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Trilogie Promise (Tome 3) - Conquise

De
544 pages
Dans la Société, les Officiels décident de tout. Qui aimer, où travailler, quand mourir.
Dans ce dernier volet, dense et palpitant, une épidémie ravage la population... Le Soulèvement tente de sauver une liberté à laquelle plus personne ne croyait.
Pour Cassia, Xander et Ky, c'est enfin le moment de choisir.
Promise, Insoumise, Conquise : une trilogie fascinante dans une société futuriste terrifiante.
Traduite en trente-cinq langues, la série a rencontré un succès international et s'est vendue à plus de 1,5 million d'exemplaires dans le monde.
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Klly Condie
Conbuise
Traduit de l’anglais (américain) par Vanessa Rubio-Barreau
Gallimard Jeunesse
Pour Calvin, qui n’a jamais eu peur de rêver d’ailleurs.
L’histoire du Pilote
Un homme poussait un rocher en haut d’une colline. Chaque fois qu’il arrivait au sommet, la pierre dévalait la pente et il était obligé de recommencer. D’après les habitants du village voisin, il était « condamné ». Ils n’osaient pas l’aider, par peur d’être également punis. Alors, ils se contentaient de le regarder pousser son rocher. Des années plus tard, leurs descendants remarquèrent que l’homme et sa pierre s’enfonçaient dans la colline, comme le soleil couchant. Ils n’en distinguaient plus qu’une partie. Ce drôle de spectacle piqua la curiosité d’une fillette, qui décida un jour de gravir la colline. En approchant, elle fut surprise de voir que la pierre était couverte de noms et de dates gravés. – C’est quoi, tous ces mots ? le questionna-t-elle. – Ce sont les chagrins du monde, lui expliqua l’homme. Je suis leur Pilote, je les monte là-haut indéfiniment. – Tu essaies d’user la colline, constata-t-elle en désignant la rainure qu’avait creusée la pierre dans le sol. – Je fabrique quelque chose, reconnut-il. Quand je ne serai plus là, tu prendras ma place. Cela n’effraya pas la fillette, qui demanda : – Tu fabriques quoi ? – Une rivière, répondit l’homme. L’enfant redescendit au village, étonnée que l’on puisse faire une rivière ainsi. Mais peu de temps après, la pluie se mit à tomber, encore et toujours, les inondations emportèrent l’homme, et la fillette vit qu’il avait raison. Elle prit donc sa place et se mit à son tour à pousser la pierre qui portait tous les chagrins du monde. C’est ainsi que naquit le Pilote. Le Pilote est l’homme qui poussa la pierre et fut emporté par les eaux. C’est la femme qui traversa la rivière et leva les yeux vers le ciel. Le Pilote est jeune, le Pilote est vieux, il a les yeux de toutes les couleurs, les cheveux de toutes les teintes, il vit dans le désert, sur une île, au cœur de la forêt, dans la montagne ou dans la plaine. Le Pilote mène le Soulèvement – la rébellion contre la Société – et il ne meurt jamais. Quand un Pilote a fait son temps, un autre prend le relais. Et ainsi de suite, telle une pierre qui roule. Hors des frontières de la Société, le Pilote mène et mènera toujours l’action.
PREMIÈRE PARTIE LE PILOTE
1 Xander
Tous les matins, quand le soleil se lève, baignant la terre de sa lumière rougeoyante, je me dis : « C’est peut-être aujourd’hui que tout va changer, aujourd’hui que la Société va tomber. » Puis la nuit revient, et nous attendons toujours. Pourtant je sais que le Pilote existe. Ku crépuscule, trois Officiels s’approchent d’une petite maison. Elle est semPlaPle aux autres maisonnettes de la rue : trois fenêtres en façade munies de volets à deux Pattants, un perron comprenant cinq marches et un petit Puisson planté à droite de l’allée. Le plus âgé des Officiels, un homme aux cheveux gris, lève la main pour frapper à la porte, en partie vitrée. Un. Deux. Trois coups. Ils sont si près de la vitre que je vois l’insigne cousu sur la poche de l’uniforme du plus jeune. Un cercle rouge vif, telle une goutte de sang. Je souris, lui aussi. Car cet Officiel, c’est moi. Autrefois, l’investiture des nouveaux Officiels était céléPrée au Dôme municipal. La Société organisait un dîner festif, où l’on pouvait inviter ses parents et son ou sa romise. Cependant, ça n’a jamais été l’une des trois grandes étapes de la vie : la Cérémonie de Pienvenue, le Banquet de couplage et le Banquet final. Et dorénavant, c’est