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Ronces Blanches et Roses Rouges

De
244 pages

Orphelines d’un passé dont elles n’ont aucun souvenir, Sirona et sa jeune sœur Eloane sont aussi différentes qu’inséparables.
Quand leur tutrice, Iphigénie Whitecombe, fiance l’aînée à un inconnu, leur avenir sombre dans l’incertitude... Pour échapper au mariage qui l’effraie et à la colère dévastatrice de Mme Whitecombe, Sirona prend la fuite.
Au cœur d’une forêt obscure et de sa propre tourmente, elle se fait toutefois une promesse : celle de revenir chercher sa sœur.
Quitte à affronter l’ours qui rôde dans son sillage.
Quitte à suivre les ronces blanches et les roses rouges.
Quitte à croire en la magie.
Mais c’est sans compter sur l’énigmatique pianiste qui compose une toile de mélodies enivrantes, dans son château où la nuit est synonyme de toujours...
La musique, le désir de vengeance, l’amour véritable comme l’attirance malsaine tissent les fils rouges et blancs qui se croisent et se nouent jusqu’à la fin de ce récit enchanteur, inspiré par le conte des frères Grimm : Blanche-Neige et Rose-Rouge.


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Ronces Blanches et Roses Rouges
Laetitia Arnould
Laetitia Arnould
Collection Forgotten
www.magicmirror-editions.fr
Collection dirigée par Sandy Ruperti
® Magic Mirror éditions 2017 Illustration de couverture : Mina M ISBN : 979-10-97222-01-7 Magic Mirror éditions 1696 avenue des moulins – 83200 Toulon Email : contact@magicmirror-editions.fr Site internet : www.magicmirror-editions.fr
Pour toi, Maman …
Prélude
Les yeux sont le miroir de l'âme. On le disait jadis , on le dit aujourd'hui, et on le dira encore demain. Ces quelques mots peuvent sembler n'être rien de plus qu'une banalité, un vieux dicton auquel on ne prête que peu d'attention. Pourtant, ils ont un sens certain, et trop nombreux sont ceux qui l'oublient. Car les yeux ne peuvent pas mentir... Quand les lèvres se tordent en un faux sourire, qua nd les mains s'enlacent avec hésitation, ou quand les bouches embrassent sans plaisir, les yeux, eux, ne parviennent pas, et ne parviendront jamais, à se parer d'une ge ntillesse, d'une tendresse ou d'une bonté, qui n'existent pas chez leur hôte. L'Illusionniste était bien placé pour le savoir. Car s'il était la bonté et la sagesse mêmes, il n'en était pas moins confronté, jour après jour, aux leurres et aux mirages. À la duperie, aus si. Et il était d'ailleurs un maître en la matière. L'Illusionniste avait deux filles. Deux filles au cœur pur et naïf, qu'il voulait à tout prix prévenir des faux-semblants, et préserver de la fau sseté et des manigances des pires hommes que la Terre devait supporter. « Les yeux sont le miroir de l'âme » leur répétait-il encore et encore. « Souvenez-vous en toujours, mes trésors ». Hélas, lorsqu'on est petite fille, on se moque bien des dictons, et beaucoup de recommandations s'envolent à la minute où elles son t entendues. Alors, on se laisse bercer par d'autres mots, convaincre par d'autres s ourires. On aime accorder sa confiance. Aux gens. Au temps. À tout et à tout le monde... — Montre-moi encore, papa ! S'il te plaît, s'il te plaît... L'Illusionniste ajustait sa plus bellevesteses épaules, celle qui était bleu foncé sur comme la nuit, quand une petite tornade de boucles blondes avait fondu sur lui. Il baissa les yeux. Sa plus jeune fille, Rose, entoura ses jambes de se s bras et leva vers lui un regard implorant et irrésistible. Elle avait les cheveux de la couleur des blés sous le soleil, un petit nez mutin, les joues roses et les lèvres aussi roug es que les fleurs des rosiers qui poussaient dans le jardin. L'Illusionniste secoua négativement la tête, soupira, puis finit par laisser échapper : — Ah ! Petite magicienne, je ne peux rien te refuser ! Il fit quelques gestes amples des bras, montra clairement ses paumes. Il ne tenait rien du tout entre ses doigts, Rose s'en assura en sourcillant. Dans un mouvement théâtral, il leva les mains, prononça de drôles de mots et cacha sa main derrière l'oreille de la petite fille. Une seconde après, il lui présentait un joli foulard rouge, juste sous son nez. — Oh ! D'où est-il venu ? C'est magique ! s'extasia Rose en observant le foulard, ravie. — Oui, c'est magique, confirma son père. (Il remarq ua le regard brillant de sa fille.) Prends-le celui-là, ma jolie Rose. C'est un cadeau. Rose écarquilla des yeux émerveillés. Elle serra le précieux tissu dans ses petites mains et se blottit contre son père, qui l'embrassa sur le front. Puis elle se précipita vers sa grande sœur, bondissant de joie à l'idée de lui faire voir le beau foulard que leur père avait fait apparaître par magie. Rien que pour elle. Mais Blanche, l'aînée, n'était pas aussi impression née, ou impressionnable, que la cadette. Elle observa le carré de tissu carmin, haussa les é paules et tapota gentiment le bras de Rose. Sans piper mot, elle retourna ensuite auprès de sa mère qui reprisait une veste élimée de son époux, à la lueur d'une vieille ampoule à incandescence.
