreuses galaxies, Olw et ses semblables sont devenus les Spécialistes de la Nuit, les outils de conquête des dictateurs zgmahkones pour lesquels, contraints et forcés, ils ont peu à peu bâti les fondations d’une hégémonie omnipotente : le pouvoir du Concile des Six…

Perry Rhodan l’a compris, l’appui des Dormeurs Millénaires lui est indispensable pour faire ressortir le Sol de la zone Dakkar. Mais les Gardiens du Néant – ainsi se dénomment les tyrans adverses – échafaudent un plan destiné à piéger Olw et à éviter que les Spécialistes de la Nuit ne se rangent du côté des Terraniens. Ce sera peine perdue, car les dictateurs n’ont pas idée de la détermination ni des moyens réels dont disposent les intrus.

Très vite, le Stellarque apprend qu’un équipement particulier doit être installé à bord du Sol pour lui permettre de franchir en sens inverse l’un des tunnels transdimensionnels. Or, le beraghskolth en question n’est disponible que dans la galaxie-patrie des Larenns, et la seule solution est d’aller en dérober un exemplaire. Après s’être emparé d’un vaisseau zgmahkone, un commando terranien auquel se joint Olw se lance dans cette expédition à haut risque.

Début mars 3581, l’espoir est à nouveau d’actualité : une fois le beraghskolth en place, le Sol pourra bientôt prendre le chemin du retour vers le continuum standard. Hélas, Perry Rhodan et ses compagnons d’aventure ne sont pas encore au bout de leurs surprises – dont la prochaine va être LE RETOUR DES KOLTONIENS.

1. Téléchargez gratuitement toute l’action antérieure des neuf premiers cycles de la série PERRY RHODAN avec le guide spécial Destinée cosmique I (1971–3459) sur le site www.fleuvenoir.fr.

CHAPITRE PREMIER

21 mars 3581.

 

Le Sol était en danger – comme souvent. En danger parce que l’installation du beraghskolth, composé pour moitié d’énergie et incompréhensible à l’esprit humain, ne se déroulait pas au mieux, loin s’en fallait.

L’un des plus grands segments occupait une immense salle vide et isolée. Les projecteurs de champ et les guides d’onde avaient été connectés comme prévu ; ils convoieraient – espérait-on ! – la puissance des centrales du vaisseau à la machine étrangère.

Dobrak discutait avec quelques savants. De ses ailerons préhensiles, il montrait les instruments de mesure. Lui seul pouvait avoir une idée de ce qui allait se passer.

Les interférences hyperdimensionnelles se faisaient toujours sentir.

Et soudain, cela arriva.

Derrière un robot, l’air brasilla, et un vortex nébuleux apparut. Il déploya, tels les tentacules d’une pieuvre, de longues excroissances pâles. Celles-ci frappèrent un projecteur, qui explosa. Pendant un bref instant, le tourbillon se mua en une spirale, puis il éclata en une quantité de fragments colorés qui filèrent vers le beraghskolth et s’évanouirent dans le néant.

Le Maître Mathématicien kéloskèr observa ces phénomènes avec sa perception non figurative, sous forme de combinaisons numériques qui lui révélèrent la nature du vortex.

Trois techniciens étaient demeurés comme figés sur place. Des médirobots se précipitèrent vers eux. Ils réussirent à retenir deux des hommes avant qu’ils ne tombent. Quelques secondes plus tard, les blessés étaient allongés sur des civières antigrav et emportés hors de la salle.

Tous trois subissaient une altération physique irréversible, et personne ne pouvait les aider. Leurs doigts, puis leurs mains, se transformaient en une masse cristalline à l’aspect de roche friable. Leur corps entier devenait un bloc blanchâtre.

Mais le processus ne s’arrêta pas là.

Ils disparurent progressivement. Après une demi-minute, ils avaient cessé d’exister.

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Dans la bulle hexadimensionnelle où le Sol avait trouvé refuge, le vaisseau zgmahkone arraisonné n’avait pas changé de position. Tout était calme, mais les Terraniens s’attendaient à être découverts prochainement. Aussi l’appel au secours électrisa-t-il ceux qui l’entendirent.

— Ici l’Aurore ! Nous avons besoin d’aide ! Vite !

