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Trois coups de sang

De
202 pages
Serge Cauteret, directeur de théâtre sur les Grands Boulevards, est soupçonné par sa femme de la tromper avec un homme. Le détective privé Karbaï, après avoir photographié une preuve tangible de l'infidélité, abandonne la filature... Le lendemain, le directeur est retrouvé mort sur la scène de son théâtre... Alors que le froid, la neige s'abattent sur Paris, commence une enquête dans le monde du spectacle où les masques se métamorphosent à volonté. Karbaï et son équipe, Mme Lebrun, Carminati et le clochard Michaux vont interpréter leurs rôles...
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ChristophePetit Trois coups de sang Une enquête du détective Karbaï
Trois coups de sang Une enquête du détective Karbaï
© L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-11788-1 EAN : 9782343117881
Christophe Petit Trois coups de sang Une enquête du détective KarbaïRoman
Du même auteur, aux Éditions l'Harmattan Théâtre :Vichy aux Antilles, 2011 Des garçons comme s'il en pleuvait, 2014 Plaidoyer pour les écorchés, 2015
Roman policier :
Périphérique et Cie, 2015
La disparue de Belleville, 2016
Illustration de couverture :Isaac, Fred Empis, 2013 (cliché A. Lelay)
Remerciement : Gilles Tessier, Florence Mathoux, Elvyre Emonin, Carine Volpi, Laurence Mignot Bouhan Emanuela Pacini et Alizée Assadourian
Première partie :I Karbaï reçut une alerte sur son téléphone. Sur Sa Majesté (c'est ainsi qu'il désignait son scooter 125 cm3), le détective rejoignit lacible: Serge Cauteret, 54 ans,, place de la Nation directeur du théâtre Lamartine, marié à Pastelle Albrizzi, la cliente. Depuis trois semaines, il ne s'était rien passé de significatif : lacibleà l'administration de son théâtre travaillait sur les Grands-Boulevards et allait, une fois par semaine, voir les prostituées de la rue Saint-Denis : motif insuffisant pour un divorce pour faute. L'Uber-taxi s'arrêta Porte Dorée à l'entrée du bois de Vincennes ; Cauteret entama le tour du lac de Daumesnil. - Encore une matinée de perdue, se dit Karbaï. Lacibleest en balade. En ce dimanche de janvier, le plafond de nuages gris était si bas qu'on pensait pouvoir le toucher en levant les bras ; le vent d'Est cinglait les visages ; les promeneurs étaient clairsemés ; quelques chiens pistaient et tiraient leurs maîtres, attachés au bout d'une laisse. Pour suivre unecible, il faut laisser un intervalle d'une vingtaine de mètres ; un peu moins en cas d'affluence. Karbaï détestait la filature à pied. Il ne passait pas inaperçu avec sa carrure de joueur de hockey-sur-glace et son regard magnétique. Alors, il restait loin de laciblechangeait de bonnets ou de et lunettes à la façon d'un modèle lors d'un défilé. Dans ses moments de faiblesse, Karbaï se comparait à son collègue Carminati, grand pistard devant l'éternel - il avait fait ses classes dans la police judiciaire. Carminati filait à l'instinct, savait à l'avance ce qu'allait faire lelapin (terme utilisé par la maréchaussée). L'ex-flic anticipait sans même y réfléchir, tout en fumant ses petits cigares – il aurait suivi un ours blanc sur la
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banquise sans être repéré. Karbaï, lui, réfléchissait trop, émettait des ondes confuses et rayait le paysage. Lacible, habillé d'un pantalon large - aujourd’hui de couleur orange - et d'un Perfecto de cuir de cheval noir et emmailloté de quelques chaînes en fer-blanc, tourna la tête tel un oiseau affolé, s'arrêta, se remit en route. Le détective se cacha derrière les troncs d'arbres, poursuivit sa filature chaotique et avança sous les appels de prostituées en chasse. Il les éloigna en présentant une fausse carte de police. Cauteret, après un troisième tour de lac et un arrêt devant le parc