Photomontage

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"Photomontage" est un recueil de sept histoires angoissantes ayant pour dénominateur commun la Photographie.


L'idée de base de chaque nouvelle : un portrait photographique n'est pas qu'une image à un instant donné. Réelle ou virtuelle, la photo est parfois liée au corps pour le remplacer ou le modifier, et parfois liée à l'âme, pour en révéler la nature cachée sous forme de spectre ou de silhouette évanescente.


Des appareils photos argentiques "magiques" capturent une partie de la personnalité, d'autres, numériques, la modifient à des fins thérapeutiques. Pour le meilleur et surtout pour le pire...




"Photomontage" est un livre fort, prenant, intense et concis. Les nouvelles délivrent une atmosphère générale étouffante, digne des meilleurs livres d'épouvante.

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Ajouté le 20 décembre 2018
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EAN13 9782368452707
Langue Français
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©2018–ISEdtion
Facebook.com/isedition Twiter.com/is_edition Instagram.com/is_edition
51rueduRouet.1308Marseile
www.is-edtion.com
ISBN(Livre):978-2-36845-269-1
ISBN(Eboks):978-2-36845-270-7
ResponsableduComitédelecture:PascaleAverty Directriced'ouvrageetcorections:iPanaDiraMuli Couverture/ilustration(s):OliviaProDesign/Jean-LouisBec
Colection«Sueursglaciales»
Directeur:HaraldBénoliel
LeCodedelapropriétéintelectueleinterditlescopiesoureproductionsdestinéesàune utilisationcolective.Toutereprésentationoureproductionintégraleoupartiele,faitepar quelqueprocédéquecesoit,sansleconsentementdel'auteur,desesayants-droits,oude l'éditeur,estiliciteetconstitueunecontrefaçon,auxtermesdel'articleL.35-2etsuivantsdu Codedelapropriétéintelectuele.
JEAN-LOUISBEC
PHOTOMONTAGE
P O R T E S O U V E R T E S
rèsducomptoir,lebrouhahadevientpresquesolide,d'unesale,pPousedesacélérationsquimemènentauvertige.Jenecommande épaiseurdeverd,er.euapeé,edveedfmunsparenc'unetra Tirailel,tiurbelrapéelànôpdu'ucelcirva,veursera'lertuedal rien,décroche,meretourne,gliseentrelespersonnes.Lasortie,lasortie horsdubruit,horsdecetleab.tipetteEtpuiefouledn,nue,sauof Seule.Unepetitetable,vide.Unechaise.Jenotel'incongruitédelascène,l'apparitionsoudaine,salvatrice,d'uneplacepaisibleparmilesvaguesde lafoule.Ilyaunmomentoùjeresteenarêt,oùjelacontemple,enjouis àl'avance,enjouisd'autantplusqu'àtoutmoment,jerisquedelaperdre.Lejeu,toujourscejeu,cespetitsrisques,prisn'importeoù,n'importecomment,cejeuquipermetdefairevibrerlamoindreparticuledevie. Asis,lebruitnemegêneplus,commes'ilnes'adresaitqu'aux personnesdebout,commesij'étaispasésouslastratebruyante,asis asezloindescumulusdesbavardagespourqu'ilspasentbienplushaut. Lesgens,danslecafé,sontdesombresnoiresagrippéeslesunesaux autres;lecontre-jourlescerne,lesaglutine.Demonregardflotant,je suiscetemouvancequiagiteleurmaseetparcoursdansmoncoindes espacesindécisoùsejoignentleflouetlaneteté.