Perry Rhodan déclencha aussitôt une opération de sauvetage. Une première corvette quitta son hangar, rapidement suivie par une Gazelle. Le navire capturé apparut en gros plan sur les galeries panoramiques. Trouant l’obscurité de l’espace, les puissants projecteurs du Sol illuminèrent un étrange spectacle : les superstructures de la nef zgmahkone semblaient fondre comme une cire molle.

— Les cloisons perdent leur intégrité ! lança l’opérateur radio. Sortez-nous d’ici !

Par endroits, l’enveloppe s’était déjà volatilisée et montrait l’intérieur de la cellule. Heureusement, seules quelques personnes séjournaient sur l’Aurore frappée par un phénomène hyperphysique incontrôlable.

D’autres secteurs de la coque se délitaient en myriades de minuscules fragments. Dans les faisceaux des projecteurs, ils évoquaient des flocons de neige.

Les unités de sauvetage les plus proches du vaisseau en difficulté dévièrent brutalement. Le pilote de la première Gazelle appela d’une voix tremblante :

— Nous n’y arriverons pas ! J’ai moi-même une brèche dans les ponts inférieurs et mon train d’atterrissage est à moitié désintégré. Les environs de l’Aurore sont affectés par les interférences hyperénergétiques.

— Ici Rhodan ! Interrompez la tentative, mais restez à proximité et prêts à intervenir !

À bord du navire zgmahkone, les gens devaient être désespérés. Sinon, ils n’auraient jamais tenté de fuir en passant par les ouvertures de la coque…

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Récit d’Odysseus Halmarck.

 

— C’est affreux, Ody ! souffla Arcarea.

Nous suivions les événements sur les moniteurs. Plusieurs chaloupes stationnaient le long d’une frontière invisible entourant l’Aurore, dont la destruction progressait à vue d’œil. De plus en plus d’astronautes tentaient de fuir le désastre qui frappait le vaisseau.

Dippo, la chauve-souris intelligente originaire de la planète Tolot III, se taisait, effrayée.

— Les propulseurs démarrent !

Que projetait Rhodan ? Qu’essayaient de faire les pilotes du Sol ?

— Ody, une tempête ! bourdonna soudain Dippo.

Je me retournai et le vis courir en tous sens, très agité.

— Quelqu’un crie ! pépia-t-il.

— Tu l’entends ? demandai-je à Arcarea.

— Oui… Ça n’a rien d’humain…

Alors, je perçus également une vibration. Cela sonnait comme un hurlement issu d’un autre monde : il montait et faiblissait, irréel, glaçant, terrorisant. Ce n’était pas une illusion, il était vraiment audible. J’avais l’impression d’être sur une montagne au beau milieu d’un ouragan.

— C’est peut-être l’activation du beraghskolth qui provoque ce son, avança Arcarea.

— Oui, peut-être. À moins que ce ne soit la musique du crépuscule des dieux…

L’étrange vibration d’outre-monde s’était muée en une note aiguë qui torturait les nerfs et me faisait frémir.

Sur l’écran qui couvrait la plus longue cloison de ma cabine, nous constatâmes que les coques de plusieurs unités de secours présentaient des fuites. Les chaloupes restaient cependant à proximité de l’Aurore et attendaient les astronautes qui s’étaient lancés dans le vide. Le navire zgmahkone semblait perdu. La décomposition s’était propagée à la totalité de son enveloppe.

Soudain, un éclair fulgura sur le moniteur. D’abord un simple trait qui sabrait, à partir de deux points diamétralement opposés, la convexité de la bulle hexadimensionnelle, puis la clarté s’élargit rapidement.

— C’est de l’hyperénergie, Ody ! Que se passe-t-il donc là-bas ?

— Je n’en sais absolument rien !

Je fus effrayé par le timbre de ma propre voix.

La chauve-souris poussait des gémissements apeurés.

Le hurlement spectral devenait de plus en plus fort et se réverbérait en d’innombrables échos.

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Dans le central du MSol, L’Émir ferma le casque de son spatiandre et se concentra sur l’une des brèches de la coque de l’Aurore. Son but était un hangar à moitié désintégré, où se trouvaient encore plusieurs personnes. Il se téléporta – et se rematérialisa aussitôt à son point de départ. Hébété, il fit quelques pas chancelants, pour s’effondrer au pied d’un pupitre.

— Petit ! s’exclama Rhodan en se précipitant vers lui.

Mais l’Ilt se redressait déjà, apparemment indemne.

