Résurrection (L

Résurrection (L'envers du paradis - tome 1)

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225 pages
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Description

Jusqu’ici, ma vie était normale, ou presque…
J’étais une jeune fille insouciante faisant son entrée au lycée. Mon meilleur ami, Sébastian, était toujours à mes côtés et ma mère me couvait encore à outrance.
Le seul petit bémol à ce tableau parfait, si je puis dire, était sans doute le fait que mes nuits étaient de plus en plus cauchemardesques, éveillant une vive douleur à mon poignet droit, porteur d’une cicatrice énigmatique.
Mais ça, c’était avant que l’âme de Sébastian quitte son corps et soit dérobée.
Avant que j’offre la mienne pour sauver celle de mon ami.
Avant de croiser leurs yeux, où dansaient les flammes des enfers et la lumière du paradis.
Avant que l’on m’apprenne à voler de mes propres ailes…

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Ajouté le 30 septembre 2014
Nombre de lectures 1 480
Langue Français
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L’ENVERS DU PARADIS
Tome 1 – Résurrection
Mélanie Wency
© Éditions Hélène Jacob, 2013. CollectionFantastique. Tous droits réservés. ISBN : 978-2-37011-042-8
À ma famille, pour leurs encouragements À David, dont le soutien a été sans faille « Aux Filles », qui ont été ma plus grande source d’inspiration.
Prologue
Banlieue parisienne, seize ans plus tôt. La lune avait pris la place de son homologue du jour depuis plusieurs heures déjà. La brise balançait lentement les branches des arbres croulant sous les feuilles vertes. Les habitants de la forêt avaient repris leurs droits et le hibou entamait son chant nocturne. Au cœur d’une clairière, une petite maison se détachait. Malgré l’avancée de la nuit, les lumières de la bâtisse éclairaient les alentours. Des ombres humaines dansaient sur les rideaux fermés. — Dépêche-toi, Véliah ! demanda un homme qui retournait le tiroir d’un long buffet. Au même moment, une berline fit son entrée en trombe dans l’allée de la maisonnette. Un homme vêtu de noir s’en extirpa et grimpa les marches du perron. La porte d’entrée s’ouvrit vivement sous sa poigne ferme et il pénétra dans le petit salon cossu, l’air tendu et l’œil aux aguets. — Nous n’avons plus le temps, il faut y aller. — Véliah ! appela l’autre homme. Une jeune femme dévala l’escalier menant à l’étage en serrant contre son cœur un nouveau-né. Des perles roulaient sur ses joues et des spasmes secouaient son corps. Même sous la douleur, elle restait incroyablement belle. Des cheveux d’or se collaient à son visage et sa robe blanche ne montrait aucune imperfection. — Daren, je ne peux pas, dit-elle dans un sanglot. L’homme s’approcha d’elle et la prit dans ses bras. Il caressa tendrement ses cheveux puis déposa ses lèvres aussi chaudes que la braise sur celles de la jeune femme. — Tout va bien se passer, ma puce. Elle se laissa aller dans les bras de son mari, impuissant devant la douleur qui la rongeait. Cette douleur, au fond de lui, il la partageait. Pourtant, ses yeux noirs restèrent étrangement secs. Leurs regards plongèrent quelques instants l’un dans l’autre. Il n’y avait pas besoin de mots pour savoir ce qu’ils ressentaient. Des secondes comparables à des minutes passèrent avant que l’homme les rappelle.