zoologique d'où l'on percevait l'odeur exaltante des animaux sauvages, bifurqua sur la route du Bac. Il y avait là quelques véhicules stationnés qui servaient à la prostitution abritée, et aussi, sortant des fourrés, des êtres aux yeux exorbités qui lançaient des appels pour recevoir ou donner un peu d'amour. Cauteret, agité, anxieux, s'éloignait à la hâte. - Il n'est pas là pour s'oxygéner, se dit Karbaï. Le détective prit quelques clichés de lacibleavec discutant des inconnues. C'était la partie sordide du travail : espionner, moucharder ; il s'obligeait, depuis que les affaires n'étaient plus florissantes, à accepter ce genre de mission. Il démontrait à ses deux collaborateurs, deux anciens de la P.J., Mme Lebrun et Carminati, que lui aussi, était capable de faire le sale boulot. Cela fit revenir dans sa mémoire des souvenirs de l'armée : juste après son retour de campagne au Kosovo en 1995, pendant la guerre des Balkans, un de ses camarades, pour se venger d'humiliations répétées, avait dégradé les toilettes de la caserne par des graffitis obscènes. Pendant des semaines, leur supérieur avait ordonné la dénonciation du fautif, infligeant des corvées à toute l'unité. Une campagne de calomnie se répandit alors et un innocent, accusé à tort de dégradation et d'homosexualité, se pendit dans un hangar, laissant le régiment dans la confusion. Serge Cauteret hésitait, s'arrêtait, se précipitait dans un talus, bavardait dix secondes avec une prostituée avant de s'enfuir. Il reproduisait le même schéma que dans la rue Saint-Denis, faisant ses allers-retours entre la rue de la Lune et la rue Étienne Marcel avant de se décider àmonter. Les trois fois où Karbaï
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avait assisté à ces recherches, Serge Cauteret avait choisi une prostituée hommasse au maquillage outrancier. Après vérification, les péripatéticiennes étaient des femmes. Tout à coup, une alerte se déclencha sur le téléphone du privé : Cauteret téléchargeait l'applicationGrindr pour géolocaliser des partenaires mâles. Les applications de géolocalisations étaient les nouveaux auxiliaires de ceux qui voulaient du sexe de proximité. Le temps des rencontres fortuites dans des lieux publics étaient sur le point de disparaître. Il fallaitse connecterse retrouver dans la pour jungle urbaine. Revers de la médaille : plus on était connecté, plus on était facile à tracer... La cible avait étéharponné par l'agence. Quinze minutes plus tard, après avoir lâché 500 euros pour un abonnement parisien, Cauteretavait une touche: un type de 38 ans qui habitait tout près. Karbaï enregistra l’affichage écran et suivitla cible. Devant un immeuble de dix étages, Cauteret attendit qu’on lui ouvre la porte et disparut dans le hall. Karbaï patienta une trentaine de minutes dans l’avenue de Gravelle. Quandla cibleréapparut, le détective prit en photo le couple qui se quitta après un baiser sur la bouche ; il suivit Serge jusqu'à la porte Dorée où le directeur attendit un Uber-taxi. - Mission accomplie, se dit Karbaï après dix jours consécutifs de filature. Je mérite mon après-midi. Il appela sa belle-mère et demanda l'autorisation de voir son fils. Olga, d'humeur charmante – elle venait de visionner un documentaire sur son peintre favori – accepta avec grâce la visite de son gendre en lisière de la forêt de Montmorency. Karbaï connaissait sa belle-mère et ne s'en montra que plus méfiant. Mais l'après-midi fut une réussite et Louis, son fils de onze ans, fut enchanté de voir son père. Ils dînèrent d'un délicieux bortsch bien épais, de poires et de fromages. Olga n'hésita pas à porter des toasts entre chaque plat comme il était de coutume dans les repas russes. Louis fut mis au lit et Karbaï fut prié de boire un dernier verre.
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