— Que s’est-il passé ? demanda Perry, inquiet.

— Là-dehors, il y un mur, un obstacle composé d’une forme d’énergie que je ne peux pas franchir.

— Je comprends… dit le Terrien en levant les yeux vers la galerie panoramique.

Enfin, un premier naufragé atteignit la Gazelle de sauvetage. Tous les autres planaient encore entre l’Aurore et les unités de secours. Leurs propulseurs dorsaux devaient lutter contre un courant invisible.

— Regardez la bulle hexadim… souffla Perry Rhodan à voix basse, alors qu’un hurlement spectral retentissait dans ses oreilles.

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Récit d’Odysseus Halmarck.

 

Le phénomène lumineux ressemblait à un ellipsoïde très allongé qui flamboyait autour des vaisseaux. Depuis l’appel de détresse de l’équipage de prise, plus d’une heure s’était écoulée.

De nouveau, cet espace énigmatique se referma. Au milieu de l’enveloppe hexadim bouillonnante apparut une excroissance convexe. Elle grandit dans le sens de la longueur et, quand elle s’ouvrit avec un vif éclair, plusieurs naufragés furent emmenés par un courant invisible. L’intérieur de la bulle hexadim était de plus en plus affecté par ce flux, et les éruptions dimensionnelles altéraient les conditions locales. À travers l’espace, elles transmirent jusqu’au Sol les cris horrifiés des hommes et des femmes qui avaient cru le salut à portée de main. Déformés par le chaos énergétique ambiant, ils n’avaient presque plus rien d’humain.

À leur tour, les unités de secours furent soumises à l’aspiration. Lançant leurs propulseurs à pleine puissance, elles s’efforcèrent d’y échapper et mirent le cap sur les hangars ouverts du Sol.

Entre-temps, l’astronef intergalactique subissait lui aussi des influences inconnues.

Presque simultanément, la première vague d’énergie hexadimensionnelle reflua.

Mais quelques instants plus tard, alors que les corvettes et les Gazelles avaient presque rejoint leur vaisseau-mère et que les propulseurs encore intacts du navire zgmahkone démarraient, une déchirure encore plus grande s’ouvrit en bouillonnant dans l’espace. Les plaintes du dernier naufragé s’éteignirent quand il fut irrésistiblement arraché du continuum et projeté dans le néant.

Je pressentais que les minutes suivantes nous seraient fatales s’il ne se produisait pas un miracle !

— Nous ne pouvons rien faire qu’attendre, Arcarea, dis-je d’une voix atone.

De fortes vibrations parcoururent le vaisseau lorsque ses générateurs montèrent en régime.

Rhodan avait toujours été convaincu qu’il pouvait influencer l’Histoire de la Voie Lactée, modifier le point de vue des Larenns et des peuples du Concile qui l’occupaient. Je connaissais quelques-uns de ses plans. Quelques heures plus tôt, ils étaient encore réalisables… mais plus maintenant.

— Nous sommes toujours vivants, chuchota Arcarea comme si elle avait lu mes pensées.

Les forces supradimensionnelles se déchaînaient en un spectacle dantesque alors que le vacarme des propulseurs ne cessait de s’intensifier. Le Sol lui-même luttait maintenant de toute sa puissance contre l’attraction.

Sur les images retransmises par le central, les scènes se succédaient rapidement. Nous vîmes l’une des chaloupes rentrer dans son hangar, dont les vantaux se refermèrent. Mais cette apparence de sécurité était trompeuse. Une caméra s’attarda plus longuement sur la salle où le beraghskolth était connecté aux circuits du vaisseau. Si les débuts de son activité avaient déclenché les événements actuels, ce serait l’enfer qui s’abattrait sur nous lorsqu’il serait complètement intégré et mis en service. Que la synchronisation de toutes les fonctions s’avère imparfaite, ne serait-ce que d’un pour cent, et c’était la mort qui nous attendait.

Les Kéloskèrs de l’Aurore, qui avaient ramené de Volterhagen cet appareil susceptible de faire naviguer le Sol à travers un tunnel transdimensionnel, savaient sans aucun doute ce qui pouvait arriver. Nous voyions distinctement que les propulseurs de la nef zgmahkone travaillaient à plein régime ; pourtant, elle ne progressait pas.

