Réalités Virtuelles

Réalités Virtuelles

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Français
126 pages

Description

Dans un futur proche, les modes de vie et l'économie se sont centrés autour de mondes virtuels dans lesquels la plupart des êtres humains se plaisent à évoluer, parfois vingt-quatre heures par jour. Les relations humaines changent au contact du virtuel et les choses physiques dépérissent. Certains seraient prêts à se damner pour échapper au réel, que ce soient les travailleurs lambdas à la recherche de fantasmes illusoires ou les hommes les plus influents, qui tirent les ficelles. D'autres rêvent de renverser le nouveau système : hackers, résistants, marginaux... Réalités Virtuelles est un recueil de sept nouvelles qui vous plongeront dans le virtuomonde et vous feront découvrir une multitude de personnages plus ou moins virtuels. Cet univers de Science-fiction vous placera face à une France désertée au profit des réalités virtuelles, sous un système politique et économique trouble, où tout semble au bord de la rupture.

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Informations

Publié par
Date de parution 03 mars 2013
Nombre de lectures 1 252
Langue Français

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Pierrick Messien
Realitesvirtuelles
SOMMAIRE
Infidélités..............................................................................................................................................4
Justice .................................................................................................................................................19
Errance ...............................................................................................................................................32
Jeunesse ..............................................................................................................................................51
Hackers...............................................................................................................................................62
Période électorale ...............................................................................................................................78
Résistants..........................................................................................................................................103
Crédits et remerciements ..................................................................................................................126
Note aux lecteurs ..............................................................................................................................127
Infidelites
Cléo terminait au plus vite la création qu'il avait entamée sur son computeur, pressé par son horloge interne en plein affolement. Il aligna rapidement le texte de la publicité qui apparaîtra sur tous les espaces promotionnels des serveurs B-130 à C-160 les deux journées suivantes. Total : cinq millions d'impressions, coût de la visibilité pour l'entreprise : dix cents. Il vérifia une dernière fois les odeurs et la texture de la publicité. Ce sont elles qui attireront le chaland plutôt que le texte, il le savait bien. Les virtuonautes étaient souvent happés par les odeurs inventées par les marketeurs. La publicité fonctionnait comme des phéromones, ou comme le virtuomiel sur une mouche numérique.
Cléo était publiciste. Cela pouvait sembler important, mais ce n'était pas vraiment le cas. On le comprenait rapidement à voir les nombreux autres virtuonautes installés derrière leurs computeurs, tout autour de lui. Le serveur dans lequel ils opéraient n'avait rien de travaillé. Il s'agissait simplement d'une pièce infinie, teintée de gris, aux textures peu étudiées. Température moyenne, pas de ciel, pas de vent, pas de bruit, pas d'objets autres que les tables, chaises et computeurs : aucune distraction. Dans le publimarketing, les gens importants étaient les marketeurs. Ils géraient des campagnes de milliards d'impressions, ils créaient parfois des serveurs entiers de publicité. Les publicistes, eux, n'étaient guère que des ouvriers. Mais le travail ne payait pas trop mal, et la publicité était un secteur toujours lucratif dans le virtuomonde.
Cléo tiqua alors que son horloge interne clignotait sévèrement. Les journées de travail passaient de plus en plus vite ces derniers temps. Cléo aurait donné cher pour qu'un hacker pirate son horloge interne et lui permette de travailler plus longtemps. Mais le contrôle du travail était strict, et mieux valait s'éviter les ennuis judiciaires. La virtuopolice ne plaisantait pas. Plus que quelques secondes. L'employé soupira. Sa situation personnelle ne lui donnait en rien envie de terminer cette journée. Il se consola en se rappelant qu'il aurait ensuite droit à quelques heures de virtuoloisir. Le publiciste eut juste le temps de confirmer l'envoi avant que son computeur ne disparaisse sous ses mains en même temps que le reste de la pièce, dans un flash de lumière blanche.
Fin de la journée de travail numéro 4211, annonça la voix féminine de Lil', l'Intelligence Artificielle de Cléo.Objectifs remplis. Félicitations ! Retour à la réalité.
