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Serpent (Chroniques de la cité d’Arenjun – Livre II)

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Livres
187 pages
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Description

Serpent, l’Archimage de la cité d’Arenjun, s’embarque vers les terres des tribus nomades quand il comprend que quelqu’un a réussi à l’ensorceler pour lui faire oublier un épisode de sa vie qui s’est déroulé à cet endroit.
Tandis qu’il vogue vers sa destination, sa magie lui permet de lever en partie le voile sur ce qu’on a voulu lui cacher : alors qu’il n’était encore qu’un jeune enchanteur, il a été envoyé en ces lieux par les dirigeants de sa guilde pour y accomplir une délicate mission.
Qu’est-il arrivé ensuite ?
Et surtout, qui a osé s’attaquer à Serpent et lui voler ainsi une partie de son passé ?
L’Archimage est résolu à le découvrir et à punir ceux qui lui ont fait un tel affront.
« Serpent » est le livre II des « Chroniques de la cité d’Arenjun » et reprend le récit là où « Le clan du sanglier » se terminait.

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Ajouté le 17 avril 2017
EAN13 9782370115355
Langue Français
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SERPENT
Chroniques de la cité d’Arenjun –Livre II
Olivier Walter & Stéphane Lesieur
© Éditions Hélène Jacob, 2017. CollectionFantasy. Tous droits réservés. ISBN : 978-2-37011-534-8
Prologue
Cette soirée aurait pourtant dû être semblable à toutes les autres. Serpent, l’Archimage,s’était, comme chaque mois,tranquillement rendu à l’auberge, pour écouter l’histoire que devait raconter son ami Kasim. Mais, quand il en sortit, il était très inquiet. Le héros nain était un conteur hors pair et il avait tenu son auditoire en haleine avec le récit d’une guerre entre les tribus nomades des landes d’Achenard et le peuplegnome. Tous les spectateurs avaient été captivés. Serpent s’était, lui aussi, senti envoûté: en écoutant l’histoire de ces cinq jeunes gens et de leur quête désespérée pour empêcher un conflit qui menaçait de dévaster leurs terres, le mage avait vu monter en lui des images d’une intensité extraordinaire, d’une précision saisissante. Il en avait été bouleversé.Et c’est bien cela qui n’allait pas.Comme tout membre d’une guilde, Serpent avait suivi un entraînement très poussé. Il avait appris, entre autres, à se détacher des choses et des êtres, à ne jamais se laisser submerger par des sentiments, car un mage ne pouvait se le permettre. Comment cette simple histoire avait-elle pu réduire à néant toutes ces années d’effort et l’émouvoir à ce point?
Et il y avait aussi autre chose. L’enchanteurse rappelait avoir séjourné dans les landes. Il venait à peine de sortir de son école, mais se trouvait sous le coup d’une condamnation du conseil et avait été exilé dans un comptoir commercial au-delà des mers, où les marchands de la cité des Brisants effectuaient du troc avec les tribus.Il s’y était mortellement ennuyé, mais se souvenait aussiy avoir discuté longuement avec des nomades. Mais alors, comment était-il possible qu’il n’ait jamais entendu parler d’une telle histoire? Kasim aurait-il encore une fois tout inventé ? Il en était là de ses réflexions, quand une explicationlui vint à l’esprit. Au début, il se refusa à l’envisager, tant la chose lui paraissait invraisemblable, mais après avoir examiné toutes les autres solutions, il dut bien admettre qu’elleétait la plus plausible de toutes, même si elle lui fit froid dans le dosquand il dut l’accepter: il avait été ensorcelé. Un enchantement aurait pu effectivement réduire à néant ses défenses et provoquer en lui une telle émotion. Il ne fallait pas rester ici. Serpent était peut-être en danger et il devait immédiatement retourner se mettre en sécurité dans sa tour. Il se rua hors de l’auberge, sans prêter attention à
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la remarque sarcastique de Kasim lorsque le nain vit son ami s’en aller. Le mage dévala la grand-rue, regagna son logis et s’apprêtait à y entrer, quand, au dernier moment,il s’arrêta. Retourner chez lui pour se mettre à l’abri étaitcertainement la chose la plus logique à faire dans un cas comme celui-ci. Et donc, la plus prévisible entre toutes. Était-il vraiment en sécurité dans sa tour ? Peut-être pas, si on lui avait effectivement déjà jeté un sort. Il inspira profondément. Il devait se calmer. La nuit passée à écouter cette histoire l’avaitvisiblement fatigué. En voulant retourner chez lui, il risquait de commettre une grossière erreur. Il fallait imaginer une autre