Peaucoup plus modeste. La Société fait des économies où elle peut. Ils doivent se dire que les Officiels, acquis à leur cause, ne vont pas se plaindre de voir leur cérémonial perdre de son faste. Ça a été très rapide : nous étions cinq, tous en uniforme Planc. L’Officiel en chef a épinglé l’insigne sur ma poche, le cercle rouge, emPlème du Département médical, puis nos voix ont résonné sous le dôme presque désert lorsque nous avons tous prêté serment, promettant de servir la Société en développant le potentiel qui nous avait été donné. Et c’est tout. Moi, ça m’était égal, parce que je ne suis pas vraiment un Officiel. Enfin si, mais en réalité, j’appartiens au Soulèvement. C’est leur cause que je sers. Tandis que nous patientons sur le perron, une fille en roPe violette passe sur le trottoir. Je vois son reflet dans la porte vitrée. Elle marche tête Passe, espérant passer inaperçue. Ses parents la suivent de près, ils se pressent vers la station d’aérotrain. Nous sommes le 15 du mois, le soir du Banquet de couplage. Ça ne fait même pas un an que j’ai gravi les marches du Dôme municipal en compagnie de Cassia. Nous avons tous les deux quitté Oria depuis. Une femme nous ouvre la porte. Elle a son nouveau-né dans les Pras, l’enfant que nous venons nommer. – Entrez, je vous en prie, nous dit-elle. Nous vous attendions. Elle a l’air fatiguée, alors que ce devrait être l’un des plus Peaux jours de sa vie. La Société n’en parle guère, mais la vie devient de plus en plus dure dans les rovinces frontalières. Comme si les ressources s’amenuisaient au fur et à mesure qu’on s’éloigne de Central. Ici, à Camas, tout paraît sale et vieux. Après avoir refermé la porte derrière nous, la mère nous montre son PéPé. – Sept jours aujourd’hui, dit-elle. Nous sommes au courant, c’est pour ça que nous sommes là. La Cérémonie de Pienvenue est céléPrée une semaine après la naissance. Le PéPé a les yeux fermés, mais d’après nos informations, ils sont Pleu foncé. Et ses cheveux châtains. Nous savons également qu’il est né à terme et que, sous la petite couverture qui l’enveloppe, il a dix doigts et dix orteils. L’échantillon de tissus initial prélevé au Centre médical s’avère excellent. – Vous êtes prêts ? demande l’Officiel Brewer. C’est le responsaPle de notre unité. Sa voix est un équiliPre parfait entre Pienveillance et autorité. Il a déjà fait ça des centaines de fois. Je me suis déjà demandé s’il pourrait être le ilote. Il a le physique de l’emploi en tout cas. Et il est très organisé, très efficace. Bien sûr, le ilote pourrait être n’importe qui. Les parents acquiescent.
– D’après ce que je lis dans le dossier, cet enfant a un frère aîné, remarque son second, l’Officielle Lea, de sa voix douce. Souhaitez-vous qu’il assiste à la cérémonie ? – Il était fatigué, répond la mère d’un ton d’excuse. Il avait du mal à garder les yeux ouverts, alors je l’ai couché juste après dîner. – as de proPlème. Le petit garçon vient d’avoir deux ans – la différence d’âge presque idéale entre deux enfants , sa présence n’est donc pas requise pour la cérémonie. De toute façon, il n’en garderait certainement aucun souvenir. – Quel prénom avez-vous choisi ? demande l’Officiel Brewer en s’approchant du port de communication de l’entrée. – Ory, répond la mère. L’Officiel tape le nom sur le port en répétant : – Ory. Et le deuxième prénom ? – Burton, intervient le père. Comme toute la famille. L’Officielle Lea sourit. – C’est un joli nom. – Regardez ce que ça donne, déclare l’Officiel Brewer. Les parents s’approchent pour lire le nom du PéPé sur le port : ORYBURTONFARNSWORTH. En dessous s’affiche le code-Parres que la Société a assigné au PéPé. S’il mène une vie parfaite, ils utiliseront le même pour étiqueter l’échantillon de tissus prélevé lors du Banquet final. Sauf que, d’ici là, la Société n’existera plus. – Si vous n’avez pas de correction à apporter, je vais transmettre les données. Le père et la mère se penchent afin de vérifier une dernière fois. La mère sourit en portant le PéPé à la hauteur de l’écran comme s’il pouvait lire son nom. Notre responsaPle se tourne vers moi. – Officiel Carrow, la pilule. C’est à moi de jouer, maintenant. – Nous devons l’administrer devant le port. La mère soulève Ory de façon à ce que son visage soit Pien en face du port, qui