Quelques instants plus tard, l’énergie bouillonnante toucha l’Aurore. Telle la gueule d’un monstre affamé, elle se referma et l’avala. En même temps, la longueur de l’entonnoir se réduisit, et l’appendice se contracta.

Les Kéloskèrs poussèrent de terribles cris d’effroi. Peut-être ne mourraient-ils pas, mais la forme d’existence à laquelle ils accéderaient « de l’autre côté » ne serait-elle pas pire que la mort ? Dès que le vaisseau traversa la paroi de la bulle, les hurlements s’interrompirent.

La force d’attraction disparut subitement.

Le Sol fit un bond en avant et fonça, ses propulseurs à pleine puissance, comme s’il allait lui aussi pénétrer dans l’enveloppe de notre refuge. Les énergies inconnues se déchaînaient toujours autour de nous.

— Nous avons localisé une flotte de recherches zgmahkone, annonça soudain la détection.

L’alerte chassa le peu d’espoir que j’avais encore. Je fourrai Dippo dans son conteneur d’acier et en activai le dispositif de support environnemental miniaturisé. Mon étrange compagnon pourrait y survivre.

— Garde tes ailes repliées, petit, lui ordonnai-je encore.

En moins de trente secondes, j’enfilai mon spatiandre.

La voix de Rhodan résonna sur l’intercom général :

— Manifestement, les Zgmahkones ont correctement interprété les éruptions d’énergie. Nous essayons de nous dissimuler. Tant que l’intégration du beraghskolth n’est pas parfaite, nous ne pouvons prendre aucun risque. Doublez immédiatement les effectifs de tous les postes de combat.

Ces instructions ne me concernaient pas, estimai-je.

Mon écran mural retransmettait les images des moniteurs de la détection. D’innombrables échos très nets s’étaient rassemblés près de l’accès à la bulle hexadim.

— Combien de temps la situation va-t-elle rester ainsi bloquée… ? me demandai-je.

Je soliloquais, car Arcarea avait quitté ma cabine dès le déclenchement de l’alerte.

Les unités adverses verrouillaient très efficacement la sortie. Toute tentative de passage confinerait au suicide. D’autre part, le brusque surgissement d’un entonnoir énergétique pouvait sceller notre destin aussi bien qu’un tir zgmahkone…

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Récit d’Odysseus Halmarck.

 

Les personnes les plus importantes du Sol étaient pour l’heure le Maître Mathématicien Dobrak, Olw, le mince Spécialiste de la Nuit, et sa compagne Py. Quiconque les observait percevait immédiatement l’autorité supérieure du Kéloskèr. Il donnait les ordres, Olw et Py les interprétaient et les exécutaient.

Ces images étaient diffusées dans tous les locaux de la nef intergalactique et commentées par un expert :

— Aux dernières nouvelles, l’installation du beraghskolth est réalisée à moitié. Les équipes de techniciens se sont retirées des secteurs concernés, la direction des opérations ayant été confiée à Sénèque. Dobrak a rapporté que les champs de confinement ne fonctionnent pas encore tous. Il s’ensuit que des flux dispersifs d’énergie quintidimensionnelle provoquent des interférences. Les phénomènes que nous venons d’observer y sont liés. Nous sommes encore occupés à nous en protéger pour terminer tranquillement les dernières connexions. L’arrivée de puissance sera branchée sur le plus gros des vingt et un segments, qui assurera l’alimentation des autres.

Je secouai la tête ; j’aurais souhaité me retrouver sur une île ensoleillée, au bord de la mer ou à l’orée d’une forêt tropicale. Ce qui se passait autour du beraghskolth m’apparaissait incompréhensible, fantasmagorique. J’entendais les explications et je voyais les images, mais tout cela me restait totalement obscur.

— … et quand nous avons réussi, grâce à la fermeture du premier circuit, à atténuer les perturbations hyperdimensionnelles, l’Aurore a disparu. Entre-temps, les Kéloskèrs ont expliqué que le beraghskolth s’est mis en marche inopinément et a émis un rayon de pompage. Cela a provoqué une instabilité parce que l’installation n’avait pas encore pu être complètement protégée. Le pompage a entraîné des dispersions énergétiques éruptives. Olw et Py ajoutent que nos essais d’activation ont causé les bruits incongrus que nous avons entendus, de même que la disparition de matière solide. Malheureusement, jusqu’ici, personne ne peut dire ce qu’il est advenu de l’Aurore et de nos camarades qui ont été entraînés dans une dimension d’ordre supérieur.

