Vengeance infernale

Vengeance infernale

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85 pages
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Description

Un jour, l'existence de Charles Désilet est totalement bouleversée lorsqu'il revoit par hasard, dans la rue, celui qui a lâchement assassiné sa s?ur vingt ans plus tôt et qui, à ses yeux, a bénéficié de l'indulgence du tribunal. Une obsession de vengeance s'insinue alors en lui tel un mal incurable.À cinquante ans, c'est un homme déçu autant par la vie que par une carrière de professeur de littérature qui s'achève médiocrement, comme une défaite au bout d'un long combat inutile. Son enseignement est méprisé par ses élèves. Solitaire, il noie son amertume dans l'alcool. Depuis cette rencontre, il se transforme peu à peu en une bête sournoise guettant l'instant où il bondira sur sa proie. Ni la perspective de blesser des êtres chers, ni sa relation voluptueuse avec une certaine Catherine, au passé obscur, ne semblent le freiner dans sa quête infernale. Obnubilé par cette idée fixe, il ne saura mesurer la profondeur du mal de vivre d'une étudiante modèle. Le remords de cette faute s'ajoutera aux regrets que lui a laissés une séparation qu'il traîne comme une ancienne blessure. Glissera-t-il jusque dans l'abîme ou pourra-t-il s'accrocher à la dernière bouée?

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Ajouté le 01 août 2010
Nombre de lectures 1
EAN13 9782897261757
Langue Français
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Pierre Martel – Bibliographie
Si le cœur mendie,Les Éditions La Presse, 1981 Y’a pas de métro à Gélude-la-Roche,Les Quinze, 1987 L’Éteigneur de Lucioles,Éditions Varia, 2004
À la mémoire de Rollande et Adrienne
La folie c’est le déjà-là de la mort. Michel Foucault
Première partie
n dépit des années écoulées depuis le drame, j’ai t out de suite reconnu celui que E j’appelle l’étrangleur. En l’apercevant je me suis dit : non Charles Désilet tu ne rêves pas, c’est bien lui. Il n’a pas tellement changé fi nalement. Teint blafard, carrure de la mâchoire, charpente à la fois ossue et frêle, et su rtout le regard creux et sombre demeuré intact dans mon souvenir. La chevelure s’ab sente, le visage se marque, mais à part cela, l’ensemble rejoint le portrait que j’en avais conservé malgré moi, malgré la volonté de l’effacer de ma mémoire en même temps qu e l’affreux événement l’ayant placé sur ma route de vie. Sa sale tête ne m’a jama is véritablement quitté toutes ces années. Cette rencontre, c’est comme si je l’avais toujours pressentie. Sans vraiment croire qu’un jour ou l’autre je croiserais le monst re, l’assassin de ma sœur. J’y pensais parfois, j’imaginais la scène tout en redoutant ma réaction, l’effet qu’une telle rencontre aurait sur moi. Et voici que l’événement s’est prod uit tout bêtement, dans la rue, sous une pluie fine, semblable à celle qui humectait les visages le jour où j’ai quitté le Palais de justice il y a vingt ans, abasourdi par le prono ncé d’une sentence aussi légère qu’absurde. J’ai mille fois revécu la scène burlesq ue au tribunal où le coroner, se donnant en spectacle, cite Victor Hugo et parle de bêtise. De toute évidence, dans ce procès bâclé, le caractère prémédité du meurtre fut écarté de la preuve. Alors, d’un seul coup, en pleine rue, le désir de vengeance, tel une soif mortelle, s’est réinstallé dans mes moindres pensées, au creux de chacun de mes ges tes. Le sentiment mêlé de haine et de souffrance, s’était, me semble-t-il, atténué avec le temps, mais ne l’avais-je point plutôt refoulé tant bien que mal au plus profond de moi. Me revoici donc au bord du geste, si près du gouffre. Je deviens soudainement le prédateur et lui la proie. Il ne me connaît pas, c’est là tout mon avantage. Quelques a nnées de prison pour un meurtre gratuit, inexpliqué et inexplicable. Tuer pour tuer . Il la connaissait à peine. Un tumulte s’est déclenché en moi dès que je l’ai reconnu. Les mots comme pardon ou rémission, mots de la raison, n’ont plus de sens, et un flot d e pensées à la fois séduisantes et irrationnelles liées à la vengeance m’envahissent. Reste à savoir si le geste aura le courage de la pensée. Jamais, depuis les jours ayan t immédiatement suivi le meurtre, l’idée de trucider un autre être humain ne m’avait hanté à ce point. Je l’ai suivi discrètement, tel le détective sur la piste du tueur. Mes pas dans ceux de l’étrangleur. Pas aussi facile que je l’avais imagi née, la filature. Surtout la première fois. Un curieux exercice plutôt exténuant. Garder la dis tance, être toujours prêt à réagir. Ce que j’avais cru au départ être une sorte de jeu est devenu une activité exigeant toute mon attention. M’arrêter devant une boutique, le re garder s’éloigner dans le reflet de la vitrine, ne pas le perdre de vue parmi les badauds. Il faut de la patience et de la concentration. Surtout ne pas se faire remarquer, n ’être qu’une ombre parmi les ombres. Par moments, de petites remontrances, comme des rep roches ou des conseils de gens raisonnables, ralentissaient mon pas, me faisaient douter un instant, mais rien n’y fit, j’étais décidé à ne plus lâcher la piste. Je sais maintenant où il habite. Un quartier des an nées trente, presque anonyme, une rue saturée d’odeurs humides, un appartement dans u n immeuble vieillot mais assez coquet. Vieilles pierres grises et roses, corniches en saillie d’époque qu’ombrage à demi un pin immense. Des jardinières aux couleurs vives, qu’on devine bien garnies au cœur de l’été, ornent les balcons et donnent à l’immeubl e une touche gaie. A-t-il habité ailleurs depuis sa sortie de prison ? Sans doute. Pourquoi n ’a-t-il pas choisi de vivre en banlieue, ou mieux encore, en région, le plus loin possible d u lieu où il a commis son crime ? Il est vrai que Montréal est vaste. Chaque quartier est un univers distinct. Et puis avec le