Yalissan et les peuples de Crigandar, épisode 1
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Français

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Description


Elisa est une jeune femme discrète, que rien ne laissait présager d'un avenir tourmenté, jusqu'à ce qu'elle découvre qu'elle est en réalité Yalissan, née pour diriger les peuples d'une dimension parallèle appelée Crigandar. Une nouvelle vie empreinte de sacrifices et de souffrances, mais aussi de promesses et d'espoir s'impose à elle au sein d'un monde aux créatures étranges, où la magie et l'amour côtoient les malédictions et la haine.

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EAN13 9791034202720
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0019€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Yalissan et les peuples de Crigandar Épisode 1 Ella Vanégann
À ma petite famille, qui fait bon bonheur.
1 : Monsieur Augustin
Couvertures et draps atteignirent le sol rapidement et le parquet craqua sous les pas nerveux de la jeune femme. Elle allait être en reta rd au travail pour le troisième jour consécutif! Bon sang, mais que lui arrivait-il? Elle ouvrit précipitamment l’armoire, y attrapa l e premier jean qu’elle trouva, un taille basse noir, un t-shirt moulant à manches courtes de couleur assortie, col en V, où l’on pouvait admi rer une très… jolie tête de mort. Elle se débarbouilla dans la salle de bain, attacha rapi dement ses longs cheveux bruns avec une pince à griffes, enfila les Kickers qu’ell e avait oubliées la veille à l’entrée de la petite pièce, et se précipita dehors, emportant au passage son vieux gilet noir et son sac à main. L’antique Ford Fiesta prit le virage de justesse. E lisa eut un léger haut-le-cœur et une chaleur soudaine lui monta au visage. — Ma vieille, tu roules vraiment n’importe comment! se morigéna-t-elle, furieuse contre elle-même. Voilà trois jours que, chaque matin, elle se levait avec une bonne demi-heure de retard. Elle ne pouvait plaider encore la cause de la panne de réveil et elle craignait sérieusement que Monsieur Augustin, le septuagénair e bourru et exigeant avec lequel elle commençait ses journées en tant qu’Auxiliaire de Vie Sociale, ne lui fasse passer l’envie de se représenter à nouveau devant sa porte . Du haut de ses 22 ans, Elisa se distinguait auprès de sa «clientèle» par son implication et le sérieux dont elle faisait preuve au quotidien. Elle avait quitté la maison familiale de Trémond quand elle avait commencé à travailler quelques mois auparavant, et s’était installée à Souanite dans un petit studio de 30 m² à une trentaine de kilomètres du village de son enfance, où elle re tournait régulièrement afin de rendre visite à ses parents, Emeline et Tom. Bien qu’elle les aime tendrement et leur soit recon naissante de la vie qu’ils lui avaient offerte, elle appréciait sa récente indépen dance et avait mis un point d’honneur à assumer sa nouvelle vie sans aide. Souanite étant un point de jonction entre de petites villes vieillissantes, son métier lui avait ouvert beaucoup de portes et lui avait permis de se construire une réputation irréprochabl e. Ainsi, sa douceur et sa gentillesse auprès des dame s lui valaient bien des sourires, et son physique avantageuxbien qu’elle n’en abuse aucunementlui assurait l’admiration de beaucoup de messieurs. La circulation se fit plus dense à l’approche de la petite ville de Walmonté, où vivait le vieil homme. La radio annonça 8 h. Voilà! Elle était en retard! — Maudits feux rouges! Les voitures avançaient lentement, au rythme saccad é du feu. Elisa avait l’impression que les éléments se liguaient contre e lle et elle serra les dents en sentant l’adrénaline monter. — Du calme, ça ne sert à rien… Elle descendit le pare-soleil et jeta un coup d’œil dans le petit miroir incorporé. Ses yeux, d’ordinaire d’un bleu limpide, étaient inject és de sang. On aurait pu croire qu’elle avait pleuré toute la nuit, et le soleil de ce débu t de mois de mai, qui filtrait à travers le pare-brise, n’arrangeait rien! Elle cligna des paupières; cette sensation de picotement ne la quittait pas et elle savait pourquoi elle en était là! Trois jours! Trois jours qu’elle
