//img.uscri.be/pth/059a64c36aca9f85f01691e2831d9961e4be0a58
Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

Une enfance en Indochine

De
157 pages
A la fois souvenirs et témoignage, "Une enfance en Indochine" raconte la vie d'une petite française en Annam (Centre Vietnam) de 1937 à 1946. Ce récit présente la vie quotidienne d'une famille semblable à bien des familles européennes installées là-bas avant que la guerre ne vienne définitivement mettre fin à cette douceur de vivre et bouleverser la vie de ces familles. Ce livre vibrant de souvenirs personnels d'une Indochine à jamais révolue s'adresse à tous ceux qui sont nés là-bas ou qui y ont vécu, ceux qui s'intéressent à ce pays et à son histoire …
Voir plus Voir moins

Une enfance en Indochine
De la douceur à la tourmente

Cassilde TOURNEBIZE

Une enfance en Indochine
De la douceur à la tourmente

@

L'Harmattan,

2003

5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris - France L'Harmattan, Italia s.r.l. Via Bava 37 10124 Torino L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest ISBN: 2-7475-5465-1

A A A A

la mémoire de mes parents ma famille Paul Patrice et Sophie pour qui j'ai écrit ce livre

c
~
})

H

N

E , )". ~o itS"ooo"o ~.. J...
J I

!cJ.a1le.

>
-y
"'J"

"

~

~'z-

5

A

M

JNDOCHINE
FRANÇA ISE
.

~
---..

Q-

Iv
'---'-

:''-''~

(,'m" J-c.. J~

/'/"eJoJ,.;

____

-""--'-

./,,,,,ir,,,

J~

I~J"Jr1.J,/~

F

»Q'IJ cie.. ,.,tc,...'~c..

..
---.-

0._ .,_.___ -..

~
-.--.-.--.-----

Avant-propos
L'Indochine de mon enfance est celle des années 1937-1946, d'abord années de douceur de la très tendre enfance, puis années où la raison vient d'autant plus vite que les événements l'exigent. Lorsque la guerre fut déclarée en 1939, rien ne changea réellement pour les Européens d'Indochine, si ce n'est que les communications cessèrent peu à peu avec la mère patrie. De 1945 à 1946 des événements modifièrent puis bouleversèrent la vie des Français. Je voudrais en rappeler succinctement la chronologie afin de faciliter la compréhension du texte qui va suivre:
- 2 juiUet 1941 : poussé par une volonté expansionniste, le Japon envoie ses troupes vers le sud, dans toute la péninsule indochinoise. Jusque-là, il avait obtenu, par une convention militaire, le droit de passage au Tonkin pour ses troupes lancées contre l'armée de Tchang Kaï-Chek, l'utilisation de certains aéroports ainsi que des facilités logistiques. Il procède maintenant à une "invasion pacifique." - 29 juillet 1941 : un accord est signé à Vichy, donnant aux forces nippones accès à toutes les parties de l'Indochine. - 9 mars 1945 : coup de force japonais sur l'Indochine. Les

troupes japonaises prennent possession

-

par les armes

-

de l'Indochine française. Les Européens sont confinés dans quelques villes d'Indochine. A partir de ce moment, les nationalistes indochinois, en particulier les Viet-minhs dont le chef est Ho Chi Minh, étendent leur emprise et proclament l'indépendance. -17 juillet 1945 : conférence de Potsdam. Les trois Grands (Etats-Unis, Grande-Bretagne, URSS) règlent le sort des pays qui avaient été entraînés dans la guerre. L'Indochine 7

