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Perry Rhodan n°298 - Le départ du Basis

De
180 pages

ENTREZ DANS LA PLUS GRANDE SAGA DE SCIENCE-FICTION DU MONDE !


Vivez le futur d'une Humanité dispersée dans l'Univers, confrontée à d'autres peuples stellaires et à des puissances d'ordre supérieur, poussée à se lancer dans des incursions aux conséquences imprévisibles par-delà des gouffres d'espace et de temps !
PERRY RHODAN : une invitation à l'aventure humaine et spatiale la plus dépaysante, à une captivante réflexion sur la place de l'Homme dans le cosmos, son origine, son évolution, sa destinée...





PREMIER VOLUME DU CYCLE " PAN-THAU-RA "




LE DÉPART DU BASIS






1er mai 3586 : le Basis, plus gros navire spatial jamais construit dans le Système Solaire, appareille avec plus de dix mille personnes à son bord pour une expédition dans l'inconnu le plus total. Cap sur Tshushik, une galaxie incommensurablement lointaine où se dissimule le mystérieux et redoutable Pan-Thau-Ra, qu'il faut désamorcer d'urgence.
Tshushik... ou plutôt Algstogermaht selon les Wyngers, dont la civilisation dominante obéit à un ordre religieux absolutiste qui ne fait pas l'unanimité, jusque chez les jeunes Élus à la veille d'entamer leur initiation.
Tshushik... Objectif vers lequel, de son côté, Perry Rhodan s'est lui aussi mis en route avec le Sol...





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couverture
K.-H. SCHEER
et CLARK DARLTON

LE DÉPART DU BASIS

PERRY RHODAN — 298

images

À deux cents millions d’années-lumière de la Terre…

Les mystères d’une galaxie inconnue

Haute technologie et obscurantisme religieux de la Roue Universelle : l’étonnante dualité des Wyngers…

 

Plondfair, l’Élu en révolte

Un jeune Wynger en quête de la vérité, et sur les traces des maîtres secrets d’Algstogermaht.

 

Entre les dimensions, l’étrange monde du Lyrd

Planète artificielle ou méga-station hyperspatiale, lieu de tous les périls et de toutes les surprises…

 

Le renouveau du Tba

Les Métamorphes longtemps dispersés rebâtiront-ils enfin leur empire perdu ?

 

Le Peuple des Ruines et l’Antiquité terrienne

Les Loowers à la recherche de l’Œil, caché dans la Voie Lactée il y a des centaines de millénaires…

 

Les énigmes du Pan-Thau-Ra

Histoire ancrée dans un passé très lointain, menace universelle pour le présent, et ouverture sur l’ordre supracosmique…

Chronologie générale des douze premiers cycles1 de la série Perry Rhodan

De la Troisième Force à la construction du Basis

 

1971 : avec la fusée Astrée, Perry Rhodan se pose sur la Lune. Il y rencontre les Arkonides Thora et Krest, naufragés lors d’une expédition spatiale.

1972 : la supertechnologie arkonide et l’appui de la Milice des Mutants permettent la constitution de la Troisième Force et l’unification de l’humanité terrestre.

1976 : l’être spirituel collectif qui règne sur la planète Délos accorde l’immortalité relative à Perry Rhodan et à ses plus proches compagnons.

1984 : de grandes puissances galactiques hostiles, les Arkonides, les Francs-Passeurs, les Arras et les Lourds, tentent de soumettre l’humanité terrestre qui entame son expansion interstellaire.

2040 : l’Empire Solaire vient de naître ; il incarne désormais un facteur politique et économique de premier plan dans la Voie Lactée. L’Arkonide immortel Atlan, exilé sur Terre depuis près de dix mille ans, fait son apparition et devient l’un des proches de Perry Rhodan.

2326-2328 : des colonies terraniennes sont menacées par les Acridocères et les monstrueux Annélicères. Les Humains entrent en conflit contre les Bleus qui dominent l’Est galactique.

2400-2406 : Perry Rhodan découvre la Route des Transmetteurs qui relie la Voie Lactée à Andromède. Plusieurs tentatives d’invasion de la Galaxie, orchestrées depuis la Nébuleuse, sont déjouées de justesse. Portant la lutte en territoire ennemi, les Terraniens libèrent les peuples d’Andromède de la tyrannie des Maîtres Insulaires.

2435-2437 : la forteresse-robot géante Old Man menace la Voie Lactée ; les Bi-Conditionnés surgissent, à bord de leurs Dolans, pour punir l’Humanité d’avoir effectué des expérimentations temporelles. Perry Rhodan est expédié dans la très lointaine galaxie M 87. Après son retour, la victoire sur les Ulebs – encore appelés la Première Puissance Fréquentielle – sera chèrement acquise.

2909 : la Crise de la Seconde Genèse provoque la mort de presque tous les mutants de la Milice.

3430-3434 : près d’un millénaire s’est écoulé ; l’Humanité, éparpillée dans la Galaxie, connaît de graves dissensions. Afin d’éviter une guerre fratricide, Perry Rhodan fait déphaser le Système Solaire de cinq minutes dans le futur. De nouvelles menaces, comme le Supermutant Ribald Corello, se font jour et seront vaincues – à l’exception du satellite tueur qui orbite à l’intérieur de la couronne du Soleil. Pour empêcher que l’astre ne se transforme en nova, Perry Rhodan doit effectuer plusieurs voyages dans un passé vieux de deux cent mille ans et y rencontre le Cappin Ovaron, qui s’avère le seul capable de neutraliser l’engin autrefois installé par ses frères de race.

