Sur le fil
116 pages
Français

Sur le fil

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Description

Composé de quinze nouvelles articulées autour du thème de la perte (perte de l’être aimé, d’un parent, d’un enfant, de sa motricité, de sa beauté, etc.), Sur le fil met en scène des personnages aux prises avec les tourments de la vie, des hommes et des femmes aux destins brisés qui se débattent avec leur souffrance ; seuls certains parviendront finalement à trouver la force de se relever, tandis que les autres se laisseront dévorer par leurs démons.

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Date de parution 02 octobre 2013
Nombre de lectures 2
EAN13 9782890318649
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

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Catalogage avant publication de BAnQ et de BAC
Déry, Maude  Sur le fil  ISBN 9782890318625  ISBN 9782890318649 ePub  I. Titre.
PS8607.E75137S97 2013 C843’.6 PS9607.E75137S97 2013
C2013940922X
Nous remercions le Conseil des arts du Canada ainsi que la Société de développement des entreprises culturelles du Québec de l’aide apportée à notre programme de publication. Nous reconnaissons également l’aide financière du gouvernement du Canada, par l’entremise du Fonds du livre du Canada, pour nos activités d’édition. Gouvernement du Québec – Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres – Gestion SODEC.
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e Dépôt légal : BAnQ et BAC, 3 trimestre 2013 Imprimé au Canada
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Maude Déry
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Où tout a commencé
Tu es nue. Il ne reste plus qu’à soulever l’inter rupteur. Allez.Ferme les yeux.CLICK. L’image que te renvoie ton miroir ne t’effraie pas. Tu rêves d’embrasser le monstre. À la place, tu t’enlaces, puis pivotes sur tes talons jusqu’à ce que le vertige te gagne, jusqu’à ce que tu t’effondres sur le plancher de ta chambre, désarticulée. Une grande fatigue s’empare alors de toi.
***
Tu te réveilles dans l’épaisseur du noir, les jambes pressées contre ton ventre rebondi, te lèves en t’appuyant sur ta commode de bois. Un léger hautle cœur te secoue pendant que tu effleures le miroir du bout des doigts, sans un regard pour toi. Le condominium cerclé d’ombres et de lumières. Tu retrouves ta chaise grinçante, ton châle contre le dossier d’ébène, ramènes tes pieds sous le tissu, te berces doucement, fiévreusement ensuite. Le décor bouge, les meubles tournoient comme des carrousels, tu retiens ton souffle. Autour de toi naissent les flammes, les cris,
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les vapeurs noires, la toux sèche. Tes mains s’agrippent aux accoudoirs, tes pupilles dilatées cherchent un point d’ancrage, un coin de mur intact. Tes dents claquent, mais pas de froid. Tu avales l’air sans expirer, tes ongles s’enfoncent dans le bois à chaque nouvelle poussée. Quelque chose craque. Ton mouvement de pendule meurt tandis qu’apparaissent les premières lueurs du jour. Tu te traînes jusqu’à la salle de bain. Là, tu ouvres les robinets, ajustes la température de l’eau, la regardes monter, t’allonges dans la baignoire. C’est bouillant. Tu appuies ta tête contre le marbre, détendue. Puis, tes doigts palpent tes mamelons, caressent tes seins. On dirait qu’ils enflent. L’autre main se faufile jusqu’à ton nombril, chatouille la touffe d’encre, s’y glisse.Ferme les yeux.Tu imagines le poids d’un autre corps sur le tien, les lèvres d’un homme sur ton cou. Il répète ton nom plusieurs fois, ses coups de reins se multiplient en même temps que ton plaisir. Tu halètes lorsqu’il griffe tes fesses. Ton dos se cambre, tes cuisses se ferment, puis s’ouvrent de nouveau. La bouche béante, tu gémis. Tes muscles se relâchent, un à un. Tu plonges la tête sous l’eau, puis fais mousser tes cheveux. Une odeur de cannelle se répand dans la pièce. Tu crois aussi deviner un parfum de girofle et de sapin.Étrange. Tu te laves avec soin, comme si quelqu’un te recevait bientôt chez lui, un inconnu venu d’une région où les arbres embaument jusqu’au ciel. Une fois rincée, tu soulèves le bouchon et sors du bain.
