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Requiem (L'envers du paradis - tome 2)

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235 pages
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Depuis qu'ils sont entrés dans ma vie, plus rien n’est comme avant, inutile de le nier.
Je sais à présent que je suis un ange né d'un amour interdit, fait que j'étais la seule à ignorer, et que je suis la clef du réveil de Sébastian. Mais mon passé renferme d'autres secrets qui s'amusent à se révéler dans mes rêves. Et s'ils étaient le reflet d'une réalité que je refuse d'accepter ?
Et ce n'est pas Lexis qui contredira cette idée ! Cette mystérieuse démone semble détenir la réponse à ma question permanente : qui suis-je ? Ou plutôt, qui est cette ombre portant une cicatrice similaire à la mienne ?
Et si Kiryan s'était trompé au sujet de ma résurrection ?
Et si elle avançait à grands pas et que je ne pouvais plus lutter contre ?
Et si je devais tomber pour mieux me relever ?

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Ajouté le 08 décembre 2014
Nombre de lectures 606
Langue Français
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L’ENVERS DU PARADIS
Tome 2 – Requiem
Mélanie Wency
© Éditions Hélène Jacob, 2014. CollectionFantastique. Tous droits réservés. ISBN : 978-2-37011-247-7
Pour les Fleurs Bleues et Sadiques
Prologue
Le filet de lumière qui pénétrait entre les rideaux cramoisis se reflétait dans les yeux noirs d’un homme attablé nonchalamment au bar duPandémonium. L’atmosphère était toujours aussi enfumée que dans ses souvenirs et surtout lourde de dépravations en tout genre. Dans son dos, de jeunes femmes insouciantes ondulaient leur bassin sous l’intense regard des hommes qui sirotaient tranquillement un verre. Des rires et des sifflements s’élevèrent, mais pour lui, l’heure n’était pas à la fête. Le liquide opaque léchait de plus en plus rapidement les parois du verre animé par un certain sentiment d’anxiété. Ses doigts tapaient le marbre froid du comptoir au rythme de la musique rock que crachaient les enceintes de l’établissement. D’un geste, il vida entièrement le contenu du verre et le déposa dans un bruit sourd, en signe de réclamation. Le barman, un colosse impressionnant, remplit de nouveau le verre d’une main quelque peu tremblante. Il sourit. Apparemment, seul le barman connaissait les protagonistes de la haute hiérarchie dont il faisait partie. L’homme attendait avec impatience l’arrivée de ses amis qui, malgré ses choix, lui avaient toujours été fidèles. Cela faisait plusieurs années que sa vie était devenue un véritable enfer,
même si à ses yeux, l’enfer était bien plus doux. Pourtant, ils répondaient toujours présents au rendez-vous lorsqu’il en ressentait le besoin, dissimulé sous un piètre prétexte, même si aucun d’eux n’était dupe. Un bruit de porte le tira de son obscure rêverie et lui fit relever le regard. Des chaises raclèrent contre le carrelage noir et des pas pressés résonnèrent contre les murs feutrés. La musique ainsi que les rires se turent. L’ambiance devint pesante, comme si la mort avait investi les lieux. Contrairement aux clients dont le sourire s’éteignait, celui de l’homme s’étira. C’était exactement ce dont il avait besoin. Il avala d’un trait son remontant et se retourna vers l’entrée du bar. Un homme accompagné de gardes du corps lui rendit son coup d’œil entendu. Sa beauté n’avait pas changé au fil du temps, tout comme sa prestance. Son costume haute couture affirmait sa carrure imposante et mettait en valeur la teinte hâlée de sa peau. Il se dirigea vers le bar, un sourire franc sur le visage. Il avait l’impression que cela faisait une éternité qu’il
