Project Viper - 2 - Faceless

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2071. Au cœur de la nuit, un hovercraft de fret d’Harmattan Associés se fait abattre. Un évènement fortuit ? Étrange, oui. Une mission digne des Black Vipers. Quand Blayne met la main sur un chargement inattendu, le jeu commence. Le maître de celui-ci ? On ne connaît ni son nom ni son visage. On le nomme Augure et le dit terroriste ; lui se voit comme un modeste joueur d’échecs.


Il trouve en Kayla un moyen d’abattre roi et reine. La jeune femme, mue par son amour pour Blayne, sème la discorde au sein de la fraternité. La rivalité entre Shadow et Centurion s’embrase, faisant couler leur sang au gré de leurs différends. Elle rend les Vipers fragiles, menace la sécurité d’Aryan Turner et de la Présidente elle-même. Une occasion rêvée pour les rebelles d’agir. Et s’ils étaient, eux aussi, contrôlés par l’Augure ?

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Ajouté le 11 juin 2018
Nombre de lectures 19
EAN13 9782956116424
Langue Français
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Ellen Raven Martin PROJECT VIPER — 2 — FACELESS © ERA Éditions 2018 Illustration © Yanis Cardin Typographie © Tiphs ISBN : 978-2-9561164-2-4 Site Internet : www.ellenmartin.fr Facebook : www.facebook.com/LadyRavenya Twitter : www.twitter.com/LadyRavenya
Lexique
Augmentation : amélioration cybernétique d’un organe ou d’un memb re. Un augmenté est une personne ayant bénéficié d’une telle amélioration. Neurophine : médicament antirejet que les augmentés doivent prendre à vie. Mécha-chien (se dit «méka-chienintelligence artificielle intégrée à un») : exosquelette à forme canine. Robot-chien de grande taille. Mécha-garde (se dit «méka-garde») : robot basique de protection. Leur forme arachnéenne leur permet de se déplacer eux-mêmes. Ils sont armés de canons qui leur permettent de tirer à volonté sur tout intrus (individus désignés comme tels dans leur programme).
CHAPITRE 1
Blayne! Elle s’entend crier. Les battements déchaînés de so n cœur résonnent dans son corps tout entier. Bou-boum, bou-boum. Cette furie lui donne mal au crâne, mais elle n’en a rien à faire. Une odeur affreuse lui mo nte aux narines : celle de la chair brûlée. L’odeur de la douleur. Son cœur rate un battement, saute dans sa gorge et menace d’en fuir. Elle a envie de dégueuler. Blayne! Le cri retentit dans sa tête. Elle ouvrit les yeux comme si dormir était interdit. Une interdiction qu’elle s’était imposée elle-même, car les nuits étaient forcément source de souffrance. Les terreurs nocturnes s’ench aînaient, interminables. Elle vivait et revivait le meurtre de l’amour de sa vie. À croire que les souvenirs, comme les histoires, sont gravés sur des téradiscs et qu’une rayure fait tout foirer. Kayla regarda un moment le vide devant elle, bercée par le bruit du silence : de rares voitures qui passent; un semblant de brouhaha venant du bar, en dessous . Son réveil indiquait 7 : 33 PM, elle avait donc dor mi tout l’après-midi. Malgré ces nombreuses heures de sommeil artificiel (sur la tab le de chevet gisaient des boîtes entamées de somnifères, dont elle avait déjà songé à se faire un cocktail), Kayla se sentait affreusement fatiguée et n’avait franchement aucune envie de quitter son lit. Elle fit toutefois l’effort de se lever, rappelée à l’ordre par un estomac grondant. Le grincement de son lit sonnait comme un geignemen t, comme un «non, reste !» dont elle se fichait. Le sommeil avait cessé d’être un refuge. Kayla traversa la pièce, direction son armoire. Pui s elle avisa sa chaise de bureau envahie de vêtements défaits. Elle se souvin t avoir tout balancé là la veille pour mieux filer se blottir dans ses draps comme un e loque dépressive. Traînait là sa tenue d’éternelle garçonne, de celles qu’aimait son Blayne : pantalon kaki style militaire et pull-over décolleté. Elle l’enfila à g estes comptés en se regardant dans le miroir. Putain, elle avait une de ces têtes! Des cernes