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Quand tu verras la mer

De
128 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 0001
Lecture(s) : 58
EAN13 : 9782296150928
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Ecritures arabes

Collection dirigée par Marc Gontard

Collection

Écritures arabes

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BAROUDIAbdallah, Poèmes sur les âmes mortes. ACCAD Évelyne, L'Excisée. ZRIKAAbdallah, Rires de l'arbre à palabre. Poèmes. La parole confisquée. Textes, dessins, peintures de prisonniers politiques marocains. ABA Noureddine, L'Annonce faite à Marco ou A l'aube et sans couronne. Théâtre. ABA Noureddine, C'était hier Sabra et Chattla. AMROUCHE Jean, Cendres. Poèmes. AMROUCHE Jean, Étotle secrète. SOUHELDib, Moi, ton enfant Ephraim. BEN Myriam, Sur le chemin de nos pas. Poèmes. TOUAT!Fettouma, Le printemps désespéré. ABA Noureddine, Mouette ma mouette. Poèmes. BELHRITI Mohammed Alaoui, Rutjtes d'un fustl orphelin. Poèmes. suivis de L'Epreuve d'être. Pamphlet. BENSOUSSAN Albert, L'Échelle de Mesrod. Récit. MORSYZaghloul, Gués du temps. Poèmes. BELAMRI abah, Le Galet et l'Hirondelle. Poèmes. R BEKRITahar, Le chant du roi errant. Poèmes. HOUARILeïla, Zetda de nulle part. LAABIAbdellatif, Discours sur la colline arabe. BEREZAK Fatiha, Le regard aquarel. AMROUCHE Jean, Chants berbères de Kabylie. KALOUAZAhmed, Point ktlométrique 190. Roman. SAOUDI Fathia, L'oubli rebelle. Beyrouth 82. Journal. KACIMIEl Hassani, Le mouchoir. FARÈSNabile, L'exil au féminin. GUEDJ Max, Mort de Cohen d'Alger. BEN Myriam, Sabrina, tis t'ont volé ta vie. Roman. RAITH Mustapha, Palpitations intra-muros. Roman. YACINEJean-Luc, L'escargot. Roman.

Leûa

Houari

QUAND TU VEMAS LA MER...

Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

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LAABI Abdellatif, L'écorché vif. LAABI Abdellatif, Le baptême chacaliste. Théâtre. COISSARD G. et DJEDIDI H., Chassés Croisés. TAWFIK El Hakim. L'Ane de sagesse. BOUKHEDENNA Sakinna, Journal: Nationalité: Immigré(e). BENSOUSSAN Albert, Le dernier devoir. BEKRI Tabar, Le cœur rompu aux océans. Poèmes. HaUARI Leïla, Quand tu verras /a mer. ACCAD Évelyne, Coquelicot du massacre.

@ L'Harmattan, 1988 ISBN: 2-7384-0093-0

«Je est d'autres. D'autres choses, d'autres odeurs, d'autres sons, d'autres personnes, d'autres lieux, d'autres temps... » Claude Simon

Je commande mon troisième café, je reboutonne mon pull car j'ai des frissons... En face de moi un jeune homme aux yeux bleus et la coupe « in ». Il consulte sa montre sans arrêt... JI attend. Je n'attends personne. Toute la journée j'ai déambulé à travers les rues dans l'espoir de trouver quelqu'un ou quelque chose qui pourrait... Rien... Mon café refroidit et je ne vais pas prendre la petite cuillère pour le tourner, je ne vais pas mettre le sucre, je n'ai pas de chapeau et je ne fume pas non plus... J'ai tout simplement décidé ce matin que j'allais partir loin, très loin. Là où le ciel est si bleu... Là où le soleil darde si fort que cela me donnera envie de courir, de courir sans jamais m'arrêter, de rire, de pleurer sans savoir pourquoI. Le jeune homme se fève, remet sa chaise brutalement. Il n'est pas content; je vois sa lèvre qui tremble d'une façon que je trouve charmante. Ses lèvres sont belles. Si je lui disais: «Jeune homme que je ne connais pas, vos yeux sont bleus, vous êtes beau, vous êtes seul et moi aussi, si nous partions en 7

voyage, pas très loin vous savez. Pas besoin d'aller loin pour rêver. Vous verrez, au retour, nous serions contents et toutes les chaises des cafés auraient des pattes de velours ».