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n’avait pas revu son ami. — Daren, dit-il en serrant son compagnon qui lâchait enfin son verre. — Comment vas-tu, Jéricho ? — C’est plutôt à toi qu’il faudrait poser la question ! Daren haussa les épaules, mais son ami devinait la douleur dans son regard. Il le connaissait par cœur, ce grand brun aux yeux grenat, et il ne pouvait rien lui cacher. Leurs petites sorties autour d’un verre auPandémoniummultipliées depuis quelques s’étaient années. Et plus le temps passait, plus les traits de ce fier visage s’étiraient. Jéricho n’était pas du genre sentimental, au contraire, la vue de la souffrance provoquait chez lui un sentiment de bien-être extrême. Mais, émanant de celui qu’il considérait comme son frère, cela le rebutait au plus haut point. Les deux hommes s’assirent à une table excentrée, loin des oreilles indiscrètes. Jéricho retira sa veste, laissant apparaître une chemise parfaitement blanche, en totale opposition avec celle de Daren, noire comme les ténèbres. Le barman apporta deux boissons et les déposa d’une main tremblante sur la table. La crainte qui se dégageait du barman fit rire silencieusement Daren. Jéricho avait toujours mené ses hommes tel un tyran, pour son seul et unique plaisir. Alors, que cet homme n’osât même pas le regarder en face lui paraissait tout à fait normal. Ils échangèrent un sourire complice, comme au bon vieux temps. Solennellement, ils trinquèrent puis vidèrent le contenu fortement alcoolisé de leur verre. Le sourire de Jéricho se figea. Il devait parler à son ami, mais il ignorait par où commencer. — Sérieusement, Daren, comment vas-tu ? lui demanda-t-il d’une voix mesurée. — Sincèrement ? Si je ne l’avais pas,elle, au creux de mon âme, crois-moi, j’aurais été capable du pire. Il passa nerveusement ses mains dans ses épais cheveux de jais et calma un instant la bête qui menaçait d’exploser : — Il faut qu’elle me revienne, Astaroth… Je ne peux pas la laisser plus longtemps là-bas ! Il s’agit de Véliah ! La femme que… — Nous en avons déjà parlé, mon frère, seul le temps pourra nous la rendre. — Cela fait quinze ans que j’attends patiemment qu’elle défaille, grogna-t-il avec une pointe d’ironie qui brisa sa voix humaine. Dois-je aussi attendre qu’ils la renvoient en enfer pour espérer la retrouver ? Alors qu’il existe certainement un moyen de les empêcher de lui nuire ? Je trouverai cette faille, Astaroth, sache-le. Depuis que sa femme avait disparu, il perdait très vite le contrôle de lui-même. La
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récupérer par tous les moyens était devenu une obsession. Pas une minute ne passait sans qu’il ne pense à elle, sans que le vide qui habitait son cœur ne le torture. Jéricho le savait, il ne pourrait plus le retenir très longtemps avant qu’il commette l’irréparable. — Écoute, Daren, si l’opportunité se présente, nous sortirons Véliah de là. Mais pour le moment, comprends-moi bien, ma priorité est de te garder en vie. — Elle se fatigue, chaque jour un peu plus. Je le sens, dit Daren en désignant son cœur de son index. Je ne peux plus supporter l’idée qu’ils la fassent souffrir et je… — Véliah est une femme forte, affirma une voix féminine dans le dos du Duc. Et tu sais à quel point elle serait malheureuse s’il t’arrivait quoi que ce soit. Même la mort ne pourrait pas la consoler… Elle aura besoin de toi une fois de retour, alors, sois patient. La femme posa sa main sur son épaule en guise d’encouragement. Elle balaya, d’un geste de la tête élégant, les mèches de sa chevelure rousse qui tombaient devant ses yeux verts. Malgré les années, elle était d’une beauté remarquable, à faire mourir de jalousie n’importe quelle autre femme. Et ses choix de tenues plutôt aguichantes, comme sa petite robe noire du moment, la rendaient fatale. — Ma belle Néira ! susurra Jéricho d’une voix suave, la faisant lever les yeux au ciel d’exaspération. Comment va ma prophétesse préférée ? — Elle se porte comme un charme, l’informa-t-elle avec antipathie. Avec une grâce féline, elle prit place entre les deux hommes. Jéricho lui envoya un petit regard en coin, rempli de sous-entendus qu’elle déclina d’un soupir las. Elle avait l’habitude des hommes, car elle aimait particulièrement jouer avec eux. En revanche, jamais l’idée de se risquer avec des hommes tels que Daren ou Jéricho ne lui avait, un jour, effleuré l’esprit. Et se trouver au centre de leurs regards ne lui plaisait guère. L’unique raison pour laquelle elle s’était aventurée dans leur monde était sa meilleure amie, Véliah. En tant que nephel, mi-ange mi-humaine, sa sympathie envers les démons était très limitée. Pourtant, elle avait appris à apprécier ce grand ténébreux qui jouait nerveusement avec une sorte d’alliance, gage de l’amour qu’il portait à sa femme. — Tout va finir par s’arranger, assura-t-elle. Fais-moi confiance. — Tu as vu quelque chose ? demanda Daren, les yeux brillant d’un nouvel espoir. — Pas à propos de Véliah… — Ah… — Du moins, pas directement ! — Néira, s’agaça Jéricho, arrête tes sous-entendus et explique-toi ! — D’ailleurs, mon cher Astaroth, je voulais te demander comment tu l’avais trouvée, lui
