Sous l

Sous l'emprise des Nark

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Français
98 pages

Description

Il y a très longtemps, les Koh, les Goh et les Gloh vivaient paisiblement sous l’autorité du grand chef Nî-Koh. Le savant Koh-Èn, le courageux Stâcka-N’os, le malin Sâ-Mu et les autres construisaient lentement l’avenir de l’homme. Mais ces grands amateurs d’Ô-Rok et de Gui-Gnôle se souciaient peu du lendemain et ce qui devait arriver arriva : survint alors la grande pénurie. Afin d’y remédier, le vénérable Mî-Goh, « Lôl-Feu », proposa au conseil Pô-Lithik, sur les conseils des puissants Nark, d’instaurer la Pô-Lithik-du-Nombre. Le résultat fut si désastreux que l’espèce des sarkopithèques n’y survécut pas ! Que se passa-t-il ? Qui étaient les sarkopithèques ? Voici leur histoire...


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Date de parution 08 juillet 2014
Nombre de lectures 2
EAN13 9782332710406
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Langue Français

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intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-71038-3

 

© Edilivre, 2014

 

Il y a longtemps, très longtemps, l’homme apparut sur notre terre. A la même époque apparut aussi la femme, par une de ces curieuses coïncidences dont la nature a le secret. Cet heureux hasard permit à l’espèce, qui est sexuée comme chacun sait, de se développer et même de devenir envahissante. Avant l’homme, il y avait le singe. Après l’homme, il y aura… on verra bien.

Intéressons-nous à ce qui se passa entre les deux. D’éminents savants se disputent (les savants passent leur temps à se disputer) la découverte du premier hominidé. Était-ce Toumaï le Sahelanthropus tchadensis ou, plus à l’ouest, toujours dans le berceau africain, Lucy l’Australopithecus afarensis, ou bien un autre encore ? Selon des découvertes récentes, plus au nord (bien que ce qui qualifiât le mieux cette espèce fût plutôt « complètement à l’ouest ») a existé une espèce qui pourrait bien être ce que l’on a longtemps désigné sous le nom de « chaînon manquant » (quand on les connaît mieux, il est néanmoins permis de penser que si ses représentants n’avaient pas existé ils n’auraient manqué à personne). Les scientifiques et autres ergoteurs professionnels ne manqueront pas de faire remarquer que la notion de chaînon manquant a disparu du vocabulaire des anthropologues modernes. Ils prétendent qu’après leur séparation dans l’arbre phylogénétique et aussi dans l’arbre tout court puisque l’homme en est descendu et pas le singe, les deux espèces ont évolué de façon parallèle. Il n’y aurait donc aucune raison de rechercher un intermédiaire entre l’homme et le singe. Ceci n’exclut pas toutefois qu’une troisième voie fût possible, comme l’ont soutenu certains, Tony Blair par exemple pour n’en citer qu’un. Nous allons voir qu’il eût peut-être été préférable qu’il exerçât ses talents en paléoanthropologie où son concept de troisième voie était prémonitoire, voie sans issue sans doute mais dans laquelle rien n’interdisait à un génome aventureux de s’engager.

Bien qu’aujourd’hui disparue, tout comme l’homme de Néandertal qui pourtant a lui aussi bel et bien existé, l’espèce nouvellement découverte dont nous allons parler fit passer nos ancêtres communs du statut d’animaux stupides à celui d’hominidés véritables, avec des habitudes qui évoquent incontestablement le citoyen moderne. Baptisé Sarkopithecus Hungaricus par les savants (sarkopithèque pour le vulgaire), ce cousin des âges farouches possédait en effet déjà les caractères dominants du genre humain : la volonté incoercible de foutre sur la gueule de son prochain à chaque fois que c’est possible et l’obsession, si l’on ne peut le vaincre parce qu’il est plus fort que nous, d’essayer au moins de lui chouraver tout ce qu’on peut, en catimini et sans se faire repérer si possible afin d’éviter que le sens du processus d’échange ne s’inverse.