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— Allez, on y va, dit-il en les prenant par les épaules. Le jeune couple obéit et, sans se retourner, descendit les marches du perron. Daren jeta un dernier coup d’œil à la maison. Un nœud lui comprima l’estomac. C’était à l’existence qu’il avait construite pendant tant d’années qu’il envoyait un dernier regard. Véliah grimpa à l’intérieur de la voiture, sans se retourner, tout en serrant davantage l’édredon. Son mari la rejoignit à l’arrière et la berline prit la route. Les kilomètres qui suivirent parurent une éternité. L’atmosphère qui régnait dans l’habitacle pesait sur ses passagers. Seules les plaintes de la jeune femme brisaient le silence qu’ils s’étaient imposé. Les caresses et les mots ne calmaient en rien son chagrin. Ses yeux vert clair scrutaient l’horizon et son esprit se perdit dans les ténèbres. — On en a pour longtemps ? demanda Daren — Encore une bonne heure. Tu devrais te reposer, Véliah. La jeune femme balança mélancoliquement son visage de droite à gauche. Daren soupira et s’enfonça dans le siège, tout en tapant nerveusement sa main contre sa cuisse. De l’autre, il tira sa compagne vers lui, l’obligeant à poser sa tête contre son épaule. Ses paupières devinrent lourdes comme du plomb et elle s’endormit profondément. — Il y a peut-être une autre solution. — Non, Max, c’est la meilleure qui soit. — Comme tu veux. — Comme je veux…, répéta-t-il dans un murmure las. Nous n’avons pas vraiment le choix. Il aperçut son reflet dans le rétroviseur et se jeta un regard dédaigneux. Ses yeux étaient creusés et son visage bronzé laissait paraître son inquiétude. Ses cheveux de jais en bataille soulignaient la rapidité avec laquelle il avait dû déserter de sa maison. — Et Véliah ? demanda Max. — Je serai là. Je la protégerai. Max soupira et se concentra sur la route qui défilait à toute vitesse. Au fond de lui, il se faisait beaucoup de soucis pour ce couple d’amis. Un poing au creux du ventre lui écrasait le cœur. Il avait eu beau chercher des alternatives, aucune ne pouvait les aider. Pour passer le temps, il monta le volume de la radio. Encore quelques kilomètres, et ils rejoindraient un homme qui avait promis de les secourir. Peut-être pourrait-il atténuer leur souffrance…
*/*
La berline stoppa sa course dans un petit village. L’ampoule d’un réverbère tentait désespérément d’apporter un brin de lumière dans une ruelle complètement déserte. Malgré l’été, la température était glaciale et le ciel arborait la sombre couleur de l’encre de Chine. — Véliah, appela Daren en secouant tendrement sa compagne. Il faut y aller. Les secousses tirèrent la jeune femme de sa léthargie. Elle planta ses yeux dans ceux de son mari, qui lui envoya un bref sourire. Mais cette marque de tendresse à peine éteinte, le désespoir remplit de nouveau ses yeux clairs. Elle se mit à bouger nerveusement et sembla lutter avec elle-même afin de sortir de la voiture. — Encore quelques minutes… Juste une minute, implora-t-elle. Daren soupira et rejoignit Max à l’extérieur. Il se tenait en appui sur le capot de la berline et scrutait l’horizon. Les deux hommes, à présent l’un à côté de l’autre, n’échangèrent pas un mot. De toute façon, aucun mot n’aurait pu apaiser les sentiments qui se bousculaient dans leur tête. Il n’y avait plus rien à dire, il fallait juste accepter. Véliah décida de sortir à son tour, après de longues minutes. Elle se posta devant Daren et inspira profondément tout en tendant devant elle l’édredon. Sans un mot, il l’attrapa délicatement et, en le serrant contre son cœur, il ferma ses paupières. S’il l’avait pu, il aurait sans doute pleuré toutes les larmes de son corps. Lorsqu’il rouvrit les yeux, la souffrance qui déformait le visage fin de Véliah s’imprima sur le sien. Elle comprit alors qu’elle devrait être forte, afin qu’ils puissent tous deux affronter cette épreuve, et que l’homme qui se tenait en face d’elle pouvait aussi être rongé par le malheur. Cela faisait si longtemps qu’elle n’avait