est divisée en deux zones séparées par le 100 parallèle: le sud sera occupé par les Britanniques, le nord par les troupes chinoises de Tchang Kaï-Chek. a 15 août 1945 : capitulation du Japon. .15 septembre 1945 : les troupes chinoises prennent possession de Hanoï et s'installent dans la zone nord de l'Indochine. . 28 février 1946 : accord signé par le gouvernement de Tchang Kaï-Chek portant sur le débarquement des troupes françaises au Tonkin et sur le retrait des troupes chinoises d'occupation contre l'abandon des concessions françaises en Chine. Haïphong est déclaré port franc. a 5 mars 1946 : Les unités de la marine nationale avec les généraux Leclerc et Valluy à bord, remontent la rivière de Haïphong. Les Chinois engagent un violent combat contre la flotte française. Le Triomphant riposte et fait sauter la réserve de munitions chinoises entreposées dans l'arsenal. . 6 mars 1946 : accords franco-vietnamiens: 1) le gouvernement français reconnait la République du Viet-nam comme un Etat libre. 2) Le gouvernement du Viet-nam se déclare prêt à accueillir amicalement l'armée française. - 18 mars 1946 : entrée des troupes françaises dans Hanoi" après des tractations sans fin avec les Chinois. . 15 septembre 1946 : retrait des troupes chinoises.

8

Tam Quan, entre lagune et Pacifrque

Jfai l'impression que ma vie a commencé à Tarn Quan. Je me revois, lors de notre arrivée, sur le bac qui traverse la lagune, avec mon frère Charley et nos parents. Je n'ai pas trois ans, mais à partir de ce moment, ma mémoire va tout emmagasiner. Je me souviens des petits crabes multicolores et babillards qui menaient, dans les dépressions vaseuses laissées par la lagune à marée basse, une activité frénétique, tapageuse et désordonnée. Ils étaient petits, mais débordants de vie, de mouvement, de chuintement, d'une sorte de langage qui s'élevait de leurs carcasses menues à grand renfort de bulles. Chaque trou, dans cette vase, était bruissant de ces petites vies turbulentes. Tarn Quan, c'est pour moi cette arrivée, ces crabes, puis la traversée de la lagune, debout, bien droite sur le sampan au milieu des sacs et des valises, pendant que le passeur tire sur la longue perche et la plante si profondément dans le fond vaseux qu'à chaque fois je crois qu'il va perdre l'équilibre et tomber à l'eau. Notre maison se trouve entre mer et lagune. D'un côté, la plage de sable blanc qui s'étire d'un contrefort de la chaîne annamitique à l'autre. Vingt kilomètres de sable fin et en face, le Pacifique vert, tiède et limpide. De l'autre côté, le parc s'achève par un rempart interrompu à deux endroits par des escaliers monumentaux qui mènent à la cocoteraie, plus bas. Au bout de l'allée, un portail s'ouvre sur la lagune. La mer et la lagune fonnent deux mondes à part. Le côté mer est le nôtre. Nous y sommes seuls, perdus dans cette immensité, mais sans jamais avoir de sentiment de 9

solitude. Des pêcheurs ramènent leurs filets et reviennent de leurs expéditions en passant derrière la haie d'épineux du parc, par le chemin de sable qui les conduit au village, chargés parfois des thons qu'ils portent sur le dos, pardessus l'épaule, en les tenant par la queue. Il me semble que les énonnes poissons touchent terre. De temps en temps des maraîchers longent la plage en cadence, au rythme de leur palanche qui ploie et remonte à chaque pas. Ils transportent souvent de l'engrais humain dans les paniers suspendus à chaque extrémité. Nous le devinons à l'odeur. Partois un enterrement remplit momentanément l'air d'une sorte de tintamarre assourdissant, pendant que le défunt est conduit pour son dernier repos dans l'une des tombes, creusée dans le sable du cimetière de l'autre côté du parc, accompagné des lamentations et des jérémiades des pleureuses vêtues de blanc, qui font mine de s'arracher les cheveux en suivant le cortège. La nuit, lorsque le vent souffle sur les tombes de sable, il lui arrive d'emporter des feux follets qui s'accrochent à la haie et s'agitent à la moindre brise. C'est pour nous, enfants, un sujet de frayeur: nous croyons voir les esprits des morts danser une sarabande infernale. Le monde de la lagune appartient aux villageois. Leurs paillotes se groupent sur ses bords de part et d'autre du parc. Je n'ai pas le droit d'y aller seule, je dois être avec la Thi Ba (s'écrit Chi Ba), notre bonne, ou avec mes grands frères. Nous allons parfois y pêcher des poissons chats qui nous envoient des décharges électriques lorsque nous leur touchons les moustaches. De notre côté il n'y a pas de petits crabes, mais des poissons étranges, que nous appelons poissons cheval, qui montent sur la rive et se déplacent par petits bonds à l'aide de leurs nageoires latérales. Parfois des villageois fabriquent des cordes avec les fibres des noix de coco. Ils tendent les torons sur la berge et les tordent à l'aide d'une roue qui ressemble à un cabestan. J'aime les regarder travailler, habiles, bavards, crachant bien loin des giclées rouges de bétel.

