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Tragédie amoureuse au coeur du conflit Bantous-Pygmées

De
162 pages
Dans une contrée au coeur de la forêt congolaise, vivent deux peuples frères, les Bantous, majoritaires, et les Pygmées, minoritaires. Les premiers exercent une domination sans pitié sur les seconds. Cette cohabitation déjà tendue va connaître une dégradation suite à une histoire passionnelle entre une jeune étudiante bantoue et un jeune Pygmée...
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Estelle Bérangère Itoua-Zanza
Dans une contrée au cœur de la forêt congolaise, vivent
deux peuples frères, les Bantous, majoritaires, et les Pygmées,
minoritaires. Les premiers exercent une domination sans
pitié sur les seconds. Cette cohabitation déjà tendue va
connaître une dégradation suite à une histoire passionnelle
entre une jeune étudiante bantoue et un jeune Pygmée…
Estelle Bérangère Itoua-Zanza est née en 1968 à Pointe-Noire en
République du Congo. Diplômée en comptabilité, elle est mariée et
mère de six enfants. Tragédie amoureuse
Illustration de couverture : © Tinkstock au cœur du confit
Bantous-Pygmées
Roman
ISBN : 978-2-343-01717-4
16 €
Tragédie amoureuse au cœur du confit Bantous-Pygmées Estelle Bérangère Itoua-Zanza








Tragédie amoureuse
au cœur du conflit
Bantous-Pygmées



Estelle Bérangère Itoua-Zanza










Tragédie amoureuse
au cœur du conflit
Bantous-Pygmées



Roman
























































































- Congo































































































© L’Harmattan, 2013
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-01717-4
EAN : 9782343017174