3437 : depuis Gruelfin, la lointaine galaxie-patrie des Cappins, une invasion d’un genre inédit se prépare contre l’ensemble de la Voie Lactée. Perry Rhodan se lance vers cet univers-île inconnu dans une expédition d’envergure dont le but est double : d’une part, contrer le plan des envahisseurs ; d’autre part, rétablir le bon droit en faveur d’Ovaron, souverain légitime dont l’exil a duré deux cent mille ans. Là-bas, les Takérans ont imposé leur hégémonie par la violence et règnent par la répression. Sitôt arrivés, les Terraniens entament la lutte contre les maîtres de Gruelfin puis ils repèrent la trace des Ganjasis, qui s’était apparemment perdue. Elle aboutit à la galaxie naine Morshatzas, isolée du continuum standard dans une bulle hyperspatiale. Ovaron y est confronté à la Mère Originelle, un cerveau-robot géant dont il avait jadis programmé la construction ainsi que la mission, et qui l’identifie comme l’authentique Ganjo. Alors que la puissance des Takérans est brisée à l’intérieur de Gruelfin, la Mère elle-même intervient dans la Voie Lactée pour faire échec à l’invasion et elle se sacrifie avec son armada de Collecteurs, entraînant aussi la destruction de Pluton.

3438-3443 : suite au sabotage de ses convertisseurs hexadim alors qu’il effectue son vol de retour de Gruelfin, le Marco Polo subit une dilatation temporelle et n’atteint la périphérie de son objectif que début juin 3441. Dès leur rentrée dans la Galaxie, Perry Rhodan et ses compagnons découvrent qu’elle a été balayée par une vague d’abrutissement imputable à l’Essaim, un conglomérat stellaire vagabond qui est en train de la traverser. À de rares exceptions près, tous les êtres doués d’intelligence ont été crétinisés et il règne désormais un chaos sans précédent.

Tandis qu’une poignée d’immunisés se regroupent et tentent d’abord de résister, puis de trouver une parade au fléau et éventuellement de contre-attaquer, l’Empire Secret des Cynos commence à faire parler de lui. Ses mystérieux ressortissants finissent par reprendre le contrôle de l’Essaim – car telle était la mission originelle de ce peuple qui a failli tout perdre à cause d’une lamentable erreur dont seuls les Terraniens et leurs alliés ont pu aider à effacer les conséquences dramatiques.

3444 : après bien des incompréhensions et des affrontements en chaîne, les esprits désincarnés des huit Vieux-Mutants projetés dans l’hyperespace durant la Crise de la Seconde Genèse sont enfin conduits à l’intérieur d’une météorite géante regorgeant de semper, un métalloïde à rayonnement quintidimensionnel indispensable à leur survie. Mais l’énorme astéroïde, en réalité un gigantesque vaisseau spatial, s’arrache alors à la croûte du monde dans lequel il était encastré depuis plusieurs siècles. Les Terraniens le suivent jusqu’au Système Brisé, patrie des inquiétants Paramags qui, des dizaines de millénaires plus tôt, se sont lancés tous azimuts dans la recherche de semper à travers la Galaxie en utilisant les fragments de leur planète-mère reconvertis en nefs interstellaires.

Après avoir désamorcé la menace immémoriale que ces créatures faisaient planer sur Sol et ses satellites, Perry Rhodan et ses proches offrent enfin aux Vieux-Mutants un asile durable au sein d’un planétoïde riche en semper, acheminé jusqu’à un secteur isolé et calme de la Voie Lactée.

Décembre 3458 à août 3460 : au nom du mystérieux Concile des Sept, les Larenns annexent la Voie Lactée grâce à leur supériorité technologique et militaire écrasante. Débute une période d’occupation sans précédent, marquée par de révoltantes exactions assimilables à une mise en esclavage. Plus menacée que jamais, la Terre disparaît en empruntant un transmetteur stellaire qui doit la faire resurgir dans la Nébuleuse d’Andromède. Hélas, cette réémersion s’accomplit à l’autre bout de l’Univers, dans le Maelström des Étoiles, une région totalement inconnue où règnent de très violentes turbulences.

Avec le départ de la planète-mère, du Stellarque et de ses proches, l’Empire Solaire cesse définitivement d’exister.

Jusqu’en 3580, l’Arkonide Atlan réussit à soustraire plusieurs milliards de descendants de colons terraniens à la tyrannie des Larenns en les conduisant à un refuge aménagé en secret dans une zone cachée de la Voie Lactée. Face à la dictature qui leur est imposée de l’extérieur, les peuples opprimés se rassemblent en une vaste coalition, l’Alliance des Galactes.

3460 à 3540 : à cinq cents millions d’années-lumière de là, la Terre, qui s’est installée en orbite stable autour du soleil Médaillon, voit ses habitants peu à peu affligés d’une perte totale des émotions, de la sensibilité et de l’amour du prochain. Le règne de l’aphilie exclut tout ce qui échappe à la raison et à l’instinct.

3540 : les rares immunisés, dont Perry Rhodan, sont condamnés à l’exil et, à bord du Sol, un vaisseau géant multigénérationnel, se lancent sur le chemin de leur galaxie-patrie perdue. Au cours de cette odyssée sans précédent qui dure jusqu’en 3581, plusieurs mystères inhérents au Concile sont élucidés, et un plan qui permettra à moyen terme d’expulser les Larenns commence à se bâtir.

Mais l’heure de la libération est loin d’avoir sonné. La situation critique dans la Voie Lactée et les menaces encourues contraignent très vite le Sol à repartir pour le Maelström des Étoiles. Cette fois, Atlan accompagne son ami de toujours. Hélas, la Terre ne les attend plus à sa place antérieure, car elle a entre-temps plongé dans un gouffre cosmique et disparu avec le système de Médaillon.