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Uneombresoudain.Eletouchelatable,s'immobilise.Deuxmainsse posentlourdementjustedevantmoi.Appuient,fort,trèsfort.Lecorps s'incline,blocsombresanssouplese.Unevoixsourdesefaitentendre, mal,maissefaitentendre: «Jepeux?» Jen'aipasàrépondre.L'hommesaisitlentementunechaise,latireparle dosier.Sesmainssontgigantesqueset,àcetinstant,jel'imaginetirant quelqu'un,commeça,parlescheveuxIls'asied,setrouvejusteenface demoi.Lalumièreestfaibledanscecoin,maisjesuissurprisparla rougeurdesesyeux.Deuxglobesauréolésdesangquiroulent,tanguent d'unbordàl'autredeleurorbite.Lesvaiseauxquiconvergentversla pupilesemblentàbout,prêtsàcraquer.Toutsemblepouvoirs'embraser d'uncoup.Commeça,enunclind'œil,toutsemblepouvoirdérailer,se consumer,m'enflammerausi.Jesenslaviolencedanscethomme,tapie justederièrelesyeux.Jemerecule,ils'avance.Latabletremble,frontière ilusoire.Maisl'hommesourit,paseunedesesgrandesmainssurson visage.Labarbecrise,râleunpeu,puistoutretrouvesoncalme. «Uncafé,triple.» Ilvientdecrier.Savoixcreuseunsilondanslafouleetheurtele comptoir,l'atentionduserveur.Cen'estpasunecommande,c'estun ordrequinesediscutepaset,defait,ariveprestementunegrandetase. Jen'airiencommandé,jen'aipaseuletemps,paseul'idée.L'hommeest tropsaisisant,tropimpresionnant.Sastature,latailedesesmains,ses yeux,cetevoixpuisante,toutm'intrigue,suscitemacuriositémais m'intimide,meparalyse.Ilprendunegorgéepuismeregardesansme lâcher. «D'aprèsvous,depuiscombiendetempsn'ai-jepasdormi?» Puis,commejenerépondsrien: «Alors?Combiendetemps?»
J'aiunemimiqued'impuisancequilefaitrire.
«Cinqjoursetcinqnuits.Etc'estpasfini.»
Puis,aprèsunenouvelegorgée:
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«Maismaintenant,c'estjustecommeça,pourvoirjusqu'oùjepeux aler,carjel'aieue.»
Etcommejenebougetoujourspas:
«Parfaitement.Jel'aieue.»
Ilserapproche,appuyésursesavant-bras.
«Jel'aivue,vousm'entendez?» Ilditceladansunchuchotementmaisavecunairterible,delafoudre danslesyeux,lesbabinesretrousées. «Oui,jel'aivue,j'aivulamort.» Ils'estencorerapprochéetsavoixsonnedefaçonsiétrangequejene saispluss'iltentedemerévélerunsecretous'ildésirequetoutlemonde l'entende.Etcommejenerépondstoujoursrien,intriguéetméfiant… «Jel'aivue.Jel'aimêmephotographiée.» Etaprèsuncourtsilence: «Jepeuxvousmontrer,sivousvoulez.»
Ilrejetebrusquementsatase.
«Alez,venez.» Ilselèveetjemelèveàmontour,sansréelehésitation. L'hommeestgrand,puisant,maismoinsquejenel'avaisimaginé.Il bougeparà-coups,faitdegrandspasquipèsentsurlesol.Unefoissorti ducafé,ilprendladirectiondelavieilevileetfoncedanssondédalede ruelesétroites.Jelesuis,àquelquespas,forçantmonalurepournepas mefairedistancer.Lesparolesdel'homme,sesparolesdemort,me remplisr.Eetneenntielprutraenctlet,esjeincmoaptcpsène,tes d'étrangeté,desombre.Jenepenseàrien,nepeuxpenseràrien.Letrop-plein,levide,c'estparfoislamêmechose,unechosequin'estplussoi. L'hommemedésigneunesortiedegaragedécrépite,faitletourdupâté demaisons,ouvreuneportemétalique.Ilacesourirecrispéqu'ilarborait danslecafé.Legarageestsombre.Uneseulelampeéclaireunmobilier rudimentaired'unelumièresale.Unetable,unmatelassurlesol.Des détritus,partout,unempilementdechoseshétéroclites.Jemetrouvedans unhabitatclandestin,unesortedeprison,unedecesgrotesurbainesoù