I


Les villageois du petit village forestier de Boussy-Bongoy
revenaient du cimetière du village. Ils avançaient à petits pas,
le visage fermé, la mine défaite et silencieuse. On entendait
juste le bruit produit par leurs pieds qui foulaient le sol
comme un troupeau de bêtes sauvages et les pleurs incessants
d’un nourrisson d’un jour. Le bébé était une fillette qui criait
de faim dans les bras d’une quinquagénaire. C’était sa grand-
mère. Sa bouche était ouverte comme un oisillon en quête de
son repas. Que s’était-il donc passé ?
Pourquoi ce bébé d’un jour ne se trouvait-il pas dans les bras
de sa mère pour téter jusqu’à satiété ?
Qui donc tout ce village venait d’inhumer ?
Une triste et tragique histoire.
La morte était la mère de cette fillette, répondant au nom de
Simone Diké, une jeune belle, douce, gentille, rayonnante
fille, pleine de vie. Sa présence illuminait ce petit village
riverain de la rivière Motaba jusqu’au jour où l’opprobre
arriva par elle, enfin, comme le disaient les villageois.
Comment cela arriva-t-il ?
Le père de Simone, monsieur Simon Diké, grand
fonctionnaire de son état, et son épouse Rosalie, ménagère,
vivaient en ville, précisément à Brazzaville, ainsi que leurs
deux garçons. Simone était la dernière-née de cette famille de
trois enfants. Le couple Diké avait donné à leurs enfants une
éducation religieuse ciblant l’amour de son prochain et le
respect de la personne humaine. Les parents de Simone,
laquelle avait vingt ans, veillaient sur sa virginité afin de
l’offrir à son futur époux. Ce qui n’était pas le cas de
nombreuses filles de son âge, perverses et cupides. Pourtant,
sa beauté ne passait pas inaperçue. Simone ne manquait pas
d’admirateurs, elle se savait très attrayante, avec son beau
5visage assorti d’un beau corps. Le fait de savoir tous les
garçons tourner autour d’elle comme des abeilles l’amusait
beaucoup. Malgré l’incitation de ses copines à avoir un
copain, elle ne se laissait pas avoir. Ses parents étaient très
fiers de leur fille et ne tarissaient pas d'éloges à son endroit,
surtout qu’elle venait de réussir à son baccalauréat.
Comment une famille aussi paisible et unie comme celle des
Diké pouvait-elle être frappée par une tragédie ? Suivons
l’histoire pour comprendre.
Après trente années de fonction, monsieur Diké avait atteint
l’âge de la retraite. Il avait passé toutes ces années avec sa
femme Rosalie, chose rare dans son pays où dès qu’un
homme accédait à une haute fonction, il changeait ses
habitudes. Principalement, il procédait au changement de
femme ou prenait plusieurs femmes comme pour étaler sa
fortune et sa puissance. Sottise ! Monsieur Diké, l’un des
rares qui avaient gardé la même femme bien que peu
scolarisée. Maman Rosalie, comme l’appelait son entourage,
était beaucoup jalousée par ses copines en raison de la fidélité
et de la considération que lui accordait son mari. Maman
Rosalie était une femme très pieuse et douce qui savait
écouter les autres. Elle avait beaucoup de chance d’avoir un
mari comme le sien.
Voilà deux mois déjà que monsieur Diké avait arrêté de
travailler. Il avait une hantise. Ses nuits étaient difficiles.
Pendant que son épouse dormait, lui se tournait et se
retournait toute la nuit dans son lit sans trouver le sommeil.
Plus d’une fois déjà, maman Rosalie l’avait surpris éveillé, à
sa grande stupéfaction. Le jour, monsieur Diké se fermait
dans un mutisme que ses enfants ne manquèrent de
remarquer. Ce qui les conduisit à accabler leur mère de
questions pour savoir le pourquoi de ce désintéressement aux
débats. Maman Rosalie, connaissant son mari mieux que
quiconque, répondait aux enfants mi-figue mi-raisin.
-Patience !
6Maman Rosalie savait que son mari, lorsqu’il avait un
problème qui le tourmentait, ne s’ouvrait jamais sous le coup
de la pression. Elle conseillait souvent à ceux qui voulaient le
brusquer ceci :
-Laissez-le, il est semblable à un abcès, ne le percez pas tant
qu’il n’a pas atteint sa maturité, laissez-lui le temps de se
percer tout seul.
Effectivement, cela arriva une nuit, elle se réveilla en sursaut
bien que profondément endormie. En ouvrant les yeux, elle
trouva son mari éveillé, le regard tourné vers elle.
-Tu veux causer ?
-Oui, lui rétorqua-t-il
Elle poussa un soupir de soulagement en s’asseyant à côté de
lui. Enfin, nous y étions, l’abcès était sur le point de se
perforer. Monsieur Diké fixait un point invisible sur le mur
de la chambre, puis son attention se porta sur son épouse. Il
étendit sa main vers elle.
-Approche, dit-il, car ce que j’ai à te dire est d'une extrême
importance.
Maman Rosalie s’exécuta, toujours sans commentaire.
Monsieur Diké se racla la gorge, il avait ce tic chaque fois
qu’il avait une chose d’extrême importance à dire.
-Ma chère épouse, voilà bien, jour pour jour, trente années
que nous sommes en ville. Nous vivons heureux et avons
surmonté diverses épreuves ensemble. Nous y sommes
arrivés très jeunes. C’était une immense joie pour nous deux,
surtout avec tous les projets que nous avions. A ce jour, je
peux dire que nos objectifs ont été atteints. Nous deux ne
sommes pas de la ville, mais du village où nous avons bâti
une belle maison semi moderne.
La ville nous a permis de travailler, de réaliser nos rêves et,
surtout, de faire profiter à notre progéniture de meilleures
études dont nous n’avions pas eu la chance de bénéficier. En
conclusion, voilà bien deux mois que nous sommes arrivés à
terme de notre fonction. (Lorsqu’il s’agissait du
7travail, monsieur Diké parlait toujours au pluriel, considérant
qu’ils avaient tous les deux travaillé, sa femme et lui.)
Nous avons une maison au village comme je l’ai dit tantôt.
J’aimerais vivre mes derniers jours dans mon village. Mon
souhait est que je sois enterré sur les terres de mes ancêtres,
aux côtés de mes parents.
Concernant les enfants, les deux plus grands travaillent déjà,
j’ai l’assurance qu’ils sauront prendre soin de Simone. Mon
inquiétude c’est toi, puisque la famille se scinderait en deux
dans les prochains jours. Je n’aimerais pas influencer ta
décision.
Maman Rosalie secoua la tête. Tel était donc le motif de son
mutisme ? Avait-il perdu confiance en la femme de sa vie ?
s’interrogea-t-elle en son for intérieur.
Elle en était catastrophée sans le faire apparaître le moins du
monde à son mari qui ne se doutait de rien.
Maman Rosalie savait bien contenir ses émotions. Elle
accorda à son mari un sourire attendrissant et indulgent.
-Mon cher ami ! Si ton souhait est d’aller t’installer au
village, je ne vois pas pourquoi je ne te suivrais pas. Tu sais
bien que chez nous la bonne femme c’est celle qui fait la
volonté de son époux ! Le moment n’est pas encore arrivé où
nos routes doivent se séparer. Mais dis un peu pourquoi de
tels préjugés sur moi. Je n’ai pas peur de repartir au village,