réponse, agir d’une manière surprenante, faire une chose à laquelle ceux qui l’avaient ensorcelé ne s’attendraient pas. Il réfléchit à la situation et envisagea plusieurs possibilités. Quand il pensa avoir trouvé la bonne, elle en devint si évidente qu’un sourire de satisfaction apparut sur son visage ; oui, cela, personne ne pourrait le prévoir. Avisant une ruelle sur sa droite, il s’y engouffra et se dirigea résolument vers une nouvelle destination. Il avançait vite, très vite, vers les quais :l’histoire qui l’avait bouleversé sesituait sur le continent keshite ? Ilallait donc s’y rendre. Un bateau léger, rapide, voilà ce qu’il lui fallait. Il naviguerait le plus promptement possible, quitte à effrayer un peul’équipage.Et pendant que le navire voguerait vers cette destination, Serpent aurait le temps de faire le point sur sa magie, de vérifier s’il avait bien été ensorcelé; il serait suffisamment loin de la cité pour ne pas craindre d’interférences.Tout en avançant et sans même s’en rendre compte, il tissa quelques sorts pour s’aider à progresser; il vivait depuis si longtemps avec la magie que l’utiliser lui était devenu aussi naturel que de se nourrir ou de respirer. Les passants qui le virent marcher ainsi, avec le visage fermé,s’écartèrent prudemmentde son chemin. Les pavés ne résonnaient pas sous ses pieds, car il ne les touchait plus. En quelques instants, il déboucha sur le port. Serpent promena un regard circulaire sur les vaisseaux amarrés aux quais et y repéra finalement ce qu’il cherchait: une nef rapide de la cité des Brisants. Un mage des vents se trouverait à bord. Il comprendrait la situation et ferait activer la manœuvre.Son apparition en ces lieux ne passa pas inaperçue, car,d’habitude, peu de personnes aussi célèbres s’y aventuraient. En quelques instants, tout mouvement cessa sur le port ; les marins présents sur les navires s’arrêtèrent de travailler et se collèrent aux bastingages en se demandant ce qui pouvait bien amener ici ce personnage aussi légendaire.
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Sur leSoleil Levant, Mirkoon, jeune enchanteur de la guilde de la cité des Brisants, regardait l’équipage procéder au chargement de la cargaison. Le bateau prendrait le chemin du retour une fois les marchandises à bord et ce serait alors à lui de jouer. En tant que mage du vent, son rôle était de contrôler les tempêtes, de faire naître les brises favorables. Les intempéries étaient cependant rares en cette saison dans les eaux sur lesquelles ils allaient naviguer. Ce voyage ne serait jamaisque le deuxième qu’allait effectuer Mirkoon, car le jeune homme venait tout juste de choisir son nom de guilde, mais cette traversée était surtout pour lui la promesse d’un mortel ennui.La marée hauteapprochant, l’équipage s’activait pour charger promptement la cargaison. Polzner, le capitaine du vaisseau, était même présent sur le pont pour veiller au bon déroulement des opérations. Soudain, les marins s’arrêtèrent de travailleret se mirent tous à regarder dans la même directionMirkoon se pencha et vit qu’un personnage vêtu d’une longue robe noire, probablement un mage, s’avançait sur les quais. Il semblait être la cause de tout ce désordre. Ce n’est que lorsque le jeune enchanteur entendit l’un des membres de l’équipage désigner le visiteur en disant « Serpent ! » qu’ilcomprit à qui il avait affaire : le légendaire Archimage de la ville d’Arenjun venait de faire son apparition sur le port! Fasciné, Mirkoon se mit, lui aussi, à observer lhomme en noir. Soudain, leurs regards se croisèrent et,sans même qu’illeur fût besoin de prononcer une seule parole,l’information circula entre eux ; Mirkoon comprit instantanément ce que son aîné attendait de lui. Il leva les mains et invoqua son pouvoir. Sa voix retentit sur le quai, tel un coup de tonnerre. ! Nous partonsCessez ce que vous faites ! Laissez la cargaison et remontez à bord immédiatement ! Les marins se dévisagèrent dun air surpris, puis se tournèrent vers Polzner, le vieux loup de mer qui les dirigeait. Un représentant de la guilde pouvait parfois prendre le commandement d’un navire, mais cela se passait d’habitude en haute mer, pendant une tempête ou dans une situation de grave péril. Que cela se passe ici, au port? Qu’arrivait-il donc à leur « venteux » ? Le capitaine du vaisseau devint blanc de colère. Laisser la cargaison ? Mais, Mage, tu n’y pensespas ! Qui va nous la payer ? Toi, peut-être ? L’Archimage Serpent se rend à notre bord, Capitaine. Il souhaite que nous appareillions immédiatement. Dois-je lui répondre que vous vous y refusez ?