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demanda cette dernière sans même prêter attention à l’agacement qui se lisait sur son visage. Je trouve qu’elle a le sourire de sa mère et les yeux de son père, n’est-ce pas, Jéricho ? — Je ne vois pas de quoi tu parles, Néira, cracha-t-il, ses iris tournant au rouge sang. Elle s’esclaffa d’un rire si maniéré qu’il sonna immédiatement faux. — Tu ne lui as rien dit ? continua-t-elle, en prenant soin de chercher le démon dont la peau paraissait s’effriter et se craqueler. — Dit quoi ? interrogea Daren en les regardant tous deux avec une pointe d’inquiétude. — Néira ! gronda Jéricho. — Ta fille ! s’écria-t-elle, en balayant d’un revers de la main les menaces du démon. Elle est venue, ici, demander de l’aide à notre très cher Jéricho. Mais ce n’est pas tout, n’est-ce
pas, mon cher Duc… La peau mate de Daren devint aussi blanche que la chemise portée par Jéricho. Ses yeux s’écarquillèrent, ébahis et choqués par ces révélations. Sa lèvre inférieure se mit à trembler, tout comme le reste de son corps. Il lui semblait que la foudre venait de le frapper, tant la douleur qui lui avait traversé le corps était violente – et pourtant un démon ne pouvait ressentir la moindre souffrance physique. Ses pensées se bousculaient et s’entrechoquaient, le laissant sans voix. Sa fille, son bébé, sa vie… Cela faisait si longtemps qu’il n’avait pas posé ses yeux sur cette enfant. Il s’était souvent amusé à l’imaginer grandir et devenir une jeune femme. Dans ses souvenirs, elle était tout simplement magnifique, la plus belle chose qui soit dans cet univers. Il avait passé des heures à la contempler, à s’émerveiller du monde qui l’entourait, et tout simplement veillé à ce que ses nuits soient douces. Bien que ce bonheur ait été de courte durée, il n’avait jamais oublié le délicieux parfum du bonheur. Et aujourd’hui, il ignorait s’il la reconnaîtrait, même si elle venait à se tenir devant ses yeux. Avec une lenteur extrême, il retroussa la manche droite de sa chemise noire et posa ses yeux sur son poignet comportant un tatouage. Le seul souvenir qu’il lui restait de sa fille. Un souvenir tout aussi doux que douloureux. — Daren ? l’appela Jéricho. — Mmmh ? Néira et Jéricho échangèrent un regard grave. Ils décidèrent de lui laisser quelques minutes pour sortir de la léthargie dans laquelle il venait de plonger. Néira se mordit la lèvre ; le remords d’en avoir trop dit la submergea. La fois précédente, déjà, lorsqu’elle lui avait avoué qu’elle avait rencontré sa fille dans la boîte de nuitLe Cercle, il était resté figé pendant un
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temps interminable. Même s’il était un démon, elle savait à quel point il aimait sa famille et surtout que, malgré les apparences, la souffrance le rongeait. — Comment est-ce possible ? murmura-t-il si bas que seule l’ouïe ultra-développée d’un être démoniaque pouvait l’entendre. — Chassez le naturel et il revient au galop, dit Jéricho en s’enfonçant dans sa chaise. — Je la croyais en sécurité… — Daren, le coupa Néira. C’était prévisible. Croire en sa sécurité éternelle n’était qu’une utopie propre à retarder l’échéance. Sa différence aurait détonné dans le monde des humains. Ce n’était qu’une question de temps avant qu’elle ne s’interroge sur ses origines et les phénomènes étranges l’entourant. — Laquelle ? demanda-t-il soudainement avec un air inquiétant. — L’ange. — L’un de mes meilleurs éléments est à ses côtés et le soldat Amaël est son ange gardien, continua Jéricho. Ils la protégeront en toutes circonstances, même si je ne peux pas te cacher l’intérêt éventuel que lui portent les anges. — Pourquoi ne m’en as-tu pas parlé plus tôt ? demanda-t-il avec suspicion. — Parce que tu es bien trop instable et tu le sais. Il est plus sage que tu restes en dehors de sa vie, pour elle comme pour toi. Or, je savais qu’au moment où cette révélation te serait faite, tu partirais à sa recherche, ce que je te demande d’ôter immédiatement de ta tête. Elle vient seulement