moi, s’exclama-t-elle en dernier ressort.
-Ah ! tu connais les raisons qui ont poussé la femme de
Laurent Djanda et celle de Mpandé à quitter leurs époux
respectifs : c’est la retraite. Aujourd’hui, la retraite engendre
beaucoup d’ennuis dans les couples.
- Certes, admit sa femme, moi, je ne suis pas comme elles,
j’ai eu beaucoup de chance en t’ayant comme époux, et
souviens-toi que ceux-là n’étaient pas des modèles d’époux.
Ils couraient toutes les femmes de la ville. A quoi devaient-ils
s’attendre ? Enfin, je ne veux pas trouver des circonstances
atténuantes pour expliquer leur volte-face.
8Les paroles rassurantes de son épouse dissipèrent son
inquiétude. Monsieur Diké la tira contre lui et chuchota à son
oreille :
-Je reconnais que j’ai eu tort de m’inquiéter, je vieillis.
Excuse-moi !
Le restant de la nuit se déroula dans la douceur et la
complicité conjugale.
Le jour arriva dans la douceur que connaissaient les petits
matins sous les tropiques, accompagné de gazouillis et de
chants de coq. Tous ces signaux étaient un appel pressant au
réveil.
Les enfants Diké s’étaient déjà attablés pour le petit-déjeuner
lorsque leurs parents se joignirent à eux. Ils se saluèrent
réciproquement. L’ambiance fut bon enfant. Leur petit-
déjeuner pris, monsieur Diké annonça à ses enfants qu’ils
devraient tous discuter sur une grande décision prise avec sa
femme.
Du regard seulement, maman Rosalie comprit que son mari
cherchait du secours, c’était donc à elle d’expliquer aux
enfants. L’habitude faisait bien les choses des fois, la
complicité et l’harmonie conjugales avaient installé certaines
habitudes, au moindre signe, l’un comme l’autre savaient à
peu près ce qu’ils devraient faire.
Maman Rosalie avait compris et était consentante à la
décision qu’avait prise son mari, restaient les enfants.
Comprendraient-ils ? Il ne restait qu’à croiser les doigts et à
attendre.
-Ce que j’ai à vous dire aujourd’hui est d’une grande
importance pour papa et moi. Aussi, je vous demande de bien
comprendre. Vous êtes sans ignorer que moi et papa venons
du village. Pour nous, la ville est un tremplin. Elle nous a
permis de vous offrir d’excellentes études. A ce jour, toi,
Ange, et toi, Thomas-Pierre, travaillez déjà, il nous reste
Simone qui doit accéder aux études supérieures. Si tout va
bien, elle devrait sortir du pays pour poursuivre ses études.
9Nous envisageons de l’envoyer en France. Déjà, la semaine
prochaine, nous devons entamer les démarches nécessaires
pour son voyage. Dès qu’on l'aura mise dans l’avion, nous
irons nous installer au village. Je vous sais très responsables.
Elle marqua une pause, promena son regard comme pour
scruter la réaction de ses enfants. Ange, l’aîné, manqua
s’étrangler avec le verre d’eau qu’il avait à la bouche. Les
deux autres avaient l’air ébahi. Maman Rosalie eut un
pincement au cœur.
-Dites, maman, intervient l’aîné des enfants, où donc êtes-
vous allés ramasser cette idée ? Vous rendez-vous compte de
l’âge que vous avez aujourd’hui pour un retour à la terre ?
Enfin, je ne m’y oppose pas, nous savons que l’homme du
village vit du produit de la terre. Hormis les quelques fois où
vous êtes allés au village, vous n’avez plus la dextérité des
bons villageois.
-Voyons, mon grand, n’exagère pas !
Par un signe de la tête, monsieur Diké adressa un
encouragement à sa femme. Elle était très douée, souvent,
pour complimenter. Son mari disait qu’elle avait un don inouï
de dissuasion et de persuasion et qu’elle devrait faire de la
politique.
-Toutes les fois que je fais un tour au village, je ne fais pas la
citadine, je cultive toujours une portion de terre avec l’aide de
mes pygmées. Nous ne serons pas obligés de travailler tous
les jours, et puis nous aurons de l’argent disponible pour
acheter ce dont nous aurons besoin auprès des villageois.
-Ça ne veut pas dire que nous ne viendrons plus jamais en
ville ! intervient monsieur Diké. Nous pourrions faire six
mois au village, deux mois en ville par exemple.
-Nous sommes obligés d’admettre que vous avez déjà bien
scellé votre décision et que rien, ni personne ne vous fera
changer d’idée, constata Simone.
-C’est pour quand ce grand retour à la terre ? intervint le fils
cadet resté silencieux jusqu'à lors.
10 -Oh ! comme je disais tantôt, c’est seulement après le voyage
de Simone que nous programmerons notre départ pour le
village.
Toutes les démarches furent entreprises pour le voyage de
Simone. Ses parents avaient l’assurance qu’elle aurait son
visa comme les fois précédentes, quand elle partait en
vacances. Malheureusement là, malgré toutes les garanties et
tous les papiers fournis par les parents Diké, le visa fut refusé
à Simone. La consternation était totale. Enfin, c’était la
manière des Blancs d’être hospitaliers. Simone, elle, était très
forte, c’est elle qui réconfortait tant bien que mal les autres
membres de la famille.
-Allons ! ce n’est pas la fin du monde. Je poursuivrai mes
études ici, dans mon pays, disait-elle d’un air amusant.
Le mois suivant, sa consternation digérée, le couple Diké
arrêta la date de son voyage sous les encouragements de
Simone.
Thomas-Pierre, le second de la famille, avait la charge de se
rapprocher des services de l’ATC et de ramener des
renseignements précis sur la date de départ d’un bateau pour
l’extrême nord du pays. L’ATC était l’Agence
transcongolaise de Communication, elle avait le monopole du
transport fluvial du pays.
Le jour suivant, Tom-Pi, comme l’appelaient les autres
membres de la famille, rentra à la maison avec le programme
de départ des bateaux, il trouva ses parents dans la paillote et
leur annonça la nouvelle.
-Vous avez un bateau pour la semaine prochaine.
-Je vois qu’on oublie déjà notre petite dernière.
Le trio se retourna en bloc et se retrouva face à Simone
souriante, belle et élégante dans un jean et un chemisier à
manches courtes.
-Vous ne comptez tout de même pas m’abandonner ? Je suis
en vacances, ce sera un grand plaisir de découvrir le pays.
Le père écarquilla les yeux de surprise.
11 -Sans blague ?
-Sans blague, c’est sérieux ! lui répondit Simone.
-On aurait tout vu, s’exclama son frère Tom-Pi.
Tous les quatre partirent dans un fou rire qui attira Ange,
l’aîné.
-Il me semble que j’ai manqué quelque chose d’intéressant.
Il fut mis au courant de la décision de Simone et n’en crut pas
ses oreilles.
En fait, aucun des enfants Diké n’avait jamais manifesté le
besoin de visiter le terroir.
-Je suis très enchantée de constater qu’enfin un de vous
manifeste le désir de connaître le terroir, dit maman Rosalie
l’air sincèrement enchanté. Très bien, poursuivit-elle,
demain, Tom-Pi, en allant à ton service, tu nous feras une
réservation de deux cabines contiguës.
Le reste de la semaine se déroula dans les préparatifs du
voyage. Pratiquement tous les sujets tournaient autour du
voyage.

