Six Kilogrammes

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Quand Henry trouve la tête de sa femme devant sa porte un dimanche matin, ça le fait bien rigoler. Il est un peu contrarié aussi, car Gigi, c’est toute sa vie. Alors il laisse tomber Le Jour du Seigneur, emporte sa douce dans un cabas et part à la recherche des sagouins qui ont fait le coup. Il est loin de se douter qu’il croisera la route d’un légionnaire turc albanais, d’un nain proxénète et de succubes aussi belles que dangereuses.

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EAN13 9791034200450
Langue Français

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Laurent Copet

 

 

 

 

 

Six kilogrammes

 

 

Table des matières

Six kilogrammes      1

L’auteur16

Mentions légales      17

 

 

Six kilogrammes d’emmerdes. C’est ce que je me suis dit en voyant la tête déposée sur mon paillasson. Comme si le premier chien venu m’avait offert sa crotte. L’idée m’a bien fait rigoler.

Bon, inutile de tourner autour du pot, j’avais tout de suite reconnu la tête. De longs cheveux noirs, bouclés, des yeux en amande, presque comme ceux des Asiatiques, sauf que ceux-là étaient bleus. Des yeux qui me fixaient d’un regard trouble. Ils avaient plutôt l’air de deux capsules de gélatine. La bouche, aux lèvres charnues, s’entrouvrait à peine comme pour essayer de sourire, mais une bonne dose d’effroi gâchait le résultat. Si on excluait le fait qu’elle n’avait plus de corps, c’était une tête sacrément jolie.

J’ai soupiré, puis je me suis baissé pour la ramasser. C’était la première fois que je portais une tête. Ça pèse son poids. Je me suis aperçu que le sang gouttait un peu partout sur mon paillasson. La base du cou était salement déchiquetée, un vrai travail de sagouin. J’ai arrêté de divaguer et j’ai rentré la tête de ma femme dans la maison.

Je suis retourné m’asseoir dans le canapé et j’ai posé Gigi sur la table basse, à côté de la cafetière.

Où est-ce que t’as encore passé la nuit ?

Elle n’a rien répondu.

J’ai haussé les épaules et j’ai fini mon bol de café. Dans le suivant, j’ai mis une rasade de whisky. J’ai voulu trinquer à sa santé, mais elle m’a snobé, encore une fois. Une petite flaque rouge commençait à se répandre sur la table basse.

Comme Gigi ne voulait pas me parler, j’ai remis la télé. J’ai regardé Le Jour du Seigneur pendant que Gigi me regardait moi. Je ne l’ai pas tournée vers l’écran, parce que ça ne servait à rien, elle était morte. Et puis, de toute façon, elle ne méritait pas de regarder Le Jour du Seigneur, vu qu’elle ne voulait pas me décrocher un seul mot.

À la télé, les gens chantaient. Surtout des vieux. J’aime bien les vieux, ils sont gentils et ils ont plein de rides. C’est comme s’ils avaient gravé l’histoire de leur vie, un livre où toutes les lignes se seraient embrouillées. Il faudrait un dictionnaire pour nommer toutes leurs rides. Les vieux, c’est fascinant.

Gigi, elle, n’a qu’une seule ride. La ride du lion. Même là, alors qu’elle était morte, on la voyait, plantée tout droit entre ses yeux bleus de Chinoise.

Je lui ai proposé une lichette de whisky. Je me suis dit que ça l’aiderait à me parler. Pour sûr, ça l’a aidée. J’ai à peine écarté ses lèvres pour y glisser le goulot qu’elle m’a craché le morceau. J’ai d’abord cru que c’était une grenouille et j’ai poussé un petit cri. Mais en fait, c’était plus fort que ça : un billet de cinquante plié en grenouille. Un genre d’origami.

J’ai regardé la tête de ma femme et je me suis marré, encore une fois.

Je ne sais plus combien de temps je suis resté assis à boire du café, à regarder Le Jour du...