violacés soulignaient ses yeux noisette. Sa mâchoire serrée par la colère met tait en évidence ses joues creusées. Elle tenait tout d’une femme blessée : de s cicatrices, mais cela n’altérait en rien sa beauté. Kayla était une guerrière. Qu’ét aient-ce donc ces quelques marques pour elle? Tout en attachant ses cheveux, elle gagna la fenêtre d’où elle observa les allées et venues dans la rue. Certains clients du bar disc utaient à l’entrée en fumant une cigarette. Elle les entendait mais ne s’intéressait pas à ce qu’ils se disaient. Toute son attention allait à une BMW toute rayée qui se g arait. Elle connaissait cette voiture! Elle appartenait à Peter et Jack, deux enfoirés d ont Zayne, son ex, s’était entouré. Ces gars-là bossaient pour Harmattan Assoc iés. Officiellement : une société militaire privée. Officieusement : un ramas sis de salopards. Des criminels
blanchis devenus mercenaires. Kayla les avait vus pour la dernière fois la nuit d e l’incendie. Ils s’étaient pointés une fois le feu maîtrisé, au moment de sortir des d écombres le corps calciné de Blayne. Ensuite : disparus. Kayla avait mené sa petite enquête, mais celle-ci n’avait rien donné. Ces enfoirés savaient couvrir leurs tra ces. Et Zayne, déjà muet, avait été réduit définitivement au silence. Par qui? La jeune femme était certaine qu’il s’agissait d’un acte de vengeance, et qui d’autre q ue Blayne en avait après cet idiot? Il était vivant, elle le savait. Peter et Jack devaient avoir des infos à lui donner. Kayla abandonna sa chambre en vitesse. Elle était p erdue dans ses pensées, de sorte que chaque geste exigeait de la concentration. Chercher la clé, tourner le verrou… Elle n’entendit même pas son voisin arriver , et encore moins la saluer. Comme elle lui rentra dedans, elle se confondit en excuses. Un «désolée!» ou deux, et la voilà déjà sur le pas de l’escalier. Un colimaçon dont les marches étaient revêtues, à l’instar du corridor tout entier, d’un tapis écarlate élimé. L’éclat jaunâtre des appliques faisait danser son ombre sur les murs . En salle, Jerry observait sa fille, Hilda, en train de nettoyer les tables. Un gars solide ce Jerry. Il avait survécu à l’Euroguerre, e t s’y était même montré héroïque. Son bar avait servi de cachette à l’état-major anglais à un moment crucial. Il avait écopé d’une cicatrice au visage, frappé par un russ e un peu susceptible. Enfin… c’est ce qu’il racontait. Certains juraient cette m arque antérieure au conflit et surtout, due à une stupide chute dans l’escalier. Mais qu’il raconte des histoires ou non, Jerry restait un type bien. Il s’était refusé à regarder Kayla se débattre dans la merde. Enceinte, en plus! Alors il l’avait accueillie, pour elle, et pour «ce petit con» de Blayne. Comme elle entendait les deux mercenaires causer, K ayla se montra discrète. Elle se pressa contre la rambarde de l’escalier et, penchée vers le vide, écouta. — Tu crois vraiment qu’elle en a quelque chose à foutre? — Bah. Elle veut p’têt savoir où il est. Il a tout fait pour la reconquérir, non? Il y eut un rire. — Ouais, p’têt bien. Moi j’dis qu’elle sera contente de savoir qu’il est mort. Zayne était un vrai enculé, t’façon. Kayla resta interdite. Zayne était mort! Vraiment! Ses doutes se confirmaient. — Personne sait comment c’est arrivé, c’est dingue. On a retrouvé son cadavre dans le marais toxique. La tête flottait, à moitié bouffée par les vers. — Tu crois que… Weston…? Kayla devina un geste de déni. — Dis pas de conneries. On l’a refilé à cette folle de Kingsley, j’te rappelle. J’préfère pas imaginer ce qu’elle en a fait. Elle en avait l’estomac noué. Ils avaient osé vendr e son Blayne! Au moins, un nom avait été donné : Kingsley. La discussion dériva. Kayla attendit un moment, de sorte que sa venue ne parût pas suspecte. Alors elle entra dans la salle comme si de rien n’était. Les regards se tournèrent vers elle. Elle sentit une appréhension chez Peter et Jack : les avait-elle entendus? — Enfin réveillée? railla Jerry.