L’image s’éteignit.

Les considérations dépassant la quatrième dimension m’échappaient totalement. Je n’étais pas un savant, mais un individu qui pouvait se débrouiller comme personne dans la nature – la vraie, la sauvage. Depuis dix ans, depuis mon séjour sur Tolot III, je désirais ardemment un nouvel atterrissage, pour pouvoir me confronter aux difficultés d’un environnement planétaire. L’intermède d’Ultima Statio n’avait guère sollicité mes compétences : j’y avais seulement organisé quelques expéditions de chasse.

J’espérais que nous survivrions aux prochains jours…

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Récit d’Odysseus Halmarck.

 

Nous bénéficiâmes de cinq heures de calme. Les patrouilleurs croisaient toujours devant l’entrée de la bulle hexadim dans laquelle nous avions cherché refuge. Le Sol y stationnait encore relativement à l’abri. Mais avec les progrès des travaux, une nouvelle étape approchait irrésistiblement.

Vingt-deux mars, 0 h 40. Je remarquai cette date, j’ignore pour quel motif. Comme nous tous, Arcarea accomplissait son service revêtue de son spatiandre. Son domaine était la fourniture de produits alimentaires aux nombreux mess, restaurants, bars et tavernes, aux distributeurs automatiques et autres centres d’approvisionnement. Arcarea pouvait ainsi être considérée comme une extension de Sénèque.

— … aura lieu la tentative prochaine. On prévoit des difficultés.

Les faits donnèrent aussitôt raison au commentateur : j’entendis des grincements métalliques et des bruits d’outre-espace.

— Bande de bousilleurs ! pestai-je.

Tout à coup, notre environnement se modifia une fois de plus. L’enveloppe du diverticule prit une teinte irisée qui me rappela une bulle de savon sur le point d’éclater. Un entonnoir tournoyant se forma. Moins d’une minute plus tard, de terribles vibrations parcoururent le vaisseau.

L’image du central était retransmise sur le réseau holovidéo public. Tout le monde pouvait voir les traits de Perry Rhodan, marqués par les soucis et les nuits sans sommeil. Mais le Stellarque ne pensait nullement à abandonner.

— Mes amis ! dit-il d’une voix persuasive et ferme malgré sa fatigue. Nous n’avons plus le choix. Ces phénomènes infernaux résultent des essais du beraghskolth. Pourtant, nous devons procéder à des tests supplémentaires. Mais l’espace dans lequel nous séjournons actuellement est trop étroit. Aussi allons-nous essayer d’en sortir. Nous devrons semer la flotte qui nous traque et trouver une autre cachette. Olw pourra peut-être découvrir un endroit où nous ne serons pas en permanence en danger de mort. En tout cas, nous n’attendrons pas plus longtemps ici.

Il arbora un sourire fugitif.

Les propulseurs montèrent en régime et le Sol fonça, sa cellule numéro un en avant. Son élément central avait l’air d’un moignon de membre amputé. C’était une tentative de fuite désespérée. Les Zgmahkones nous avaient localisés depuis longtemps et s’étaient préparés à toutes les manœuvres possibles. Mais pour nous, il n’y avait pas d’autre chemin vers la liberté.

Le « chant supradimensionnel » s’atténua au fur et à mesure que nous nous éloignions des excroissances bouillonnantes.

Quand nous eûmes franchi les trois quarts de la distance, les Zgmahkones réagirent. Ils nous accueillirent par un déluge de feu. Malgré sa taille, notre astronef n’avait aucune chance de passer.

Le Sol dut décélérer à pleine puissance et se replier.

J’ignorais comment Perry Rhodan garderait confiance dans l’avenir.

— Nous avons essayé, déclara-t-il. Maintenant, nous sommes certains qu’il n’existe qu’une seule échappatoire. Nous ne serons sauvés que si le beraghskolth fonctionne.

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Récit d’Odysseus Halmarck.

 

Face aux éruptions énergétiques, le Sol n’était qu’un fétu de paille. Lentement, il s’enfonçait dans l’enchevêtrement des excroissances de la bulle hexadim. Une partie de l’enveloppe quintidimensionnelle avait de nouveau l’air stable et montrait une couleur gris-bleu caractéristique. Mais encore et toujours, il y avait des zones de turbulences.