Devant le peu de réaction de sa sœur, Rose leva un sourcil interrogateur. Mais elle n'insista pas. Blanche avait toujours été aussi taciturne que Rose était gaie... C'était ainsi, les deux sœurs avaient des caractères et des âmes parfaitement contraires. La plus jeune était aussi rayonnante que le jour, aussi bavarde que le pinson des arbres en plein été, et aussi pleine d'espoir que l'aube qui se lève. Et la plus grande... Elle était belle comme une nuit de pleine lune, silencieuse et mystérieuse comme la chouette harfang qui survole les neiges d'hiver, et aussi sage que les étoiles qui v eillent sur le monde. Malgré leurs différences, Blanche et Rose s'aimaient plus que tout et étaient inséparables. Blanche regarda sa petite sœur nouer le foulard rouge autour de son cou et elle sourit discrètement. Les tours de leur magicien de père étonnaient encore la plus jeune, mais elle, elle avait deviné depuis longtemps qu'il usai t de farces et d'une bonne dose d'ingéniosité pour faire croire aux quelques person nes qui assistaient à ses représentations qu'il faisait de la magie. De la vr aie magie, comme il aimait dire. Mais comme Blanche savait qu'il ne faisait pas réellement. Derrière l'unique fenêtre du salon, elle regarda les lumières de la Cité, qui s'animaient les unes après les autres, toujours avec la même ré gularité. Puis, elle reporta son attention sur sa mère avant de se mettre à coudre, à son tour. Elle se plaisait à être de longues heures en compagnie de sa mère, vaquant aux mêmes tâches qu'elle, chérissant le modeste confort de la maison, et rêvant de deven ir aussi forte, aussi sage et aussi bonne que cette femme qu'elle admirait tant. Blanche allait avoir douze ans. Ses cheveux étaient noirs comme les plumes des corn eilles et son teint aussi blanc que la plus fine porcelaine, ou que ces étranges ronces qui s'étaient mises à pousser un peu partout dans le jardin, dès le jour de sa naiss ance. Elle avait les yeux noisette, le menton volontaire, les pommettes saillantes et le nez marqué – un peu trop, à son goût. Rose était de trois ans sa cadette. Sa naissance coïncidait avec le jour où l'Illusionniste avait planté une bouture de rosier entre les ronces qui avaient grandi sous les fenêtres et ressurgissaient en quelques heures si l'on voulait les déloger. En un après-midi, ce jour-là, des roses rouges comme le sang étaient nées entre les ronces blanches. Et Rose avait poussé son premier cri. Depuis, le rosier se mêlait aux ronces, l'un entrel açant l'autre, comme s'ils se protégeaient mutuellement. Mais le spectacle le plu s étrange, c'était la floraison des roses : éternelle... Été comme hiver, les délicates fleurs s'épanouissaient dans une profusion de pétales rouges. Si tout le monde s'étonnait de ce phénomène, personne ne s'en souciait. La nature pouvait parfois être un pe u magicienne. Et même si l'époque manquait cruellement de magie, l'Illusionniste et s a femme, Mathilda, affirmaient son existence. Si souvent, d'ailleurs, qu'ils se prenaient à y croire de plus en plus. Tout comme Rose... Mais pas comme Blanche. Cette dernière observa son père à la dérobée. Il était persuadé qu'un jour, il serait un grand, un très grand magicien, et qu'on viendrait d e loin pour admirer ses tours. Physiquement, Blanche lui ressemblait beaucoup. Mais c'était Rose qui avait hérité de son optimisme et de sa gaieté. — Ce soir, j'ai deux représentations à donner, Math ilda, dit-il avant d'embrasser tendrement son épouse. (Il l'observa un instant, hu ma avec envie les odeurs qui s'échappaient des petits plats qu'elle avait mis su r le feu.) Je ne serai pas là pour le souper, hélas ! — Ne t'inquiète pas, lui dit Mathilda. Elle se leva et plongea son regard dans celui de l'Illusionniste. — Je réserverai un peu de pot-au-feu pour toi, lui promit-elle avec un clin d’œil. Concentre-toi sur ton spectacle, chéri. Tu vas les épater, ce soir !