10

C'est dans la lagune que plus tard nous apprîmes à nager, Charley et moi. Nous avions reçu les premiers rudiments de la brasse et répété ses mouvements sur un tabouret pliant en toile, puis nous les avions exécutés non loin de la rive, accompagnés d'un grand frère. Nous n'eûmes le droit de faire nos premières brasses seuls en mer que lorsqu'il fut reconnu que nous savions nager. Un jour, mon père nous emmena en sampan au milieu de la lagune pour l'épreuve probatoire et nous jeta à l'eau tout habillés. Il nous suivit avec le bateau pour s'assurer que nous ne nous affolions plus et nous laissa regagner le bord. Restait à faire nos preuves en mer. Nos frères aînés nous emmenèrent au large, accrochés chacun au cou de l'un d'eux. Ils nous expliquèrent que nous devions nager parallèlement au rivage, puis nous donnèrent le signal du départ. Personne ne s.élança, pas plus Charley que moi-même. "Attends, après la vague..." Les amples ondulations se transformaient plus loin en rouleaux. Elles allaient nous emporter, nous engloutir. Après la première, il y en avait une deuxième, puis une troisième. Ce n'était pas le calme plat de la lagune. Finalement, après bien des hésitations, nous partîmes dans la vague qui nous souleva et nous porta. Nous avions dorénavant gagné le droit de nager en mer avec nos parents. Au retour de la baignade la Thi Ba nous douchait dans le jardin, près du puits, un puits rond très profond d'où le jardinier tirait l'eau. II la mettait dans des touques de fer blanc, réserves dans lesquelles la Thi Ba puisait à l'aide d'une noix de coco coupée en deux et année d'un long manche, et elle nous rinçait pour éliminer tout le sel que nous avions dans les cheveux et sur le corps. De grands badamiers ombrageaient le puits et il y régnait toujours une odeur aqueuse et verdâtre. Les profondeurs ténébreuses dans lesquelles plongeaient ses parois abritaient des colonies de blattes énormes que mes frères appelaient à juste titre des cancrelats. Ils sortaient parfois au jour, l'air hagard, pour retourner dans leur sombre repaire au moindre bruit.

