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Pour que ton ombre murmure encore...

De
160 pages
A travers le souvenir de sa fille, la voix du père remonte de sa terre d'Afrique. Dans un récit non linéaire, parsemé d'anecdotes et d'humour où la tendresse s'immisce entre chaque ligne, la narratrice s'adresse à son père décédé. Exercice pour conjurer la douleur de cette perte, mais aussi pour préserver la mémoire de l'enfance. Une écriture forte et lumineuse qui, du village des ancêtres à l'Amérique enneigée, retrace l'origine d'une parole : celle de l'amour et de la dignité.
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Angèle KINGUÉ
POUR QUE TON OMBRE MURMURE ENCORE…
Pour que ton ombre murmure encore…
Encres Noires Collection fondée par Maguy Albet et Emmanuelle Moysan
La littérature africaine est fortement vivante. Cette collection se veut le reflet de cette créativité des Africains et diasporas.
Dernières parutions
N°382, Lottin WEKAPE,Je danserai pour toi ce soir,2015. N°381, Bali Banka GNAAMA,L’homme de cuivre,2015. N°380, Aristote KAVUNGU,Il ne s’est presque rien passé ce jour-là, 2015. N°379, Tiémoko Rémy SERMÉ,Pleurs dans la nuit, 2014. N°378, Baba HAMA,Kalahaldi, 2014. N°377, Faustin KEOUA-LETURMY,Coupe le lien !, 2014. N°376, Joseph Bakhita SANOU,Il était une fois aux Feuillantines,2014. N°375, Marie-Ange EVINDISSI,Les exilés de Douma. Tempête sur la forêt. Tome III,2014. N°374, Aurore COSTA,Folie blanche et magie noire. Nika l’Africaine,tome IV, 2014. N°373, Kouka A. OUEDRAOGO,La tragédie de Guesyaoba, 2014. N°372, Kanga Martin KOUASSI,La signature suicide, 2014. N°371, Ayi HILLAH,L’Exotique, 2014. N°370,Salif KOALA,Le cheval égaré, 2013.N°369, Albert KAMBI-BITCHENE,Demain s’appelle Liberté, 2013 N°368, Diagne FALL,Mass et Saly. Chronique d’une relation difficile, 2013. N°367, Marcel NOUAGO NJEUKAM,La vierge de New-Bell, 2012. N°366, Justine MINTSA,Larmes de Cendre, 2012.
Angèle Kingué
Pour que ton ombre murmure encore…
DUMÊMEAUTEUR Venus of Khala-Kanti, traduction anglaise, Bucknell University Press et Rowman & Littlefield Publishing Group, Inc., 2015. Venus de Khalakanti, Ana Editions Bordeaux, 2005. Qui est dans la lune, L’Harmattan, 2005 (traduit en anglais, bamiléké, bassa, bulu, douala). Une voix dans la nuit, Edicef, 2ème édtion, 2012. Une voix dans la nuit, Hurtubise HMH, collection Plus, Montréal, 1998. Nord-Sud (Échos d’enfance), Hurtubise HMH, collection Tête-Bêche, Montréal, 1993. © L’HARMATTAN, 2015 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-06411-6 EAN : 9782343064116
Avant-propos Dans sesUltimes dialogues (1988) avec Osvaldo Ferrari, Jorge Luis Borgès nous informe que la philosophie de Platon surgit de sa nostalgie pour Socrate. Socrate meurt, mais Platon, nous dit Borgès, joue à le croire encore vivant. Ce qui lui permet de continuer à discuter avec lui. Une démarche philosophique qui est un bel hommage à l’amitié. Il est probable qu’en écrivantPour que ton ombre murmure encore… Angèle Kingué n’ait en aucun moment pensé aux dialogues de Platon. Mais l’intention affichée dans son livre est la même que celle de l’illustre philosophe grec. Il s’agit ici, comme chez Platon, de lutter à travers les mots contre l’oubli de l’être aimé. Ulcérée par le décès de son père qu’elle croyait immortel (comment ne pas le croire?), Angèle Kingué décide à travers un prodigieux travail de mémoire de faire revivre son père. Dès l’incipit du livre, Angèle Kingué donne le ton: «je veux écrire la plus belle des histoires, je veux recréer le monde dans lequel tu as vécu avec tant de fidélité, que j’attends toujours. Et le temps passe, et les traits de ton visage s’estompent. Et moi je continue de chercher la forme parfaite, les mots pour te dire, mieux pour te traduire, te célébrer…Mais comment y parvenir sans affadir ta réalité ?» (p. 11). Ce passage nous signale d’emblée le statut du texte. L’auteur nous avertit qu’il s’agira ici d’une autobiographie, mieux d’une auto-fiction. Mais elle pose également la question de l’écriture. Comment écrire sur un être cher mort, sans le trahir ? Tout le livre chevauche entre l’effort de mémoire et la quête du ton juste pour décrire ce père si tendre. Il faut dire qu’à l’arrivée, Angèle Kingué réussit son pari. Cette réussite réside en un choix subtil d’une narration qu’on
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pourrait appeler Dialogue Outre-Tombe. Car tout au long du récit, Angèle Kingué interpelle sous le ton de la confidence son père et nous le rend par là-même plus proche. Du point de l’histoire littéraire,Pour que ton ombre murmure encore… brise : celui du père africainun tabou distant. À l’inverse des romanciers et romancières africains qui nous ont habitués à des textes où le père était relégué au rôle du méchant loup de la famille, Angèle Kingué nous donne à lire un père fraternel. Vu sous cet angle, ce livre peut être lu comme le versant masculin defemme noire femme africaine, le célèbre poème de Camara Laye ouvrant l’enfant noir. Enfin, on notera la dimension ludique de ce livre malgré la gravité du sujet abordé ; Angèle Kingué refuse à la fin du récit à confiner la vie de son père dans un livre. De la sorte, on le voit à la fin du livre sortir du texte pour assister à la rédaction de son histoire par sa fille. Au Prime abord une telle démarche peut paraître paradoxale. Mais en réalité, elle renforce ce besoin de dialogue entre père et fille. En faisant sortir son père du récit, Angèle nous montre que l’écriture de ce livre ne lui a pas permis de faire totalement le deuil de ce père bien-aimé. À coup sûr ce livre est l’un des plus beaux poèmes écrits sur la mort d’un père : la mort devient ici un moyen de célébrer la vie, telle est la magie de la littérature. Ainsi importe-t-il de prolonger la vie de ce texte et avec lui, la magie de la mémoire et des résonances qu’elle fait naître chez le lecteur.
Boniface Mongo-Mboussa
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À mon père, pour que son ombre murmure encore et encore… À mon fils, pour qu’il sache.