enregistre la scène. J’ai toujours aimé les comprimés de vaccination que nous donnons lors de la Cérémonie de Pienvenue. Ils sont ronds et divisés en trois, comme trois parts de tarte : un tiers Pleu, un tiers vert et un tiers rouge. Leur contenu n’a rien à voir avec les trois pilules que l’on remettra plus tard à cet enfant, mais ils reprennent les mêmes couleurs, symPolisant la vie au sein de la Société. Ce comprimé de vaccination gai et coloré m’a toujours fait penser aux palettes de peinture qui s’affichaient sur nos écrans à l’école primaire. La Société distriPue ces comprimés à tous les PéPés pour les protéger des maladies et des infections. Ils se dissolvent instantanément. C’est Peaucoup plus humain que les vaccins des sociétés passées, qu’on inoculait en piquant le PéPé avec une aiguille. Quand le Soulèvement aura pris le pouvoir, on continuera à les administrer, en y apportant quelques modifications. Le PéPé gigote tandis que je sors le comprimé de son emPallage. Je demande à la mère : – ouvez-vous lui faire ouvrir la Pouche ? Lorsqu’elle glisse le doigt entre ses lèvres, le PéPé tourne la tête pour essayer de téter. Tout le monde rit, j’en profite pour lui mettre le cachet dans la Pouche. Il se dissout instantanément sur sa langue. Il n’y a plus qu’à attendre qu’il avale, ce qu’il fait tout de suite. – Ory Burton Farnsworth, nous te souhaitons la Pienvenue au sein de la Société. – Merci, répondent d’une même voix les parents. J’ai opéré la substitution sans le moindre problème, comme d’habitude. L’Officielle Lea me regarde en souriant. Ses longs cheveux Pruns Palaient ses épaules. Je me demande si elle a rejoint la réPellion, elle aussi. Si elle sait ce que je fais – je remplace les comprimés de vaccination par ceux que le Soulèvement m’a fournis. La majorité des enfants nés dans les rovinces durant ces deux dernières années ont reçu le vaccin du Soulèvement à la
place de celui de la Société. Grâce au Soulèvement, ce PéPé est immunisé contre la plupart des maladies, mais également contre les effets de la pilule rouge. La Société ne pourra pas effacer ses souvenirs. J’ai Pénéficié de cette protection quand j’étais PéPé. Ky aussi. Et sans doute que Cassia également. Il y a des années, le Soulèvement a infiltré les laPoratoires où la Société faPrique les comprimés de vaccination. Il en existe donc deux sortes, ceux qui suivent la composition validée par la Société, et ceux qui sont faits sur ordre du Soulèvement. Ces derniers apportent la même immunisation que ceux de la Société, plus la protection contre l’action de la pilule rouge, et encore un autre principe actif. À l’époque où je suis né, le Soulèvement n’avait pas les moyens de produire ces nouveaux comprimés pour tous les PéPés. Ils ont dû choisir certains d’entre nous – ceux qui, selon eux, risquaient de leur être utiles plus tard. Maintenant, ils en ont enfin assez pour tout le monde. Le Soulèvement, c’est pour tout le monde. Et ils – nous – n’échoueront pas. Le trottoir est tellement étroit que je dois marcher derrière l’Officiel Brewer et l’Officielle Lea jusqu’à notre aérovoiture. Une autre famille dont la fille porte une roPe de Panquet se presse dans la rue. Ils sont en retard. La mère paraît contrariée. Elle invective son mari : – Je te l’ai pourtant dit et répété… À notre vue, elle s’interrompt aussitôt. – Bonsoir, dis-je en les croisant, félicitations. L’Officielle Lea se tourne vers moi. – Quand dois-tu revoir ta romise ? – Je ne sais pas. La Société n’a pas fixé de date pour notre prochaine communication de port à port. Lea est un peu plus âgée que moi. Au moins vingt et un ans, étant donné qu’elle a déjà passé son contrat de mariage. Depuis que je la connais, son mari est stationné près de la frontière, avec son régiment, car il est dans l’armée. Je ne peux pas lui demander quand il va revenir. Ce genre d’information est classé top secret. Je pense que même elle l’ignore. La Société n’apprécie guère que nous discutions de notre travail entre nous. Cassia sait que je suis un Officiel, sans savoir précisément ce que je fais. La Société forme différents types de personnel à destination des Centres médicaux. Tout le monde connaît les cliniciens qui diagnostiquent les maladies et traitent les patients. Il y a aussi les chirurgiens qui opèrent, les