12
II


Enfin, le jour J arriva. Toute la maisonnée s’était levée tôt,
les enfants chargeaient la voiture des provisions faites par la
mère. Le coffre ne suffisait pas, il restait encore presque le
double de son contenu.
-Là, tu as exagéré, Rosalie, tous ces vivres, c’est pour tenir
un commerce au village ou quoi ? s’écria monsieur Diké. On
a l’impression que tu as vidé tous les marchés et boutiques de
la place.
-Moque-toi bien de moi, tu oublies que ton village est
enclavé et qu’on n’y trouve ni produits manufacturés, ni sel,
ni riz, ni produits de première nécessité.
Ils firent en tout trois tours en voiture pour emporter toutes
les provisions. Les garçons étaient permissionnaires à leurs
postes de travail pour la circonstance.
Entre eux, les enfants se disaient que cette envie subite de
leur père de repartir au village allait lui passer très vite, et ils
reviendraient en ville. Lui, qui s’autoproclamait du village,
avait une apparence parfaite du citadin qui ne s’accordait pas
avec celle du parfait paysan. Le contraste était trop frappant.
C’était pareil pour maman Diké, son apparence trop bien
soignée ne reflétait pas la paysanne. Des jours durant avant
leur voyage, leur cour avait connu un véritable défilé. La
nouvelle de leur retour au village s’était propagée telle une
traînée de poudre. Certains de leurs parents, surtout les amis,
s’étaient pressés pour les en dissuader mais sans succès.
« Pourquoi repartir au village ? disaient d’aucuns. Ta place
est ici en ville ». « Pourquoi un homme de ton rang quittera-t-
il la ville pour le village ? » affirmaient d’autres.
« Je ne suis pas venu en ville pour y mourir, rétorquait-il.
Pensez comme vous voulez, rien ne changera ma décision. »