ne dormait pas! Chaque fois qu’enfin elle partait dans un sommeil r éparateur, ce même rêve, cet horrible cauchemar revenait! Le même en boucle et elle ne le comprenait pas. Elle se trouvait dans la maison de Monsieur Augusti n, il prenait son petit déjeuner, se plaignant comme à l’accoutumée que son café était t rop chaud etqu’il n’y avait pas assez de beurre sur ses tartines, lorsqu’une espèce de boîte en boisun cube apparem m entmassait, et setombait du vaisselier ancien et sculpté. Elle la ra retrouvait dans le noir. Elle avait froid, vraiment très froid… et des cris, des hurlements, commençaient à s’élever. Elle tournait la tête dans tous les sens, mais ils venaient de partoututaient au reste. Elle voulait! Des grognements, puis des rires angoissants s’ajo fuir, mais des mains la rattrapaient, la griffaient, puis un hurlement plus terrifiant que les autres, plus fort et chargé de terreur, s’élevait… C’est à ce moment-là qu’elle se réveillait, effrayé e par un terrible cri… qui sortait de sa bouche. Certes, ce cauchemar ne voulait rien dir e, mais il l’empêchait de fermer l’œil, et la fatigue qu’elle ressentait se disputai t à l’angoisse de s’endormir et de rêver à nouveau. Enfin le feu vert! La voiture devant elle cala, puis repartit assez rapidement pour que la jeune femme puisse démarrer à son tour avant qu’ il ne passe à nouveau au rouge. Cinq minutes plus tard, elle se garait devant une p etite maison de briques rouges à étages, dont les fenêtres laissaient entrevoir de v ieux rideaux ternis et déchirés par endroits. La demeure était encerclée par une vieill e barrière de bois défraîchie, qui la séparait d’une forêt d’herbes folles. Elisa poussa la barrière et gravit lentement le pet it chemin de cailloux, dont l’espace était envahi en grande partie par la flore locale. La jeune femme soupira profondément en entendant Mo nsieur Augustin se déplacer pour lui ouvrir la porte, signe qu’il surveillait s on arrivée. Elle perçut le bruit de sa jambe droite traînant sur le sol; il bougonnait des mots incompréhensibles. La porte s’ouvrit et des yeux bleus, froids, dévisa gèrent la jeune femme. — Vous avez à nouveau beaucoup de retard, Mademoise lle Michells! — Bonjour, Monsieur Augustin… Excusez-moi, cela ne se reproduira plus. Le vieil homme ne fit pas un mouvement pour laisser entrer Elisa. Il détailla la jeune femme des pieds à la tête, avec mépris. Un mépris a uquel elle était habituée, car Monsieur Augustin n’avait pas demandé son aide. Il estimait qu’il était capable de se débrouiller seul et que la venue régulière d’une je une «bécasse» ne serait pour lui que source de contrariété. Madame Ludivine Hauser, sa f ille, enseignante, vivait à cinquante kilomètres de là et ne pouvait s’occuper de son acariâtre papa. Elle avait donc fait appel à Elisa, et l’avait imposée à son p ère qui n’acceptait que de mauvaise grâce cette présence qui, selon lui, lui gâcherait la vie. Une empêcheuse de tourner en rond, en somme… Elisa avait maintes fois essayé d’amadouer le vieil homme. Les gens disaient qu’elle avait un don et que le contact humain était pour el le une seconde nature. Elle aimait son travail et se sentait utile. Un jour n’était pa s comme un autre. Elle avait appris à être ferme quand il le fallait, à écouter, à souten ir. Son travail, elle le connaissait et savait se faire accepter… sauf de ce monsieur bourru qui lui barrait le passage! Il fallait bien admettre que Monsieur Augustin n’ét ait pas homme à se faire aider. Il était énergique et semblait avoir une idée toute fa ite sur chaque chose. La plupart des patients de la jeune femme souffraient de handicaps qui les empêchaient d’accomplir seuls certaines tâches de la vie quotidienne, comme la toilette ou les repas. Certains avaient surtout besoin de parler, de raconter leur vie et de trouver du réconfort.