Kayla s’installa. — Du bacon et des œufs, s’il te plaît, commanda-t-elle. — Bien dormi? — On fait aller. J’ai été réveillée par deux ordures qui n’ont rien à faire ici. Elle les observa. Jack faisait moitié moins la taille de Peter (et compensait par sa cervelle). Ce dernier avait la face figée, mais Jac k gesticulait assez pour deux. Il jouait de son corps, par ses mimiques et ses gestes incessants, comme un moyen de faire passer ses mensonges. Il y avait de quoi l e traiter de «beau parleur», encore fallait-il qu’il soit beau. Sa face était ra vagée par les rixes : mâchoire de travers, nez cassé, arcade explosée. L’état de Pete r était autrement plus alarmant. Une cicatrice disgracieuse fendait son crâne, à cro ire qu’on avait tenté de le découper en deux à la hache. C’était certainement l e cas. L’histoire des soldats d’Harmattan tenait du mystère… et on ne voulait pas franchement la connaître. Fidèle à lui-même, Jack sourit. — Oh, Kayla. Nous sommes bons amis, non? Elle ne répondit rien. Sa façon de le regarder était éloquente. — Comment va Iow…? Kayla réagit immédiatement. Ce salaud n’avait pas le droit de prononcer le nom de son filseux de ses doigts, à! D’un geste rapide, elle planta un couteau entre d moins d’un centimètre de la chair. Une façon de lui dire de la fermer. Le langage d’Harmattan n’était en soi pas compliqué. — Ça ne te regarde pas. Jack ne perdit pas son sourire. À sa droite, Peter restait complètement fermé. — Zayne est mort, révéla-t-il tout de go. Entre-temps, Jerry servit ses œufs et son bacon, ac compagnés d’une grande tasse de café. Kayla y ajouta un nuage de lait et d eux sucres qu’elle mélangea tranquillement, l’air ailleurs. — Quel dommage, dit-elle. Peter but une gorgée de scotch. — J’t’avais dit qu’elle en aurait rien à foutre. Jack exhala un profond soupir. — Et dire qu’on a fait tout ce chemin pour toi. Kayla saisit une tranche de pain qu’elle entama. — Vraiment dommage, renchérit-elle en haussant les épaules. Elle glissa à bas de son tabouret, son déjeuner dan s une main. Une fois Jerry remercié, elle tourna franchement le dos aux mercen aires et s’en retourna vers les escaliers. Kayla n’avait tout simplement aucune env ie de manger en compagnie de ces gars-là. Alors, elle regagna sa chambre, qu’ell e ferma à double tour. Elle abandonna son repas sur un coin de bureau et fila s ’asseoir sur son lit. Un regard au berceau de Iowan la tranquillisa. Je f ais tout ça pour ton père, pensa-t-elle en extirpant un carnet électronique de sa poche de pantalon. Elle l’avait dérobé à Jack lors de son numéro au couteau. Kayla passa d’interminables minutes à éplucher ce g adget. Il y avait de tout là-dedans : un calendrier surchargé d’événements, des notes de toutes sortes, des coupures de journaux… mais surtout, un relevé d’act ivités. Tout ce que Jack et Peter avaient fait ces derniers temps à Harmattan. Elle n’y comprenait pas grand-
chose. Les noms s’enchaînaient, associés à des numé ros et des signatures. Ses sourcils se froncèrent. Elle avait accès à ces informations trop facilement… C’est alors qu’elle vit : Blayne Weston — 405-21 — à Dr Zeera E. Kingsley — Bâtiment C Elle oublia toutes ses craintes. Ce docteur ne devait pas être très réglo s’il recou rait aux services de Peter et Jack. De toute façon, qui l’était, à Harmattan? Elle chercha à s’informer à son sujet, et découvrit entre autres que Zeera Kingsley avait été radiée de l’ordre des médecins pour avoir expérimenté sur un patient. Ça ne la rassura pas du tout. Les photos, encore moins. Mais il ne fallait pas perdre espoir… Si cette savante folle aimait expérimenter sur des êtres vivants, cela sig nifiait…? Merde. Kayla s’en voulait énormément de penser à des choses pareilles . Si elle aimait vraiment Blayne, n’aurait-elle pas dû le préférer mort que c obaye? Au fond, elle se sentait égoïste. Elle regarda à nouveau le berceau de Iowan. Non, le gosse ne grandirait pas sans père… Ragaillardie, Kayla engloutit son déjeuner (le boud er aurait fait mauvaise impression) et redescendit en salle, où