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Polzner jeta un regard sceptique à son interlocuteur, puis se pencha vers le quai, où l’homme en robe noire, continuant à progresser d’un pas rapide, avançait effectivement en direction duSoleil Levant. Le capitaine se redressa, livide, et se mit à hurler des ordres à l’équipage. Tous les marins abandonnèrent cequ’ils étaient en train de faire et se hâtèrent de regagner le navire. Serpent, toujours plongé dans ses pensées, monta par la passerelle de bois sans prêter attention à l’agitation qu’il venait de déclencher, et se dirigea droit vers le jeune homme. Une extrême urgence m’appelleet je souhaite une aide immédiate. Tu voudras excuser ces manières auprès de ces hommes et de leur employeur. Il en sera fait selon vos désirs, Serpent, dit Mirkoon sans hésitation. On ne contestait pas les décisionsd’un si puissant personnage. Donne l’ordre d’appareiller. Fais mettre le cap versla côte froide, sur les landes. La côte froide ? Mais ? Nous sommes dans la saison des amours des baleines ! J’en suis conscient. C’est un risque que j’assume. Je me chargerai de demander un droit de passage pour l’équipage.Mirkoon fut surpris, mais préféra ne pas poser de question. À vos ordres, Archimage. Prenez ma cabine, je partagerai celle du capitaine. Serpent, connaissant la promiscuité qui régnait à bord de ces navires, lui fût reconnaissant de cette proposition. Tes secrets seront gardés. Je te devrai une aide quand tu le désireras. Une telle promesse montrait toute l’importance que l’Archimage attachait à ce voyage et indiquait la confiance qu’il plaçait en ce jeune homme; Mirkoon ne sut s’il devait en être heureux ou effrayé. Serpent s’en aperçut et fit alors un geste rare et précieux entre deux membres de la guilde :il posa sa main sur l’épaule de Mirkoon pour prononcer une courte phrase. Ma mission nous concerne tous. Ton aide ne sera pas mise en défaut. Puis il prit la direction de la cabine sans en demander le chemin, signe qu’il avait déjà voyagé dans un de ces navires et qu’il en connaissaittous les secrets. Mirkoon resta longuement perdu dans ses pensées : la confiance que son aîné venait de lui manifester l’avait touché. Il finit, malgré tout, par remarquer le profond silence qui régnait sur le pont et leva les yeux, pour voir le regard surpris des marins et du capitaine. Peuple des Brisants ! Notre mission est urgente. Appareillez le plus vite possible, je vous indiquerai la direction à suivre. En appelant l’équipage «peuple des Brisants » et non pas « matelots », Mirkoon souhaitait
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faire comprendre à ces hommes que ce voyage ne dépendait plus de leur armateur. Il espérait aussi que cela alimenterait les discussions et que les marins en oublieraient, pendant un temps, de se demander vers quel endroit ils étaient en train de naviguer. Il se dirigea vers le capitaine, le prit par le bras et l’emmena un peu à l’écart. Polzner était un marin expérimenté. Il était presque une légende à la cité des Brisants, respecté pour sa compétence, mais aussi, malheureusement, craint pour