D’autres, selon leurs soucis de santé, de réapprend re l’autonomie, de faire travailler un membre endolori, et Elisa était là pour ça. Monsieur Augustin n’entrait dans aucune de ces caté gories : il était effectivement capable de se débrouiller seul. Sa jambe ne semblai t pas le faire souffrir et il refusait totalement l’aide que pouvait lui apporter la jeune femme. Au fil du temps, il avait fini par arrêter de bougonner en la voyant sur le pas de sa porte et par accepter qu’elle vienne, lui prépare un petit déjeuner et s’occupe d e faire un peu de ménage çà et là… à condition qu’elle ne déplace rien. Mais il ne lui p arlait pas, ou très peu. En général, une fois qu’il avait mangé, il partait s’enfermer dans le grenier, pièce dans laquelle Elisa avait interdiction de pénétrer. Par trois fois, des sons étranges étaient parvenus à ses oreilles : des grincements, des chuintements. Une f ois elle avait même cru entendre appeler, mais en arrivant devant la porte, la jeune femme avait pu se rendre compte qu’il se parlait à lui-même. Parallèlement, il mettait un point d’honneur à ce q u’elle soit à l’heure chaque jour et ne supportait aucune absence. Un matin, lorsque sa mère s’était brûlée en faisant des œufs brouillés en l’absence de son mari et que la j eune fille l’avait conduite à l’hôpital, Monsieur Augustin avait appelé sur son portable une bonne dizaine de fois afin de s’assurer qu’elle serait à son poste le lendemain. La jeune femme n’avait pu s’empêcher de lui faire r emarquer que ses réactions ne semblaient pas logiques, si l’on tenait compte de t outes les fois où il affirmait que sa présence le dérangeait. Madame Hauser lui avait confié qu’elle craignait po ur la santé mentale de son père, que parfois il tenait des propos incompréhensibles, au sujet de choses impossibles qui lui seraient arrivées dans une dimension parallèle. Il parlait de démons, de sorciers, d’enfants abandonnés… Mais jamais Elisa n’avait été directement le témoin de ce genre de délires. Et s’il avait envie de parler tou t seul ou de bricoler dans son intimité, elle ne pouvait s’immiscer plus avant dans sa vie e t se contentait de tendre l’oreille au cas où il aurait besoin d’elle. — Je peux entrer? — Mmmmpfff… Le vieil homme fit demi-tour, laissant la porte ouv erte. Elisa lui emboîta le pas et referma doucement le battant qui grinça copieusemen t. Elle le suivit jusque dans la cuisine, une petite p ièce encombrée avec, au fond, un vieil évier bas en pierre, situé près d’un petit ré frigérateur qui avait certainement connu des heures plus glorieuses et exprimait bruyamment sa fatigue, et d’un vieux meuble en formica auquel il manquait les portes. Sur le pa n de mur de droite, s’entassait un bric-à-brac de cartons fermés, posés les uns sur le s autres, contre lesquels reposait une petite table de cuisine carrée et branlante. En fin, à gauche, le vaisselier en chêne massif travaillé dont rêvait si souvent la jeune fe mme, ces derniers jours. En le détaillant, elle ne put s’empêcher de sourire : les têtes de gargouilles qui y étaient gravées, bien que peu impressionnantes en journée, avaient peut-être joué un rôle dans la nature de ses rêves. La nuit, les choses pa raissent toujours plus angoissantes… et la maison de Monsieur Augustin n’a vait rien d’accueillant. Très sombre, encombrée d’objets aussi inattendus que biz arres, posés çà et là sur des meubles vetustes, le tout recouvert d’innombrables journaux que le vieil homme collectionnait précieusement et auxquels elle avait appris à ses dépens à ne jamais toucher! Enfin, les tapisseries n’avaient pas dû être changé es depuis… Depuis… Avaient-elles seulement été changées?
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