4
Le flash s'estompa, et Cléo quitta le virtuomonde aussitôt. Il se réveilla dans une chambre presque vide. Comme chaque soir, la descente fut sévère. Le publiciste grogna en sentant soudainement ses muscles et le poids de son corps, et il lui fallut quelques minutes pour se réadapter à la réalité. Cléo savait que la déconnexion était plus terrible encore pour certains, en particulier les personnes âgées ou tous ces gamins qui naviguaient des jours durant sur des serveurs ludiques où ils incarnaient des super-héros ou des grands guerriers. Il y a toujours un retour à la réalité.
Heureusement pour lui, Cléo n'avait jamais été dépendant aux serveurs ludiques, et n'avait d'ailleurs pas vraiment les moyens de se payer des journées entières de virtuoloisir comme se le permettaient des gens plus fortunés. Sur son serveur du travail, l'avatar du publiciste n'était qu'un modèle basique, avec très peu de textures et des fonctionnalités moyennes. Il gagnait simplement en concentration et en énergie, d'où une nécessaire impression de baisse de régime lors de la descente. Il savait que les marketeurs ou les puissants de ce monde avaient des avatars si développés qu'ils refusaient bien souvent la déconnexion. Après des années de virtuomonde, la plupart d'entre eux étaient d'ailleurs tout simplement incapables de décrocher, si ce n'est pour mourir, une fois leur véritable corps devenu trop vieux.
Ayant repris ses esprits, Cléo arracha son casque sensoriel et le posa à terre. Il ôta délicatement les différentes électrodes qui stimulaient ses muscles. Sans ces électrodes il serait vite devenu incapable de se mouvoir dans le vrai monde, même si cela ne l'empêchait pas de souffrir de crampes violentes et régulières. Lors de ses connexions, Cléo était installé sur un simple fauteuil vieilli par la transpiration. Son matériel de surf était bon marché, reflet de sa situation financière. Cléo se leva difficilement. Il ne portait qu'un débardeur et un caleçon, plutôt sales l'un et l'autre. Premier arrêt : les toilettes, toutes proches, puis direction la salle à manger, dans laquelle il n'avait aucune envie de se rendre. Cléo évita au passage l'aspirateur automatique qui nettoyait l'appartement jour et nuit.
Ne te presse pas surtout ! lâcha une voix féminine avec mépris depuis la cuisine. Et n'essaie pas de me faire croire que ton horloge interne est boguée ! Tu m'as déjà fait le coup.
Pour sûr, il traînait la patte. Lilia l'attendait comme chaque soir, assise face au four instantané. Elle venait d'y glisser les rations livrées le matin même par la supérette la plus proche. Vêtue d'un pyjama usé, ses longs cheveuxgras assez bataille, elle aussi en sortait à peine du virtuomonde. Son travail finissait exactement cinq minutes avant celui de son compagnon, ce qui lui laissait le temps de préparer à manger, chaque soir.
5
Le four sonna quelques secondes plus tard, et elle récupéra les rations bien chaudes pour les poser sur la table. Rien de plus à faire : les couverts étaient même intégrés à la ration. Ils seraient lavés automatiquement dans l'appareil recycleur, puis réutilisés pour de prochaines rations. Des milliers de personnes avaient certainement déjà mangé dans ce même plat de plastique, avec les mêmes couverts, ce qui ne les empêchait pas d'être complètement stériles et aussi intacts qu'au premier jour. Cléo s'installa face à sa ration sans un mot.
Ne me dis pas bonjour surtout ! souffla-t-elle. Que tu m'énerves !
aussi j'ai passé une bonne journée Lilia. Ravi que tu poses la question ! Tes Moi riches étaient aimables aujourd'hui ?
Elle détourna le regard, un air hautain sur le visage. Elle savait à quel point il détestait le métier qu'elle exerçait. Lilia était employée dans un virtuorestaurant de luxe. Elle travaillait dans un serveur hors de prix, du genre qu'ils ne pourraient jamais fréquenter en tant que clients. Si dans la plupart des serveurs, les virtuonautes acceptaient de se faire servir par des IA, notamment dans les boutiques et les restaurants, les bourgeois réclamaient toujours que ce soient de vrais être humains qui soient à leurs bottes.
