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Pourquoi je suis devenu un terroriste

De
240 pages
De l'attentat de l'Hipercor de Barcelone à celui du Bataclan, la folie meurtrière des hommes se poursuit. Peut-on plonger dans la tête d'un terroriste pour comprendre, de l'intérieur, son fonctionnement ? C'est ce que propose ce roman immersif à travers le parcours de Francisco, paisible étudiant espagnol, devenu spécialiste des attentats pour ETA, l'organisation indépendantiste basque. Le 13 novembre 2015, trois terroristes entrent au Bataclan : à quoi pensent-ils à l'instant ultime, se demande Gil, son fils adoptif.
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Josette Elayi
POURQUOI JE SUIS DEVENUUN TERRORISTERoman
Pourquoi je suis devenu un terroriste
Josette ELAYI Pourquoi je suis devenu un terroriste Roman
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Autopsie d’une folie meurtrière
Nous vivons dans un monde paradoxal, à la fois civilisé et barbare, où la réalité des attentats et des guerres dépasse de très loin la fiction de tous les jeux de guerre, dont on nous abreuve depuis notre enfance. Alors je cherche à comprendre et me pose des questions. Ainsi, je voudrais savoir à quoi pense l’homme ou la femme qui va commettre un attentat, à l’instant ultime, juste avant d’enclencher sa bombe ou d’appuyer sur la gâchette de sa kalachnikov. J’écris ce livre pour tenter de trouver quelques réponses.
L’attentat contre Chiang-Kaï-shek, Chine, 11 avril 1927 Cette nuit de brume était sa dernière nuit, et il en était satisfait. Il allait sauter avec la voiture, dans un éclair en boule qui illuminerait une seconde cette avenue hideuse et couvrirait un mur d’une gerbe de sang. La plus vieille légende chinoise s’imposa à lui : les hommes sont la vermine de la terre. Tout ce qui n’était pas son geste résolu se décomposait dans la nuit derrière laquelle restait embusquée cette automobile qui arriverait bientôt… Il essaya de retrouver le contrôle de sa respiration… l’auto arrivait : une grosse voiture américaine flanquée de deux policiers accrochés à ses marchepieds ; elle donnait une telle impression de force que Tchen sentit que, s’il n’avançait pas, s’il attendait, il s’en écarterait malgré lui. Il prit sa bombe par l’anse comme une bouteille de lait. L’auto du général était à cinq mètres, énorme. Il courut vers elle avec une joie d’extatique, se jeta dessus, les yeux fermés. (La condition humaine, André Malraux)
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L’attentat de l’Hipercor, Barcelone, 18 juin 1987 Il arrive au volant de sa voiture piégée, avec deux autres militants basques, devant le supermarché catalan, à une heure de forte affluence. Une foule insouciante et affairée se presse à l’entrée : principalement des familles qui viennent faire leurs courses, accompagnées de leurs enfants. Il obéit aux ordres d’ETA, l’organisation indépendantiste basque, et descend garer sa voiture au parking du premier sous-sol, juste dessous le rez-de-chaussée du magasin. Au moment où il va brancher le détonateur sur la bombe et programmer le minuteur, qu’y a-t-il dans sa tête ? Est-il uniquement concentré sur les gestes techniques ? Exécute-t-il comme un automate les ordres de sa hiérarchie, sans réfléchir ? A-t-il peur de se faire surprendre ? Imagine-t-il l’explosion et la mort atroce des dizaines de victimes innocentes qui vont périr carbonisées dans l’incendie déclenché par la bombe ? Éprouve-t-il la haine de tuer ou bien hésite-t-il au dernier moment ?
L’attentat du Bataclan, Paris, 13 novembre 2015 Il s’arrête devant le Bataclan à 21 h 40, à bord d’une Volkswagen Polo noire, avec ses deux complices. Ce soir-là, le groupe américain « Eagles of Death Metal » donne un concert de rock devant 1500 personnes. Au moment de pénétrer dans la salle comble et obscure, où le public joyeux vibre au rythme puissant de la musique, à quoi pense-t-il, le doigt posé sur la gâchette de sa kalachnikov ? À l’endroit où il va se positionner dans la salle et dans quelle direction il va tirer ses rafales de mort ? Va-t-il exécuter sa mission avec la satisfaction du devoir accompli ? Imagine-t-il l’affaissement des corps au milieu des hurlements de souffrance et de terreur ? Ressent-il le moindre sentiment vis-à-vis de ses futures victimes : haine, compassion, indifférence ? A-t-il choisi de se sacrifier dans cet attentat pour une cause qu’il juge supérieure ? Ou craint-il pour sa vie et songe-t-il à capturer des otages pour faciliter sa fuite ?
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L’attentat d’Alicante
Alicante, été 1985 Hier, ma vie a basculé, mes rares certitudes se sont évanouies et mes multiples incertitudes, loin d’avoir disparu, ont changé de nature, mais je suis toujours empêtré dans mes contradictions. Un peu avant midi, j’étais en train de siroter machinalement un cafégranizado au café Miramar sur la promenade maritime. Pour fuir l’ardeur pénétrante du soleil de juillet et l’agitation futile des vacanciers, je m’étais réfugié dans un recoin d’ombre, contre la paroi en verre du fond de la salle. Je contenais à grand peine ma colère, au sortir de mon entrevue avec Enrique Campo, mon directeur de thèse de l’université d’Alicante. Ce triple idiot m’a rendu mon manuscrit surLa province d’Alicante à l’époque ibériqueme déclarant d’un ton péremptoire en et suffisant : « Vous n’avez rien compris, Monsieur Francisco Lopez : dans l’Antiquité, notre province était ibère à 100%, libre de toute présence étrangère, grecque et encore moins phénicienne comme vous le prétendez ! » C’est lui qui n’a rien compris à la colonisation phénicienne : je lui ai pourtant rappelé que les Phéniciens ont fondé la cité fortifiée de La Fonteta, à l’embouchure du fleuve Segura, fouillée par Alfredo González Prats - qui aurait été un bien meilleur directeur de thèse -, ai-je songé. Ce nationalisme imbécile sur l’origine exclusivement ibère des Espagnols m’a toujours révulsé. Et mon père, ignare en matière d’histoire ancienne, qui va surenchérir ! Je l’entends déjà : « Mon pauvre Francisco, toi qui n’a jamais rien réussi, comment pourrais-tu décrocher un doctorat ? » Le pire, c’est qu’il a raison, à vingt-six ans déjà, je suis un raté… Pour tenter de me calmer et sortir de cette impasse, je me suis concentré sur le verre de cafégranizadoplacé devant moi, brun avec sa paille orange. Il existe deux façons opposées de boire ce café, qui traduisent exactement deux façons d’aborder la vie. Je peux me précipiter pour aspirer avec force le liquide au goût concentré et glacé, comme je pourrais aborder ma vie
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