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sedéposelaplustenacedespauvretés.Ilmeparle,deschosessans importance,commeça,pourmaintenirlecontact.Jerépondspar monosylabes,pastrèsàl'aisedanscelieupesant,sombre,enperte d'humanité,unconcentrédemisèrenoireetdefoliebrute. «Venezvoir»,dit-ilenmeprenantparlebras. Ilmetire,memalmène,m'amènedevantlaportedugarage.Cetepartie estdansl'ombrejusqu'àcequ'ilfasegliserunesortedevolet.Lecareau estpresquetotalementopaque,d'unecouleurbleuclairavecensoncentre uncercledeverebientransparent.Faceàcecercle,maisreculé,un appareilphotosurpied. «Voilà,dit-il,c'estlà.» Etcommeilmefaitsignedem'avancerendégageantlaplace,jeregarde. L'orbites'inscritparfaitementdanslecercle.Jedevienssansypenserle voyeurabsolu,leregardeuràl'œilpalpitant,atentif,féroce.Lesmorsures desyeuxsontparmilespluscruelirtenevaa,ntemessiopeLdfemisit réduitàcetœilcoléetabsorbé.Toutmonêtresetapitlà,danslarétine, toutmonêtrefiledroitàtraverslevere,traverselarue,cogneàuneporte verte,étroite,lourded'aspect.Jedistingueavecuneacuitédontjeneme seraispascrucapablelapoignéebrilante,lesserures,l'irégularitédes couchesdepeinturesurlemétal.Iln'yaapparemmentriend'autreà remarquer,là,danslecercle,maisj'aipourtantl'impresiontenacequ'ilya autrechoseàvoir,oualorsqu'ilvasepaserquelquechose.L'œil,unefois danssonrepère,souhaiteetanticipe,inventeetseconcentre,surcequi arive,vaariver,disparaître.Laréalité,ceteréalitévuen'estquele préludeàunevolontédefictionforte.Lajouisancedel'œildemandecela, s'instalelà,danslebasculementdelaréalitéverslafiction. Quandjem'arachedececerclevoyeur,quandl'homme,avecunrictus defou,metl'appareilenplace,jenerésistepas.Letéléobjectifpermetce rapprochementquipouseenavantledéliredevoir.Laporteestencore plusnete,plusprécise.Jeparcourslescicatricesdumétal,cesmarques complexesd'unvécudeviné.Jerestelà,habitédenéant,aspiréparla couleurverte,laforcedumétal.Unemainsurl'épaulemetireenarièreet lesyeuxrougessonttoutcontremoi.Jepouraislestoucher,fairegliser
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mesdoigtssurcesglobessanglantsJereculed'unbond.Voir,toucheraveclesyeux,toucherlesyeux,laconfusionm'efraie,m'afole. «Vousavezvu?medemande-t-il.Vousalezvoir.» L'écrandel'ordinateursedécoupeenbleudanslapénombre.L'homme s'incline,pianotesurleclavier.Dedos,ilestunemaseimposante, informe,unconcentrédemuscles,denerfs,d'énergie.Aucoursdesa tâche,jeperçoisdestresailements,desfrotementsdepieds,unefébrilité quilesecouedehautenbas.Lapremièreimageapparaîtettoutsecalme faceàlaporteverte. «Voilà,dit-il,c'estlapremièrephoto.J'aiphotographiéceteporte pendantcinqjoursetpresquecinqnuits.Avecl'éclairagedelarue,c'est posible.» Cinqjours.Jeneposepasdequestion,l'hommeestprêtàparleretagite déjàlesbras. «Jevaisvousmontrer.» Aufonddugarage,ildérouleunetoileblanche.Leprojecteurmisen place,laséancecommence. «J'aiphotographiéceteporteunpeuplusdesixmilefois.J'observe,je photographie,j'atendsunpeuetjerecommence.» Jefaisl'étonnémaisnelesuispastantqueça,acquiescesansquestion. Surtoutnepaslebrusquer,nepaslebraquer.L'hommeestnerveux,d'une excitationquiletientauxportesdel'inteligible,dudérapagecoléreux. Undoigtsurunetoucheetlaprojectioncommence.Uneaprèsl'autre, lesphotosdéfilent,identiques,surunrythmerégulier.Jeregarde,mais cetesucesiond'images,contrairementàcequej'avaisresentialorsque jeregardaisparlavitredugarage,neprovoquepasgrand-chosechezmoi. Jedemeuredansl'atentemaissansvraimentatendrequoiquecesoit. «Voyez,ditl'homme.Là,ilnesepasias»erei.nMLuiestfasciné,ilretrouvesesjournées,sesnuits,sacuriosité,sonregard fureteur,lasatisfactiondesespulsionspremières.Ilsetrémouse.Jeneles voispas,maissesyeuxdoiventboiredusangàchaquesoufle.Soudain,il ralentitlediaporama. «Là»,dit-il.