Naturellement, c'était davantage par jubilation esclavagiste que par volonté de trouver de la chaleur humaine dans les endroits qu'ils fréquentaient. Un homme puissant ne peut se contenter de donner des ordres à des programmes, car il a besoin de montrer directement sa supériorité à des sous-fifres. C'est ainsi que Lilia s'était retrouvée à incarner un avatar hors de prixblonde magnifique à la poitrine énorme et aux lèvres mieux pixellisées que une l'avatar de Cléo tout entier à obéir aux injonctions d'hommes honteusement riches à longueur de journée.
aimables que toi Cléo ! En tout cas, quand je te vois ici, je me dis que Plus j'aimerais bien être à leur place : ils n'ont jamais à quitter le virtuomonde, eux !
Il soupira tout en mâchouillant sa purée concentrée : tout un ensemble de nutriments essentiels à consommer chaud. Le goût n'était en rien comparable à celui que l'on pouvait trouver dans les meilleurs restaurants du virtuomonde, mais le repas avait l'intérêt de leur apporter suffisamment d'énergie pour vingt-quatre heures. Les contrefaçons sensorielles du virtuel étaient bien souvent diablement plus savoureuses que la réalité.
Cléo sourit en se disant que cela s'appliquait à Lilia. Si ses clients pouvaient la voir dans son état normal, ils cesseraient sans doute de fantasmer sur elle ! Malgré son sourire, le publiciste s'en voulut instantanément de cette pensée. Elle était encore mignonne malgré son teint terne et son air mal réveillé. Il se rappela soudain leur première rencontre, dans la vraie vie.
6
Tout avait finalement changé quand ils avaient trouvé l'un et l'autre un poste dans le virtuomonde, il y a un peu plus de dix ans de cela, comme 85 % de la population active. Le marché du travail avait évolué à une vitesse inimaginable, et il était vite devenu quasi impossible de trouver une situation décente dans la réalité. De toute manière, qui avait envie de travailler dans le vrai monde ? Le virtuomonde apportait aux salariés plus d'intelligence, plus de concentration, plus de fonctionnalités physiques, à condition d'avoir suffisamment d'argent bien sûr.
Cléo et Lilia étaient entrés dans le cercle vicieux des petits employés, et donc d'une énorme partie de la population. Ils avaient trouvé un poste dans le virtuomonde pour gagner suffisamment d'argent pour s'adonner aux virtuoloisirs. Le principe était simple : tant qu'ils se connectaient neuf heures par jour sur leur serveur de travail, avec les avatars qu'on leur prêtait pour l'occasion, et qu'ils menaient à bien leurs objectifs, ils gagnaient tout juste de quoi fréquenter des petits serveurs ludiques pour leurs quelques heures de temps libre.
Naturellement, ils avaient également de quoi se nourrir une fois par jour et payer le loyer de leur appartement, ainsi que les rares objets qu'il contenait. Depuis l'avènement du virtuomonde, la vraie vie n'avait jamais été si peu chère. Pour être clair, le couple dépensait presque deux fois moins pour un mois de loyer que pour leurs cent heures mensuelles de connexion ludique.
Cléo réalisa que Lilia avait déjà fini de dîner. Lui, regardait bêtement sa gamelle depuis quelques minutes. Elle l'observait, gravement, les yeux humides. Leur situation était devenue invivable. Ils ne se supportaient plus. En voyant ses yeux noirs si peinés, il se souvint du regard qu'elle lui portait lorsqu'elle était amoureuse de lui, quand ils marchaient main dans la main dans les rares parcs de la capitale. Cela lui semblait si lointain. Depuis combien de temps n'étaient-ils pas sortis de l'appartement ? Des mois ? Des années ? Y avait-il encore un monde à l'extérieur ? Les rues avaient-elles changé ? Il s'en moquait !
Je... Tu as bien mangé ? tenta-t-il maladroitement.
Comme d'hab', hésita-t-elle, visiblement touchée par cette attention. Ma journée ne s'est pas si mal passée au travail, à part quand un salopard de marketeur est passé. Un type arrogant comme pas deux qui n'a pas cessé de m'insulter ! Je me demande s'il ne travaillait pas pour ta boîte en plus !
Dans ma boîte ? Si jamais j'ai programmé l'une de ses campagnes de pub, j'espère bien avoir fait une erreur ou deux, histoire de plomber ses résultats !