La lignée de Sarkopithecus Hungaricus s’est éteinte et c’est tant mieux. En effet, s’il est vrai que l’ontogénie résume la phylogénie, comme l’ont prétendu certains, il faudrait admettre que nous passons tous, à un moment donné de notre stade embryonnaire, par le stade Sarkopithecus ! Brrrr, ça fait froid dans le dos rien que d’y penser et l’on comprend mieux la réticence des contemporains de Darwin à admettre que le singe faisait partie de nos arrière-grands-parents.

La découverte

Le sarkopithèque fut inventé, comme disent les paléoanthropologues, dans des circonstances tout à fait fortuites. Un squelette d’hominidé presque complet, très ancien et particulièrement bien conservé, fut récemment exhumé à Paris lors de travaux d’extension vers la Manche de l’arsenal de sous-marins nucléaires abrité juste sous le palais de l’Élysée. Ce fut le premier d’une longue série. On comprendra aisément qu’en raison du nécessaire secret qui entoure le site nucléaire peu connu du grand public, dont l’existence surprendra peut-être même certains lecteurs (mais d’où croyez-vous que vienne l’idée, à première vue saugrenue, d’étendre le Grand Paris jusqu’à Rouen ?), cette trouvaille ait jusqu’ici fait l’objet d’une rétention gouvernementale sous le sceau du secret défense. Finalement, le gouvernement, considérant que ces découvertes paléoanthropologiques majeures, et plus encore ce que les spécialistes en déduisirent, étaient de toute façon tellement étonnantes qu’elles ne passeraient probablement pas la barrière de l’incrédulité du public, le gouvernement donc nous a permis de divulguer les conclusions de l’enquête des scientifiques dont l’identité toutefois, pour d’évidentes raisons de sécurité nationale, ne saurait être dévoilée ici.

Suite à cette décision, des fouilles plus approfondies furent autorisées. De nombreux autres squelettes et une multitude d’objets révélateurs de la vie quotidienne et rituelle de ces surprenants hominidés furent mis au jour. En dépit de l’âge vénérable des ossements (encore en cours d’analyse, on les estime vieux de 5 millions d’années environ), certains accessoires étaient parfaitement conservés. Parmi les plus étonnants, des lanières de cuir dans lesquelles étaient insérés perpendiculairement de petits triangles en corne polie, enroulés autour du poignet (généralement le poignet gauche), portant l’inscription mystérieuse Rôh-Lex. Souvent en conjonction avec ceux-ci furent trouvés des sortes de médaillons en os de renne sur lesquels on pouvait encore lire, gravé en arc de cercle, « sarkopithex ». Étaient-ce là des marques distinguant les sujets d’élites, ou au contraire des signes d’infamie, ou encore des objets religieux ? On notera au passage que les sarkopithèques savaient déjà écrire, ce qui ne manquera pas d’estomaquer le lecteur un tant soit peu au fait de l’histoire pré-humaine. Cher lecteur, tu n’es pas au bout de tes surprises !

L’extraordinaire fécondité de la démarche scientifique contemporaine et aussi un peu d’imagination peut-être, nous ont permis de reconstituer la vie de Sarkopithecus Hungaricus. L’histoire qui suit relate quelques tranches de vie du sarkopithèque telles qu’on a pu les déduire de l’analyse minutieuse des vestiges archéologiques trouvés sur (à proprement parler, plutôt sous) le site Élyséen.

Les sarkopithèques

Les sarkopithèques étaient des êtres sociaux, du moins au sens anthropologique du terme car la fibre sociale était chez beaucoup d’entre eux très embryonnaire. Ils vivaient en tribus, elles-mêmes regroupées en sortes de confédérations qui subdivisaient l’ensemble de la population en plusieurs clans. On peut citer les Koh, les Goh et les Gloh parmi les plus importants. Dans les premiers temps, les Koh vivaient plutôt à l’est, tandis que les Goh et les Gloh étaient plutôt à l’ouest. Ils ne tardèrent pas cependant à se mêler, géographiquement et génétiquement, ce qui les rendit presque indiscernables par l’apparence physique. Leur habillement permettait toutefois de les distinguer. Un pagne de vison identifiait immanquablement un Gloh, une peau de bique mitée un Koh et toute variation intermédiaire un Goh. Quelques tics de langage permettaient aussi de savoir si l’on avait à faire à un Koh, un Goh ou un Gloh. Ainsi, « marché libre et non faussé », « ploutocratie internationale » et « mondialisation régulée » désignaient à peu près la même réalité respectivement en Gloh, en Koh et en Goh. Chaque clan conservait également quelques traditions rituelles (la Mèss chez les Gloh, les Mâ-Nif chez les Koh et les Goh), bien souvent sans queue ni tête et particulièrement inefficaces, mais pour lesquelles ils se seraient fait tuer. Le conditionnel est à vrai dire de trop car beaucoup se firent effectivement tuer pour ça.