Il

Il Y avait dans la partie inférieure du parc un autre puits, carré et peu profond. Nous descendîmes un jour nous baigner dans son eau fraîche et cristalline. Des cocotiers, chargés de grappes de noix, poussaient avec une exubérance vigoureuse non loin de là. Mes frères n'anivaient pas à faire l'ascension de leurs troncs lisses, alors qu'en les saisissant à bras le corps et en m'y cramponnant, j'y parvenais. Ils m'expédièrent une fois en haut d'un jeune cocotier pour cueillir les grosses noix vertes et luisantes, solidement attachées à leur pédoncule comme à une corde. La montée fut lente et douloureuse pour l'intérieur des cuisses qui se râpaient aux anneaux fibreux laissés sur le tronc par la chute des couronnes successives de palmes. Arrivée sous le chapiteau du feuillage, je saisis une noix dans la paume de ma petite main et je la fis tourner pour la détacher de sa queue, mais j'avais beau tourner et tourner, je m'épuisais, la noix ne se détachait pas. D'en bas, les conseils fusaient, que je suivais comme je pouvais - en vain -. Je dus redescendre sans noix de coco... Quand mes frères arrivaient à en faire tomber une, bien jeune, ils lui faisaient une ouverture d'un coup sec et net de leur coupe-coupe, au niveau du pédoncule, et nous nous passions la noix de l'un à l'autre pour en tirer une bonne rasade de lait frais qui nous titillait la langue comme une limonade. Ils la fendaient ensuite en deux et nous nous régalions alors de la chair, bien fine, que nous mangions à la cuiller, comme une crème. Notre maison était bâtie selon un plan très simple mais fonctionnel, que l'on retrouve dans les maisons coloniales de l'époque: le corps principal de l'habitation était surélevé et on y accédait par plusieurs marches. De grandes pièces carrées s'alignaient au centre, l'une à la suite de l'autre. Une véranda intérieure, que protégeaient les murs épais du bâtiment, ceinturait les pièces centrales pour y garder la fraîcheur. Chaque pièce ouvrait sur la suivante par une large baie sans porte. L'extérieur entrait généreusement dans la maison, l'air circulait librement et ne trouvait rien qui le réchauffât. Il glissait sur le carrelage toujours frais, se faufilait d'une fenêtre à l'autre, d'une porte à l'autre, toujours 12

ouvertes, ressortait dans la deuxième véranda, extérieure, qui faisait le tour de la maison, en contrebas. L'ensemble était certainement spacieux, mais me paraissait immense. Plusieurs années après, lors d'une deuxième affectation - je devais avoir sept ans - mes frères aînés avaient organisé une course entre Charley et moi: douze fois le tour de la maison, sous la véranda. C'était une rude épreuve d'endurance. Je partis comme une flèche et pris très vite un demi-tour d'avance sur mon frère, mais j'avais mal jugé de la distance à parcourir et je ne recevais aucun encouragement des grands frères qui, postés chacun à un angle de la maison, soutenaient ouvertement Charley: "Vas-y, te laisse pas battre par une fille." Je fus tellement vexée de si peu de compréhension et de sympathie, qu'au onzième tour je m'arrêtai tout net,juste avant de me faire dépasser... Nous étions heureux, à Tam Quan. Nous avions, les enfants, tout l'espace dont nous pouvions rêver et de grands arbres dans le parc: un banyan étreignait de ses branches puissantes un pigeonnier d'où s'échappaient des roucoulements et des battements d'ailes. Les deux pigeons de La Fontaine qui s'aimaient d'amour tendre, s'aimeront toujours d'amour tendre pour moi, dans mon pigeonnier sur le banyan. Il y avait aussi des badamiers aux larges feuilles et aux branches presque horizontales dans lesquelles mes grands frères grimpaient. Martial me promit que je pourrais les suivre dans l'arbre le jour où je saurais siffler. A trois ans je sus siffler et je fis l'ascension du tronc râpeux et bosselé à la suite de ce grand frère attentif. Les badamiers portaient des fruits que mon père, toujours précis, appelait des myrobalans - en forme de grosses amandes avec une peau pulpeuse que nous n'avions pas le droit de manger, probablement parce qu'elle est purgative, mais qui nous tentait lorsqu'elle était mtÎre et bien jaune -. A l'intérieurde la coque se trouvait une amande fuselée, délicieuse. Charley, le plus gounnand, m'entraînait toujours à désobéir. Nous avions un jour réussi à tromper la vigilance de la Thi Ba et à goûter - trop rapidement - en nous dissimulant, la chair de ce fruit au parfum frais et acidulé. Mais nos quatre 13