3582-3583 : seule une entité énigmatique appelée l’Impératrice de Therm semble disposer de données au sujet de la Terre. Pour obtenir ces informations, les passagers du Sol doivent porter assistance à la souveraine en s’immisçant dans plusieurs conflits qui l’opposent à une puissance rivale. Ce faisant, les Terraniens entrent dans la cour des grands et se voient dès lors devenir acteurs dans les plans des superintelligences qui se partagent l’Univers.

Terrible est le choc lorsqu’enfin, Perry Rhodan et ses compagnons retrouvent leur planète-mère qui a été transférée dans une galaxie encore plus lointaine et est presque totalement dépeuplée. La Terre a en effet resurgi dans la sphère d’influence de Bardioc, une superintelligence en guerre contre l’Impératrice de Therm, et d’inquiétantes créatures étrangères y établissent la base d’une nouvelle hégémonie. Pour Rhodan, la lutte contre des adversaires face auxquels il n’est peut-être pas de taille constitue désormais le motif principal d’action. L’ensemble des moyens du Sol va donc être déployé pour tenter de mettre fin au conflit des deux superintelligences rivales, et il en résultera leur unification totalement inattendue.

Mars 3585 : le plan d’expulsion des Larenns entre dans sa phase terminale. Les anciens exécutants du Concile des Sept disparaissent de la Voie Lactée.

28 juin 3585 : la Terre et la Lune reprennent leur place originelle dans le Système Solaire. La recolonisation de la planète-mère débute peu après. L’année suivante, la Ligue des Libres Terraniens y est fondée et marque la naissance d’une entité politique qui non seulement englobe tous les mondes à peuplement humain, mais s’intègre aussi à la nouvelle communauté galactique.

À travers leurs pérégrinations à l’autre bout de l’Univers, Perry Rhodan et Atlan ont acquis des connaissances essentielles sur l’ordre cosmique et les mécanismes de l’évolution. Les galaxies sont regroupées dans les sphères hégémoniques de diverses superintelligences qui, des milliers d’années plus tard, peuvent devenir des sources de matière. Un processus tout aussi long les amènera ensuite au stade supérieur, celui des Hautes Puissances. Dans un lointain passé, celles-ci ont présidé à la construction de sept gigantesques navires ensemenceurs, les vaisseaux-spores, dont chacun a été confié à un membre de l’Alliance des Intemporels pour qu’il aille propager la Vie dans le secteur de l’Univers à lui assigné. Également créés par les Sept Puissants, des amas stellaires errants ou essaims – tel celui qui a affecté la Voie Lactée dans les années 3440 – servaient ultérieurement à y susciter l’apparition de l’intelligence.

Révélation majeure : Bardioc était l’un de ces Sept Puissants, mais il a choisi de détourner son vaisseau-spores dans un dessein d’hégémonie personnelle. Il n’y aura gagné que l’exil et la plongée dans une déviance destructrice.

Quant aux acteurs – quelque peu contraints – de sa tardive rédemption, il les « récompensera » par une information d’assez mauvais augure : l’existence et les coordonnées du Pan-Thau-Ra, foyer d’une menace à l’échelle de l’Univers qu’il convient de désamorcer sans plus attendre.

 

LE NOUVEAU CYCLE « PAN-THAU-RA »

 

Système Solaire, 1er mai 3586 : un événement d’ampleur totalement inédite capte toutes les attentions, sur tous les mondes de la Ligue des Libres Terraniens et de la communauté galactique. Le plus gros navire spatial jamais construit par l’Humanité appareille pour une destination incommensurablement éloignée, et dans un but encore indéfini.

Sur le chemin de l’évolution et de la connaissance, une nouvelle étape débute avec LE DÉPART DU BASIS

1. Téléchargez gratuitement, à partir des pages PERRY RHODAN des sites Fleuve Noir et Pocket ou du site http://www.stellarque.com, le guide spécial Destinée Cosmique II (1971–3583) qui présente toute l’action antérieure des onze premiers cycles de la série PERRY RHODAN en version française.

Appareillage

Chapitre premier

L’interface parasensorielle sentait la menace grandissante. Dans son état, que Dargist qualifiait de dispersion, le senseur était le seul dispositif avec lequel il pouvait percevoir son environnement. Être dispersé signifiait que les composants de son corps étaient éparpillés sur l’ensemble du secteur environnant.

Depuis quelque temps, le danger augmentait d’intensité, mais le moment de l’action n’était pas encore venu. Les réflexions de Dargist étaient exclusivement orientées vers un but déterminé. Cela ne le gênait pas de ne pas savoir qui il était. Il ne se plaignait pas non plus de la monotonie de son existence car, bien qu’il possédât une capacité de perception accentuée, le nombre de pensées qu’il pouvait formuler était étroitement limité.

Le robot connaissait bien son environnement. Il voyait les créatures d’où provenait la menace. Celle-ci augmentait constamment. Ces créatures étaient les premières à avoir changé son environnement. Le registre de données, par contre, avait toujours été là. Il affichait la valeur zéro tant que Dargist se trouvait en état de dispersion, mais il présenterait bientôt le chiffre un indiquant qu’il lui faudrait retrouver sa cohésion et engager la lutte.

*

Payne Hamiller s’était relativement bien reposé ces derniers jours, d’autant plus que Boyt Margor ne lui avait plus rendu visite.

Il s’était organisé à bord du Basis. Il était le responsable scientifique de l’entreprise dénommée « Expédition Pan-Thau-Ra ». Jentho Kanthall, le commandant du vaisseau, lui était directement subordonné. Les premiers contingents des membres d’équipage, entre-temps au nombre de douze mille, étaient arrivés de la Terre.

Le Basis n’était rien de moins qu’un miracle. Grâce au soutien combiné de la positronique de bord et des para-assembleurs, l’artéfact géant se pilotait aussi facilement qu’une Gazelle.