Quelques tribus défendaient de manière particulièrement radicale les coutumes de leurs camps respectifs. Dans la syntaxe sarkopithèque, l’insistance d’un caractère s’exprimait simplement en doublant son expression. Ainsi les Koh-Koh, les Goh-Goh et les ’An-Gloh (dans toute langue il y a des exceptions, non ?), pour ne citer que les plus représentatifs, peuplèrent-ils les vastes plaines d’Eurasie et même au-delà pour les derniers. Les premiers prétendaient tout partager, les deuxièmes tout discuter et les troisièmes tout négocier. En pratique, la vie quotidienne dans ces trois tribus était assez semblable et se résumait pour l’essentiel, nous l’avons déjà dit, à s’empeigner et à tenter de piquer la femme ou la nourriture du voisin, les deux si possible.

A l’époque qui nous intéresse, la population des Koh, et plus encore des Koh-Koh, avait fortement diminué après un bref âge d’os (on disait alors « âge d’os » et non « âge d’or », nous verrons plus loin pourquoi). Leur culture subsistait encore par quelques habitudes et aussi dans l’étymologie de certains mots, parfois associée à des racines Goh ou Gloh. Pour ne prendre qu’un exemple, Koh-Lik est composé de Koh (qui signifie Koh, je précise pour les malcomprenants) et Lik (« fuite », en Gloh). Koh-Lik signifie donc « fuite de Koh », ce qui leur arrivait souvent car ils étaient friands de cerises (en témoigne une de leurs vieilles rengaines traditionnelles, Le temps des cerises). Les Koh avaient pour habitude de travailler ensemble, ils appelaient cela Koh-Labôrer. Les principes de base des Koh, poussés au bout de leur logique chez les Koh-Koh, étaient très simples : ce qui est à moi est à toi, ce qui est à toi est à moi. D’aucuns eurent tendance à rompre cette harmonieuse symétrie et à privilégier davantage la seconde proposition, ce qui provoqua des tensions. Pour dire la vérité, ce ne sont pas seulement des tensions qui s’ensuivirent, mais de vrais massacres généralisés qui ne furent pas favorables à l’extension du mouvement Koh, lorsque cela finit par se savoir à l’extérieur de leur communauté, car le message était assez peu porteur, publicitairement parlant.

Les Goh étaient quant à eux encore bien représentés en tant que tels dans la population au moment de notre récit. Issus d’une obscure et ancienne sécession au sein de la grande famille des Koh, ils étaient caractérisés par une propension à se subdiviser à l’infini. Nous ne voulons pas dire qu’ils étaient sexuellement suractifs et particulièrement prolifiques, mais les courants d’idées y proliféraient au point de dépasser en nombre la population totale des Goh. Certains d’entre eux étaient capables, selon la saison, leur humeur ou simplement leur interlocuteur, d’avoir sur n’importe quel sujet une palette d’opinions parfaitement divergentes d’un jour à l’autre. Non pas qu’ils n’eussent pas d’idées, bien au contraire, mais la cohérence d’ensemble de leur discours n’apparaissait pas toujours très clairement.

Les Goh-Goh avaient pour égérie une sémillante représentante de l’espèce, du nom de Seh-Goh. Égérie plutôt que chef, car un chef est suivi et respecté par ses troupes en toute circonstance et surtout, il n’y en a qu’un seul. Or, chez les Goh, le nombre de chefs auto-proclamés invalidait le concept même de chef. Seh-Goh était fille de guerrier et avait été élevée à l’école des Nark, froids personnages dont la science n’avait d’égal que la cruauté mentale. Les Nark, généralement seconds couteaux mais particulièrement affutés, tiraient les ficelles du pouvoir...