Un été brûlé

-

Livres
102 pages
Lire un extrait
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description


Début juillet, en Bretagne, années soixante.


Les examens du baccalauréat viennent de se terminer et la chaleur de l’été est là, pleine de promesses pour Anaïs la brune, Hortense la rousse et leur ami Ivan. Ces trois-là découvrent les plaisirs de l’existence d’une façon particulière et ne se quittent plus.



Pour le meilleur.


Désœuvrés, comme peuvent l’être les jeunes dans ces périodes de la vie, mais à la recherche de sensations, ils traînent chez l’un ou chez l’autre, font l’amour, se promènent... Jusqu’au jour où ils se mettent en tête de visiter un manoir, apparemment inoccupé. Fortuitement, ils y découvrent du matériel photographique et des photos montrant des notables de leur petite ville prenant des poses suggestives, en tenue légère...


Assurément, de quoi semer le trouble.



Pour le pire.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de visites sur la page 13
EAN13 9782374536200
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0045 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème
Présentation
Uébut juillet, en Bretagne, années soixante. Les examens du baccalauréat viennent de se terminer et la chaleur de l’été est là, pleine de promesses pour Anaïs la brune, Horten se la rousse et leur ami Ivan. Ces trois-là découvrent les plaisirs de l’existence d’une façon particulière et ne se quittent plus. Pour le meilleur. Uésœuvrés, comme peuvent l’être les jeunes dans ces périodes de la vie, mais à la recherche de sensations, ils traînent chez l’un ou chez l’autre, font l’amour, se promènent… Jusqu’au jour où ils se mettent en tête de visiter un manoir, apparemment inoccupé. Fortuitement, ils y découvren t du matériel photographique et des photos montrant des notables de leur petite ville prenant des poses suggestives, en tenue légère… Assurément, de quoi semer le trouble. Pour le pire. *** Après avoir écrit des ouvrages d’histoire locale et des contes bretons,Serge Le Gallrs historiques, il met en scènes’est tourné vers le roman policier. Uans ses pola Samuel Pinkerton, détective espiègle et malin. Uans ses polars contemporains, il fait la part belle au commissaire divisionnaire Lan dowski, un grand flic solitaire et perspicace. Uélaissant parfois ses deux enquêteurs fétiches, il vous entraîne aussi dans des histoires à vous créer des montées d’adrén aline. Suspense garanti !
N ÉTÉ BRÛLÉ
Serge Le Gall
LES ÉDITIONS DU 38
Des filles en maillot de bain se devinaient au fond des jardins clos, derrière les murs de pierres sèches ou les haies de troènes. Pierre Pelot L’été en pente douce Fleuve Noir, 1981
Prologue
Est-ce que je préférais l’une à l’autre? Je ne crois pas. L’une était douceur et soupirs à faire mourir. L’autre était fureur conten ue et élans sensuels compulsifs. Le prénom de la brune c’était Anaïs. La rousse s’ap pelait Hortense. Je les aimais et la réciproque était délicieusement vraie. Pourquoi donc aurais-je dû choisir? Chacun de nous trois y trouvait son compte. C’était l’été du bac et le monde allait s’offrir à nous. On avait le bonheur en ligne d’horizon. On nous donnait deux mois de vacances po ur changer de peau. Changer de monde. Mais peut-être qu’on ne voulait pas devenir des adu ltes. Pas encore, pas comme ça, pas ici. On voulait découvrir des choses. Essayer en toute i mpunité. Tutoyer l’extrême et ne rien regretter. Et puis rentrer sagement dans le rang. On a laissé nos envies nous submerger. Pour le meilleur. Pour le pire. C’est selon.
1
Vous connaissez certainement ces après-midi d’été, où l’air traversé d’insectes fébriles devient tout à coup plus épais, où l’espac e limpide vire imperceptiblement au trouble en enrobant insidieusement les choses et les gens. Comme si le moment décidait de s’affranchir du temps présent pour crée r une ambiance hors du monde. Une sorte de parenthèse affectueuse. Probablement que cet épisode de ma vie a réellement été la plus belle de ces parenthèses. Quelque chose d’extraordinaire, de trè s fort, de sensuel à l’extrême. Un moment situé ailleurs, hors du temps, pour vivre intensément. Une bonne louche de plaisir, une belle tranche d’amour, le tout enve loppé d’un voile d’insouciance. Peut-être d’aveuglement. Il aurait été dommage de s ’en priver. Même si… J’ai laissé notre histoire se construire. Comme un château de cartes. Avec la même force. Avec la même fragilité. Et c’est ainsi que tout a commencé.
2