Les travaux se poursuivaient sans discontinuer. Py, Olw, Dobrak et tous les experts collaboraient. Des corrections infimes devaient être exécutées afin de réguler la puissance des centaines de projecteurs malgré les perturbations induites par le rayonnement propre du beraghskolth.

Le rayon de pompage qui assurait son alimentation déchirait sans aucun contrôle la cinquième dimension et ouvrait à des flux dispersifs l’accès au diverticule qui abritait le Sol. Ces parasites hyperénergétiques prouvaient certes que l’on œuvrait pour rétablir une situation plus sûre, mais ils mettaient aussi le vaisseau en danger. Il pouvait lui arriver la même chose qu’à l’Aurore : être arraché à la protection de la bulle hexadim et précipité dans la sixième dimension.

D’immenses vortex se formaient et se ruaient vers l’astronef, qui ne cessait de lutter. Le beraghskolth ne fonctionnait pas encore assez bien pour pouvoir ériger un bouclier. Il avait été conçu pour contrôler les flux d’énergie dans les tunnels transdimensionnels. Mais si les premières tentatives présentaient de tels risques, tout le monde pouvait imaginer ce qui nous attendait. À chaque instant, les énergies de la sixième dimension frappaient le Sol, y causant des épiphénomènes, des illusions étranges qui effrayaient l’équipage, des chevauchements interdimensionnels. Notre réalité se diluait en îlots de plus en plus étroits au milieu de rivières qui défiaient les lois de la physique et les connaissances humaines.

Je finis moi aussi par être la victime de ces courants perfides.

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Le Sol se trouvait au centre d’un tourbillon. Les propulseurs perdaient la bataille. Mètre après mètre, l’astronef glissait vers un gigantesque point de rupture.

Les techniciens qui essayaient désespérément d’ajuster le beraghskolth furent pris de panique. Si le navire succombait à ce déchaînement de forces, des milliers de vies humaines s’éteindraient, et avec elles l’espoir de libérer l’Humanité des Larenns.

Perry Rhodan discutait avec Dobrak. Le Kéloskèr conseillait avec insistance de poursuivre les tentatives d’intégration du complexe informatique. Même si le Sol devait se transformer en un vaisseau fantôme.

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Récit d’Odysseus Halmarck.

 

Une vague de peur déferla sur moi et me paralysa. Le Sol avait été détruit, tous ses passagers projetés à travers le tourbillon d’énergies jusque sur une planète étrangère. Une vive lumière inondait tout, comme si l’atmosphère de ce monde sinistre baignait directement dans la couronne de son astre tutélaire.

Je me redressai sur les deux bras.

Partout, du sable, un sable très fin, argenté. Je regardai fixement le matériau qui s’écoulait doucement.

Autour de moi s’étendait un désert. Et… J’avais échoué sur un monde impossible, car mon corps ne jetait aucune ombre.

— Arcarea ! Dippo ! appelai-je. Où êtes-vous ?

Ma voix n’était qu’un chuchotement qui se perdait dans l’air.

Je me contraignis à me relever. Les jambes flageolantes, je pivotai lentement sur moi-même. Où étaient les autres ? Et où était l’épave du vaisseau ?

— Arcarea ! soufflai-je de nouveau.

Mes épaules étaient affreusement douloureuses. Des larmes coulaient sur mes joues. Il ne faisait pas chaud, mais la clarté ambiante était meurtrière. Des deux mains, je me protégeai les yeux. Dans le lointain, presque à l’infini, je distinguais une immense sphère. Elle flamboyait comme de l’argent en fusion.

Puis je découvris mes traces.

Sont-ce vraiment les miennes… ?

Aucune ombre, nulle part.

Pas un souffle de vent.

Pas une âme.

Pas même un brin d’herbe dans cette mer de poussière blanche.

Seulement les traces de deux bottes, qui s’arrêtaient devant l’empreinte de mon corps.

Je dois retrouver Arcarea

Je fermai mon casque, ne laissant qu’une petite ouverture. La luminosité fut quelque peu adoucie.

L’air avait une fragrance épicée, et portait d’autres odeurs que je n’avais jamais senties. Je me mis en marche. La sphère brillant sur l’horizon était peut-être distante de milliers de kilomètres.

Que s’est-il passé ?