grands frères alertés ne furent pas longs à nous trouver, cachés denière un contrefort du magasin à sel. Nous en fûmes quittes pour une bonne semonce, multipliée par quatre. J'étais pleine d'admiration pour mes grands frères, les quatre aînés, qui jouissaient à mes yeux d'un statut spécial. J'étais la sixième enfant, mais la première fille. Mes parents m'avaient attendue comme le Messie et mon père avait déjà un prénom tout prêt pour moi, qu'il me réservait depuis la guerre de 1914-18 : lorsqu'il fut prisonnier en Bulgarie, après avoir combattu sur le front de l'Est et aux Dardanelles, une épidémie de typhus sévit dans la région. Les geôliers bulgares ne s'occupaient guère des soldats français, mais une religieuse portugaise, sœur Cassilda, venait leur dispenser les soins dont ils avaient besoin et leur apportait la chaleur de son sourire. Elle avait, paraît-il, de très beaux yeux verts et tous les petits poilus étaient béats d'admiration et secrètement amoureux de cette douce et belle nonne. Dans une lettre à sa sœur, mon père déclara que sa première fille s'appellerait Cassilde - il franciserait le nom. Il tint parole, et c'est ainsi que je fus gratifiée de ce prénom. Charley qui n'avait que deux ans de plus que moi était mon alter ego et ne bénéficiait donc à ce titre d'aucune admiration de ma part. Toutes les bêtises, je les faisais avec lui. En général c'était lui qui avait l'inspiration. Il me persuada un jour que mes cheveux avaient besoin d'être raccourcis: je livrai ma toison brune, qui me faisait un véritable casque, à ses ciseaux massacreurs. Les exclamations désolées de ma mère ne m'inspirèrent aucun regret - et en l'occurrence l'esthétique de ma petite personne ne me souciait guère. J'étais une enfant heureuse de vivre, ignorant les chichis et la coquetterie féminine. Je ressens encore aujourd'hui l'impression qu'éprouvait mon corps, vêtu d'une petite combinaison à bretelles, sans jambes, échancrée sur les cuisses, qui nous permettait de supporter la chaleur étouffante des journées. J'avais le sentiment d'être une boule de vie, enregistrant les 14

sensations avec délectation. Plantée sur mes deux jambes, les mains jointes denière le dos, le ventre en avant, j'étais surnommée par les domestiques "hôt mit," ce qui veut dire "graine de jaque" (le jaque est un fruit aussi gros qu'une énorme pastèque: sa peau est hérissée de callosités pointues, mais lorsqu'on l'ouvre, sa chair jaune et savoureuse entoure des graines semblables à de gros haricots secs). En somme, mon corps avait un profil de haricot. Lorsque les villageois me croisaient, ils disaient "mat mèo," "yeux de chat," à cause de mes yeux bleus, chose étrange et presque anormale en ces lieux. A part Charley, nous avions tous les yeux bleus, mais nos incursions dans le village étaient trop rares pour que la couleur puisse paraître banale. Notre vie à Tam Quan se déroulait au sein du noyau familial augmenté des auxiliaires qui venaient la rendre facile et agréable. Le personnel de la maison était relativement nombreux et peu onéreux, à tel point que la bonne ou le boy avaient eux-mêmes un petit domestique pour les servir. Pour nous, les serviteurs faisaient partie de la maison, ils agrandissaient le cercle familial. Mon père avait quitté son Tarn natal et avait choisi d'aller vivre en Indochine afin d'assouvir un idéal primitiviste qui lui faisait miroiter un bonheur possible dans cette lointaine Asie, sur les plages désertes du Pacifique. L'administration des Douanes et Régies lui en donnait la possibilité. Il avait le rêve en lui, et Tarn Quan lui offrait un cadre susceptible d'abriter ce qui, pour lui, ressemblait le plus à la félicité ici-bas. Il pouvait y vivre,un peu comme un Robinson, loin de la civilisation européenne, de ses contraintes et des compromissions d'une vie trop urbanisée. Dès son arrivée dans ce pays, il engagea un professeur qui lui apprit la langue locale. IlIa parlait par la suite si bien que les natifs étaient étonnés de lui voir des traits européens et des yeux bleus. Quand il fit la connaissance de ma mère, une jeune et belle Eurasienne - on disait à l'époque une métisse -, ses parents en furent très contrariés et lui dirent que ses 15