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Unephotos'immobilise.Laporteestentrouverte.Uneombresemblela traverser,sefaufilerdansl'interstice.Onnevoitpasgrand-chosed'autre. Ilexulte,setourneversmoi… «Çavient» Uneautreimage.Lafemme,carl'ombreestceled'unefemme,vientde quiterlaporte,s'éloignesurletrotoir.Uneautrephotoetelejeteun regardverslaportedugarage.Commesieleavaitsenti,deviné,vu quelquechose. «Là,dit-ilencore,regardez.» Laphotos'agrandit,l'objectifduprojecteurfouile,disèque,cherche.La silhoueteflouesedesine,unfilédesombreseprojetesurlemur.Je distinguedesévocationsdebras,dejambes,decorps.Latête,ele, présenteuneétrangetévisuelequinteroge,captive. «Là»,dit-il,entendantlebras. Laphotos'agranditencore.Lecorpsfloutésortdel'écran,gagnele garage,s'instaledanslescoinssombres.Lacréaturedevientgigantesque. Sonabsencedetraits,deprécisiondansseslignesenfaitunmonstre mouvant,indiscernablemaisomniprésent.Àlevoirainsiauprèsdemoije recule,tantpouréchapperàcetepresl'image,saion qu'impose résonancedansmonimagination,quepourmieuxcernercequ'ilyaà voir.L'hommeesttrèsagité,ilpiétinesurplace,trouel'imageduvisagede lamasedesonpoing,meforcementalementàregardercequ'ildésigne. Surlevisageflou,striéderayuressombres,tientenéquilibreunepairede lunetesnoiresàl'imagenete. «Voilà,soufle-t-ilcongestionné,toutestlà.C'estlàqueçasecache. Danscenoir-là.Dansceteneteté-là,inatendue,improbable.C'estunnet quivauttouslesflousinimaginables.Cenetestlui-mêmeunflou,vous comprenez,cequ'ilcache,c'estlazoned'ombreparfaite,larupture,la violence,lamort.Maisatzde»en Ilpointeundoigtversleclavieretledéfiléreprend.Uneàuneles photographiesdelaportevertesesucèdent.Ilenpasedeuxmilepeut-être,surlesquelesjenedistingueriendenouveau.Maisl'hommeestaux aguetset,commetoutàl'heure,stoppelediaporamaàunmomentqu'il
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estseulàdécelercar,surl'écran,nes'aficheaucunnombre,aucunindice permetantd'identifierlaplacedechaqueimagedanslaprojection.Ilse tourneversmoi,unsourireambiguauxlèvres,àlafoisvainqueur,ironique,maislas.Carmalgréseseforts,jelesensprêtàcéderàla fatigue,minédel'intérieurparuneexcitationtropintense.Ilm'envoieun coupdementon. «Vousêtesprêt?Alors,c'estparti.» Lediaporamas'enclencheànouveau,maissaviteseestsupérieure maintenant.Laporte,toujourslaporte.Puiseles'ouvre,lafemmesort, marche,s'arête,seretourne.Lediaporamahachesesmouvements,ses ombres.Leflouesttoujourslà,sursoncorps,sesmembres.Commetoutà l'heure,seulesleslunetesnoiressontnetes,lesbranches,lescontoursdes veres,toutestnet.Photoaprèsphoto,lafemmesetrouvefaceaugarage. Puiseles'approche,pasfloutésmaismécaniquementrythmésparla machine.Eles'approche,s'approcheencore.Elearepéré,senti,peut-être entenduquelquechosedanslegarage.C'estsûr.Unvisageapparaît,un visageestompé,délavé,obscurciparlenoirdesveres.Etcenoirse rapprocheencore,secoleaucareau,encrelecareau.Surl'imagetoutest noir,toutdisparaît,absorbé,gommé,avalé.Unrectanglenoiraenvahi l'écran.Noussommesdanslenoirdel'imagemaintenant.L'homme trépigne,frémit,mesaisitlebras,mesecoue.Jenecomprendspas.Jene comprendsrienmaissuissoulagéquandlafemmerecule,qu'elese tourne,reprendsamarcheCenoir,cetenoirceur,laisesurlesyeuxun voilemorbidequipénètreloinensoi.Jeresenslaforcedecete rencontre,despenséesdébridéesqu'elelaisederièreele.Maisjenevois toujourspas.Quiya-t-ilsurcesimages?Maquestionsemblechoquer l'homme.Unrictusd'incompréhensionetdecolèremodèlesonvisage. «Maisrépond-il,maiseleesetàl,'csetleBobn,,on,KO atendez.» Iltrafiquesonordinateur,paseenvidéo.Sesmainss'agacentsurle clavier,ilsetrompe,corigeenpestant. Cen'estplusundiaporama,c'estunmontage.Lafréquencedelaprise devuepermetunevitesequis'apparenteàunralentiunpeuhaché.Ila enchaînédesgrosplans,desarêtssurimage,cherchéetfouiléles
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