Au moins une fois par jour, Payne Hamiller, Jentho Kanthall et leur état-major se rencontraient pour parler des préparatifs de départ. Trois jours avant l’appareillage du vaisseau pour des régions jusqu’ici inexplorées de l’Univers, le 28 avril 3586, plus personne ne doutait que le gigantesque navire partirait au moment prévu.

Les discussions se tenaient normalement dans une salle de conférence près de la centrale. Walik Kauk faisait partie de l’équipe de Kanthall, ainsi que sa femme Marboo et l’ancien C-2 nommé Auguste, tous membres de la Patrouille Terre. Hamiller n’avait pas encore choisi de collaborateurs, mais Kershyll Vanne, le Concept, se trouvait souvent à ses côtés.

— Je n’ai jamais participé à de grandes entreprises pour lesquelles il y ait si peu de difficultés, déclara Jentho Kanthall. Savez-vous si c’est dangereux ?

— Non, pourquoi ? s’étonna Payne Hamiller.

— Il y a comme un faux sentiment de sécurité. Nous ne savons pas ce qui nous attend au final. Seulement qu’il faut aller au-devant d’une menace qui peut détruire ce secteur de l’Univers. Je dois constamment me persuader que nous ne participons pas à une mission dangereuse.

— J’espère que ce n’est pas trop difficile pour vous, ironisa le scientifique. Chacun à bord doit prendre conscience du risque que présente ce vol.

Mara Bootes, surnommée Marboo par ses amis, afficha un sourire. Pour la technicienne, la vie ne posait pas de problèmes. Elle ne se laissait pas facilement décontenancer.

— Apparemment, tout ne semble pas fonctionner parfaitement dans mon secteur, déclara-t-elle.

— Pourquoi ? demanda Hamiller. Que se passe-t-il ?

— Un registre ne s’est pas ouvert dans un calculateur périphérique.

— Comment l’avez-vous constaté ?

La jeune femme lui lança un regard mauvais, qui lui fit comprendre que ce n’était pas une question particulièrement intelligente.

— Lorsque j’ai voulu m’en servir au moment de la programmation, répondit-elle. Il m’a été répondu qu’il n’était accessible qu’aux privilégiés.

— Il ne s’agit donc pas d’une véritable panne, mais d’une limitation selon les dispositions prévues ?

Marboo haussa les épaules.

— Du point de vue du calculateur, certainement…

— Alors, nous n’avons pas de problème. D’autres annonces ?

— Demain, les trois mille derniers membres d’équipage arrivent à bord, fit remarquer Kershyll Vanne. Et parmi eux se trouve quelqu’un qui concorde parfaitement avec le plan.

— Qui ? demanda Payne Hamiller.

— Il s’appelle Harso Sprangohr…

— Oh ! laissa échapper Kanthall. Hyper-Sprangohr ?

— On l’appelle effectivement ainsi, confirma Vanne. Il vient de Gaïa et a travaillé dans le domaine des propulseurs intergalactiques. Il est considéré comme un expert dans sa spécialité.

— Faites donc appel à lui ! proposa le scientifique tout en se levant pour clore la discussion.

Mara Bootes s’avança vers lui.

— Je ne peux pas m’empêcher d’y penser, mais j’ai le sentiment que mon affaire s’est terminée un peu trop rapidement, déclara-t-elle. De quelle manière puis-je savoir qui le calculateur considère comme un utilisateur privilégié ?

— Ce n’est pas nécessaire, répondit Hamiller. Vous pouvez simplement contourner le problème.

— Comment ?

— En recourant à un langage de programmation plus élevé qui ne paraîtra pas explicite à de tels registres.

— Cela vous semble être une solution ? s’étonna Marboo.

— Tout à fait ! répliqua Payne Hamiller avant de lui faire un signe de tête et de quitter la salle.

La jeune femme était un peu déçue. Le Conseiller Terranien prenait la chose trop à la légère.

Pendant ce temps, sur la Terre, on avait bien d’autres soucis. Que l’appel de Kershyll Vanne pour participer à l’expédition du Basis ait trouvé un certain écho dans la population mondiale ne trompait personne. Nombre de gens pensaient que cette opération était insuffisamment justifiée ou carrément absurde. Ici s’étaient rassemblées plusieurs factions politiciennes, ce qui constituait un problème pour la société terranienne qui venait tout juste de se consolider. Le gouvernement considérait par conséquent que sa tâche principale dans les prochains jours consistait à expliquer à l’Humanité que l’opération devait avoir lieu.

Le 28 avril, Julian Tifflor convoqua une séance du Conseil Supérieur. Seul Hamiller était absent à cause des préparatifs de départ.

Le Premier Terranien prit aussitôt la parole.

— Il est de notre devoir de montrer à l’Humanité le danger que représente le Pan-Thau-Ra. Il n’y aucune ambiguïté dans ce que Wastor, l’émissaire de l’Immortel, a appris à Kershyll Vanne sur Lavallal. Le Pan-Thau-Ra possède le potentiel d’effacer toute vie dans cette région de l’Univers. Nous ne savons pas comment cette menace est déclenchée. Et nous n’avons aucune idée si ces facteurs sont déjà actifs ou s’ils le seront seulement dans quelques siècles. Il se peut que ce péril frappe en ce moment même ou que nous pourrions vivre tranquillement encore un siècle si nous ne nous en préoccupons pas. Mais cette incertitude doit nous contraindre à nous mettre rapidement sur la trace de ce mystère. Le départ du Basis ne peut pas être retardé. J’espère que cette assemblée prendra les résolutions nécessaires pour une grande campagne d’information. Dans leur propre intérêt, tous les Terraniens doivent comprendre qu’il ne s’agit pas d’une aventure, mais de la suppression d’un danger qui peut provoquer un phénomène imprévu !