elle fut ac cueillie par des regards suspicieux. — Ça y est, tu as fini de faire la gueule? avança Peter. — Pas plus que toi, rétorqua-t-elle. (Elle avisa Jerry.) J’ai besoin d’Hilda. — Services de nounou? demanda-t-il en estimant la propreté d’un verre. — Oui. Pas pour longtemps, promis. Ils s’entre-regardèrent. Jerry la connaissait bien : une méchante idée lui trottait dans la tête, mais elle devait s’y tenir. De son cô té, comme toujours, il se garda de la balancer. — Comme tu veux, dit-il. Ne te mets pas en danger. Blayne et Kayla partageaient un sacré point commun : ils se riaient du danger. Son sourire, d’ordinaire rivé à la face de son cher et tendre, en était un très bon résumé. Il signifiait «t’inquiètes, je gère.» Décidément, ces deux-là s’étaient bien trouvés. Jerry lui jeta les clés de sa moto. Elle les saisit au vol, un bras encore hors de son manteau, et sortit. Sur le palier, elle fut imm édiatement saisie par un coup de vent qui la força à marquer un temps d’arrêt. Elle plissa les yeux dans l’espoir de se protéger des brûlures de cette bourrasque glacée. Alors son regard glissa vers la voiture des mercenaires. Armée de sa clé, elle y im prima une rayure supplémentaire et bien visible, en souvenir de leur rencontre. Puis elle enfourcha sa moto, un petit sourire satisfait aux lèvres. Elle enfila son casque et démarra. À Varsovie, il valait mieux vivre au centre-ville. La ville en elle-même n’avait évidemment rien d’une mégalopole, et cela faisait d ’ailleurs son semblant de charme. Les monuments historiques ajoutaient un côt é pittoresque à un environnement trop inhospitalier, entièrement fait de buildings aux vitres obscures. La Place de l’Église accueillait bien un marché don t les éclats colorés égayaient l’endroit, mais il semblait si minuscule… À croire que tout était ridiculement petit
face à la grandeur des businessmen. L’église sonnai t dix-neuf heures à grand renfort de sons de cloche. Elle était entourée d’ar bres mourants (les seuls de la ville) qui tapissaient le bitume de leurs feuilles multicolores. Le vent les ballottait à son gré, les jetait à la merci des roues des voitures. Kayla se dirigea vers l’extérieur de la ville, cern ée par le ghetto. Une sorte de bidonville où vivotaient en majorité des réfugiés d e l’Euroguerre. Elle s’arrêta à l’angle de la rue des anges, où elle avait vu sa vie partir en fumée. Les débris de sa maison traînaient encore, comme amalgamés par la su ie. Les souvenirs l’assaillirent à nouveau… Elle voyait l’éclat orangé des flammes ondoyer, gra ndir et tout dévorer. Elle {1} sentait les émanations de la gaseline qu’elle imaginait suinter partout et noyer le corps inconscient de Blayne… Elle entendait ses cris de désespoir alors que Zayne la traînait de force hors de sa maison. Blayne! Blayne! Kayla ferma les yeux, vaine tentative de chasser ces réminiscences. Ses poings se serrèrent. Tu as fait payer ce salaud, pensa-t-elle. Oui, c’est forcément toi. Sûre d’elle, Kayla accéléra. Bientôt ce ramassis de vies brisées qu’était le ghetto, s’effaça. Elle n’en voyait plus que l’esquisse dans le rétroviseur. Devant elle s’étendait une chaussée impeccable bordée de forêt. L’horizon semblait saigner, partagé entre le rouge et l’orange. La nuit s’insta llait à son rythme, jointe par des fantômes qui hululaient au gré du vent. Une fois le soleil disparu, cette nuit n’avait rien d’agréable. Elle ressemblait à une nappe de na phte qu’on aurait jeté sur le monde, d’une noirceur gluante, étouffante. Même à p leins phares, y voir nettement relevait de l’impossible. La blancheur éclatante d’un panneau sauta soudainem ent aux yeux de Kayla. Entre autres directions aux noms imprononçables, il indiquait : Base Harmattan Assoc. et menait à dépasser l’orée de la forêt. Guidée vers elle, Kayla s’y engagea. Elle se retrouva surplombée d’un entrelacs de cimes sombres. Pas un bruit ne fuyait des fourrées. Seul le moteur de la moto gron dait et résonnait, encore et encore, en écho au silence. La base d’Harmattan Associés se profila enfin. Une