Elle aussi était optimiste, toujours, en plus d'être la gentillesse et la douceur incarnées. Même si elle avait récemment perdu son emploi, qui les aidait à vivre beaucoup plus confortablement, elle gardait son sourire, sa bonne humeur et sa foi en des lendemains meilleurs. À bien y réfléchir, Blanche ne savait pas trop d'où lui venait sa propre propension au pessimisme, pas plus que ce poids constant qui ne q uittait jamais ses épaules et cette infatigable crainte qui lui rongeait le cœur, d'aussi loin que remontaient ses souvenirs. Elle avait toujours de mauvaises intuitions, elle s'atte ndait toujours à ce que son monde s'arrête. Pourtant, même s'ils vivaient dans la pauvreté, elle et les siens étaient heureux. Ils avaient un trésor qui valait tout l'argent et t out l'or du monde : ils étaient une famille soudée. En enlaçant son épouse par la taille, l'Illusionnis te leva la tête et bomba le torse. Blanche ne le quittait pas des yeux. — Et comment que je vais les épater ! fanfaronna-t-il. Ce soir, je le sens, est un soir spécial. Très spécial ! Je ne saurais comment l'expliquer, mais je sais qu'il va se passer quelque chose... de... de... Il se mit à chercher ses mots. Se tapota les lèvres. — Il va y avoir encore plus de magie ! clama Rose, convaincue de ce qu'elle avançait. — Tu as raison, mon ange. Ce soir, il va y avoir encore plus de magie, et cette magie décuplée va tout changer pour nous ! C'estmonsoir. Haha ha ! Enfin, je vais connaître la gloire ! Il s'écarta de Mathilda en riant, plongea une main dans son haut de forme, et en extirpa un linge qui avait dû être blanc, mais qui était maintenant maculé de fientes d'oiseau. Il se raidit avant de froncer le nez. — Ah mais non ! Gloria a encore fait du vilain ! Rose battit des mains et éclata de rires. Elle se m oquait bien des dégâts que causait Gloria, la tourterelle que son père faisait sortir de son chapeau devant des spectateurs plus ou moins réceptifs à son art ou à sa magie. Elle adorait cet oiseau. — Oui ! Gloria ! La tourterelle s'envola dans un éventail de plumes gris-beige dégradé de blanc, un peu froissées. Puis elle se posa sur la tête de son maî tre, sans doute trop habituée par ce perchoir-là pour aller s'en chercher un autre ailleurs. L'Illusionniste remplaça le tissu souillé par un pr opre, l'oiseau toujours posté au sommet de son crâne. Il vérifia ensuite que tout était en ordre dans sa précieuse mallette, et juste avant de quitter le foyer, il invita Gloria à réintégrer son chapeau de magicien. Il sortit après avoir embrassé son épouse et ses deux filles. La lueur spectrale des lampadaires de la rue éclair a son visage et il huma l'air en gonflant la poitrine. — Je le sens, la magie est vraiment dans l'atmosphè re, ce soir ! répéta-t-il. Bonne soirée, mes anges ! À très vite ! Il ferma soigneusement la porte derrière lui. Le br uit de ses pas sur le bitume se fit entendre quelques secondes tandis qu'il s'engouffrait dans la fraîcheur du soir. Depuis une fenêtre, Blanche et Rose suivirent brièv ement des yeux la silhouette de leur père, jusqu'à ce qu'il disparaisse au coin de la rue. Leur mère se tenait toujours debout, près de la bergère sur laquelle elle prenait souvent place pour faire du tricot, lire le journal, ou pour raconter des histoires de princes, de princesses et de sorcières, à ses deux filles chéries. Rose se détourna de la fenêtre pour lui demander : — Un conte, maman, s'il te plaît... Mathilda s'extirpa des pensées dans lesquelles elle venait de s'engouffrer. — Après le souper, ma chérie, dit-elle. J'ai encore du travail. Occupe-toi un peu avec ta sœur... Mais pas de télévision à cette heure !