son mauvais caractère. Encore aujourd’hui,et même devenu mage des vents, Mirkoon hésitait à affronter ou à contredire le vieux loup de mer. Polzner, je ne sais pas ce que l’Archimage a en tête, mais il a été très clair sur deux points: il veut toute notre célérité et il t’en récompensera grassement. Peut-il compter sur toi ? Nous discuterons de tout cela plus tard ! Le capitaine avait du mal à se contrôler. Cela n’étaitrien en comparaison de la encore fureur qui risquaitd’être la siennedans peu de temps. Polzner se retourna et hurla des ordres. Un groupe de marins courait déjà sur le quai pour
rejoindre le navire. Au passage, comprenant l’urgence, sans en connaître la raison, ils commencèrent à détacher les amarres, abandonnant le reste de la cargaison. Serpent entra dans la cabine du mage sans prêter attention aux protections que celui-ci y avait installées. C’est même machinalementqu’ilse les appropria et les modifia pour lui-même. La seule chose qu’il remarqua fut la jeunesse de Mirkoon et son manque d’expérience.Il faudra que je lui montre quelques tours pour sa sécurité,pensa-t-il. Ils’assit sur le fauteuil enbois, posa ses coudes sur la table et mit sa tête entre ses mains. Ce qui venait de se passer n’était pas normal: le récit de Kasim avait déclenché trop d’images en lui, des impressions qui ne semblaient pas lui appartenir, comme un sortilège. Une ruse du nain ? Celui-ci était son ami depuis trop longtemps pour oser lui jouer un tel tour. Alors quoi ? Et surtout, qui? L’Archimage allait devoir faire une méticuleuse recherche sur lui-même etce qu’il risquait d’y découvrir l’inquiétait. Il avait visiblement des souvenirs de l’histoire qu’avait contée Kasim, mais comment cela était-il possible? Il s’était bien rendu à plusieurs reprises dans les landes, au début, pour la diplomatie, puis, pour une femme. L’unique amour de savie, celle pour laquelle son cœur s’était embrasé.Mais elle n’avait, hélas, jamais voulu de lui plus que quelques rencontres courtes et torrides. De dépit, il avait préféré jeter un voile sur cet épisode etavait tout fait pour l’oublier. Mais, en y repensant bien, que s’était-il vraiment passé ? Le navire quittait le quai,Serpent le sentait, l’entendait. Le voyage allait durer deux bonnes
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semaines ; un délai suffisant pour trouver la vérité, avant demarcher jusqu’au village du vieux chaman. Ainsi, il pourrait enfin découvrir ce qui,pour l’instant, lui échappait. Inutile d’attendre, Mirkoon saurait que l’Archimage ne devait pas être dérangé. Serpent plongea en lui-même, suivant les fils de sa magie. Il était conscient que le temps n’avait plus la même valeur dans ces moments. Se consacrer à l’étude delui-même était la chose la plus importante pour un enchanteur d’une puissance telle que la sienneet la situation était grave : il devait impérativement comprendre ce qui lui arrivait. Il y avait sans doute quelque chose enfoui en lui, quelque chose auquel il était si habitué qu’il n’y faisait plus attention, mais qui ne lui appartenait pas. Et il devait absolument savoir ce que cela était.