passerelle reliait les deux bâtiments principaux, l’un formant un U. Se disting uait une cour gravillonnée divisée en chemins qui cernaient les terrains d’ent raînement. À l’arrière s’apercevaient les hangars où se garaient les hover crafts. Toute la zone était éclairée par des lampes extérieures surpuissantes, en prévention de toute intrusion. Celles-ci s’avéraient difficiles, voire impossibles, à moins de réussir à éviter les patrouilles cynophiles et à passer le grillage barbelé. Un agent de sécurité s’avança et, d’un signe de la main, ordonna à Kayla de s’arrêter. Ses deux camarades taquinaient déjà leur holster, au cas où elle voudrait forcer le passage. Tranquillisés par son obéissance , ils se contentèrent de la regarder du coin de l’œil. Kayla mit pied à terre e t, harcelée par un éclat de lampe de poche, releva la visière de son casque. — C’est pour quoi? lui demanda-t-on. Elle se garda de leur montrer son hésitation. S’ils flairaient quoi que ce soit de suspect, ils la tueraient. — Je viens voir Zeera Kingsley, avoua-t-elle. Le type la considéra un moment, à croire qu’elle av ait dit une connerie, et jeta un
regard à ses collègues. Les deux eurent un méchant rire mais lui resta sérieux (même s’il souriait). — La folle dingue, hein? Derrière, un des gars relayait l’info. — Tu dois bien être la seule dans ce monde à vouloir la voir. Pourquoi? — Si je te le dis, elle te disséquera vivant. C’est ce qu’elle fait aux sales petits curieux. Elle venait de tout risquer, y compris sa vie. Kayla était une provocatrice, comme Blayne... elle n’avait pas peur de s’en prendre une . C’était l’amende de ceux qui cherchaient des emmerdes à Harmattan. À moins que c e ne fût une balle entre les deux yeux. Kayla ne se rendit compte de sa folie qu’une fois celle-ci accomplie. Le type l’avisa, circonspect, et ce ne fut qu’au bo ut d’une intense fixation qu’il déclara : — Tu peux y aller. On lui avait donné le feu vert par ComLink. Étonnam ment facile, comme entrée… Comme si on attendait sa venue. Kingsley da ignait la voir, du moins Kayla le croyait. En subissant la fouille réglementaire, elle se demanda si elle ne commettait pas une énorme connerie. Il suffit d’un sifflement, et Harmattan s’ouvrit à elle. Elle foula une allée gravillonnée qu’arpentait un m écha-chien dont elle jura voir la gueule tachée d’une giclure de sang. Il ne s’agi ssait heureusement que d’une rayure transformée par l’obscurité. Une sécurité pa reille doit cacher de terribles secrets, pensa la jeune femme. En vérité elle ne te nait pas vraiment à le savoir, et ce malgré son envahissante curiosité. Elle abandonna sa moto à l’extérieur d’un semblant de garage envahi de véhicules uniformes de dernière génération. Harmattan Associés avait de quoi se permettre ce genre d’extra, grassement payée qu’ell e était par ses divers employeurs, dont le Conglomérat. Perdue et affreusement mal à l’aise, Kayla s’efforç a de suivre le chemin. Elle dénomma les bâtiments : A, B, C… À l’entrée de ce d ernier, un type fumait une cigarette. Sa blouse d’un blanc douteux claquait au vent. Un chercheur, devina Kayla. Il saura sûrement quelque chose sur cette Zeera Kingsley. — Vous cherchez… Zeera Kingsley, j’imagine? minauda-t-il. Cette façon de l’accueillir mit Kayla mal à l’aise. C’était comme si ce type s’efforçait de se montrer aimable. Comme s’il… jouait la comédie. Kayla affronta son regard. Elle y distinguait un dégoût évident, une amertume. — Oui, avoua-t-elle. — Tiens donc. (Il eut un sourire.) Et qu’est-ce que vous lui voulez? — Elle tient à ce que ça reste entre nous. — Ah vraiment? (Il arbora un air attristé.) Et elle n’a même pas daigné informer sa confidente de sa mutation à la Fédération… Un silence s’installa entre ce «docteur» et Kayla. Il la fixait, l’écorchait même de son simple regard. Sa cigarette consumée, il en jeta le mégot qu’il écrasa d’un coup de talon. Il en revint ensuite à la jeune femme, cr oisant les bras. Son allure se fit sérieuse. — Rien ne me ferait plus plaisir que d’appeler un o u deux mécha-chiens, qu’ils