Lorsque Tifflor parlait ainsi, il était sûr de son succès. Le cabinet ratifia un programme d’informations qui, dans un délai de deux à trois semaines, expliquerait à chaque citoyen de la Terre que l’expédition du Basis était inévitable. Il exposerait autant les faits que les conclusions qui résultaient de l’expérience récente avec la superintelligence. L’inconnue que représentait le Pan-Thau-Ra était distinctement soulignée.

*

Après la discussion, Tifflor et Danton prirent une collation dans une petite cafétéria réservée aux membres gouvernementaux et à leurs invités.

— Tout s’est bien passé, déclara le fils de Perry Rhodan. En l’espace de vingt jours, les Terraniens auront définitivement compris que l’opération Pan-Thau-Ra est une nécessité.

Julian regarda pensivement son ami.

— Le cabinet a correctement réagi à ma demande, mais je n’ai reçu aucun soutien de ta part.

Danton posa ses couverts, puis il fixa la table.

— Je voulais te parler, avoua-t-il. J’ai un problème…

— Je t’écoute !

— Tu sais ce que j’aimerais faire ? Quitter mon poste, aller à bord du Basis et accompagner l’expédition.

Tifflor resta un long moment silencieux, comme s’il n’avait pas entendu les paroles de son interlocuteur, puis il déclara :

— Je te connais depuis une éternité, Roi. Tu n’es pas le type à faire des caprices. Tu es Conseiller Supérieur Terranien. Tu ne peux pas tout laisser tomber et partir !

Danton hocha la tête.

— Je sais, mais mon cœur me dicte le contraire.

— On dirait qu’il y a une femme en jeu…

— Tu as raison, Tiff. L’expédition ne m’intéresse pas particulièrement. Je veux seulement être à proximité de cette femme.

— Qui est-elle ?

— La mystérieuse Dunya Varenczy !

— Ce n’est pas possible ! Tu n’as jamais…

Roi Danton l’interrompit d’un geste brusque.

— Écoute-moi ! pria-t-il. Jusqu’ici, c’est ma raison qui parle, mais qui sait pendant encore combien de temps. Je suis tout aussi méfiant que toi et je voudrais que Dunya soit soumise à une analyse parapsychique. Je la soupçonne d’exercer une contrainte hypnotique sur moi.

Julian Tifflor soupira.

— Les Vieux-Mutants s’en sont déjà occupés et ils n’ont rien pu trouver de suspect, excepté le fait que les télépathes ne peuvent pas sonder sa conscience.

— Ils doivent tenter une seconde fois ! Et plus s’il le faut ! Je ne veux pas être le pantin de cette femme mais être maître de mon destin !

Danton cria presque ces dernières paroles.

*

Lorsque le 29 avril arrivèrent les trois mille membres d’équipage restants, Hamiller leur assura par un bref discours que l’appareillage aurait lieu à l’horaire prévu. Il tenta tout d’abord d’ajouter une touche d’humour, mais il changea ensuite brusquement de ton.

— L’expédition Pan-Thau-Ra est une entreprise dangereuse, cela vous a clairement été expliqué. Personne ne peut vous donner de garantie que vous y survivrez. Vous vous trouvez à bord d’un véhicule qui représente pour nous le sommet de la perfection, mais ne vous laissez pas bercer par un sentiment de sécurité. Nous avons de bonnes raisons de supposer que la menace adverse est le produit d’une technologie qui nous surpasse de plusieurs millénaires, si ce n’est plus !

Sur ces paroles, il laissa les robots mener les gens à leurs quartiers.

Quelques heures plus tard, Payne Hamiller et Jentho Kanthall rencontrèrent environ cent nouveaux arrivants qui occupaient des fonctions dirigeantes. Harso Sprangohr était un jeune homme de taille moyenne, aux cheveux noirs frisés et aux yeux surplombés d’épais sourcils. Sa nature aimable et ses propos intelligents attiraient l’attention de tous.

Kanthall présenta finalement l’expert en hyperpropulsion à son collègue. Les deux scientifiques s’engagèrent aussitôt dans une conversation portant sur les propulseurs hyperdimensionnels et autres moyens de déplacement intergalactique.

Hamiller reconnut en son interlocuteur un homme qui dominait sa spécialité aussi bien que lui. Sprangohr penchait plus pour le côté pratique alors que lui-même se passionnait davantage pour la théorie.

Après une longue période, Payne Hamiller se leva et déclara avec un sourire :

— Je suis convaincu que nous mènerons encore une quantité de discussions intéressantes. Avant tout, je suis content de vous avoir à bord !

Harso Sprangohr prit la main que lui tendait son collègue, puis il devint brusquement sérieux.

— Est-il possible de vous reparler lorsque tout le monde sera reparti ?

Hamiller fut étonné de cette demande, mais il n’avait pas de raison de la refuser.

— Rendez-vous ensuite dans mes quartiers ! répondit-il.

Il pensait que son interlocuteur ne viendrait certainement pas, mais il se trompait. Cela faisait à peine dix minutes qu’il était dans son appartement que Sprangohr frappa à sa porte.

Ce dernier était extrêmement sérieux. Plus encore, il semblait abattu. Payne Hamiller ressentit une légère gêne, mais il s’adressa à lui aimablement.

— Vous paraissez accablé, fit-il remarquer. Si vous m’en parliez, je pourrais peut-être vous aider.

Harso Sprangohr leva les yeux. Son regard était celui d’un homme désespéré, bien différent de celui dont Payne Hamiller avait fait la connaissance.

— Je dois vous adresser des salutations, déclara le spécialiste, l’air hébété. De la part d’une connaissance commune qui ne vous a pas du tout oublié. Comme signe de son affection, il m’envoie comme messager et transmetteur d’ordre.