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Tu t’observes dans la glace audessus de l’évier. Quelques mèches collent à tes épaules. Ta paume cache la première cicatrice de ton visage, qui naît à la pointe de l’œil droit et se brise à la commissure des lèvres. L’autre main est posée sur ta joue gauche scindée en deux hémisphères jumeaux. La troisième entaille, toujours visible, traverse ta mâchoire de l’oreille gauche au menton. Tu la dissimules derrière une frisette noire. Bien. Tu t’enroules dans une serviette, puis rejoins ta chambre. Tu ouvres les tiroirs de ta commode et vides le contenu sur ton lit à baldaquin. Tu inspectes chacun de tes vêtements, à la recherche d’une trouvaille ines pérée. Pas assez chic, décolleté, ajusté, pas assez noir. Voilà. Tu t’empares de la robe avec rage, fais glisser la serviette sur le sol, t’enduis de lotion, la laisses péné trer avant de t’asperger d’eau de Cologne. Tu enfiles ta tenue, fouilles ensuite dans ton coffre à bijoux. Choisis un pendentif en argent. Une longue queue sertie d’une perle.Parfait. Tu t’offres au miroir, encore. De la mousse pour raviver les boucles fatiguées. Un coup de sèchecheveux pour les fixer. Une broche pour les retenir en un chignon rebelle audessus de la nuque. Ne reste plus qu’à camoufler tes marques. Tu étends le fond de teint une première fois. Trois couches suffisent à te convaincre. Puis, tu maries l’ombre à paupières avec le rouge de ta robe, englues tes cils de mascara, soulignes ton regard avec un trait de crayon brun, maquilles tes lèvres et tes joues de rose. Tu recules pour mieux t’admirer.Très bien. Dans ton garderobe, une dizaine de paires de souliers.Les plus bruyants, les
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plus hauts. Ta démarche, assurée, résonne dans chacune des pièces, jusqu’à ce que tu refermes la porte derrière toi. Dehors, les passants ne cachent pas leur fascination. Chaque regard, chaque sourire te donnent l’impression de marcher aux côtés d’une étrangère. Tu avances la tête haute, tes talons résonnent sur les pavés chargés de vie. La chaleur de mai dore ta peau, les bosquets de lilas mêlent leur arôme au tien. Tes yeux, dissimulés derrière les verres fumés, se délectent des passants les plus costauds, dont les épaules, larges et droites, te font rêver. L’un d’eux entre dans un café. Tu le suis. Il s’assied, seul, à une des banquettes près de la fenêtre, attrape un journal, l’œil concentré. Tu t’ins talles à la table voisine, commandes un expresso allongé en lui jetant de temps à autre un regard rempli de curiosité. Absorbé dans sa lecture, il ignore ta présence. Tu soupires. C’est là qu’il pose les yeux sur toi et te sourit. Tu l’imites et portes ta tasse à tes lèvres. Vous vous taisez. Tu remontes tes verres fumés sur ta tête. Les secondes passent. Il ferme son journal, le plie, s’approche de toi et te demande s’il peut prendre place à tes côtés. Tu approuves d’un hochement de tête. Tu te présentes et lui tends la main. Il la serre, assez longtemps pour que tes joues rougissent. Il se nomme. Tu apprends qu’il habite non loin d’ici, qu’il adore déambuler dans les rues du centreville, qu’il possède un chalet dans les Laurentides, « où ça respire », précise til.Tiens, un homme des bois. L’excitation monte. Tu te racles la gorge pour reprendre contenance, puis lui poses la seule question qui te vient en tête. Il répond
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