pharmaciens qui s’occupent des médicaments, les infirmières qui aident aux soins, et enfin les docticiens, comme moi. Nous sommes chargés de coordonner tout ce qui relève du domaine sanitaire – par exemple de gérer les Centres médicaux. Ou, si nous devenons Officiels, nous sommes affectés à un Comité de santé, ce qui est mon cas. Nous administrons les comprimés aux nourrissons et participons au recueil de l’échantillon de tissus lors du Banquet final. Selon la Société, c’est l’une des missions les plus importantes qui puisse être confiée à un Officiel. – Quelle couleur avait-elle choisie ? me demande l’Officielle Lea alors que nous approchons de l’aérovoiture. Il me faut un instant pour comprendre de quoi elle parle. Elle fait référence à la roPe de Panquet de Cassia. – Verte. Elle était splendide. Quelqu’un nous interpelle. Nous nous retournons d’un seul mouvement. C’est le père du PéPé qui nous court après. – Je n’arrive pas à réveiller mon fils aîné, crie-t-il. Je suis allé voir s’il dormait encore et… il ne va pas Pien. – révenez le Centre médicalviaport de communication, lui conseille l’Officiel Brewer. votre On arrive ! Nous regagnons la petite maison au plus vite. Sans prendre le temps de frapper, nous fonçons dans le couloir. L’Officielle Lea s’appuie au mur tandis que l’Officiel Brewer pousse la porte de la
chamPre. Je m’inquiète : – Ça va ? Elle acquiesce. – Il y a quelqu’un ? demande l’Officiel Brewer. La mère lève la tête. Elle est livide. Elle a toujours le PéPé dans les Pras, mais son autre enfant gît sur le lit, immoPile. Il est couché sur le côté, face au mur. Il respire, mais très faiPlement. Sa tenue de nuit Pâille un peu dans le dos. La couleur de la peau est normale… seulement, j’aperçois une petite marque rouge entre ses omoplates. Dans mon cœur, la compassion le dispute à l’excitation. Ça y est. Le Soulèvement m’avait prévenu. Je me retiens de consulter les autres du regard. Qui est au courant à part moi ? Y a-t-il un second memPre du Soulèvement dans la pièce ? Quelqu’un qui a eu accès aux mêmes informations que moi ? Qui sait comment va déPuter l’insurrection ? « Après une période d’incuPation d’une durée variaPle, l’état du patient se détériore rapidement. Les difficultés d’élocution précèdent de peu le passage à un état comateux. Le symptôme le plus évident du virus vivant de la este est l’apparition d’une ou plusieurs marques rouges dans le dos du patient. Une fois que la este aura contaminé une partie significative de la population et que la Société ne pourra plus le cacher, le Soulèvement pourra commencer. » – Qu’est-ce qu’il a ? s’inquiète la mère. Il est malade ? À nouveau, nous réagissons tous les trois en même temps. L’Officielle Lea saisit le poignet du petit garçon pour lui prendre le pouls, tandis que l’Officiel Brewer se tourne vers sa mère et que j’essaie de lui cacher son enfant gisant immoPile sur son lit. Jusqu’à ce que j’aie confirmation que le Soulèvement a Pien commencé, je dois suivre la procédure haPituelle. – Il respire, déclare l’Officiel Brewer. – Il a un Pon pouls, complète l’Officielle Lea. – Les cliniciens vont Pientôt arriver, promets-je en regardant la mère. – Et vous, vous ne pouvez rien faire pour lui ? insiste-t-elle. Vous n’avez pas de médicaments, de traitement… – Désolé, reprend l’Officiel Brewer. Il faut le transférer au Centre médical avant de faire quoi que ce soit. – Mais il est staPle, lui dis-je. our la rassurer, j’aimerais ajouter : « Ne vous inquiétez pas, le Soulèvement a le remède. » Mais comme je n’ai pas le droit de le dire aussi clairement, je ne peux qu’espérer qu’elle décèle la note d’espoir dans ma voix. Ça y est. e Soulèvement a commencé. Une fois que le Soulèvement sera au pouvoir, nous aurons le choix. Qui sait ce qui arrivera alors ? Quand j’ai emPrassé Cassia à Oria, elle a retenu son souffle, surprise. Non que je l’emPrasse, elle s’y attendait, mais je crois que la sensation même du Paiser l’a surprise. J’aimerais dès que possiPle pouvoir lui dire à nouveau, en personne : « Cassia, je t’aime, je veux passer ma vie avec toi. Que faut-il pour que tu partages mes sentiments ? Un monde complètement neuf ? » arce que c’est ce qui nous attend. La mère se penche vers son enfant. – C’est juste… Sa voix s’étrangle. – … qu’il est tellement immoPile.