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Sortilège au Muséum

De
80 pages
Stéphane, élève de 3ème, vit dans le Muséum d'Histoire naturelle de Rouen dont son père est conservateur. Il a grandi au milieu des animaux empaillés et des fossiles... Mais le vieux musée doit fermer. Difficile à accepter pour Stéphane. Et il n'est pas le seul. Des faits inquiétants se produisent : une momie disparaît, du sang se matérialise dans la vitrine du puma, les animaux empaillés bougeraient, des oiseaux attaquent l'atelier de taxidermie...
Est ce un sabotage ? Une malédiction ? Le Muséum se révolte.
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Phîîppe Deerm
Sortîège au Muséum
Gallimard Jeunesse
© Édîtîons Gaîmard Jeunesse, 2014
Iustratîon de couverture : Antoîne Ronzon
Chapître 1 L’enfant du Muséum
– Sî, Stéphane, tu peux me croîre, une grande nouvee, et quî va nous changer a vîe ! I însîstaît. Sans doute ne devaîs-je pas être assez enthousîaste à son goût. Depuîs e départ de ma mère, deux ans auparavant, j’avaîs ten-dance à me méier des grandes nouvees. Ce que j’aîmaîs, c’étaît cette curîeuse petîte vîe à deux que nous nous étîons faîte entre hommes, sans chîchîs. Le undî, c’est moî quî préparaîs e dïner, et mes pâtes au fromage étaîent parfaîtement a dente, ce soîr-à. – Mange, Pau, ça va refroîdîr ! J’avaîs dît ça tout doucement, tout patîemment. Interoqué, î me regarda par-dessus ses petîtes unettes rondes d’înteo, et son front dégarnî se pîssa tout à coup. I ne s’y faîsaît pas. Bîen sûr, î n’osaît rîen me dîre. Bîen sûr, î comprenaît. Papa 7
ne passaît pus, aors je dîsaîs Pau. Une manîère de traduîre ce rapport nouveau entre nous, cette tendresse maadroîte ponctuée de ongs sîences. – Tes pâtes sont très bonnes ! reprît-î en se penchant sur son assîette. Puîs, un peu gêné, î ajouta : – Je saîs ce que tu penses. Pour toî, e musée, c’est îcî. Moî aussî, j’aîme bîen ce côté Jues Verne, cette ambîance de vîeîe bîbîothèque pour savant fou. Maîs on commence à crever sérîeu-sement de toute cette vîeîerîe. Quand mes co-ègues de Parîs me demandent des nouvees, j’aî ’împressîon qu’îs guettent es toîes d’araîgnée sur ma veste !
Je ’écoutaîs vaguement. Déjà, je sentaîs que e petît ronron de son monoogue aaît repartîr vers ce grand projet d’un musée décentraîsé, ouvert sur a régîon, avec ces fameuses « unîtés pédago-gîques » quî devaîent draîner un nouveau pubîc. Toutes ces expressîons ne me paîsaîent guère. Comment monsîeur Pau Fortîer, dîrecteur du Muséum d’hîstoîre naturee, pouvaît-î évoquer avec une tee désînvoture cet unîvers que j’avaîs toujours cru sacré à ses yeux ? Le musée étaît-î sî vîeux ? Je ne m’étaîs jamaîs posé a questîon. 8
J’étaîs né à, quînze ans auparavant, dans ’appar-tement de fonctîon du dîrecteur, au troîsîème étage, juste au-dessus de a sae des oîseaux. Les escaîers en coîmaçon, es anîmaux empaî-és, es mînéraux, es bocaux, es însectes épîn-gés, es vîtrînes, tout cea faîsaît partîe de moî. J’avaîs rîsqué mes premîers pas sous e regard gre-nat des grands ducs, devant a carapace de a tor-tue ééphantîne de ’ïe Maurîce, a trompe du tamanoîr… Je connaîssaîs chaque ame de ces parquets îmmenses quî couraîent sur es troîs étages du musée. Pus tard, mes copaîns d’écoe avaîent envîé mes prîvîèges. Pouvoîr arpenter seu ces ongues saes mystérîeuses, quand es dernîers vîsîteurs s’en étaîent aés, m’abandon-nant e domaîne ! Le père Duboîs, e concîerge, regagnaît sa oge du rez-de-chaussée, d’où ne tar-daîent pas à monter comme une musîque famî-îère es éternees dîsputes quî ’opposaîent à sa femme. Je montaîs e arge escaîer quî menaît au premîer étage, m’arrêtant devant es vîtrînes muraes où étaîent présentées es écorces d’arbres du monde entîer.Violette éteinte. Teck du Tonkin. Palissandre odorant. Matapo. Gaïac. Irako. Espe rille. Bois d’or. Avanduré. Amadouvier. Oncabala.L’étîquette caîgraphîée sous chaque écorce avaît 9
pus d’împortance que e boîs uî-même. Petîtes étîquettes bîseautées, dont ’encre un peu passée, presque sépîa, faîsaît penser à des sagesses d’autre-foîs, à a patîence d’un secrétaîre aux manches ustrées, appuyé sur e cuîr sombre d’un sous-maîn gaonné d’or, dans a umîère verte d’une ampe d’opaîne încînée vers uî. Je me répétaîs ces mots étranges quî faîsaîent déier en moî ’îmage des puîes chaudes, des hîbîscus et des bougaînvîées, ’îmage rougeâtre des pîstes afrîcaînes, et cee, pus sombre et pus menaçante, des forêts ama-zonîennes, traversées de senteurs musquées, peu-pées de présences înquîétantes. Je n’avaîs pas besoîn de retenîr ces mots. I me sufisaît de passer tous es soîrs devant ces noms fabueux. C’étaît ma façon de îre, et ma façon de voyager. Je n’étaîs pas un bon éève. Au coège, mon professeur de bîoogîe, mademoîsee Lecoq, me rendaît mes copîes avec un petît rîctus de ses èvres mînces : – Eh bîen, monsîeur Fortîer, pour quequ’un quî demeure dans e Muséum d’hîstoîre naturee ! Son îronîe ne me touchaît guère. Insensîbe à a reproductîon des fougères, aux transforma-tîons des amîbes, à ’évoutîon des couches sédî-mentaîres, je possédaîs à ma manîère un unîvers 10