Il n’y a pas de bruit. Peut-être celui d’un train q ui passe au loin, ou, plus près, la respiration poussive d’un tracteur cahotant dans le s ornières bien creuses du chemin défoncé. Il est arrivé ici. Il vient de là-b as. Il repartira par là. Ce n’est pas un son proche. Juste une musique de fond dans un spect acle bucolique, parfois ponctuée par l’aboiement intempestif d’un chien dérangé pendant sa sieste. Les couleurs, elles, sont fatiguées par le soleil q ui dégrade leur éclat. La pluie, la vraie, celle qui mouille en profondeur, ne viendra pas avant des semaines. Ou alors un orage, de ceux qui creusent des rigoles, détremp ent les chemisiers et renvoient les animaux à l’abri des sous-pentes poussiéreuses ou des halliers bien touffus. La nature transpire. Comme les hommes. Comme les fe mmes aussi. Avec cette différence d’odeur si subtile qu’elle embaume les c orbeilles d’argent. Il est de ces senteurs féminines qui sont autant de rêves éveillé s. Cette délicieuse humidité recueillie sur la peau du cou par une langue agile et qui vous dévoile tout sur la femme qui s’exhale. De ces choses incompréhensibles qui doivent absolument rester secrètes. Pour la magie et pour le rêve. Pou r l’envie. Et le désir aussi. La brise elle-même fait la sieste à l’abri des mure ts mangés de lierre et les jeunes filles en fleurs ont cessé de rire pour ne plus rêv er qu’à des désirs indiscrets. C’est le moment de jauger les garçons, de leur attr ibuer des notes, de faire des choix avant d’espérer de l’un ou de l’autre une étr einte furtive à l’abri des romarins. Se serrer un peu fort pour sentir vibrer le corps d e cet inconnu. La belle attend. Au moins un baiser. Sur la bouche et avec la langue. En lui dirigeant lentement la main vers ce qu’elle a de pr écieux. Pour qu’il découvre sans blesser. Ils sont si gauches à cet âge. Ils ne comp rennent rien aux femmes. Leur préoccupation est ailleurs. Ils ne savent pas trop comment s’y prendre, mais ils veulent pénétrer, absolument. Et tout de suite. Pre ndre son temps, différer, reporter à demain, ces expressions n’entrent pas dans le voc abulaire de ces lycéens, qui planchaient sur Proust il n’y a pas si longtemps. Du côté de la demoiselle, on voudrait, et on fera t out pour cela, mais on craint un peu d’être trop timide, de passer pour une ingénue. De décevoir. Et d’être déçue. D’avoir mal aussi. On veut bien s’ouvrir, l’aider a u besoin à s’introduire, le sentir s’y glisser puis le laisser s’exprimer. Être surprise, emportée parfois, envahie même. De ces jeunes hommes, l’un ou l’autre sera tout à l ’heure un peu plus sec, plus dur aussi pour s’abandonner sous les pommiers dans des farandoles horizontales où les membres inférieurs se mêleront astucieusemen t comme dans un jeu de construction. Il y aura quelques glissements discre ts, mais maladroits sur le corps de ces jeunes filles, des tâtonnements naturels pou r découvrir, caresser, sentir, s’approprier. Elles sont prêtes à s’ouvrir à la vie . Plus peut-être. Mais pas à n’importe quel prix. Pour l’instant, il n’y a encore que des robes espiè gles qui se retroussent délicatement et des bretelles de caraco qui ne sout iennent plus rien quand les gestes naturels brassent de l’air. Un téton qui se hisse vers la couture comme pour profiter du soleil et la propriétaire qui n’en pren d pas ombrage. La compétition ne lui fait pas peur à son âge. Sur un mouvement de reptat ion, une cuisse se dévoile
jusqu’à l’aine où glisse le bord de la culotte puis se referme pudiquement sur le trésor si convoité. L’attente est aussi plaisir. Il y a ces moments incroyables de la volupté émerge nte pour des corps impatients, de l’envie contenue parce que l’expérie nce n’est pas encore acquise et que le passage du gué reste une plongée sublime vers un monde inconnu. Probablement que l’on se jauge, qu’on active des st ratégies de rapprochement afin de se placer au mieux pour devenir incontourna ble. Les garçons espèrent gagner quand les filles hésitent encore à rendre le s armes. La victoire comme la défaite n’est qu’une illusion. Il n’y a que l’histo ire à le savoir. C’est ainsi que les choses ont commencé. En arrivant dans le pré où le groupe d’élèves se re trouvait depuis ces jours séparant les épreuves écrites des résultats, j’ai v u immédiatement qu’Anaïs et Hortense manquaient à l’appel. Elles n’étaient pas là, n’étaient pas venues ou avaient déjà déserté. Je n’allais pas afficher oste nsiblement mon intérêt pour elles, au risque de décevoir cette brune qui était là ou e ncore cette blonde. Je les avais