13Le quai du port autonome de Brazzaville était noir de monde
et un brouhaha terrible rendait toute conversation presque
impossible.
Pêle-mêle, s’entassaient les bagages des voyageurs sous l’œil
attentif de ces derniers. Les dockers aux biceps énormes,
suant abondamment, transportaient sur leurs épaules nues de
lourdes charges, et les chargeaient dans le bateau. Ils
passaient courageusement sur une passerelle de planches
reliant le quai et le bateau.
La famille Diké, installée dans une des cabines, causait de
tout et de rien pour détendre l’atmosphère. La mère entonna
un chant religieux tout de suite repris par les autres membres
de la famille. Suivit la prière, chaque membre de la famille
eut son tour de prier. Les parents Diké donnèrent les
dernières instructions et recommandations aux garçons.
L’atmosphère était lourde dans la cabine, maman Rosalie
avait le cœur serré, mais ne le laissait pas paraître.
-Promettez-nous de revenir pour les soins de santé, car
l’hôpital d’Impfondo n’offre pas grand-chose. Le nombre de
malades évacués ici en témoigne, dit Ange à ses parents.
Les parents Diké savaient leurs enfants raisonnables et sages.
Sinon le père Diké n’aurait peut-être pas pu demander à sa
femme de partir avec lui au village. Tous les deux seraient
sûrement restés en ville. Il fut des années où toute la famille
s’inquiétait pour Ange qui traversait une crise d’adolescence
terrible. Mais, Dieu merci, tout cela était maintenant derrière
eux, oublié.
Le sifflement strident du bateau annonça la séparation. Tous
sortirent sur le pont du bateau. Celui-ci poursuivait son long
sifflement qui submergeait le brouhaha des passagers et des
autres personnes présentes sur le quai. L’agitation était
grande. Les uns se précipitaient de quitter le bateau, les autres
par contre remontaient la passerelle. Le sifflement s’était
arrêté et le brouhaha reprenait, plus intense. Il ne se passa
rien. Dix minutes après, le sifflement reprit, rappelant aux
14non-voyageurs de quitter le bateau. Ce qui fut fait, la
passerelle était retirée, le bateau émettait toujours son
sifflement assourdissant. Peu de temps après, le bateau
quittait le port creusant aussi un fossé entre le quai et celui-ci.
Des centaines de mains se levaient sur le quai comme sur le
pont du bateau en signe d’adieu. Il ne s’était pas passé vingt
minutes depuis que le bateau avait largué ses amarres, mais,
déjà, l’écart était important entre lui et le quai.
Les passagers, appuyés sur la rampe, agitaient leurs mains, et
leurs vis-à-vis sur le débarcadère en faisaient autant.
Les deux femmes de la famille Diké, n’y pouvant plus,
lâchèrent leurs larmes. A l’aide d’un mouchoir, maman
Rosalie se tamponna les joues pour essayer d’effacer toutes
traces de larmes. Simone par contre écrasait ses larmes avec
ses doigts. A ce moment, un jeune homme retardataire, qui
n’avait pas pu quitter le bateau à temps parce qu’enfermé
dans la cabine de sa fiancée qui voyageait, escalada la rampe
sans hésiter, et se jeta dans le vide, les bras tendus et la tête
en avant. Les exclamations partirent du bateau et du
débarcadère. C’était un excellent nageur. Les acclamations
s’élevèrent du pont en signe d’encouragement au plongeur
olympique. Toute l’attention était portée sur lui. On oublia
même un moment qu’il venait de quitter un être cher. Sur le
pont, on put le voir atteindre triomphalement le quai.
Au loin, le débarcadère paraissait tel un trait noir, à cause de
la distance. Le bateau avait pris sa vitesse de croisière. On
distinguait le port de Kinshasa sur la rive droite du fleuve
Congo, il faisait presque face à celui de Brazzaville.
Le bateau voguait dans les eaux troubles du fleuve laissant
une écume blanchâtre derrière lui. Il faisait terriblement
chaud dans les cabines. Simone passa tout son temps sur le
pont, contemplant la mosaïque de collines et de montagnes
s’étalant le long des deux rives, parsemée d’une végétation
verdoyante d’arbustes et d’herbes. Simone ne vit pas le temps
passer, les spectacles ne manquaient pas, le coucher du soleil
15