Hébété, je posais un pied devant l’autre, remontant les traces que j’avais laissées à l’aller. Bizarrement, je n’avais pas le moindre souvenir de ce qui était arrivé après que le Sol eut été englouti malgré toute la puissance de ses générateurs. Ce laps de temps s’était effacé, il n’existait plus pour moi.

Un pas, cinq, dix, cent…

Toujours plus loin, toujours tout droit…

Et quand je levais le regard au-delà des petits monticules sans ombre que dessinaient mes pas, toujours la bulle argentée, sur l’horizon. C’était mon but. Je l’atteindrais, même si je devais terminer le chemin en rampant.

Je ne sais pas combien de temps j’ai marché. Je sais juste que je n’ai pas pressé le pas, ni ralenti. Pendant ce temps, j’avais fait mienne la théorie affirmant qu’une personne entraînée pouvait survivre sur toute planète pourvue d’air respirable, d’eau et de quelques autres éléments importants. Par conséquent, je devais réussir à m’entendre avec ce désert.

Je me souvins alors de ma radio et l’activai.

— Dippo ? Arcarea ? appelai-je.

— Tu ne sembles plus savoir où tu en es, tu tâtonnes comme un aveugle ! dit une voix pleine de reproches.

Sans aucun doute, c’était cette effrontée de chauve-souris. Au même instant, j’entendis Arcarea. Dans un murmure entrecoupé de longues pauses, elle me supplia :

— Ody, sors-moi d’ici !

— Ça t’en bouche un coin, pas vrai ? grinça Dippo. Tu sais que nous sommes tous morts ? Morts ! Nous ne sommes plus que des fantômes.

— Arcarea, où es-tu ? criai-je.

Je continuai à progresser tant bien que mal. Depuis mon réveil, il avait pu s’écouler dix minutes, ou deux heures – je l’ignorais.

— Tu sais où me trouver, Ody, chuchota Arcarea.

— Ça te la coupe, hein ? pépia insolemment Dippo.

— Où dois-je te chercher ? appelai-je, désespéré.

Devant moi, le terrain était maintenant plat et lisse ; sur l’horizon, la sphère gardait la même taille. À chaque pas, je soulevais un peu de poussière. Mais je n’entendais aucun son ; les semelles de mes bottes ne crissaient même pas sur le sable. Dans ce déconcertant isolement phonique, les seuls bruits étaient ma respiration haletante et les battements de mon cœur.

— Odysseus Halmarck, j’attends… murmura ma compagne à la chevelure verte. Je mourrai si tu ne m’aides pas.

— Ody, croassa Dippo, tu es complètement dépassé. Dois-je te donner un conseil ?

— Oui… répondis-je, perdu.

Sans le vouloir, j’avais accéléré. Mais à présent, mes pas devenaient irréguliers.

— Tu dois admettre comme vrai ce qui est insensé. Tu es le réel devenu irréel, dit le chiroptère d’un ton doctoral. Car tout ceci n’est pas réel. Tu te trouves dans une illusion.

Je transpirais par tous les pores de ma peau. Je m’arrêtai. Le terrain sans ombres formait un faux plat et n’avait cessé de monter sans que je m’en aperçoive. J’étais arrivé en haut de la pente.

Dans le lointain, la bulle argentée flottait, désormais inaccessible : à mes pieds s’ouvrait un abîme. Juste devant la pointe de mes bottes, une falaise tombait à la verticale dans une mer turquoise. Sur l’eau, des voiles blanches, triangulaires, se déplaçaient.

— Sors-moi d’ici !

Les cris d’Arcarea me torturaient à nouveau.

— Tu n’as jamais eu peur de te mouiller, me lança Dippo. Saute donc ! Un peu de courage !

Je fermai les yeux. Tout cela était trop pour moi. Je savais maintenant que cet à-pic, ce monde, n’existaient que dans mon imagination malade. Tous les passagers du Sol avaient-ils eux aussi perdu la raison ? Était-ce la fin, était-ce cela l’effet de la sixième dimension ?

Nous sommes morts, et c’est à ceci que ressemble la vie après la mort

Tout tournait autour de moi. La clarté qui ne venait d’aucun soleil, les images fantasmagoriques et la bulle argentée se mirent à danser devant mes yeux comme un gigantesque kaléidoscope.

Je trébuchai.

Je tombe !