Je n'ai rien dit. Il a ouvert la porte, relevé le col de sa veste et a disparu dans la foule.
Adieu jeune homme aux belles lèvres. Dommage, nous avons perdu un voyage; nous n'étions pas au même endroit, en même temps... Dommage. Je baisse mes yeux sombres; ma tasse est vide et je n'ai pas envie de bouger d'ici. Trop froid. Une subtile odeur de crêpes et de gaufres chaudes pénètre mes narines; cela me rappelle... Madame Anna, ah Madame Anna, merci odeurs... Vous me rappelez cette vieille dame; elle habitait une vieille maison à côté de la nôtre. Un matin d'automne, un corbillard noir sans fleur est venu la chercher... Chez Madame Anna, je recevais une crêpe beurrée avec de la cassonade; elle était aussi contente de me regarder manger sa crêpe que moi de la savourer; elle se frottait les mains de satisfaction. Très longtemps ce goût de vanille et de sucre me restera dans la bouche. Madame Anna... ]' avais douze ans. Je tourne la tête côté fenêtre, les passants se font de plus en plus rares, les lumières s'allument peu à peu. Merveilleuse et monstrueuse ville qui me noie dans mes contradictions. Je ne peux me passer de toi et pourtant tu me fous le cafard avec tes fins de nuit au teint blafard, ton effervescence ; ton grouillement de fourmis me donne la nausée, tes vieux quartiers par temps de pluie ne me 8

feront plus pleurer car aujourd'hui c'est fini, c'est cassé... Je vais m'envoler... Je... Arrête un peu he... Et commande un autre café... Oui... Enfin. )' appelle le garçon; il arrive en me souriant. Ça fait du bien, un sourire. - La même chose... Et je me retrouve avec une autre tasse pleine à la main. )' ai déjà quatre petits chocolats, ces petites douceurs qu'on sert avec le café; il n'y a qu'à Bruxelles que j'en ai reçues. Ce sont de petites choses, mais dont on se souvient quand on est à Paris. Bon, bon, il faut se méfier des petites habitudes... c'est décidé, demain je réserve mon billet. Etre ailleurs. Rien de tel pour se purger; il ne faut pas s'encroûter, les carapaces c'est dangeureux, car après on ne peut plus bouger. Non... il faut que je parte. Dans le miroir face à moi des images... comme au cinéma... Une petite fille dans un grand bâteau ; elle est toute petite... Elle a peur car elle ne sait pas nager; elle pleure. Elle ne veut pas quitter sa tata qui lui racontait de si beaux contes en la tenant serrée contre elle. Elle ne veut pas oublier la saveur des beignets dégoulinants de miel qu'elle lui préparait amoureusement. Elle ne veut pas quitter sa vieille ville aux ruelles étroites, où les passants se bousculent et où les seuls véhicules sont des petits ânes gris surchargés de marchandises.
"~ La porte s ouvre... U n pa diurn... D u Jasmm . Je lève les yeux, c'est une darne très chic, elle sent très bon. Et voilà, il suffit d'un parfum pour me rappeler... Des plaines, des oliviers, des yeux noirs... Tant de choses que j'aime et qui sont loin de moi. Ici... la grisaille; j'ai appris à l'apprivoiser, parfois même, oui, je m'enferme dans son voile pour me rassurer... C'est la nuit maintenant. Je me lève, paie mes cafés et laissse derrière moi un bruit de caisse enregistreuse,

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de vaisselle qui s'entrechoque alors que la parole est absence. . . Assez voyagé pour aujourd'hui, je rentre chez moi; cha-

que fois que je dis « chez moi », j'ai un petit pincement au cœur, car sur les murs, les graffitis me contredisent. .. Cela m'agace un peu, je n'aime pas les imbéciles, surtout anonymes. Les rues sont vides. Je mets les mains dans mes poches et me crispe très fort; j'ai froid, je fi' arrête pas d'avoir froid. Je ne m'habituerai donc jamais? Je souris. Je vais finir pas ressembler tout à fait aux gens d'ici. La pluie et le beau temps les hantent; ils en oublient l'essentiel.

- Sale temps, Monsieur Victor. - Eh oui, Madame Germaine, c'est pas encore pour aujourd'hui.. . - Avouez, tout de même, Monsieur Victor, que tout compte fait, on est jamais content.
Je souris encore. Je marche vite; mes pas résonnent sur le trottoir. Une odeur de frites enlace la brume. Bruxelles la misérable, tu m'enveloppes de ta solitude . . pour me tenIr compagme. Je t'aime bien, tu sais?

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A l'aube on se réveille, on voudrait pOUVOir... Le constat nous bouleverse et, L'on se retrouve comme un oiseau blessé A la veille de sa migration.