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1Mirkoon
Sur le pont duSoleil Levant, Mirkoon se sentait de plus en plus mal à l’aise. Le capitaine du navire le suivait, comme un enfant. Le jeune homme savait que Polzner ne pensait qu’à l’argent, que cette situation ne lui plaisait pasque le mage des vents allait en entendre et parler pendant longtemps si quelque chose se passait mal. Mais on ne désobéit pas aux ordres d’undignitaire comme Serpent ; cela au moins était clair. Polzner, finalement,n’y tint plus: ? Mon cher Mirkoon, connaissant votre manqueMais enfin, où allons-nous d’expérience sur lamer, je me permettrai de vous conseiller, pour peuque vous m’indiquiez notre destination ! Vous risquez de ne pas l’apprécier,Capitaine. Vous m’inquiétez! Je me dois à la cité des Brisants et à mon équipage ! Mirkoon se retourna vers son interlocuteur. Polzner était déjà un navigateur célèbre quand lui-même n’était encore qu’un enfant : le jeune homme admiraitl’aventurier et le respectait. Mais le vieux loup de mer était aussi réputé pour son sale caractère et Mirkoon savait que son vis-à-vis allait se mettre très en colère dès qu’il apprendraitleur destination. Mais comme il faudrait bien le lui annoncer un jour, autant le faire maintenant. Nous faisons route vers la côte froide, sur les landes. Le visage du capitaine vira du rouge au blanc. Ses mâchoires se serrèrent brusquement et Mirkoon entendit les dents du marin grincer sous la pression. Serpent nous donnera le passage, se crut-il obligé de préciser. Par Ejiwesh et par tous les dieux des Brisants ! Ton sorcier est fou, gamin ! Tu sais bien que, pendant la saison des amours, les baleines ne prendront aucun risque avec nous et nous réduiront en morceaux ! Ne parlez pas si fort, Capitaine, les Archimages ne sont pas connus pour leur patience ni pour leur tolérance. Mais réfléchissez ! Rendre ce service à Serpent n’irapas non plus sans avantages. Et ce, aussi bien de la part de l’Archimage que de la guilde, qui sera heureuse de ce que vous pourrez lui dire sur cette expédition. Et vous pourrez commercer en dehors de la saison…Le regard du marin se fit lointain ; Mirkoon pouvaitvoir l’or s’yaccumuler. C’était bien
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un marchand! Pour le jeune mage, la gloire qu’il retirerait de ce voyage serait encore bien plus grande, mais,cela, Polzner n’avait pas besoin de le savoir.Le capitaine avait posé ses coudes sur le bastingage et, de ses mains, il lissait sa barbe, ce qui lui donnait un air pensif et calculateur. Après tout, pourquoi pas, dit-il soudain en se redressant ! Eh bien, mon ami, remettons-nous au travail : le trajet sera long ! Parcontre, nul autre que toi ne s’approchera de l’Archimage de toute la traversée. Je ne tiens pas à voyager avec des lapins. Cette vieille fable sur les magiciens qui transformaient les hommes en lapins ! Cela avait toujours fait rire Mirkoon. Pourtant les matelots avaient développé, avec cette légende, une aversion étrange envers les rongeurs. On ne devait jamais, au grand jamais, manger un de ces animaux sur un navire, de peur qu’ilpuisses’agir d’un membre de l’équipage ensorcelé. Dans ce cas, Capitaine, je vous propose de mettre le cap sur notre destination et j’appellerai les vents pour nous pousser. J’amènerai les repas à Serpent moi-même et je prendrai ses ordres tous les matins. Contrat de marin !
Polzner cracha dans sa main. Contrat de marin ! Mirkoon cracha dans la sienne ; il savait trop bien que le vieux loup de mer, connaissant la répulsion des mages envers cette coutume qu’ils jugeaient indigne d’eux, espérait un refus de son « venteux ». Cela lui aurait permis de ne pas respecter leur accord s’il y avait vu son intérêt. En regardant la main tendue et en apercevant le grand sourire innocent qui ornait le visage du jeune homme, ce fut Polzner qui hésita. Mais l’appât du gain étaittrop fort et le pacte fut scellé. La journée qui suivit fut fatigante. La houle étant faible, Mirkoon en profita pour lancer un vent puissant, qui donna de la vitesse au navire. Tous les marins étaient au travail. Le soir arrivant, le jeune homme dut relâcher son effort, car il devait maintenant affronter une autreépreuve, qu’il attendait et redoutait en même temps: apporter son dîner à l’Archimage. Sur le pont, le cuistot distribuait unepitance faite de bœuf bouilli et de légumes. Chacun se servait en painet en produits frais pendant qu’ilsétaient encore disponibles ; bientôt, il faudrait manger de la galette de blé et du poisson séché à presque tous les repas. Mirkoon emplit deux assiettes etprit une miche entière. Il alla même jusqu’à délester la réserve du capitaine d’une bouteille de vin; il savait que cedernier n’oserait pas protester. Ainsi armé, il
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