accompagnées, l’une au cinéma et l’autre à la kerme sse. L’une qui veillait sur son trésor et l’autre qui l’offrait si facilement. J’ai donc rebroussé chemin comme un fantassin cherc hant son régiment passé sur l’autre rive sans faire étalage de sa retraite peu glorieuse. J’avais déjà fait des choix : celui d’abandonner les seins accueillants d e la brune exigeante, comme celui de délaisser la bouche si gourmande de la blo nde un peu folle. L’une et l’autre étaient à posséder sans gloire. Il y a parfois une échelle des valeurs dans le désir. À dix-huit ans, il faut qu’il soit fort, dérangeant, sublimé parce que c’est bien cette puissance-là qui emporte tout. Qui produit le vérit able plaisir. Surtout quand on croit naïvement qu’on a le choix. Il n’est pas certain qu ’on retrouve cette plénitude des années plus tard. Pour le choix, on avisera. J’ai franchi le ruisseau au gué de pierres que nous avions fabriqué si laborieusement au printemps et j’ai remonté le pré en direction de la maison. Après une pente accentuée, le terrain basculait à l’horiz ontale. Alors, la grande villa apparaissait dans son écrin de verdure pigmenté de nuages floraux et odorants. Un eucalyptus géant portait ombrage et servait de r efuge à des couples de pigeons énormes qui se baladaient sur la pelouse en traînant leur bedaine de sénateur. Puis des buissons fleuris composés d’espè ces différentes. Des fuchsias, des bégonias, des pervenches et bien d’autres espèc es dont le nom chantait sans que je puisse les citer aujourd’hui. Il y avait surtout des hortensias magnifiques qui b ordaient l’escalier menant à la terrasse. Hors saison, on avait enfoui de l’ardoise pilée au pied de certains arbustes pour renforcer le bleu faiblissant de leurs fleurs plates alors que les roses, plus bombées, s’épanouissaient naturellement. En terrasse, on avait manifestement pris un rafraîc hissement puisque deux verres encore humides encadraient une bouteille de jus de fruits. L’un des fauteuils semblait avoir été bousculé comme si la personne as sise là s’était brusquement levée pour disparaître dans la maison. Froissée, ém ue ou triste. Peut-être désireuse de plaisir. Heureuse aussi. Le coussin de l’assise se pliait à demi craignant la chute sur le sol. Il n’avouerait pas ce qui s’était passé ici.
La porte à deux battants donnant sur le salon angla is n’était pas fermée. Elle était simplement repoussée. N’étant pas chez moi, j’aurai s dû faire le tour de la maison et sonner à la porte d’entrée pour m’annoncer. Mais j’avais tellement envie de m’aventurer. Le parfum de l’interdit est le plus ca piteux. Je croyais à des choses. Je m’en inventais d’autres et ce silence latent était propice à toutes les découvertes. Les lèvres d’Anaï s et d’Hortense avaient probablement caressé le bord de ces verres. Leur la ngue un peu. Elles étaient ici, quelque part dans cette maison, à l’abri des regard s. Elles n’avaient pas d’autre lieu plus intime pour se retirer discrètement. La maison était grande, parfois énigmatique, mais empreinte de la douceur surannée des demeures bourgeoises bâties par des maîtres respectés. Sans oublier de m entionner qu’elles étaient souvent dirigées par des maîtresses femmes, assuran t la pérennité. J’ai suivi le couloir un peu sombre gardé par les p ortraits immobiles de sévères ancêtres pour parvenir au bas de l’escalier de marb re. Là, je me suis arrêté. Il n’y avait pas le moindre bruit. Ni dedans, ni dehors. C ’était l’un de ces après-midi que l’on recherche parfois aujourd’hui pour leur quiétu de toute simple. Du bonheur équitablement partagé entre des regards et des sile nces même si, parfois, la colère gronde sous les ombrelles. Je n’avais pas été invité. Je n’avais rien à faire là. Sauf me faire surprendre et essuyer une réprimande bien méritée. On ne pénètre pas ainsi chez les gens. Pas à cette époque, en tout cas. Mais peut-être avaient-elles envie que quelqu’un vi enne les voir. Ce quelqu’un pouvait être moi. Pour le vérifier, je n’avais d’au tre solution que de les retrouver. Pourvu qu’elles soient seules. J’aurais mal vécu de les voir se vautrer avec des garçons du lycée, elles, des filles du collège de L ’Assomption. Et la claque aurait été cinglante. J’ai quand même appuyé la semelle de ma basket gauc he sur la première marche puis l’autre comme si je jouais à un jeu. J’ ai cru entendre quelque chose. Probablement que je l’ai souhaité pour justifier mo n geste. Comme si un simple souffle supposé pouvait m’inviter à gravir cette vo lée de marches blanches. Et