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Ils s'échangèrent un sourire, puis un rire. L'espace d'un instant, ils partagèrent un ersatz de leur ancienne complicité, mais le silence ne tarda pas à reprendre le dessus. Quelque chose était brisé depuis longtemps entre eux, et rien n'y ferait. Ils s'étaient vus vieillir à une vitesse grand V, sans même le réaliser. Leur couple était une épave. Ils n'arrivaient même plus à se reconnaître eux-mêmes dans la glace, alors comment pouvaient-ils encore s'apprécier l'un l'autre ?
Cléo posa sa fourchette. Il en avait fini. Elle ramassa le tout, qu'elle alla déposer dans l'appareil recycleur. Le cycle de la nourriture reprenait : l'appareil allait envoyer les ustensiles jusqu'à un nettoyeur, qui les mènerait jusqu'à une usine de nourriture, qui les mènerait jusqu'au service livraison, qui les mènerait jusqu'à eux ou à d'autres consommateurs. La plupart des virtuotravailleurs qui mangeaient encore dans la vraie vie se faisaient ainsi livrer leur repas. Inutile de perdre leur précieux temps libre en déplacements.
Je suppose que tu vas y retourner ? lança Lilia d'une voix monotone.
Il ne dit rien. Mais oui, il allait en effet retourner dans le virtuomonde, comme chaque soir. Quelques heures de loisirs virtuels avant de dormir, puis de travailler à nouveau, le tout toujours dicté par l'extrême précision de l'horloge interne programmée par l'IA qui accompagnait chaque virtuonaute. C'était ça ou quoi ?
Il faillit lui demander si elle préférait passer un peu de temps avec lui plutôt que de céder à leur routine habituelle, mais trouva l'idée ridicule. Que pourraient-ils se dire ? Que pourraient-ils faire ? Regarder la télévision ? Il ne savait même pas si elle fonctionnait encore. Sortir faire un tour ? Ils devraient d'abord se laver et se préparer, et n'en avaient envie ni l'un ni l'autre. Par ailleurs, Cléo ne savait même pas s'il avait encore des habits qui lui iraient. Non, le mieux était qu'ils profitent de leur temps libre chacun de leur côté, comme à leur habitude.
Tu vas rejoindre un serveur de loisir toi aussi, n'est-ce pas ? répondit-il avec un peu de mauvaise foi.
Je ne sais pas. Sûrement...
Il eut l'impression qu'elle lui mentait. Il avait remarqué sur leurs dernières factures numériques que ses frais de connexion avaient baissé sur les derniers mois. Elle fréquentait un peu moins qu'avant ses serveurs de loisir, et il la soupçonnait même de ne plus s'y rendre certains jours. Les cas de rejet du virtuomonde étaient rares les marketeurs et les techniciens faisaient tout pour rendre la navigation la plus agréable possibleils mais existaient. Il s'en voulut un peu de ne pas réussir à s'en passer, lui, mais il fallait bien penser à soi de temps à autre.
8
Cléo se leva et retourna jusqu'à sa chambre, jetant un mince sourire à sa compagne. Loisir/Repos/Travail : il la reverrait pour le prochain repas, le lendemain soir. Le publiciste se posa à nouveau sur son vieux fauteuil, plaça les électrodes une à une, puis posa le lourd casque sensoriel sur sa tête. S'il avait eu les moyens, il aurait acheté un fauteuil de surf plus confortable et plus récent, voire une cabine sensorielle. Les derniers modèles pouvaient nourrir et nettoyer directement le virtuonaute sans même qu'il ne rejoigne la réalité, à condition qu'il ait suffisamment d'argent pour se permettre une connexion permanente bien sûr.
Le casque s'alluma, faisant disparaître la chambre aseptisée au profit d'un décor désespérément blanc. La silhouette fragile de l'Intelligence Artificielle du publiciste fit alors son apparition, issue de nulle part. Chaque virtuonaute disposait d'une IA qu'il pouvait entièrement personnaliser et qui gérait l'ensemble de ses connexions. Au départ, l'IA avait été conçue comme un système de sécurité qui traçait les moindres mouvements de chaque virtuonaute, et s'assurait que son compte en banque était suffisamment fourni, mais les usagers du virtuomonde avaient vite oublié cet aspect policier. Pour la plus grande partie des virtuonautes, l'IA était devenue une confidente et une amie.