Hamiller resta immobile pendant quelques secondes. L’espoir qu’il avait développé ces derniers jours venait de s’effondrer. Il avait cru au destin qui l’avait libéré de l’effrayant sortilège sous lequel il avait été forcé de vivre depuis quelques mois. Maintenant, il savait qu’il s’était trompé.

— Boyt Margor, n’est-ce pas ? demanda-t-il.

Son interlocuteur acquiesça. Plus rien en lui ne rappelait l’homme aimable de la première rencontre. Il souffrait aussi du pouvoir de Margor.

*

L’interface parasensorielle avait perçu l’augmentation du danger avec l’arrivée d’environ trois mille étrangers, mais le registre affichait toutefois la valeur zéro. Le temps du combat n’était pas encore venu.

Elle déploya des tentacules mentaux invisibles et rechercha les composants dispersés du corps de Dargist. Elle vérifia que tous les fragments étaient disponibles et prêts à intervenir. Elle sentit de l’agitation. Il y eut une séquence confuse d’événements inexplicables. Le robot savait que, dès que le chiffre un apparaîtrait, il serait là définitivement.

Non loin du lieu où se trouvait l’interface, Marboo se plaignait auprès de son mari.

— Cette maudite positronique s’affole lorsque je tente d’accéder à sa programmation de base. Je ne sais pas quoi en penser.

Walik Kauk ne prenait pas particulièrement les soucis de son épouse au sérieux. Il connaissait toutefois l’habitude de Marboo à s’acharner sur un problème tant qu’elle ne l’avait pas résolu. Jusqu’ici, les solutions ne s’étaient jamais fait attendre très longtemps grâce aux connaissances de la jeune femme en la matière, mais cette fois, elle semblait s’être engagée dans quelque chose qui défiait son ingéniosité.

— Dis-moi pourquoi cela t’irrite ainsi ! pria-t-il.

— Parce c’est exceptionnel ! Je m’occupe des calculateurs périphériques, et l’identité de tous les membres des groupes, ainsi que la mienne, a été communiquée au cerveau de bord qui a ensuite retransmis les informations. Si moi, comme responsable de groupe, je ne compte pas comme utilisateur privilégié, alors je voudrais savoir qui en fait partie !

— Est-ce que l’appareil donne une explication pour son comportement ?

— Il dit qu’aucune intervention n’est possible dans les niveaux inférieurs de la programmation pour raisons de sécurité. C’est une constatation, mais pas une explication.

— Cela ne te suffit pas ?

— Non ! répondit sèchement Marboo.

— Il est normal qu’on ne puisse effectuer de l’extérieur des modifications de programme sur un calculateur de bord.

— Il s’agit dans ce cas d’une machine périphérique, et celles-ci ne servent en général qu’à des prestations de service ordinaires.

— Pas d’application critique ?

— Ce le serait déjà assez si les fichiers des agendas étaient perdus, et que plus personne ne puisse se rappeler ce que Paul Zwiesel a mis trente heures à enregistrer la semaine dernière, mais nous avons pris nos précautions à ce sujet. Sinon, tu as raison : ce n’est en aucun cas critique…

— Bien ! Quelque chose t’irrite. Je te connais. Tu n’es pas vraiment blessée dans ta fierté parce qu’une machine ne te reconnaît pas comme utilisateur privilégié. Il y a autre chose qui te dérange ?

La jeune femme afficha un air triste.

— Si je le savais ! Parfois, je me demande si Nathan ne nous joue pas un tour. Il n’a pas toujours été très fiable.

Walik était devenu pensif.

— Je ne suis pas assez compétent dans ta spécialité pour te donner des conseils, mais si tu as un soupçon sérieux et fondé sur des faits, tu devrais en reparler à Hamiller.

Marboo fit un geste dédaigneux.

— Tu as entendu ce qu’il a dit.

— Ou Jentho…

— Il était là.

— Alors que projettes-tu ?

— Je ne sais pas, répondit la jeune femme.

*

Un appel émanant du bureau du Premier Terranien retentit le matin du 29 avril. Le demandeur désirait une liaison simultanée avec Hamiller et Kanthall.

Le Conseiller Terranien aux Sciences leva les yeux et s’étonna de voir Julian Tifflor.

— Je suppose qu’il y a quelque chose d’important ?

— En effet ! répondit Tifflor. Il m’a été suggéré de demander une analyse aux Vieux-Mutants concernant toute sorte d’activité psionique qu’il pourrait y avoir à bord. Les mutants sont tenus de se protéger contre les influences connues, même contre les para-assembleurs et de repérer tout éventuel flux parapsychique.

À son habitude, Payne Hamiller avait noté les directives. Quand il leva les yeux et voulut prendre la parole, Jentho Kanthall le devança.

— Y a-t-il un motif à cet examen, Monsieur ? demanda le commandant du Basis.

— Oui ! répondit sans plus attendre Julian Tifflor.

Kanthall afficha un léger sourire.

— Vous avez une liaison directe avec les huit mutants tant que le vaisseau se trouve dans le rayon d’action hypercom de la Terre. Peut-être pourriez-vous leur apporter des informations afin qu’ils orientent plus précisément leurs recherches ?

Le regard de Tifflor se porta brièvement sur le côté. Sa mine trahit de la perplexité, de la déception et du dégoût.

— Jentho Kanthall, vous ne me connaissez pas encore, dit-il finalement d’un ton résolu, presque dur. Avec Hamiller, vous portez la responsabilité du Basis. J’ai une bonne raison de ne pas vous dévoiler le motif de ma demande, mais soyez assuré que je ne ferai pas appel aux mutants derrière votre dos. Si je veux garder quelque chose pour moi, alors je le garde pour moi. Sans exception !