pas vu ses faiblesses se manifester et se peindre sur son visage marqué. Elle déposa ses lèvres sur la joue brûlante de Daren qui inspira profondément, comme pour absorber le courage qu’elle voulait lui envoyer. Tous deux échangèrent un regard entendu et Véliah détourna les yeux vers le néant. — On peut y aller, dit-elle en s’adressant à Max. — Suivez-moi, c’est juste à l’angle de la rue. Ils acquiescèrent d’un signe de tête et le talonnèrent de près. Véliah s’accrocha au bras de Daren et, ensemble, ils marchèrent jusqu’à une magnifique résidence de standing. Ils pénétrèrent à l’intérieur du bâtiment et montèrent jusqu’au numéro 13. Un homme de belle carrure et au regard de glace leur ouvrit la porte sans qu’ils aient à sonner. — Je vous attends depuis quinze minutes, ronchonna-t-il. — Désolé, Jéricho, on a mis plus de temps que prévu, tenta Max. — Mouais. Il envoya un signe de tête au groupe, qui pénétra dans le vaste appartement. Carrelé de noir
et tapissé de rouge, le salon à l’ambiance particulière décrocha un sourire effacé à Daren. Il y avait encore quelque temps, il traînait ici, insouciant de l’avenir et profitant de chaque instant qu’offrait la vie. Quant à Véliah, elle s’agrippait de plus en plus fort à son bras comme si c’était un pilier. Le maître des lieux les invita à prendre place dans les canapés de velours gris et à accepter un rafraîchissement. Seul Max répondit à la proposition de leur hôte en se servant un verre de whisky. — Quel plaisir de te voir, Véliah ! Et toi aussi, Daren, évidemment. — Jéricho, le temps presse. Ils vont la retrouver, nous ne pouvons plus la cacher indéfiniment, dit Daren en serrant davantage le nouveau-né dans ses bras. — J’espère que vous êtes conscients de ce que vous faites, mes amis ? Après ça, vous ne pourrez jamais revenir en arrière. — Nous connaissons les conséquences de nos actes. C’est ce que nous voulons. — Et toi, ma Véliah, que veux-tu ? La jeune femme leva son regard vers Jéricho. Ses lèvres se mirent à trembler et aucun mot ne sortit de l’entrebâillement qu’elles formaient. Sa question l’avait transformée en une statue de verre, prête à se briser au moindre à-coup. Ce qu’elle voulait, c’était pourtant simple… Juste sortir de cet enfer. — Je veux ce qu’il y a de mieux pour elle. — Tu sais ce que va engendrer une telle décision, n’est-ce pas ? Elle le savait, mais au fond d’elle, elle espérait juste que tout ça ne soit qu’un mauvais rêve. Qu’elle se réveillerait dans le lit au drap blanc de la chambre parentale, son mari la regardant dormir et sa fille gazouillant dans le berceau. Elle souhaitait une vie normale, sans peur des lendemains. Mais depuis longtemps, elle avait accepté que la vie ne fût pas une utopie, surtout aux côtés de Daren. — Oui, lâcha-t-elle dans un murmure. Elle plongea dans le regard vide de Jéricho et n’y trouva aucune chaleur. Pourtant, malgré les apparences, la tristesse broyait le cœur de ce grand homme. Il aurait souhaité que les choses soient différentes, que ses amis ne passent pas par cette douloureuse épreuve. Il ne pouvait à ce moment-là que revêtir un masque indifférent et froid. Et même sous le regard suppliant de Véliah, il ne pouvait se permettre de perdre pied, pour eux, pour lui… Le corps de Véliah fut secoué de sanglots qu’elle ravala par fierté. Elle vibrait de toute son âme. Le froid envahit son corps, mais cette fois-ci, il y demeurerait pour l’éternité. — Jéricho, on peut mettre fin à ça, si ça ne t’ennuie pas trop ? interrogea Daren à bout de patience.
— Oh, déjà ? railla-t-il d’un air hautain. Bon, comme vous voulez. On nous attend dans un vieux bâtiment désaffecté du village. Ils s’occuperont du reste, vous n’aurez plus qu’à rentrer chez vous après ça. Elle sera là, elle aussi, comme tu l’as demandé, Véliah. Jéricho se leva et se dirigea vers la porte d’entrée. Daren le suivit, mais, n’entendant pas le bruit des pas de sa compagne, il se retourna. Véliah n’avait pas bougé. Elle était figée, comme si le temps s’était arrêté pour elle. — Véliah ? Sa tête tourna alors au ralenti, ses yeux se levèrent vers son mari et ses lèvres laissèrent échapper des mots dénués de sens. D’épaisses larmes roulèrent sur ses joues et des tremblements ébranlèrent tout son corps. Le cœur de Daren se noua et l’envie de se ruer sur elle afin de l’enlacer devint incontrôlable. Tel un zombie, il fit un pas en avant, puis deux. — Je m’en charge, lui dit calmement Max en posant la main sur son épaule. Vas-y. Fais-le pour elle. À contrecœur, il tourna le dos à sa femme et son meilleur ami. Le regard rivé vers le sol, il franchit la porte qui se referma aussitôt et amorça la descente des escaliers. Un spasme violent lui donna un haut-le-cœur et l’obligea à s’adosser au mur pour éviter la chute. À travers les murs retentissait le cri déchiré d’un ange tombé du ciel.
