Trois nouvelles

Trois nouvelles

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Livres
82 pages

Description

L’immense corpus, si vivant, si multiple, de Maupassant est largement accessible sur Internet. Mais pas forcément en bon état : la question essentielle étant celle de l’ergonomie écran, du plaisir à lire qui conditionne le plaisir du texte. Et puis, comment s'y repérer, par quoi commencer ?

Pour y voyager, hommage par exemple au site historique et pionnier de Pierre Perroud, Athena, où j’ai bénéficié de ma première initiation à la mise en ligne, dès 1997. C’est un véritable trésor qu’il nous propose, avec près de 280 Contes et nouvelles en version html, sans compter les poèmes.

Des textes souvent écrits le soir entre 22h30 et minuit, qu'un couriser portait au journal pour être publiés dès le lendemain. Et cette contrainte, ou tour de force, donnant leur élan principal aux nouvelles, ce ton rauque, ce déni de littérature qui la rehausse en y englobant de plus près l’expérience du monde.

Alors voici (il y en aura d’autres), arbitrairement rassemblées (les recueils de Maupassant, dans les reprises et les regroupements, sont une magnifique introduction à cette idée d’arbitraire éditorial), trois nouvelles parmi mes préférées.

L’Épave pour raison très autobiographique (la ville de La Rochelle, l’estran dans le pertuis de Ré, et même le nom du Jean-Guiton, bateau qui a joué grand rôle dans vie de mon propre père.

Miss Harriet parce que la Normandie, mais ce geste de peindre qui anticipe l’atelier d’Elstir (la notion d’étude là aussi) : figures d’artiste où s’entendent les grognements de Croisset.

Les Tombales parce que ces cimetières urbains, lire le récit des frères Goncourt le jour même de l’enterrement d’Isidore Ducasse...

Et quel plaisir de s'y glisser avec la souplesse d'un iPad, ou d'une "liseuse" : nous redécouvrons le plaisir de lire, d'annoter, de partager – alors comment résister à reconstruire ici le meilleur de notre bibliothèque ?

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Informations

Publié par
Date de parution 03 novembre 2010
Nombre de lectures 43
EAN13 9782814500860
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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GUY DEMAUPASSANT|TROIS NOUVELLES
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Guy de Maupassant
L’épave Miss Harriett Les tombales
www.publie.net ISBN 978-2-8145-0086-0 couverture: «Vagues», Renoir, détail première mise en ligne le 23 janvier 2010 dernière mise à jour le 3 novembre 2010
GUY DEMAUPASSANT|TROIS NOUVELLES
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GUY DEMAUPASSANT|TROIS NOUVELLES
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L’ÉPAVE7 MISSHARRIET29 LESTOMBALES67
GUY DEMAUPASSANT|TROIS NOUVELLES
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GUY DEMAUPASSANT|TROIS NOUVELLES
L’Épave
C’était hier, 31 décembre. Je venais de déjeuner avec mon vieil ami Georges Garin. Le domestique lui apporta une lettre couverte de cachets et de timbres étrangers. Georges me dit: — Tu permets? — Certainement. Et il se mit à lire huit pages d’une grande écriture anglaise, croisée dans tous les sens. Il les lisait lente-ment, avec une attention sérieuse, avec cet intérêt qu’on met aux choses qui vous touchent le cœur. Puis il posa la lettre sur un coin de la cheminée, et il dit: — Tiens en voilà une drôle d’histoire que je ne t’ai jamais racontée, une histoire sentimentale pour-tant et qui m’est arrivé! Oh! ce fut un singulier jour de l’an, cette année-là. Il y a de cela vingt ans... puis-que j’avais trente ans et que j’en ai cinquante!... 7  GUY DEMAUPASSANT|TROIS NOUVELLES
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J’étais alors inspecteur de la compagnie d’assu-rances maritimes que je dirige aujourd’hui. Je me disposais à passer à Paris la fête du 1er janvier, puis-qu’on est convenu de faire de ce jour un jour de fête, quand je reçus une lettre du directeur me donnant l’ordre de partir immédiatement pour l’île de Ré, où venait de s’échouer un trois-mâts de Saint-Nazaire, assuré par nous. Il était alors huit heures du matin. J’arrivai à la compagnie, à dix heures, pour recevoir des instructions; et, le soir même, je prenais l’ex-press qui me déposait à La Rochelle le lendemain 31 décembre. J’avais deux heures, avant de monter sur le bateau de Ré, le Jean-Guiton. Je"s un tour en ville. C’est vraiment une ville bizarre et de grand caractère que La Rochelle, avec ses rues mêlées comme un labyrin-the et dont les trottoirs courent sous des galeries sans "n, des galeries à arcades comme celles de la rue de Rivoli, mais basses, ces galeries et ces arcades écra-sées, mystérieuses, qui semblent construites et de-meurées comme un décor de conspirateurs, le décor antique et saisissant des guerres d’autrefois, des guer-res de religion héroïques et sauvages. C’est la vieille
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cité huguenote, grave, discrète, sans aucun de ces ad-mirables monuments qui font Rouen si magni"que, mais remarquable par toute sa physionomie sévère, un peu sournoise aussi, une cité de batailleurs obstinés, où doivent éclore les fanatismes, la ville où s’exalta la foi des calvinistes et où naquit le complot des quatre sergents. Quand j’eus erré quelque temps par ces rues sin-gulières, je montai sur un petit bateau à vapeur, noir et ventru, qui devait me conduire à l’île de Ré. Il par-tit en souant, d’un air de colère, passa entre les deux tours antiques qui gardent le port, traversa la rade, sortit de la digue construite par Richelieu, et dont on voit à$eur d’eau les pierres énormes, en-fermant la ville comme un immense collier; puis il obliqua vers la droite. C’était un de ces jours tristes qui oppressent, écrasent la pensée, compriment le cœur, éteignent en nous toute force et toute énergie; un jour gris, gla-cial, sali par une brume lourde, humide comme de la pluie, froide comme de la gelée, infecte à respirer comme une buée d’égout.
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Sous ce plafond de brouillard bas et sinistre, la mer jaune, la mer peu profonde et sablonneuse de ces plages illimitées, restait sans une ride, sans un mou-vement, sans vie, une mer d’eau trouble, d’eau grasse, d’eau stagnante. Le Jean-Guiton passait dessus en roulant un peu, par habitude, coupait cette masse opaque et lisse, puis laissait derrière lui quelques va-gues, quelques clapots, quelques ondulations qui se calmaient bientôt. Je me mis à causer avec le capitaine, un petit homme presque sans pattes, tout rond comme son ba-teau et balancé comme lui. Je voulais quelques détails sur le sinistre que j’allais constater. Un grand trois-mâts carré de Saint-Nazaire, le Marie-Joseph, avait échoué, par une nuit d’ouragan, sur les sables de l’île de Ré. La tempête avait jeté si loin ce bâtiment, écrivait l’armateur, qu’il avait été impossible de le ren$ouer et qu’on avait dû enlever au plus vite tout ce qui pou-vait en être détaché. Il fallait donc constater la situa-tion de l’épave, apprécier quel devait être son état avant le naufrage, juger si tous les eorts avaient été tentés pour le remettre à$ot. Je venais comme agent
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