— C’est compris, Monsieur. Je vous prie d’ailleurs de m’excuser pour mes propos.

Le Premier Terranien déclina la requête d’un geste.

— Tout est en ordre ! Il se pourrait toutefois que j’ajoute un détail. Pendant leur analyse, les mutants doivent offrir une attention particulière à Dunya Varenczy. (Il examina Hamiller.) Jusqu’ici, je n’ai pas entendu un seul mot de vous à l’exception de la première phrase. Voyez-vous des difficultés ?

— Aucune ! répondit le Conseiller. Comme la mission me semblait très clairement formulée, je suivrai donc vos directives.

— Bien ! acquiesça Tifflor. J’attends un rapport provisoire de votre part !

*

Les Vieux-Mutants étaient logés à distance raisonnable du poste de commandement. Le bloc de semper se trouvait au centre d’une salle elliptique avec à sa base les unités du système d’interface. L’accès était contrôlé. Celui qui voulait entrer devait avoir une bonne raison et produire une autorisation.

Bien qu’ils aient à leur disposition les connexions correspondantes dans leurs quartiers et dans la centrale, Hamiller et Kanthall avaient tenu à transmettre la mission de Julian Tifflor directement aux mutants. Tako Kakuta avait accepté la directive et avait assuré l’exécution immédiate de l’analyse.

— Faites savoir à Tifflor qu’il ne doit pas trop espérer, ajouta-t-il. Il y a des choses suspectes à bord de ce vaisseau qui sont impossibles à repérer.

Les deux compagnons avaient ensuite quitté la salle.

Il était 15 heures, le 29 avril, lorsque l’intercom retentit dans le bureau de Payne Hamiller. Il activa l’appareil et le visage de Tako Kakuta, reconstitué par le dispositif d’interface, apparut sur l’écran.

— Je voudrais vous transmettre le résultat de notre analyse, annonça le mutant. Kitaï se charge d’informer Kanthall.

Le scientifique ressentit une sensation prémonitoire. Pourquoi deux mutants ? Un seul aurait suffi pour parler aux deux destinataires ! Kanthall devait-il entendre une autre version de la part de Kitaï Ishibashi ?

— Avez-vous trouvé quelque chose ? se renseigna-t-il.

— Comme je vous l’ai déjà dit ce matin, il y a une influence que l’on peut qualifier de lugubre, mais nous ne pouvons pas préciser sa position. Nous nous trouvons dans la situation d’une personne devenue presque aveugle, qui ne voit que les contours d’un objet inconnu.

— Croyez-vous que le Basis est en danger ?

— Effectivement ! Toutefois, il nous est impossible d’en mesurer l’ampleur. De plus, Dunya Varenczy semble étrangère à l’affaire. Nous n’avons pu constater aucune liaison, mais cela ne veut pas dire que cette femme n’est pas impliquée.

— Quelles recommandations nous faites-vous ? demanda Hamiller. Est-ce que le départ du vaisseau est menacé ?

— Je n’ai pas de recommandations, répondit le mutant. Je suggérerais seulement de retarder l’appareillage dans le cas où il serait possible que le Basis puisse être détruit par une puissance inconnue. Nous devons simplement être attentifs au moindre danger. Pour l’instant, le Pan-Thau-Ra est le plus important.

Payne Hamiller afficha un sourire amer.

— Il n’est pas facile de supporter cette incertitude.

— Ni pour vous ni pour nous, confirma Kakuta. Toutefois, nous avons encore deux jours. Pour le moment, l’influence étrangère reste statique. Si elle commence à bouger, cela nous permettra de mieux l’analyser. La question est seulement de savoir si elle le fera avant ou après le départ du vaisseau.

Le scientifique hocha la tête.

— Je transmettrai votre rapport au Premier Terranien.

— Il ne sera pas particulièrement enthousiasmé, fit remarquer le mutant, mais dites-lui que nous n’avons pas encore abandonné tout espoir.

*

Après la conversation avec Tako Kakuta, Hamiller resta absorbé par ses pensées devant l’intercom. Il effectuait sa propre analyse. Le lien psionique qui le contraignait à obéir aux ordres de Margor était supposé ne pas être repérable par d’autres personnes. Le scientifique se demandait comment Boyt Margor pouvait être sûr de son affaire. L’étrange influence que croyaient percevoir les Vieux-Mutants était-elle un rayonnement de la liaison entre Margor et ses deux relais affins ?

S’il en était ainsi, il n’y avait pas de menace pour le Basis. D’un certain point de vue, c’était rassurant car il n’était certainement pas dans les intentions de Boyt Margor de détruire l’immense vaisseau. Il y avait maintenant le danger que les mutants repèrent ce flux parapsi. Cette perspective était par moments effrayante. Parfois, elle n’apparaissait pas si mauvaise pour Payne Hamiller, suivant l’humeur dans laquelle il était. Il avait déjà tenté plusieurs fois de révéler ce lien, mais ce sortilège qui le contraignait à exécuter les ordres du mutant l’empêchait de dévoiler son secret.

Toutefois, si ce n’était pas cette influence que les Vieux-Mutants avaient captée, il devait y avoir un péril mortel qui sommeillait dans le Basis.

Hamiller entra en contact avec Kanthall qui était supposé avoir été renseigné par Kitaï Ishibashi. Et naturellement, Jentho n’admettrait pas non plus avoir été informé d’un quelconque soupçon contre lui.

— J’ai enregistré la conversation, déclara le scientifique. Je la fais transférer immédiatement vers Terrania.

— Quelle situation ! grogna Jentho Kanthall. J’ai l’impression d’être assis sur une bombe !