– 1 –
Banlieue parisienne Un nombre incroyable de lycéens se tenait devant les panneaux de liège recouverts de feuilles punaisées, faisant grimper le brouhaha qui gagnait en ampleur et résonnait dans l’entrée du bâtiment. Les lycéennes les plus exubérantes se sautaient dans les bras, heureuses de commencer une nouvelle année avec leurs amies – et surtout de se donner en spectacle. Les garçons se tapaient simplement dans la main, signe qu’ils se retrouvaient dans la même classe. Quant à d’autres, ils s’éloignaient tête baissée, se plaignant de devoir commencer l’année seuls. — Pardon ! Excusez-moi. Pardon. Tels des pingouins agglutinés sur la banquise, aucun élève ne bougeait, malgré mes demandes polies. Agacée, je fis la grimace et je me faufilai entre les lycéens, tout en prenant soin de m’excuser amèrement lorsque j’en bousculais un. — Pardon, répétai-je. Pardon ! Après une périlleuse traversée, j’arrivai enfin devant les longues listes de noms triés par classe. Je me mis à la recherche de mon patronyme avec un nœud à l’estomac qui me comprimait également les poumons. Je retins mon souffle, l’angoisse étant insoutenable. — Caron, murmurai-je tout en plaquant mon doigt sur les différentes listes. Ah ! Voilà ! e Kassia Caron, 2 D. e — Sébastian Lefèvre, 2 E, dit un garçon à ma droite. e Je lui jetai un regard dépité et me penchai de nouveau sur les listes. Sur celle de la 2 E, je cherchais son nom et son prénom lorsque mon doigt s’arrêta net dessus. Mes lèvres s’entrouvrirent, laissant passer un long gémissement plaintif. — On n’est pas dans la même classe, Kassia. — Mais ce n’est pas possible ! m’exaspérai-je. Sébastian ! Ce n’est pas possible ! Il haussa les épaules et me tira par le bras afin de laisser la place aux autres élèves qui commençaient à s’impatienter. La boule de stress me contracta davantage l’estomac et j’attrapai Sébastian par les épaules. — Dis-moi que c’est un cauchemar ! Comment vais-je faire ? — Pour vivre sans moi ? Oh ! Tu t’en sortiras très bien !
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— Non ! De nature très angoissée, l’idée de me retrouver seule dans une classe me terrorisait. Je serrai Sébastian encore plus fort, afin de me donner du courage pour ne pas courir jusqu’à chez moi et me cacher sous la couverture de mon lit. Je sentais déjà les larmes me picoter les yeux en m’imaginant seule dans une classe où je ne croiserais aucun visage familier. — Bon, je t’accompagne jusqu’à ta classe, soupira-t-il en passant une main dans ses cheveux bruns décoiffés. Nous partîmes dans les couloirs du lycée pour rejoindre ma salle de cours, en prenant soin de traîner des pieds. J’espérai secrètement que ce moment serait long, très long, mais à ma grande déception, les chiffres collés maladroitement sur la salle A6 étaient déjà en vue. Sébastian était vraiment un ange de m’accompagner. Depuis que nous étions petits, il avait
toujours veillé sur moi comme un grand frère. Il était mon voisin depuis maintenant seize ans et nous avions grandi ensemble, dans une amitié fusionnelle que nos parents avaient toujours trouvée débordante. Il représentait la personne la plus importante à mes yeux. — Et voilà, nous y sommes ! Tu vas t’en sortir ? Ses beaux yeux d’un vert clair me scrutaient tendrement en attendant ma réponse. Mais il devait le savoir, j’étais morte de trouille rien qu’à l’idée d’entrer dans cette salle sans lui. Un large sourire se dessina sur sa peau mate et il effleura ma joue de ses doigts : — Allons, ils vont pas te dévorer toute crue ! plaisanta-t-il. Je viens te chercher à la fin du cours, dac’ ? — Promis ? — C’est promis ! J’inspirai profondément, afin de puiser tout le courage que je possédais, et avançai d’un pas.Ça va bien se passer, me dis-je intérieurement.Courage, Kassia.C’est alors que je me sentis attirée vers l’arrière. Sébastian passa son bras autour de mon cou et déposa ses lèvres tièdes sur ma joue. Il me décrocha ensuite son plus beau sourire ravageur et me caressa les cheveux. C’était un garçon très tactile et il passait son temps à me noyer sous des gestes tendres et affectueux. Sur notre droite, des filles qui passaient dans le couloir me lancèrent un regard noir, rempli de jalousie. J’explosai immédiatement de rire et m’engouffrai dans la salle déjà bondée. Il faisait toujours cet effet-là. En même temps, Sébastian était plutôt un beau garçon et notre comportement évoquait souvent une attitude antipathique à mon égard. J’éveillais apparemment un certain sentiment de jalousie chez les filles. Pourtant, beaucoup n’avaient rien à m’envier… J’étais plutôt de grande taille, avec un corps relativement plat. Ma peau