La chute fut infinie…

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Le vaisseau luttait depuis plus de deux heures. Les énergies libérées auraient suffi à le propulser à travers la moitié d’une galaxie. Elles s’opposaient à une puissance incompréhensible et non mesurable : celle de la sixième dimension. Alors que peu de temps auparavant, le mouvement du Sol se mesurait encore en mètres, il fallait maintenant compter en kilomètres la distance le séparant de la gueule du vortex multicolore qui se tendait avidement vers lui.

Dobrak n’avait aucune idée des scènes qui se déroulaient dans de nombreuses sections du navire. Il préparait le beraghskolth. Il savait – la manière hypergéométrique selon laquelle il appréhendait l’illusion que constituait l’environnement le lui révélait dans toute sa clarté mathématique – que seul un compromis dangereux pouvait sauver le Sol.

Le Kéloskèr, incarnation d’une cohorte de savants géniaux, savait aussi qu’il ne lui restait que quelques minutes avant que la catastrophe ne s’abatte.

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Récit d’Arcarea Casalloni.

 

Quelqu’un frappait comme un fou sur un immense tambour. Le battement sourd résonnait entre les grands arbres et faisait vibrer l’air. Pourtant, la scène dégageait une impression de calme parfait. C’était un rêve devenu réalité. Enfin, j’avais trouvé ce à quoi j’avais longtemps aspiré durant ma vie : l’atmosphère douce du soir, les lumières sur la mer, les oiseaux sauvages qui rentraient au nid d’un coup d’aile fatigué. Une maison blanche sur pilotis, à moitié au-dessus de l’eau, à moitié sur la berge. Et de l’autre côté, dans le village des locaux, quelqu’un frappait sur un tambour. C’était le rythme de la vie, les battements de mon cœur quand Odysseus et moi nous aimions. Je levai mon verre cerclé d’or, regardai à travers le vin rouge, puis je me retournai et lançai à mon compagnon aux yeux brun foncé :

— Je n’aurais pas cru que nous aurions l’occasion…

Je m’interrompis.

Odysseus avait disparu !

Je tressaillis violemment. Machinalement, mes doigts palpèrent l’endroit où il se trouvait encore assis une seconde plus tôt. La fourrure qui couvrait le fauteuil était chaude.

— Ody ! criai-je. Où es-tu ?

Pas de réponse. Le son du tambour changea, il devint plus aigu, plus sec, comme métallique. Je courus vers la terrasse, mais mon compagnon n’était nulle part. Alors, je sursautai pour la deuxième fois. Derrière les arbres flamboyait la lueur rouge d’un incendie.

Je descendis en hâte le petit escalier qui menait à la plage. Des vaguelettes clapotaient sur les galets. Une peur indicible s’empara de moi. Je percevais plus nettement le feu qui brûlait derrière les arbres. Le tambour battait furieusement.

— Odysseus, où es-tu ? criai-je. Sors-moi d’ici !

Mais personne ne répondit. Je regardai autour de moi comme un animal traqué. Les arbres se découpaient sur le mur de flammes. Une fumée claire se répandait jusqu’au lac. Je ne savais pas ce qui s’était passé, comment je m’étais échappée de mon poste de travail. J’avais tout oublié.

Que signifie ce feu ? Pourquoi Odysseus a-t-il disparu ? Où suis-je donc ?

Je sentais le sable humide et les galets sous mes pieds nus. Le séjour idyllique s’était transformé en un horrible cauchemar. Au-dessus de moi, le ciel sans étoiles était obscurci par la fumée.

À mesure que je m’éloignais, le son du tambour faiblissait, mais je le percevais toujours.

— Je suis ici, Ody ! hurlai-je, terrifiée.

Le feu crépitait, la fumée âcre me prenait à la gorge.

Pourtant, j’entendis la voix ténue.

— Où es-tu, Arcarea ?

L’appel d’Odysseus venait de partout et de nulle part. Je trébuchai, essayai de reprendre mon équilibre, mais tombai dans les vaguelettes qui baignaient la rive. Pensée incongrue, je notai que l’eau était agitée alors qu’il n’y avait pas de vent.

— Tu sais où me trouver, lançai-je aussi distinctement que je le pouvais.

Puis je me relevai et continuai à courir.

Je courais, poursuivie par le feu et le son de tambour. Je savais qu’il ne s’agissait pas seulement de ma vie.