*

Le rapport des Vieux-Mutants suscita également de la consternation dans l’état-major de Julian Tifflor. Pour l’instant, rien ne devait filtrer au public. Surtout maintenant, car les gens comprenaient progressivement que cette sinistre chose dans la galaxie Tshushik représentait un danger qui surpassait tout ce à quoi les civilisations de la Voie Lactée avaient été confrontées jusqu’ici.

La grande importance que revêtait ce 1er mai 3586 avait été soulignée par les experts en relations publiques. Ce n’était pas seulement le jour de l’appareillage du Basis, mais également celui de la remise en exploitation de la Route des Conteneurs entre la Terre et Olympe par laquelle le Système Solaire serait approvisionné en biens de consommation et en marchandises semi-finies en provenance de l’ensemble de la Galaxie. La Terre ne possédait plus d’empire. Sa sphère d’influence se limitait maintenant au système de Sol et le monde des Libres-Marchands se trouvait donc dans une zone neutre de tout pouvoir politique. Que l’Humanité veuille établir son centre d’approvisionnement sur une planète incapable de se protéger en cas d’urgence prouvait son caractère pacifique.

Julian Tifflor avait expliqué aux peuples de la Voie Lactée que le renoncement à l’expansion ne devait pas être observé seulement par les Terraniens.

— La moindre attaque d’Olympe sera le motif pour nous de repenser notre attitude, avait-il déclaré aux représentants de la CoDiPG.

Actuellement, le calme régnait dans la Galaxie. Sur le monde des Libres-Marchands, Anson Argyris, le robot de type Vario-500, qui s’était autrefois appelé empereur, s’activait ardemment à conclure les préparatifs pour la remise en service de la Route des Conteneurs.

*

Le 29 avril, 22 heures

Après une journée bien remplie, Payne Hamiller se retira dans ses quartiers. Comme responsable de l’expédition, il habitait une suite spacieuse située sur un pont intermédiaire au-dessus de la centrale. Il reçut à cet instant un appel de Déméter.

À bord du Basis, elle s’appelait Dunya Varenczy. Ses longs cheveux argentés pendaient librement jusqu’aux épaules, formant un contraste saisissant avec sa peau hâlée. Son visage était dominé par des yeux verts en amande. Le nez était légèrement aquilin. Devant cette perfection, avec ses lèvres pleines, la bouche semblait un peu trop large, presque trop sensuelle, mais il n’y avait aucun homme pour lui trouver le moindre défaut.

Déméter portait une robe longue, de couleur orange, qui épousait à la perfection les contours de son corps.

Le regard de Payne Hamiller restait rivé sur la retransmission d’images. Cet intérêt ne semblait pas déranger la belle étrangère.

— Je me sens seule, Payne Hamiller, déclara-t-elle en souriant. De plus, j’ai quelques questions. Est-ce que tu me rendras visite ?

Le Conseiller Terranien aux Sciences revint brusquement à la réalité et prit conscience qu’il se comportait comme un adolescent. Il éprouva une certaine gêne.

— Est-ce que cela ne peut pas attendre demain ?

La jeune femme secoua la tête.

— Non ! Je suis très impatiente !

*

Les appartements de Déméter se trouvaient sur le même pont que ceux de Hamiller. Ce secteur du vaisseau était réservé aux membres de l’état-major, du moins pour le moment. La jeune femme n’avait aucune qualification pour faire partie de ce groupe. Elle était pourtant ici, parce que nombreux étaient ceux qui pensaient qu’elle avait un rapport avec le but de l’expédition Pan-Thau-Ra.

L’aspect provisoire des quartiers était évident. Le Basis était construit selon le principe de redondance. Il n’y avait pas une seule fonction qui n’ait pas été au moins doublée. Même la centrale avec sa zone périphérique élargie avait été reproduite en huit exemplaires reliés entre eux par transmetteur. Si l’un d’eux devait être abandonné, pour n’importe quelle raison, la distance le reliant au prochain pouvait être couverte presque sans perte de temps.

Le transfert de l’actuel pont de commandement dans celui situé dans le segment trapézoïdal qui transperçait le bourrelet équatorial était fixé pour le jour suivant. Celui-ci n’avait servi que pour des buts d’entraînement à cause de sa position au centre d’importantes installations.

L’appartement de la jeune femme avait été équipé de façon standard, mais elle avait ensuite construit son propre monde. Elle avait changé les couleurs, réaménagé le mobilier et saturé l’air d’une odeur exotique. La lumière était tamisée, et de la musique douce résonnait de l’arrière-plan.

— Approche, Payne Hamiller ! retentit la voix de Déméter.

Le scientifique avait le sentiment qu’il ne quitterait pas de sitôt cette suite.

La jeune femme avait préparé des boissons et une petite collation. Pour une femme sans souvenir, elle maîtrisait parfaitement la machinerie complexe d’une cuisine automatique.

— J’ai rencontré sur la Terre un jeune homme qui m’a fortement impressionné, déclara-t-elle brusquement. Je me demande ce qu’il fait en ce moment.

Hamiller sourit de la naïveté qui résonnait dans cette question.

— Je ne crois pas connaître chaque jeune homme sur la Terre, répondit-il.

— Il s’appelle Roi Danton.

— Oh ! s’étonna le scientifique. (Il songea au fils de Perry Rhodan qui lui avait justement suggéré d’avoir un œil sur Dunya Varenczy. Sur Dunya, pas sur Déméter. Il ne savait pas qui elle était vraiment.) Que fait-il maintenant ? Il doit être à Terrania pour assumer sa fonction de Conseiller Supérieur Terranien.

Il se sentit légèrement mal à l’aise. Déméter lui avait-elle demandé de venir seulement pour obtenir des renseignements sur le gouvernement ?

— Roi Danton participera-t-il à l’expédition ? se renseigna la jeune femme.