de comprendre l’étendue de notre monde et de sa nature angélique. Il n’est pas indispensable de la noyer davantage dans une vérité qui s’impose doucement à elle et à laquelle elle devra faire face beaucoup plus tôt que prévu. Daren interrogea Néira du regard et celle-ci acquiesça. Mais il surprit dans ses émeraudes une pointe de doute qu’elle ne put cacher, malgré ses efforts. Elle soupira. Son côté angélique faisait d’elle une piètre menteuse et les démons possédaient la faculté d’interpréter n’importe quel sentiment. Elle mesura alors ses mots et, avec une douceur extrême dans la voix, annonça à Daren : — « Un être portant une marque sur le poignet droit pourra rivaliser avec n’importe quelle puissance de ce monde ». C’est ce que Véliah leur a certainement révélé en prenant soin de masquer une partie de la réalité. C’est pour cette raison que les anges ont trouvé et réveillé celle qui portait cette marque. Mais, en poussant Kassia à reprendre ses droits en tant qu’ange, ils ont aussi incité l’autre à en faire de même. Plongeant ses yeux dans ceux de Daren, elle souleva son avant-bras et désigna son poignet gauche. Le démon observa à son tour le sien, qui portait un autre tatouage. L’inéluctable le
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frappa alors de plein fouet. Les pièces du puzzle que lui offraient Néira et Jéricho se mirent en place. Comme transporté dans une transe, il plongea sa main dans sa poche et en extirpa une petite boîte en fer. — Daren, poursuivit la prophétesse. Ce n’est plus qu’une question de temps, à présent ! Je suis vraiment navrée… mais nos efforts seront vains ! Avec la clef qui pendait à son cou, il ouvrit le couvercle et, du bout des doigts, effleura le contenu de la boîte, si précieux à ses yeux. Il referma ses doigts puis les porta à ses lèvres. Il déposa sur sa propre peau un baiser accompagné d’un regard bleuté. Entre ses doigts, une plume éclatante de pureté et une plume noire comme les ténèbres s’entrelaçaient pour n’en former plus qu’une.
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Une caresse de velours tentait vainement de me tirer de mes songes. Je gémissais, entre plaisir et répulsion. Mes paupières closes refusaient de s’ouvrir, comme toujours lorsque je me laissais emporter dans un sommeil profond. Mais une petite voix intérieure me soufflait de me réveiller malgré tout. Je clignai des yeux jusqu’à ce qu’ils s’acclimatent à la luminosité et qu’ils aperçoivent la silhouette qui se tenait au-dessus de moi. Mon sang ne fit qu’un tour et mon cœur cogna plus fort dans ma poitrine. Un cri de terreur jaillit de mes lèvres alors que je me propulsais hors du lit, la main sur ma clef, prête à me défendre. Je me ravisai en croisant le regard brûlant d’une sulfureuse femme dont les cheveux tombaient en cascade, telle une rivière de flammes.
— Tiphanie ? demandai-je d’une voix légèrement plus aiguë que la normale. Qu’est-ce que tu fais là ? Alors qu’elle contournait le lit avec une grâce féline pour me rejoindre, je reculai d’effroi lorsque mes yeux se posèrent sur la chambre où j’avais dormi. Ces lieux m’étaient totalement inconnus… — Tout va bien, mon amour, me susurra la voix de Tiphanie, me sortant de ma torpeur. Tu es en sécurité puisque je suis là. Elle m’écrasa littéralement contre sa poitrine généreuse tout en me caressant les cheveux d’un geste tendre. — Où sommes-nous ? l’interrogeai-je. La chambre où nous nous trouvions était totalement blanche, des murs au plafond, en passant par les meubles. Mais d’un blanc si doux qu’il apaisait l’âme en l’enveloppant dans son nid douillet. Un pan de mur était parsemé de plumes bleu ciel peintes avec une si grande précision qu’elles paraissaient réelles. Elles traçaient un chemin vers de larges fenêtres qui permettaient à tout ange de prendre son envol sans encombre. Cette pièce était… magnifique. Décorée dans l’intention de magnifier les êtres ailés qui se baignaient dans sa lumière. — Dans l’une des très nombreuses demeures du duc Jéricho, dans la banlieue parisienne. Il m’a convoquée pour veiller sur toi. Tu as dormi comme une bienheureuse pendant de longues heures… Je jetai un regard furtif au réveil posé sur la table de nuit, il affichait 16 heures. La lumière
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