Le publiciste adressa un large sourire à Lil', son IA personnelle, ce qui était finalement inutile, car ce n'était guère qu'un programme. L'IA lui répondit d'un petit geste de la main et lui rendit un sourire timide. S'il l'avait insultée, elle n'aurait pas réagi différemment, car c'est ainsi qu'il l'avait programmée : timide et agréable. Il ne remarquait même plus qu'elle ressemblait étrangement à Lilia, à l'époque de leur rencontre, d'où le nom qu'il lui avait attribué.
Rebonjour, Cléo ! Déjà de retour ? Sur quel serveur veux-tu te connecter ?
Cléo regarda derrière son épaule, vers un vide astral : réflexe stupide pour surveiller ses arrières.
Tu es sûre que la connexion est sécurisée, Lil' ?
Tu as toujours peur que Lilia te surprenne ? Ce ne sera pas le cas. Je peux même diffuser une fausse bande-son dans l'appartement pour qu'elle te croie sur un serveur de billard ou de jeu de guerre !
Pas la peine d'aller si loin dans la tromperie. Je suppose que tu as compris sur quel serveur je veux aller...
Bien sûr, Cléo. Je ne serai pas une bonne IA dans le cas contraire ! Je te connecte directement àSeconde Vie.Veux-tu que je t'accompagne ?
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Non, inutile. J'ai envie d'être seul.
Il mentait, car ce n'est pas exactement seul qu'il voulait être, mais juste avec une autre personne. Une vraie personne. Enfin plus précisément une vraie personne, mais dans le virtuomonde.
Bien sûr, Cléo. Amuse-toi bien ! Je programme ton départ du serveurSeconde Viedans trois heures et trente minutes. À tout à l'heure...
Lil' disparut aussitôt alors que tout un univers était en train de se charger autour du publiciste. Son propre corps changeait tandis qu'il prenait place dans son avatar un peu trop pixellisé pour paraître totalement réel, comme tout ce qui l'entourait d'ailleurs. Cléo fut satisfait de retrouver sa chemise de soie, ornée d'une rose, ainsi que sa guitare. Tout était virtuel : il ne savait pas jouer de la guitare, mais son avatar, oui. Il n'était pas non plus si jeune et si athlétique dans la réalité.
Seconde Vie était un très vieux serveur ludique, orienté autour de la rencontre. Il était assez désuet aujourd'hui, mais il gardait tout de même une base de fidèles, souvent les gens trop pauvres pour payer la connexion sur des serveurs plus évolués. Les avatars de Seconde Vie étaient rarement très développés. Les meilleurs d'entre eux pouvaient voler, et c'est bien la seule fantaisie qu'ils se permettaient. Les virtuonautes avaient également la possibilité d'acheter une multitude de vêtements ou d'objets virtuels, dont la plupart étaient tout simplement démodés, à l'image de la tenue de Cléo. Les nostalgiques du XXIe siècle s'en donnaient à cœur joie.
Pour le reste, le monde du serveur était vaste, et les virtuonautes qui s'y trouvaient bien souvent ouverts et amicaux, la moindre des choses pour des connectés français de classe moyenne venus se détendre sur un serveur à bas prix. Ils n'étaient pas là pour se défouler en boxant, en shootant du zombie ou en frappant dans un ballon comme sur d'autres serveurs ludiques. Ils arrivaient simplement pour rencontrer d'autres personnes, et plus si affinités.
Cléoplutôt Charmeur comme il se faisait appeler sur ce serveur ou  la vit presque instantanément. Elle l'attendait, à moins que ce ne fût un simple concours de circonstances. Amazone, la magnifique femme noire qu'il avait rencontrée quelques semaines plus tôt au hasard d'une ballade dans le serveur, un jour où il avait décidé de visiter Seconde Vie plutôt que de s'adonner à ses jeux de stratégie habituels. Il en avait eu marre d'incarner Alexandre le Grand, Napoléon ou Churchill aussi grisantes que soient ces diverses expériences et avait simplement voulu visiter un ancien serveur. Il ne le regrettait pas.
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