je suis monté. Pas quatre à quatre comme un gamin qu’on appelle po ur le goûter. J’espérais découvrir des choses à l’étage. Je ne savais pas bi en quoi. Si les deux filles étaient là-haut, j’allais les retrouver. Elles étaient intelligentes et studieuses. Pas du g enre à se voir imposer un oral de rattrapage. Elles n’avaient donc aucune raison d e s’isoler pour revoir des pans entiers de cours à les faire trébucher. Elles allai ent passer du premier coup, j’en étais certain. Pour moi, ce n’était pas gagné. Elles avaient dédaigné ce rassemblement au bord de la rivière où quelques autres du lycée s’étaient donné rendez-vous. Comme si, déjà, la séquence scolaire était en train de se décliner au passé. Autre chose nous attendait à la rentrée. L’université était ailleurs et les spécialités géog raphiquement mal réparties. Hortense ferait archi et Anaïs médecine. Moi, je ne voulais rien. Je n’avais tout simplement pas envie de me séparer d’elles. On se connaissait depuis des années. On se voyait d avantage depuis la classe
de seconde. La terminale nous avait vraiment rappro chés. On s’embrassait beaucoup. On se caressait un peu. On n’osait pas al ler plus loin. L’époque décidait de ça. Dans la semaine, j’écrivais à l’une et à l’a utre. J’ai su plus tard qu’elles avaient longtemps ignoré ce double jeu. Je leur dis ais les choses pareillement. Je ne faisais pas de préférence. J’étais amoureux de l ’une et de l’autre tout bêtement. Arrivé sur le palier, je me suis figé. J’avais déjà exploré les nombreuses pièces de cette vaste demeure sans avoir gardé en tête le plan de circulation. Mais je n’étais pas en peine. Elles étaient là quelque part , les verres en terrasse attestaient de leur passage. Peut-être qu’elles m’avaient enten du. Peut-être qu’elles se cachaient. Peut-être qu’elles s’étaient laissé pren dre par une somnolence tout à fait légitime. Ce temps si chaud incitait si naturelleme nt à s’abandonner dans des bras amicaux. Tout à, coup j’ai cru percevoir un froissement de t issu. De ceux que l’on produit en se retournant dans un lit idéalement bordé de dr aps tendus et lissés par un repassage impeccable. De ceux qui s’entendent quand une jambe puis l’autre cherchent leur place dans les plis amples d’un tiss u un peu épais. Il en faut des mouvements pour se libérer de la toile, se blottir dans des vagues de lin, s’abandonner dans ces nuages et s’assoupir enfin da ns le cocon savamment arrangé. À l’époque, c’était drap de dessus, drap de dessous , édredon et couvre-lit. De quoi prendre une échelle avant de pouvoir s’allonge r. Et je ne parle pas des lisettes tricotées, des chaussons de lit et des briques réch auffées au cœur de l’hiver. Aujourd’hui, c’est couette, pyjama, chaussettes par fois. Sinon rien, quand on veut dormir libre ou prendre sa part de plaisir sans s’e mbarrasser de préliminaires. Une manière de téléphoner à l’autre sans passer par les réseaux sociaux. À la fin des années soixante, nous étions encore bien loin de to ut ça. Les codes sociétaux servaient de contraceptif. Je me suis avancé lentement en évitant de faire gri ncer le parquet ancien jusqu’à atteindre le chambranle un peu écaillé d’une porte béante. La tapisserie en toile de Jouy mangée d’humidité aux angles affichait deux ba igneuses relevant pudiquement le bas de leur robe tandis qu’un jeune garçon caressait un chien au premier plan. Un rideau de cretonne repoussé d’un s eul côté tentait de masquer une plaque de moisi. Au centre, il y avait un lit qui n ’était pas fait. Des pièces de literie en encombraient le matelas rayé dans un amoncelleme nt hétéroclite tenant de la débâcle. La porte percée en face dans la cloison était, elle aussi, ouverte. En enfilade, je pouvais regarder dans la pièce suivante sans être v u. Dans l’autre chambre, il y avait un grand sommier nu à rayures et une armoire à glace entrebâillée. Si de mon poste d’observation, je n’apercevais que des pieds, jolis ma foi, des mollets bien dessinés et l’amorce de cuisses féminines, les autr es parties du corps des belles allongées se reflétaient sans pudeur dans le grand miroir. Nue, Anaïs était à droite d’Hortense, un pied posé sur l’autre cheville afin d’ouvrir son entrejambe aux doigts agiles de son amie, qui s ’immisçaient. Hortense était allongée sur le dos, fesses arrogantes et culotte t rès blanche baissée aux genoux. Le teint un peu plus rose de l’une se mariait bien avec le léger brun de l’autre. Leurs lèvres se caressaient délicatement et elles se mang eaient des yeux comme si elles